Docteur de l'Eglise catholique
Commentaire de l'épître de saint Paul aux
Ephésiens
Traduction
par l'Abbé Bralé
Revue
entièrement par Charles Duyck, août 2007
Deuxième
édition numérique, 2004, https://www.i-docteurangelique.fr/DocteurAngelique, 2007
Les
œuvres complètes de saint Thomas d'Aquin
CHAPITRE 1 — LA
GRATUITÉ DE LA GRÂCE
Leçon 1 — Ephésiens I, 1 à 6 : Salutations
Leçon 2 — Ephésiens I, 6 et 7 : La gratuité de la
grâce
Leçon 3 — Ephésiens I, 8 à 10 : La grâce des Apôtres
Leçon 4 — Ephésiens I, 11 et 12 : L'appel gratuit de
Dieu
Leçon 5 — Ephésiens I, 13 et 14 : Les grâce des
Ephésiens
Leçon 6 — Ephésiens I, 15 à 19 : Action de grâce
Leçon 7 — Ephésiens I, 19 à 21 : Le Christ, modèle de
notre glorification
Leçon 8 — Ephésiens I, 22 et 23 : La gloire du Christ
Leçon 1 — Ephésiens II, 1 à 3 : le bienfait de la vie
spirituelle
Leçon 2 — Ephésiens II, 4 à 7 : La grâce : son origine
et son effet ultime
Leçon 3 — Ephésiens II, 8 à 10 : Le rôle de la foi
dans le salut
Leçon 4 — Ephésiens II, 11 à 13 : L'état des païens
avant la grâce
Leçon 5 — Ephésiens II, 14 à 18 : Les éphésiens après
la grâce
Leçon 6 — Ephésiens II, 19 à 21 : La grâce est pour
tous
CHAPITRE 3 — LE
MINISTÈRE APOSTOLIQUE
Leçon 1 — Ephésiens III, 1 à 6 : Souffrances et grâces
de saint Paul
Leçon 2 — Ephésiens III, 7 à 9 : La grâce du ministère
Leçon 3 — Ephésiens III, 10 à 12 : Le grand ministère
de l'Apôtre
Leçon 4 — Ephésiens III, 13 à 17 : La constance
Leçon 5 — Ephésiens III, 18 à 21 : L'objet essentiel
de la foi
CHAPITRE 4 —
L’UNITÉ DE L’ÉGLISE ET LE PÉCHÉ
Leçon 1 — Ephésiens IV, 1 à 4 : L'unité de l'Eglise
Leçon 2 — Ephésiens IV, 5 et. 6 : L'unité de l'Eglise
Leçon 3 — Ephésiens IV, 7 à 10 : L'unité de l'Eglise
Leçon 4 — Ephésiens IV, 11 à 13 : L'unité des grâces
Leçon 5 — Ephésiens IV, 14 à 16 : la méchanceté et la
faiblesse
Leçon 6 — Ephésiens IV, 17 à 19 : Demeurer dans
l'unité de l'Eglise
Leçon 7 — Ephésiens IV, 20 à 24 : L'Evangile s'oppose
à la vie dissolue
Leçon 8 — Ephésiens IV, 25 et 26 : Les péchés
Leçon 9 — Ephésiens IV, 27 et 28 : Rejeter le péché
Leçon 10 — Ephésiens IV, 29 à 31 : Ne pas contrister
l'Esprit
CHAPITRE 5 —
FUIR LE PÉCHÉ, IMITER LE CHRIST
Leçon 1 — Ephésiens V, 1 et 2 : L'imitation de Jésus
Christ
Leçon 2 — Ephésiens V, 3 et 4 : Le péché de la chair
Leçon 3 — Ephésiens V, 5 à 7 : La damnation
Leçon 1 — Ephésiens V, 8 à 11 : Ne pas retourner au
péché
Leçon 5 — Ephésiens V, 12 à 14 : Les œuvres des païens
Leçon 6 — Ephésiens V, 15 à 17 : Veiller
Leçon 7 — Ephésiens V, 18 à 21 : L'usage du vin
Leçon 8 — Ephésiens V, 22 à 28 : Analogie du
couple et du Christ-Eglise
Leçon 9 — Ephésiens V, 28 à 30 : Analogie Eglise et
corps humain
Leçon 10 — Ephésiens V, 31 à 33 : Jésus et l'Eglise :
image du mariage
CHAPITRE 6 — LES
RELATIONS HUMAINES
Leçon 1 — Ephésiens VI, 1 à 4 : parents et enfants
Leçon 2 — Ephésiens VI, 5 à 9 : Maîtres et serviteurs
Leçon 3 — Ephésiens VI, 10 à 12 : se revêtir des armes
de Dieu
Leçon 4 — Ephésiens VI, 13 à 17 : Les armes de Dieu
Leçon 5 — Ephésiens VI, 18 à 24 : Confiance en Dieu
Textum Taurini 1953 editum ac automato
translatum a Roberto Busa SJ in taenias magneticas denuo recognovit Enrique
Alarcón atque instruxit |
Traduction par l'Abbé Bralé. Revue entièrement par Charles Duyck, août 2007 |
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Prooemium |
PROLOGUE DE SAINT THOMAS |
[87786] Super Eph., pr. Ego
confirmavi columnas eius. Ps. LXXIV, 4. Sicut dicit sapiens : non minor est virtus
quam quaerere parta tueri, ideo non immerito commendatur apostolus, quia
etsi Ephesios in fide non fundavit, tamen fundatos in fide confirmavit, ut
ipse loquens de Ecclesia Ephesiorum, vere possit dicere : ego confirmavi
columnas eius; ego videlicet, Israelita natione, Christianus religione,
apostolus dignitate. Israelita dico natione; nam et ego Israelita sum, ex
semine Abrahae de tribu Beniamin Rm XI, 1. Item Christianus religione.
Gal. II, 19 s. : ego enim per legem mortuus sum legi, ut Deo vivam :
Christo confixus sum cruci : vivo ergo iam non ego, vivit vero in me Christus
: quod autem nunc vivo in carne, in fide vivo filii Dei. Item apostolus
dignitate. I Cor. XV, 9 : ego sum minimus apostolorum. De his tribus
II Cor. XI, 22 : Israelitae sunt, et ego; semen Abrahae sunt, et ego;
ministri Christi sunt, et ego; ut minus sapiens dico, plus ego. Talis debet esse praedicator sapientiae
salutaris, scilicet Israelita quo ad contemplationem Dei, Christianus quo ad
religionem fidei, apostolus quo ad auctoritatem officii. Ego, ergo, Iudaeus
per originem, quaerens Deum per fidem, apostolus Dei per imitationem, confirmavi,
et cetera. Confirmavi ne a fide vacillarent, sicut artifex confirmat
aedificium, ne cadat. Unde dictum est Petro Lc. XXII, v. 32 : et
tu aliquando conversus confirma fratres tuos, quod fecit Paulus. Unde ei
competit illud Iob IV, 4 : vacillantes confirmaverunt sermones tui. Confirmavit item ne pseudo timerent, sicut
episcopus confirmat puerum ad robur contra pusillanimitatem, unde dictum est
de David in Ps. LXXXVIII, 21 : inveni David servum meum, oleo sancto meo
unxi eum; manus enim mea auxiliabitur ei, et brachium meum confortabit eum,
nihil proficiet inimicus in eo, et cetera. Ps. XXXII, 6 : verbo domini,
per Paulum scripto, caeli, id est Ephesii, firmati sunt, etc.,
scilicet ne praemium gloriae amitterent, sicut praelatus vel princeps
confirmat donum, ne postea auferatur. Ps. XL, 13 : me autem propter
innocentiam suscepisti, et confirmasti me in conspectu tuo in aeternum.
Has confirmationes petebat Ps. LXVII, 29 dicens : confirma hoc, Deus, quod
operatus es in nobis, et cetera. Has promittebat apostolus II Thess. ult.
: fidelis autem Deus qui confirmabit vos, et custodiet a malo. |
"J’ai affermi ses colonnes." (Psaume LXXIV, 4) Comme dit le sage : "Ce n’est pas une moindre vertu de conserver ce que l’on possède que de l’acquérir". On loue donc non sans raison l'Apôtre de ce que, s’il n’a pas établi les Ephésiens dans la foi, il les y a toutefois confirmés en sorte que parlant lui-même de leur Eglise, il a pu dire avec vérité : "J’ai affermi ses colonnes", à savoir, moi Paul, Israélite d’origine, chrétien de religion, apôtre par ma dignité, Israélite, je précise "d’origine", car "moi-même je suis Israélite, de la race d’Abraham, de la tribu de Benjamin" (Rm XI, 1); ensuite, chrétien de religion (Galates II, 19) : "Car je suis mort à la Loi par la Loi même, afin de vivre pour Dieu; je suis attaché avec le Christ à la croix, et je vis ou plutôt ce n’est plus moi qui vis, Jésus-Christ vit en moi. En effet, si je vis dans ce corps mortel, j’y vis en la foi du Fils de Dieu." Apôtre enfin par ma dignité (1 Co XV, 9) : "Je suis le moindre des Apôtres." Il est dit de ces trois titres (2 Co XI, 22) : "Sont-ils Israélites ? Je le suis aussi; sont-ils de la race d’Abraham ? J’en suis aussi; sont-ils ministres de Jésus-Christ ? Je le suis aussi; et, au risque de manquer de sagesse, j’ose dire que je le suis plus qu’eux." Tel doit être le prédicateur de la science du salut : Israélite, pour la contemplation de Dieu; chrétien quant à la religion de la foi; apôtre par l’autorité du ministère. Moi donc, Paul, Juif d’origine, cherchant Dieu par la foi, apôtre de Dieu en m’efforçant de l’imiter, "j'ai affermi etc." Je les ai affermies, pour qu’elles ne s’écartent pas de la foi, ainsi que l’architecte consolide l’édifice pour en prévenir la chute. C’est de là qu’il a été dit à Pierre (Luc, XXII, 32) : "Et vous, lorsque vous aurez été converti, ayez soin d’affermir vos frères;" et c'est ce qu’a fait saint Paul. Aussi on peut lui appliquer cette parole de Job (IV, 4) : "Vos paroles ont affermi ceux qui chancelaient." Il les a encore affermis, afin qu’ils n’eussent aucune crainte des faux docteurs. C’est ainsi que l’évêque affermit l’enfant, en lui donnant, contre la pusillanimité, la force. Il est dit de David, dans ce même sens (Psaume LXXXVIII, 21) : "J’ai trouvé David, mon serviteur; je l’ai oint de mon huile sainte, car ma main l’assistera, et mon bras le fortifiera, et le méchant ne pourra lui nuire, etc."; et (Psaume XXXII, 6) : "Par la parole de Dieu," écrite par saint Paul, "les cieux," c'est-à-dire les Ephésiens, "ont été affermis, etc.", à savoir de peur qu’ils ne viennent à perdre la couronne de la gloire. C'est ainsi que le supérieur ou le prince confirme le don qu’il a fait, pour que dans la suite il ne soit pas enlevé (Psaume XL, 15) : "Vous m’avez pris sous votre protection, à cause de mon innocence, et vous m’avez affermi pour toujours, en votre présence." Le psaume demandait à être ainsi affermi (Psaume LXV, 29) lors qu’il disait : "Affermissez, ô mon Dieu, ce que vous avez fait en nous, etc." et l’Apôtre le promettait, en disant (II Thessal., III, 3) : "Dieu est fidèle; il vous affermira et vous gardera du mal." |
Ego, ergo, confirmavi
columnas eius, scilicet fideles Ecclesiae Ephesiorum. Fideles enim
Ecclesiae dicuntur columnae, quia debent esse recti, erecti, et fortes. Recti
per fidem, erecti per spem, fortes per charitatem. Recti dico per fidem,
fides enim ostendit rectam viam veniendi ad patriam, unde significatur per
columnam nubis, de qua Ex. c. XIII, 21 : dominus autem praecedebat eos, ad
ostendendam viam per diem in columna nubis. Fides enim ad modum nubis
habet obscuritatem, quia cum aenigmate; dissolutionem, quia evacuatur;
humiditatem, quia excitat ad devotionem. Erecti per spem, spes enim dirigit
ad superna, unde significatur per columnam fumi, de qua dicitur Iud. XX, 40 :
viderunt quasi columnam fumi de civitate ascendentem. Spes enim ad
modum fumi ex igne, id est ex charitate, provenit, in altum ascendit, in fine
deficit, id est in gloria. Fortes per charitatem, fortis enim est ut mors
dilectio, ut dicitur Cant. VIII, 6; unde significatur per columnam ignis
qui omnia consumit, de quo Sap. XVIII, 3 : ignis ardentem columnam ducem
habuerunt ignotae viae. Sicut enim ignis illuminat diaphana, examinat metalla,
exterminat cremabilia, sic charitas illuminat opera, examinat intentionem, et
omnia vitia exterminat. |
"Moi" donc, "Paul, j’ai affermi ses colonnes," c'est-à-dire les fidèles de l’Eglise d’Ephèse; car les fidèles sont appelés les colonnes de l’Eglise, parce qu’ils sont tenus d’être droits, élevés et forts. Droits par la foi, élevés par l’espérance, forts par la charité. Droits par la foi, car la foi montre la voie droite pour arriver à la patrie : aussi est-elle figurée par la colonne de nuée, dont il est dit dans l’Exode (XIII, 21) : "Et le Seigneur marchait devant eux, pour leur montrer le chemin, paraissant durant le jour en une colonne de nuée". La foi, en effet, comporte, comme la nuée, son obscurité, parce qu’elle ne voit encore que comme en énigme; la faiblesse, parce qu’elle a son terme, et la fraîcheur, parce qu’elle provoque la dévotion. Elevés par l’espérance, car cette vertu porte aux choses d’en haut; c'est pourquoi elle est figurée par la colonne de fumée, dont il est dit (Juges XX, 40) : "On vit comme une colonne de fumée qui s’élevait, de la ville." L’espérance, en effet, a cette ressemblance avec la fumée, qu’elle provient du feu, c'est-à-dire de la charité, monte en haut et s’évanouit à la fin, c'est-à-dire dans la gloire. Forts par la charité, car "l’amour est fort comme la mort," ainsi qu’il est dit (Cantiq., VIII, 6); elle est donc marquée par la colonne de feu qui consume toutes choses. C’est de là qu’il est dit (Sagesse, XVIII, 3) : "Ils ont eu une colonne ardente pour guide dans un chemin inconnu." De même, en effet, que le feu illumine les corps transparents, épure les métaux, dévore les combustibles, ainsi la charité fait resplendir les oeuvres, purifie l’intention et détruit les vices. |
Iam apparet quae sit causa huius epistolae
efficiens, quia Paulus, quod notatur ibi ego. Finalis, quia
confirmatio, quod notatur ibi confirmavi. Materialis, quia Ephesii,
quod notatur ibi columnas eius. Formalis patet in divisione epistolae,
et modo agendi. |
Ainsi se manifestent la cause efficiente de cette épître : c'est Paul, ce qui est indiqué par ce mot : "Moi", Paul; sa cause finale : c'est l’affermissement dans la foi, ce qui est marqué par cet autre : "J’ai affermi" ; la cause matérielle : elle s’adresse aux Ephésiens, dont il est dit : "ses colonnes" ; enfin la cause formelle se reconnaît dans la division de l’épître, et dans la méthode de l’Apôtre. |
Huic epistolae praemittit glossator prologum
sive argumentum, ubi principaliter duo facit : primo describit eos, secundo,
rationem et modum scribendi subdit, ibi hos collaudat apostolus, et
cetera. Ephesinos vero quibus scribit, describit a tribus. Primo, a regione,
quia Ephesii sunt Asiani ab Asia minore; secundo, a religione, quia hi
acceperunt verbum veritatis Christianae; tertio a stabilitate, quia perstiterunt
in fide. Primum respicit patriam; secundum, gratiam; tertium,
perseverantiam. Hos collaudat apostolus, et cetera. Hic subdit etiam
rationem et modum scribendi, ubi implicat quatuor. Primo, Scripturae
rationem; secundo actorem, qui est apostolus scribens; tertio, locum a
quo scribit, quia a Roma de carcere; quarto, nuntium per quem scribit,
quia per Tychicum diaconum; littera satis patet. |
L’auteur de la Glose met en tête de cette épître un prologue ou sommaire, dans lequel il se propose principalement deux choses. D’abord il dépeint les Ephésiens; ensuite il explique le raisonnement et la méthode de l’Apôtre, à ces mots : "l’Apôtre les loue, etc." Il dépeint les Ephésiens auxquels saint Paul écrit, par trois circonstances. D’abord leur pays : ils sont asiatiques, et de l’Asie mineure; ensuite leur religion : ils ont reçu la parole de la vérité chrétienne; enfin leur stabilité en ce qu’ils sont demeurés fermes dans la foi. La première regarde donc la patrie; la seconde, la grâce; la troisième, la persévérance. "L’Apôtre les loue etc." Il indique à la suite et la raison et la méthode de cet épître, ce qui implique quatre choses : 1° le motif de la lettre; 2° son auteur, l’Apôtre qui écrit; 3° le lieu d’où il écrit : c'est de Rome et du fond d’une prison; 4° le messager chargé de la lettre : c'est le diacre Tychique. Le sens littéral est sans difficulté. |
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Caput 1 |
CHAPITRE 1 — LA GRATUITÉ DE LA GRÂCE |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens I, 1 à 6 : Salutations |
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SOMMAIRE : saint Paul, saluant les Ephésiens, manifeste
son affection pour eux, et entre en matière en les affermissant dans le bien
qui est déjà en eux. |
[87787] Super Eph., cap. 1
l. 1 [1] Paulus apostolus Christi Iesu per
voluntatem Dei sanctis omnibus qui sunt Ephesi et fidelibus in Christo Iesu [2] gratia vobis et pax a Deo Patre
nostro et Domino Iesu Christo [3] benedictus Deus et Pater Domini
nostri Iesu Christi qui benedixit nos in omni benedictione spiritali in
caelestibus in Christo [4] sicut elegit nos in ipso ante
mundi constitutionem ut essemus sancti et inmaculati in conspectu eius in
caritate [5]
qui praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Iesum Christum in ipsum
secundum propositum voluntatis suae [6] in laudem gloriae gratiae suae in
qua gratificavit nos in dilecto |
1. Paul, Apôtre de Jésus-Christ,
par la volonté de Dieu; à tous les saints et fidèles dans le Christ Jésus qui
sont à Ephèse. 2. Que Dieu notre Père, et le
Seigneur Jésus-Christ vous donnent la grâce et la paix. 3. Béni soit le Dieu et le Père
de notre Seigneur Jésus qui nous a comblés dans le Christ de toutes sortes de
bénédictions spirituelles pour le ciel; 4. Ainsi qu’il nous a élus en
lui avant la création du monde, par l’amour qu’il nous a porté afin que nous
fussions sains et irrépréhensibles devant ses yeux; 5. Nous ayant prédestinés par un
pur effet de sa bonne volonté, pour nous rendre ses enfants adoptifs par
Jésus-Christ 6. Afin que la louange et la gloire en soient données à sa grâce… |
Hanc epistolam scribit apostolus ad
Ephesios. Ephesii sunt Asiani ab Asia minore, quae est pars Graeciae. Hi non
fuerunt per apostolum Paulum in fide fundati, sed confirmati. Iam enim
antequam veniret ad eos, erant conversi, ut haberi potest Act. XIX, v. 1 : factum
est cum Apollo esset Corinthi, et cetera. Post conversionem vero suam et
apostoli confirmationem, in fide perstiterunt, nec pseudo receperunt. Non
ergo reprehensione, sed consolatione digni erant. Ideo
Paulus eis non increpatoriam, sed consolatoriam scribit epistolam. Scribit
autem eis ab urbe Roma per Tychicum diaconum. Intentio vero eius est, eos in
bonis habitis confirmare, et ad altiora provocare. Modus autem agendi patet
in divisione epistolae. Primo ergo ponit salutationem, in qua suum affectum
ad eos demonstrat; secundo narrationem, in qua eos in bonis habitis
confirmat, ibi benedictus Deus, etc., usque ad IV cap.; tertio,
exhortationem, in qua eos ad ulteriora bona provocat, a cap. IV
usque ad locum illum cap. VI de caetero, fratres, confortamini in domino,
etc.; quarto epistolae conclusionem, in qua eos ad certamen spirituale confortat
a loco isto de caetero, usque in finem. |
Saint Paul adresse cette épître aux Ephésiens, asiatiques, de l’Asie Mineure, qui fait partie de la Grèce. Ils ne furent pas établis dans la foi par l’Apôtre, mais seulement affermis. Ils avaient été, en effet, déjà convertis avant son arrivée au milieu d’eux, comme on peut le constater par les Actes (XIX, 1) : "Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, etc." Depuis leur conversion et après avoir reçu l’enseignement de l’Apôtre, ils demeurèrent stables dans la foi et ne reçurent pas les faux docteurs. Ils ne méritaient donc aucune réprimande, mais des encouragements ; aussi la lettre que saint Paul leur écrit ne contient-elle point de reproches, mais des consolations. L’Apôtre leur écrit de Rome, par le diacre Tychique, et son intention est de les affermir dans le bien qu’ils ont fait déjà, et de les inviter à quelque chose de plus parfait. Sa manière de procéder se manifeste dans la division de cette épître. D’abord il leur adresse une salutation, dans laquelle il leur donne des preuves de son affection. En second lieu, il commence sa narration, où il les affermit dans le bien qu’ils ont déjà pratiqué (verset 5) : Béni soit le Dieu, etc., jusqu’au chapitre quatrième. Troisièmement, il les exhorte, en les excitant à acquérir des biens plus élevés, du chapitre quatrième jusqu’à ces mots du chapitre sixième (verset 10) : Enfin, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, etc. Quatrièmement il conclut sa lettre en les encourageant dans la lutte spirituelle, depuis cet endroit jusqu’à la fin de l’épître. |
In salutatione primo ponitur persona salutans; secundo, personae
salutatae, ibi sanctis omnibus, etc.; tertio forma salutationis, ibi gratia
vobis, et cetera. In prima, primo nominat personam, ibi Paulus; secundo personae
auctoritatem, ibi apostolus Christi; tertio auctoritatis datorem, ibi per
voluntatem Dei. Dicit ergo : Paulus apostolus. Paulus
nomen est humilitatis, apostolus vero nomen dignitatis, quia qui se
humiliat, exaltabitur, Lc. XIV, 11 et XVIII, 14. Apostolus,
inquam, Iesu, non Satanae, sicut pseudo. (2 Co XI, 15) : non est
ergo magnum si ministri eius, scilicet Satanae, transfigurentur
velut ministri iustitiae, et cetera. Apostolus, inquam, et hoc non meis
meritis, sed per voluntatem Dei. Econtra est in multis. Os. VIII, 4 : ipsi
regnaverunt, et non ex me, et cetera. Sanctis omnibus,
scilicet qui sunt Ephesi, et fidelibus, supple scribit. Vel
ego Paulus scribo sanctis exercitio virtutum quo ad mores; fidelibus,
rectitudine cognitionis quo ad fidem. Vel sanctis, id est
maioribus et perfectis; fidelibus, id est minoribus et imperfectis. Et
fidelibus, inquam, in Christo, non in factis suis. |
I° Dans la salutation, nous trouvons I. la personne qui salue; II. Les personnes saluées (verset 1) : À tous les saints, etc; III. La forme de la salutation (verset 2) : Que la grâce et la paix, etc. I. Dans la première partie, saint Paul désigne 1° la personne qui salue par son nom : Paul; 2° l’autorité de cette personne. (verset 1) : Apôtre de Jésus-Christ; 3° l’inspirateur de cette autorité (verset 1) : Par la volonté de Dieu, etc. I° L’Apôtre dit donc : Paul, apôtre. Paul est le nom de son humilité, apôtre celui de sa dignité, parce que "celui qui s’humilie, sera exalté" (Luc, XIV, 11 et XVIII, 14). 2° Apôtre, dis-je de Jésus-Christ, et non pas de Satan, comme le sont les faux apôtres (2 Co XI, 15) : "Il n’est donc pas étonnant que les ministres," c'est-à-dire, les ministres de Satan, "se transfigurent en ministres de la justice, etc." 3° Apôtre, dis-je, et cela non par mes mérites,
mais par la volonté de Dieu, tandis qu’au contraire il est dit de
plusieurs (Osée, VIII, 4) : "Ils ont régné par eux-mêmes, et non par
moi." II. A tous les saints, qui sont à Ephèse, et aux fidèles, entendez : écrit. Ou encore : moi donc Paul, j’écris aux saints, afin qu’ils s’appliquent aux vertus, quant à ce qui regarde les moeurs; aux fidèles afin qu’ils ne s’écartent pas de la doctrine en ce qui regarde la foi; ou bien aux saints, c'est-à-dire aux premiers, aux parfaits, et aux fidèles, c'est-à-dire aux derniers et aux imparfaits. Et aux fidèles, c'est-à-dire : en Jésus-Christ, et non par leurs actes propres. |
Gratia vobis et pax, et
cetera. Hic subditur salutationis forma, in qua implicantur tria, donum
quodlibet gratificantia : doni sufficientia, ibi gratia vobis et pax,
datoris potentia, ibi a Deo patre, mediatoris excellentia, ibi et
domino Iesu Christo. Tunc enim gratum est donum quando sufficiens est
quod datur; quando a potente datur, ut quando a rege, vel principe datur;
quando per solemnem nuntium datur, ut per filium. Dicit ergo : gratia,
scilicet iustificationis a culpa, et pax, id est tranquillitas mentis,
vel reconciliatio ad Deum, quoad liberationem a debita poena pro offensa. Vobis,
supple sit, ex hoc, scilicet a Deo patre nostro, a quo bona cuncta
procedunt. Iac. I, 17 : omne datum optimum, et
cetera. Et domino Iesu Christo, sine quo nulla bona dantur. Ideo fere omnes orationes finiuntur : per dominum nostrum Iesum
Christum. Spiritum sanctum non nominat, quia cum sit
nexus patris et filii, intelligitur in extremis, vel intelligitur in donis
sibi appropriatis, quae sunt gratia et pax. |
III. Que la grâce et la paix soient donnés etc. saint Paul exprime ici la forme de la salutation. Il y comprend trois conditions que tout don doit avoir pour plaire, à savoir : la suffisance de ce don (verset 2) : La grâce et la paix; la puissance de celui qui donne, de Dieu le Père; et l’excellence du médiateur et de notre Seigneur Jésus Christ. Un don, en effet, est agréable, quand ce que l’on donne suffit; quand il vient de celui qui a la puissance, par exemple, d’un prince ou d’un roi; quand enfin il est accordé par un intermédiaire consacré, le fils, par exemple. L’Apôtre dit donc : que la grâce, - par la remise de la peine pour la faute – et la paix, c'est-à-dire la tranquillité de l’âme ou la réconciliation avec Dieu, jusqu’à la libération de la peine due pour une offense, suppléez : descendent sur vous, de leur source, qui est Dieu notre Père, de qui procède tout bien ; (Jacques I, 17) : "Toute grâce excellente, etc."; – et de notre Seigneur Jésus-Christ, sans lequel nul bien n’est donné. Aussi presque toutes les prières se terminent de cette manière : "Par notre Seigneur Jésus-Christ". L’Apôtre ne nomme pas l’Esprit parce qu’étant le lien du Père et du Fils, il est compris ou dans les deux termes, ou dans ces dons qui lui sont spéciaux, à savoir, la grâce et la paix. |
Deinde cum dicit benedictus Deus, etc.,
hic, gratias agendo, eos in bono confirmat, et hoc tribus modis. Primo,
ratione sumpta ex parte Christi, a quo multa bona adepti sunt, capite isto;
secundo, ratione sumpta ex parte ipsorum, qui de praeterito statu malo, ad
bonum praesens translati sunt, cap. II, ibi et vos cum essetis mortui,
etc.; tertio, ratione sumpta ex parte apostoli, cuius ministerio et
diligentia in bono statu positi, confirmati sunt, cap. III, ibi huius rei
gratia, et cetera. Iterum prima in tres dividitur, quia primo gratias
agendo, tangit beneficia generaliter; secundo, beneficia exhibita ipsis
apostolis specialiter, ibi quae superabundavit in nobis, etc.; tertio,
beneficia exhibita ipsis Ephesiis specialiter, ibi in quo et vos cum
audivissetis, et cetera. Beneficia vero exhibita generaliter humano
generi tangit sex. Primum benedictionis, in certitudine futurae beatitudinis,
ibi benedictus, et cetera. Secundum electionis, in
praeordinata separatione a massa perditionis, ibi sicut elegit nos in ipso,
et cetera. Tertium praedestinationis, in praeordinata associatione cum bonis,
scilicet cum filiis adoptionis, ibi qui praedestinavit nos, et cetera.
Quartum gratificationis, in collatione gratiae, ibi in quo gratificavit
nos, et cetera. Quintum redemptionis, in liberatione a poena, id est, a
Diaboli servitute, ibi in quo habemus redemptionem, et cetera. Sextum
remissionis in deletione culpae, ibi remissionem peccatorum, et
cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 3) : "Béni soit le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus " en rendant grâces à Dieu, il affermit les Ephésiens dans le bien, et cela par trois motifs pris, le premier du côté de J.C, par lequel ils ont obtenu beaucoup de grâces, comme on le voit dans ce chapitre; le second, d’eux-mêmes, en ce que de l’état du péché ou ils étaient, ils ont obtenu leur bonheur présent (ci-dessous, II, 1) : Et vous, lorsque vous étiez morts, etc. Le troisième enfin, du côté de l’Apôtre lui-même, dont le ministère et le zèle les ont affermis dans le bien, où ils étaient déjà (ci-dessous, III, 1) : C’est pour ce sujet que moi Paul, etc. Le premier de ces motifs se subdivise en trois parties. Dans la première, en rendant grâces à Dieu, l’Apôtre indique d’abord, d’une manière générale, les bienfaits reçus; en second lieu, les bienfaits accordés spécialement aux apôtres (verset 8) : Sa grâce qu’il a répandue sur nous avec abondance ; enfin les bienfaits accordés particulièrement aux Ephésiens (verset 15) : Vous qui après avoir entendu, etc. ; saint Paul indique six bienfaits accordés à la généralité du genre humain : premièrement la bénédiction, comme gage certain de la future béatitude, (verset 5) : Qui nous a comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions, etc. Secondement, l’élection dont le décret antécédent nous sépare de la masse de perdition (verset 4) : Ainsi qu’il nous a élus en lui, etc. Troisièmement la prédestination dont le décret préexistant nous associe aux bons, c'est-à-dire, aux fils d’adoption (verset 5) : Nous ayant prédestinés, etc. Quatrièmement le bon plaisir, par le don de la grâce, (verset 6) : Sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables, etc. Cinquièmement la rédemption, par la délivrance de la peine, c'est-à-dire de la servitude du démon (verset 7) : Dans le quel nous trouvons la rédemption, etc. Sixièmement la rémission, en effaçant la faute, (verset 7) : Et la rémission de nos péchés, etc. |
Circa beneficium benedictionis, tangit duo.
Primo, praeconium, quod debet impendi, ibi benedictus Deus, etc.;
secundo, beneficium, propter quod debet impendi, ibi qui benedixit nos,
et cetera. |
I. A l’égard de la grâce de la bénédiction, l’Apôtre indique deux choses : 1° la louange que l’on doit rendre à Dieu (verset 5) : Béni soit Dieu, etc. 2° le bienfait même pour lequel nous devons cette louange (verset 5) : Qui nous a comblés de toutes sortes de bénédictions etc. |
Dicit ergo benedictus, scilicet a me, a
vobis, et ab aliis, scilicet corde, et ore, et opere, id est laudatus, Deus
et pater, id est ille, qui est Deus per essentiam divinitatis, et pater
propter proprietatem generationis. Incidit autem copulatio, non ratione
suppositionis, quia idem est suppositum, sed ratione significationis
essentialiter et relative. Pater, inquam, domini nostri Iesu
Christi, id est filii, qui est dominus noster secundum divinitatem, Iesus
Christus secundum humanitatem. |
I° Il dit donc : Béni soit, à savoir par moi, par vous et par tous les autres, de coeur, par nos paroles et par nos oeuvres; en d’autres termes soit loué Dieu et le Père, c'est-à-dire celui qui est Dieu par l’essence de sa divinité, et Père par la propriété de la génération. La conjonction est ici employée, non pour indiquer la personnalité, puisque c'est une seule et même personne, mais pour marquer l’essence et la relation. Le Père, dis-je, de notre Seigneur Jésus-Christ, c'est-à-dire du Fils qui est notre Seigneur, selon sa divinité et Jésus-Christ selon son humanité. |
Qui,
scilicet Deus, benedixit nos in spe in praesenti, sed in futuro
benedicet in re. Ponit autem praeteritum pro futuro propter certitudinem.
Benedixit, inquam, nos, licet nostris meritis maledictos, in omni
benedictione spirituali, scilicet quantum ad animam, et quantum ad
corpus. Tunc enim erit corpus spirituale. I Cor. XV, 44 : seminatur corpus
animale, resurget corpus spirituale. Benedictione, inquam, habita, in
caelestibus, id est in caelo; et hoc, in Christo, id est per
Christum, vel in Christo operante. Ipse enim est qui reformabit
corpus humilitatis nostrae, etc., Phil. III, 21. Valde appetenda est
benedictio haec. Et ratione efficientis, quia Deus est benedictio
haec; et ratione materiae, quia nos benedixit; et ratione formae, quia
in omni benedictione spirituali benedicit; et ratione finis, quia in
caelestibus benedicit. Ps. CXXVII, 4 : ecce benedicetur homo, qui
timet dominum. |
2° Lequel, c'est-à-dire Dieu, nous a bénis en espérance dans le temps présent, mais nous bénira en réalité dans l’avenir. L’Apôtre emploie ici le passé pour le futur, en raison de sa certitude. Il nous a bénis, dis-je, nous, bien que nous fussions maudits pour nos mérites propres, de toutes les bénédictions spirituelles, c'est-à-dire soit pour le corps, soit pour l’âme. Car alors le corps deviendra spirituel (1 Co XV, 44) : "Le corps est mis en terre tout animal, et il ressuscitera spirituel," d’une bénédiction, c'est-à-dire : donnée pour les choses célestes, c'est-à-dire, pour le ciel; et donnée en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ; ou en Jésus-Christ qui en produira les effets. Car c'est lui-même "qui transformera notre corps, tout vil et abject qu’il soit, etc." (Philipp. III, 21). Cette bénédiction est donc grandement désirable, et du côté de la cause efficiente, car cette bénédiction est Dieu lui-même; et du côté de la matière, car c'est nous qu’il bénit; et du côté de sa forme, car il nous bénit de toutes les bénédictions spirituelles; et à raison de sa fin, car il nous bénit pour les choses célestes ; (Psaume CXXVII, 4) : "C’est ainsi que sera béni l’homme qui craint le Seigneur." |
Deinde cum dicit sicut elegit nos,
etc., tangitur beneficium electionis, ubi commendatur electio ista, quia
libera, ibi sicut elegit nos in ipso, quia aeterna, ibi ante mundi
constitutionem, quia fructuosa, ibi ut essemus, etc., quia
gratuita, ibi in charitate. Dicit ergo : ita benedicet nos, non
nostris meritis, sed ex gratia Christi, sicut elegit nos, et gratis, a
massa perditionis separando, praeordinavit nos in ipso, id est per
Christum. Io. XV, 16 : non vos me elegistis, sed ego elegi vos, et
cetera. Et hoc ante mundi constitutionem, id est ab aeterno, antequam
fieremus. Rm IX, 11 : cum nondum nati fuissent, et cetera. Elegit,
inquam, non quia sancti essemus, quia nec eramus, sed ad hoc elegit nos ut
essemus sancti, virtutibus, et immaculati, a vitiis. Utrumque enim
facit electio secundum duas partes iustitiae. Ps. XXXIII, v. 15 : declina
a malo, et fac bonum. Sancti, inquam, in conspectu eius, id est
interius in corde, ubi ipse solus conspicit. I Reg. XVI, 7 : Deus autem
intuetur cor. Vel in conspectu eius, id est ut eum inspiciamus,
quia visio est tota merces, secundum Augustinum. Et hoc fecit, non nostris
meritis, sed in charitate sua, vel nostra, qua nos formaliter sanctificat. |
II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 4) : Ainsi qu’il nous a élus, etc., il rappelle le bienfait de l’élection, et en relève le prix parce que 1° elle est libre (verset 4) : C’est en lui-même qu’il nous a élus 2° éternelle (verset 4) : Avant la création du monde; 3° féconde (verset 4) : Afin que nous soyons saints, etc. 4° gratuite (verset 4) : par l’amour qu'il nous a porté. Il dit donc : Il nous bénira non pour nos mérites propres, mais par la grâce de Jésus-Christ, comme il nous a choisis, et nous séparant gratuitement de la masse de perdition, il nous a prédestinés en lui, c'est-à-dire par Jésus-Christ ; (Jean, XV, 16) : "Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, etc." Et cela avant la création du monde, c'est-à-dire de toute éternité, avant que nous n’existions ; (Rm IX, 11) : "Car avant qu’ils fussent nés, etc.". Il nous a choisis, dis-je : non pas parce que nous étions saints, puisque nous n’étions même pas, mais il nous a choisis à cette fin que nous fussions saints, par la pratique des vertus, et irrépréhensibles, par la fuite des vices. Car l’élection a ces deux effets, qui correspondent aux deux parties de la justice (Psaume XXXIII, 15) : "Détournez-vous du mal et faites le bien." Que nous fussions saints, dis-je : devant ses yeux, c'est-à-dire intérieurement et dans le coeur, où lui seul pénètre ; (I Rois, XVI, 7) : "Le Seigneur voit le coeur." Ou devant ses yeux, c'est-à-dire afin que nous le voyions, car le voir c'est toute la récompense, suivant saint Augustin. Dieu n’a pas agi ainsi, pour nos mérites propres, mais dans son amour, ou par l’amour qu’il nous porte et par lequel il nous sanctifie. |
Deinde cum dicit qui praedestinavit,
etc., subdit tertium beneficium, scilicet praedestinationis, in praeordinata
associatione cum bonis. Ubi circa praedestinationem implicat sex. Primo actum
aeternum, ibi praedestinavit, secundo, temporale obiectum, ibi nos,
tertio, praesens commodum, ibi in adoptionem, etc., quarto, fructum
futurum, ibi in idipsum, quinto, modum gratuitum, ibi secundum
propositum, sexto, effectum debitum, ibi in laudem gloriae, et
cetera. Dicit ergo qui, scilicet Deus, praedestinavit nos, id
est sola gratia praeelegit, in adoptionem filiorum, id est ut
associaremur cum aliis filiis adoptionis in bonis, quae habituri sunt; ideo
dicit in adoptionem filiorum. Rm VIII, 15 : non enim accepistis
spiritum servitutis iterum in timore, sed accepistis spiritum adoptionis
filiorum; et infra : adoptionem filiorum expectantes. Quia vero illud quod fit ignitum, per ignem
hoc oportet fieri, quia nihil consequitur participationem alicuius, nisi per
id quod est per naturam suam tale : ideo adoptionem filiorum oportet fieri
per filium naturalem. Et ideo addit apostolus per Iesum Christum. Et
hoc est tertium, quod tangitur in isto beneficio, scilicet mediator
alliciens. Gal. IV, 4-5 : misit Deus filium suum factum ex muliere, factum
sub lege, ut eos qui sub lege erant, redimeret; ut adoptionem filiorum
reciperemus. Et hoc in ipsum, id est inquantum ei
conformamur, et in spiritu servimus. I Io. III, 1 : videte qualem
charitatem dedit nobis Deus, ut filii Dei nominemur et simus. Et sequitur
ibidem et scimus quoniam cum apparuerit, similes ei erimus. |
III. En ajoutant (verset 5) : Nous ayant prédestinés, etc., saint Paul passe au troisième bienfait, à savoir, à celui de la prédestination, dont le décret préexistant nous unit aux bons. A l’égard de cette prédestination, l’Apôtre suppose 1° un acte éternel, dans ce mot (verset 5) : Il a prédestiné. 2° un objet dans le temps (verset 5) : Nous; 3° un avantage présent (verset 5) : pour nous rendre ses enfants adoptifs; 4° un effet futur (verset 5) : pour lui-même 5° un mode gratuit (verset 5) : un effet de sa bonne volonté; 6° un effet nécessaire (verset 6) : pour la louange de sa grâce, etc. Il dit donc (verset 5) : Qui, c'est-à-dire Dieu, nous a prédestinés, c'est-à-dire par sa seule grâce nous a choisis pour nous rendre ses enfants adoptifs, en d’autres termes afin de nous associer aux autres enfants de l’adoption, pour prendre part aux biens qu’ils obtiendront; c'est ce qui lui fait dire : pour nous rendre ses enfants adoptifs ; (Rm VIII, 15) : "vous n’avez pas reçu l’Esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte, mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption des enfants;" et plus loin (verset 23) : "attendant l’effet de l’adoption des enfants de Dieu." Et parce que ce qui doit être enflammé, doit l’être par le feu, puisque rien ne saurait entrer en participation avec un autre objet, sinon parce qui est naturellement de condition semblable, l’adoption des enfants doit se faire par le fils naturel : aussi ajoute-t-il (verset 5) : par Jésus-Christ, et c'est le troisième caractère qu’il a signalé dans ce bienfait, à savoir, un médiateur qui réunit les extrêmes ; (Galat, IV, 4) : "Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, et assujetti à la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, et pour nous faire recevoir l’adoption des enfants de Dieu." Et cela en Lui, c'est-à-dire en tant que nous entrons en conformité avec lui, et que nous le servons en esprit ; (I Jean, III, 1) : "Considérez quel amour le Père nous a témoigné, de vouloir que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes en effet " ; on lit à la suite (verset 2) : "Nous savons que lorsqu’il se montrera dans sa gloire, nous serons semblables à lui." |
Ubi notandum est, quod duplex est similitudo
praedestinatorum ad filium Dei, quaedam imperfecta, quae est per gratiam. Et
dicitur imperfecta, primo quidem, quia solum est secundum reformationem
animae, de qua Col. IV, 24 : reformamini spiritu mentis vestrae, et
induite novum hominem, etc.; secundo, quia etiam secundum animam habet
quamdam imperfectionem, ex parte enim cognoscimus, ut dicitur I Cor.
c. XIII, 9. Alia vero similitudo erit perfecta, quae erit in gloria, et
quantum ad corpus, Phil. III, v. 21 : reformabit corpus humilitatis
nostrae, configuratum, etc., et secundum animam, quia cum venerit quod
perfectum est, evacuabitur quod ex parte est, I Cor. XIII,
10. Quod ergo dicit apostolus, quod praedestinavit nos in adoptionem
filiorum, potest referri ad imperfectam assimilationem filii Dei, quae
habetur in hac vita per gratiam; sed melius est quod referatur ad perfectam
filii Dei assimilationem, quae erit in patria, de qua adoptione dicitur Rm VIII,
23 : ingemiscimus adoptionem filiorum Dei expectantes. |
Il faut ici remarquer que les prédestinés ont deux sortes de ressemblance avec le Fils de Dieu : l’une imparfaite, qui s’obtient par la grâce ; elle est dite imparfaite, d’abord parce qu’elle ne comprend que la réforme de l’âme, dont il est dit (ci-après. IV, 24) : Renouvelez-vous dans l’intérieur de votre âme, et revêtez-vous de l’homme nouveau, etc. " ; ensuite parce que dans ce qui concerne l'âme elle-même, elle a quelque imperfection : "Car nous ne connaissons encore que d’une manière imparfaite," comme il est dit I Corinth, XIII, 9. L’autre ressemblance sera parfaite; elle se fera dans la gloire, et s’étendra à la fois au corps (Philipp., III, 21) : "Et il transformera notre corps, tout vil et abject qu’il soit, etc.", et à l'âme, car "lorsque nous serons dans l’état parfait, ce qui est imparfait sera aboli" (1 Co XIII, 10). Ce que l'Apôtre dit donc ici, que Dieu nous a prédestinés pour nous rendre ses enfants adoptifs, peut donc être rapporté à la ressemblance imparfaite avec le Fils de Dieu, laquelle s’obtient dans la vie présente par la grâce; mais mieux encore à la ressemblance parfaite avec ce même Fils de Dieu, ce qui n’aura lieu que dans la patrie, adoption dont il est dit (Rm VIII, 23) : "Nous gémissons en nous-mêmes, attendant l’adoption des enfants de Dieu." |
Causa praedestinationis divinae non est
necessitas ex parte Dei, nec debitum ex parte praedestinatorum, sed magis est
secundum propositum voluntatis suae. In quo, quarto, commendatur beneficium,
quia ex amore puro proveniens, quia praedestinatio secundum rationem
praesupponit electionem et electio dilectionem. Duplex tamen hic causa huius
beneficii immensi assignatur. Una est efficiens, quae est simplex Dei
voluntas, ibi secundum propositum voluntatis suae. Rm IX, 18 : cuius
vult miseretur, et quem vult indurat. Iac. I, v. 18 : voluntarie enim
nos genuit verbo veritatis suae. Alia vero causa est finalis, quae est,
ut laudemus et cognoscamus bonitatem Dei, quae notatur ibi in laudem
gloriae gratiae suae. Et hoc iterum est, a quo commendatur istud
excellens beneficium, scilicet servitium sibi conveniens. Causa enim divinae
praedestinationis est voluntas mera Dei, finis vero cognitio eius bonitatis. Unde
notandum est, quod Dei voluntas nullo modo habet causam, sed est prima causa
omnium. Nihilominus tamen potest ei aliqua ratio
assignari dupliciter, scilicet vel ex parte volentis, et sic quaedam ratio
divinae voluntatis est eius bonitas, quae est obiectum voluntatis divinae, et
movet eam. Unde ratio omnium eorum quae Deus vult, est divina bonitas. Prov.
XVI, 4 : universa propter semetipsum operatus est Deus. Ex parte autem
voliti, ratio divinae voluntatis potest esse aliquod esse creatum, sicut dum
vult coronare Petrum, quia legitime certavit; sed hoc non est causa volendi
sed est causa quod ita fiat. |
La cause de la prédestination divine n’est ni une nécessité du côté de Dieu, ni un droit du côté des prédestinés; elle se fait bien plutôt (verset 5) par un effet de sa bonne volonté. L’Apôtre fait ressortir en ceci le quatrième bienfait, en ce que cette prédestination procède de la charité pure; car, dans l’ordre logique, elle présuppose l’élection, et l'élection présuppose l’amour. Cependant on assigne ici une double cause à cet immense bienfait, l’une efficiente c'est la simple volonté de Dieu (verset 5) : par un effet de sa volonté ; (Rm IX, 18) : "Il fait miséricorde à qui il lui plait, et qu’il endurcit qui il lui plait" ; (Jacques I, 18) : "C’est lui qui par sa volonté, nous a engendrés par la parole de la vérité." L’autre cause est finale : c'est afin que nous puissions connaître et louer la bonté de Dieu, qui est indiquée par ces mots (verset 6) : "afin que la louange et la gloire en soit donnée à sa grâce." Nouveau motif pour exalter cet excellent bienfait, je veux dire l’hommage que nous rendons à Dieu et qu’il a pour agréable. La cause de la prédestination divine est, en effet, la pure volonté de Dieu, et sa fin la connaissance de sa bonté. D’où il faut remarquer que la volonté de Dieu ne connaît absolument pas de cause, et qu’elle est elle-même la cause première de toutes choses. On peut toutefois lui assigner une sorte de raison, et cela de deux manières, à savoir du côté de celui qui veut, et dans ce sens il y a quelque raison de la volonté de Dieu dans sa bonté, qui est l’objet de cette même volonté et la détermine ; la raison donc de tout ce que Dieu veut, c'est la bonté même de Dieu ; (Proverb., XVI, 4) : "Le Seigneur a tout fait pour lui-même." Du côté de ce qui est voulu, la raison de la volonté divine peut être quelque chose de créé, par exemple, quand Dieu veut couronner Pierre, parce qu’il a légitimement combattu ; mais ceci n’est pas la cause du vouloir divin, mais la cause pour laquelle ceci arrive. |
Sciendum tamen est, quod effectus sunt ratio voluntatis divinae ex
parte voliti, ita scilicet quod effectus prior sit ratio ulterioris; sed
tamen cum venitur ad primum effectum, non potest ultra assignari aliqua ratio
illius effectus, nisi voluntas divina; puta, Deus vult hominem habere manum,
ut serviat rationi, et hominem habere rationem, quia voluit eum esse hominem,
et hominem esse voluit propter perfectionem universi. Et quia hic est primus
effectus in creatura, non potest assignari aliqua ratio universi ex parte
creaturae, sed ex parte creatoris, quae est divina voluntas. Ergo secundum
hunc modum, nec praedestinationis potest ex parte creaturae ratio aliqua
assignari, sed solum ex parte Dei. Nam, effectus praedestinationis sunt duo,
scilicet gratia et gloria. Effectuum autem qui ad gloriam ordinantur, potest
quidem ex parte voliti assignari ratio, scilicet gratia; puta, Petrum
coronavit quia legitime certavit, et hoc quia fuit firmatus in gratia; sed
gratiae, quae est primus effectus, non potest aliqua ratio assignari ex parte
hominis, quod sit ratio praedestinationis; quia hoc esset ponere, quod
principium boni operis sit in homine ex seipso et non per gratiam, quod est
haeresis Pelagiana, quae dicit principium boni operis esse ex parte nostra.
Sic ergo patet, quod ratio praedestinationis est simplex Dei voluntas;
propter quod dicit apostolus secundum propositum voluntatis suae. |
Cependant il faut remarquer que les effets sont la raison de la volonté divine, du côté de l’objet voulu, dans ce sens que l’effet antécédent est la raison de l’effet subséquent, en sorte toutefois qu’arrivant au premier effet, on ne puisse plus, au-delà, lui assigner d’autre raison que la seule volonté divine. Dieu, par exemple, veut que l’homme ait une main, pour que cette main obéisse à la raison, et que cet homme ait la raison, parce qu’il a voulu qu’il fût homme ; et il a voulu qu’il fût homme pour la perfection de son ouvrage universel. Et parce que c'est là le premier effet dans la création, on ne peut assigner, relativement à l’ensemble de la création, de raison prise du côté de la créature, mais seulement du côté du créateur, et cette raison c'est la volonté divine. Donc, suivant ces données, on ne peut non plus assigner aucune raison de la prédestination du côté de la créature, mais seulement du côté de Dieu. Car les effets de la prédestination sont au nombre de deux, à savoir la grâce et la gloire. Pour les effets qui se rapportent à la gloire, on peut bien, il est vrai, assigner une raison du côté de l’objet voulu, c'est-à-dire la grâce. Par exemple, Dieu a couronné Pierre, parce que Pierre a légitimement combattu, et il a combattu légitimement, parce qu’il été confirmé en grâce. Mais quant à la grâce, qui est l’effet premier, on ne peut, du côté de l’homme, donner de raison de la prédestination, car ce serait supposer que le principe de l’oeuvre méritoire serait en l’homme, venant de lui-même et non par l’effet de la grâce, ce qui est l’hérésie de Pélage, lequel prétend que le principe de l’acte méritoire vient de nous. Il est donc évident que la raison de la prédestination, c'est la simple volonté de Dieu; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 5) : par un effet de sa volonté. |
Qualiter autem intelligatur, quod Deus omnia
facit et vult propter suam bonitatem, sciendum est, quod aliqua operari
propter finem, potest intelligi dupliciter. Vel
propter finem adipiscendum, sicut infirmus accipit medicinam propter
sanitatem; vel propter amorem finis diffundendi, sicut medicus operatur
propter sanitatem alteri communicandam. Deus autem nullo exteriori a
se bono indiget, secundum illud Ps. XV, 2 : bonorum meorum non eges.
Et ideo cum dicitur, quod Deus vult et facit omnia propter bonitatem suam,
non intelligitur quod faciat aliquid propter bonitatem sibi communicandam,
sed propter bonitatem in alios diffundendam. Communicatur autem divina
bonitas creaturae rationali proprie, ut ipsa rationalis creatura eam
cognoscat. Et sic omnia quae Deus in creaturis rationalibus facit, creat ad
laudem et gloriam suam, secundum illud Is. c. XLIII, 7 : omnem, qui
invocat nomen meum, in gloriam meam creavi eum, ut scilicet cognoscat
bonitatem, et cognoscendo laudet eam. Et ideo subdit apostolus in
laudem gloriae gratiae suae, id est ut cognoscat quantum Deus sit
laudandus et glorificandus. Non dicit autem in laudem iustitiae; nam iustitia
ibi locum habet ubi invenitur debitum, vel etiam redditur; quod autem
praedestinatur ad vitam aeternam, non est debitum, ut dictum est, sed gratia
pure gratis data. Nec solum dicit gloriae, sed addit gratiae,
quasi gloriosae gratiae, quae est gratia, in qua ostenditur magnitudo
gratiae, quae consistit etiam in magnitudine gloriae, et modo dandi, quia
nullis meritis praecedentibus, sed adhuc immeritis existentibus eam dat. Unde Rm V, 8 s., commendat autem Deus suam
charitatem in nobis, quoniam si cum adhuc peccatores essemus, secundum tempus
Christus pro nobis mortuus est, etc., et parum post, cum inimici
essemus, reconciliati sumus Deo. Patet ergo quod praedestinationis
divinae nulla alia causa est, nec esse potest, quam simplex Dei voluntas. Unde
patet etiam, quod divinae voluntatis praedestinantis non est alia ratio, quam
divina bonitas filiis communicanda. |
Mais comment faut-il entendre que Dieu veut et fait toutes choses pour sa bonté ? Il faut savoir que ces termes : opérer une chose pour une fin, peuvent être entendus de deux manières. Ou d’une fin qu’on se propose d’atteindre, comme le malade prend un médicament pour recouvrer la santé; ou de l’amour avec lequel on veut procurer cette fin, comme le médecin agit pour rétablir dans les autres cette santé. Or Dieu n’a nullement besoin d’un bien quelconque en dehors de lui, selon ce qui est écrit (Psaume XV, 1) : "Vous n’avez aucun besoin de mes biens." Quand donc il est dit que Dieu veut et fait toutes choses par bonté, cela ne veut pas dire qu’il fasse quelque chose pour augmenter en lui-même sa propre bonté, mais qu’il le fait pour la répandre sur les autres. Or la bonté divine se communique, dans le sens propre, à la créature raisonnable, en donnant à cette créature de la connaître. Dans ce sens donc, tout ce que Dieu fait dans les créatures raisonnables, il le crée pour sa louange propre et pour sa gloire, suivant cette parole d’Isaïe (XLIII, 7) : "Tous ceux qui invoquent mon nom, c'est moi qui les ai créés pour ma gloire" c'est-à-dire pour qu’ils connaissent ma bonté, et qu’après l'avoir connue, ils la louent. Voilà pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 6) : afin que la louange et la gloire soit donnée à sa grâce, c'est-à-dire afin qu’on connaisse combien Dieu est digne de louange et de gloire. Saint Paul ne dit pas : pour la louange de sa justice; car la justice trouve son application là où existe un droir ou bien où le droit s’acquitte ; mais être prédestiné à la vie éternelle, ce n’est pas un droit : ainsi qu’il a été expliqué, c'est une grâce pure, et gratuitement donnée. Saint Paul ne dit pas non plus seulement pour la gloire, mais il ajoute de sa grâce, comme on dirait d’une grâce pleine de gloire, ce qui revient à dire qui est la grâce; et par cette expression il fait voir la grandeur de la grâce, qui consiste aussi dans la grandeur de la gloire et dans la manière de la donner; car nul mérite ne la précède, mais Dieu la donne à ceux qui sont encore sans mérite. C’est de là qu’il est dit (Rm V, 8) : "C’est en cela même que Dieu fait éclater son amour pour nous, puisque lorsque nous étions pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps, etc. " et peu après (verset 10) : "Lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui." Il est donc évident qu’il n’y a pour la prédestination divine, et qu’il ne saurait y avoir pour elle d’autre cause, que la simple volonté de Dieu. Il est également évident que dans l’acte de la prédestination, il n’y a pas d’autre cause de la divine volonté, que la bonté de Dieu, qui vient se communiquer à ses enfants. |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens I, 6 et 7 : La gratuité de la grâce |
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SOMMAIRE. L’Apôtre montre que la grâce nous est gratuitement donnée par Dieu en Jésus-Christ, qui nous a rachetés par son sang. |
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6 Par laquelle grâce, il nous
rendus agréables à son Fils bien-aimé, 7. Dans lequel nous trouvons la
rédemption par son sang, et la rémission des péchés selon les richesses de sa
grâce. |
[87788] Super Eph., cap. 1 l. 2 Hic
ponit apostolus quartum beneficium, scilicet gratificationis in collatione
gratiae. Circa quod duo facit. Primo tangit huius beneficii collationem;
secundo ostendit conferendi modum et conditionem, ibi in quo habemus
redemptionem, et cetera. Dicit ergo primo : ego dico, quod
praedestinati sumus in adoptionem filiorum, in laudem gloriae gratiae suae,
et dico gratiam, in qua gratificavit nos, et cetera. Circa
quod sciendum est quod idem est aliquid esse gratum alicui et esse dilectum
ei. Ille enim est mihi gratus quem diligo. Cum ergo Deus dilexerit nos ab
aeterno, nam elegit nos ante mundi constitutionem in charitate, sicut dictum
est, quomodo ergo in tempore gratificavit? Et dicendum est quod illos quos ab
aeterno in seipso dilexit, in tempore prout sunt in naturis propriis
gratificat, et illud quidem quod ab aeterno est, factum non est; quod vero in
tempore est, fieri dicitur. Unde hic apostolus dicit gratificavit, id
est gratos fecit, quod simus digni dilectione sua. I Io. III, v. 1 : videte
qualem charitatem dedit nobis Deus pater, ut filii Dei nominemur, et simus.
Consuevit autem distingui duplex gratia, scilicet gratis data, quae sine
meritis datur, Rm XI, 6 : si autem gratia, iam non ex operibus, alioquin
gratia, iam non est gratia, et gratia gratum faciens, quae nos facit Deo
gratos et acceptos, de qua dicitur hic. Notandum est autem, quod aliqui diliguntur
propter alium, et aliqui propter seipsos. Cum enim aliquem multum diligo,
diligo illum, et quidquid ad illum pertinet; nos autem a Deo diligimur, sed
non propter nos ipsos, sed in eo, qui per seipsum dilectus est patri. Et ideo
apostolus addit in dilecto filio, pro quo, scilicet, nos diligit,
inquantum sumus ei similes. Dilectio enim fundatur super similitudine. Unde
dicitur Eccli. c. XIII, 19 : omne animal diligit sibi simile. Filius
autem est per naturam suam similis patri, et ideo principaliter et per se
dilectus est, et ideo naturaliter et excellentissimo modo est patri dilectus.
Nos autem sumus filii per adoptionem, inquantum scilicet sumus conformes
filio eius, et ideo quamdam participationem divini amoris habemus. Io.
XIII, v. 35 : pater diligit filium, et omnia dedit in manu eius; qui
credit in filium, habet vitam aeternam. Col. I, 13 : transtulit nos in
regnum filii dilectionis suae. |
Ici l’Apôtre place le quatrième bienfait, c'est-à-dire d’être agréables à Dieu par le don de la grâce. Il rappelle I° le don de ce bienfait. II° il fait voir le mode et la condition de ce don (verset 7) : dans lequel nous trouvons la rédemption, etc… I° Il dit donc : nous avons été prédestinés pour devenir ses enfants adoptifs, afin que la louange et la gloire soient données à sa grâce, sa grâce, dis-je, par laquelle il nous a rendus agréables, etc. Il faut ici se rappeler qu’être agréable à quelqu’un, et lui être cher, c'est une seule et même chose, car celui que j’aime m’est agréable. Puisque donc Dieu nous a aimés de toute éternité, puisque, ainsi qu’il a été dit, il nous a élus avant la création du monde, dans son amour, comment nous a-t-il rendus agréables dans le temps ? Il faut dire que ceux qu’il a aimés en lui-même de toute éternité, il les rend agréables dans le temps, tels qu’ils sont dans leur nature propre. En effet, ce qui est de toute éternité, n’est pas fait; on ne dit "est fait" que de ce qui appartient au temps. Aussi l’Apôtre dit-il ici (verset 6) : Il nous a remplis de grâce, c'est-à-dire il nous a rendus agréables, afin que nous soyons dignes de son amour ; (I Jean, III, 1) : "Considérez l’amour que le Père nous a témoigné, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons en effet enfants de Dieu!" Or, on distingue ordinairement deux sortes de grâces : l’une gratuitement donnée, qui est accordée indépendamment des mérites ; (Rm XI, 6) : "Si c'est par grâce, ce n’est donc pas par les oeuvres, autrement la grâce ne serait plus une grâce." L’autre, qui rend agréable, nous fait devenir agréables à Dieu et lui plaire; c'est de celle-ci dont il est ici question. Remarquez que quelques-uns sont aimés pour eux-mêmes, et d’autres à cause d’un tiers. Car, si j’aime passionnément quelqu’un, je l’aime lui-même, et j’aime tout ce qui le concerne. Or nous sommes aimés de Dieu, mais non pas pour nous-mêmes, mais en celui qui pour lui-même est aimé du Père. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 6) : en son Fils bien aimé, pour lequel Dieu nous aime en tant que nous sommes semblables à lui. L’amour, en effet, est fondé sur la similitude; c'est de là qu’il est dit dans l’Ecclésiastique (XIII, 19) : "Tout animal aime son semblable." Or le Fils est par nature semblable à son Père; aussi en est-il particulièrement aimé, et pour lui-même, et par un sentiment conforme à la nature, et de la manière la plus excellente. Nous qui ne sommes qu’enfants adoptifs, nous sommes aimés de Dieu en tant que nous sommes en conformité avec son Fils, et par conséquent, autant que nous avons quelque participation au divin amour ; (Jean., I, 55) : "Le père aime le Fils, et il lui a mis toutes choses entre les mains. Celui qui croit au Fils, a la vie éternelle" ; (Col 1, 13) : "Il nous a transférés dans le royaume de Son Fils bien-aimé." |
Deinde cum dicit in quo habemus
redemptionem, etc., ponit modum ipsius. Circa
hoc autem duo facit. Quia primo proponit modum ex parte Christi; secundo ex
parte Dei, ibi secundum divitias gratiae eius, et cetera. Ex parte
Christi ponit duplicem modum, nam Christus per duo nos gratificavit. Sunt
enim duo in nobis quae repugnant gratificationi divinae, scilicet peccati
macula, et poenae noxa. Et sicut mors repugnat vitae, ita peccatum repugnat
iustitiae, ita ut per hoc elongati a Dei similitudine, Deo grati non essemus.
Sed per Christum nos gratificavit. Primo quidem ablata poena, et quantum ad
hoc dicit, quod in Christo habemus redemptionem, scilicet a servitute
peccati. I Petr. I, 18 : non corruptibilibus auro vel argento redempti
estis de vana vestra conversatione paternae traditionis, sed pretioso
sanguine, et cetera. Apoc. V, 9 : redemisti nos Deo in sanguine tuo.
Secundo dicimur redempti, quia a servitute,
qua propter peccatum detinebamur, nec per nos plene satisfacere poteramus,
per Christum liberati sumus, quia moriendo pro nobis satisfecit Deo patri, et
sic abolita est noxa culpae. Unde dicit in remissionem peccatorum. Io.
I, 29 : ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi. Lc. ult. 46 : oportebat
Christum pati et resurgere a mortuis die tertia, et praedicari in nomine eius
poenitentiam et remissionem peccatorum. |
II° Quand saint Paul dit (verset 7) : Dans lequel nous trouvons la rédemption, il explique le mode de ce bienfait, I. du côté de Jésus-Christ; II. du côté de Dieu (verset 7) : selon les richesses de sa grâce, etc. I. Du côté de Jésus-Christ ce don se fait de deux manières. Car Jésus-Christ nous a rendus agréables sous deux rapports. Il y a, en effet, en nous deux choses qui mettent obstacle à ce que nous soyons agréables à Dieu, à savoir la souillure du péché et le préjudice de la peine. Or de même que la mort répugne à la vie, ainsi le péché répugne à la justice, en sorte que, éloignés par lui de la ressemblance divine, nous ne pouvons être agréables à Dieu. Mais Dieu, en son Fils, nous a rendus agréables devant lui, d’abord en nous remettant la peine, et quant à ceci l’Apôtre dit (verset 7) que nous trouvons en Jésus-Christ la rédemption, à savoir de l’esclavage du péché ; (I Pierre, 1, 18) : "Ce n’a pas été par des choses corruptibles, comme de l’or et de l’argent, que vous avez été rachetés de la vaine superstition où vous avait fait vivre la tradition que vous aviez reçue de vos Pères, mais par le précieux sang, etc."; (Ap V, 9) : "Par votre sang vous nous avez rachetés pour Dieu." En second lieu, on dit que nous sommes rachetés, parce que de cette servitude où nous étions retenus à cause du péché, et pour laquelle nous ne pouvions, par nous-mêmes, pleinement satisfaire, nous en avons été délivrés par Jésus-Christ. Car en mourant pour nous, il a satisfait à Dieu son Père, et a acquitté ainsi le préjudice du péché. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 7) : et la rémission de nos péchés ; (Jean, I, 29) : "Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde" ; (Luc, XXIV, 46) : "Il fallait que le Christ souffrit de la sorte, qu’il ressuscitât le troisième jour, et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés." |
Modus autem ex parte Dei ponitur, cum dicit secundum
divitias, etc., quasi dicat, quod Deus gratificans nos, non solum culpam
remisit nobis, sed filium suum dedit, qui pro nobis satisfecit. Et hoc fuit
ex superabundanti gratia, qua voluit per hoc honorem humanae naturae
conservare, dum, quasi per iustitiam, homines a servitute peccati et mortis
voluit liberare per mortem filii sui. Et ideo dicit secundum divitias
gratiae eius, quasi dicat : hoc quod redempti sumus et gratificati sumus
per satisfactionem filii eius, fuit ex abundanti gratia et misericordia,
prout immeritis tribuitur misericordia et miseratio. Haec autem, quae dicta sunt, prosecuti sumus
secundum expositionem Glossae, quae quidem expositio videtur extorta, quia
idem continetur in uno, quod in alio. Nam idem est dictu elegit nos et
praedestinavit nos. Et idem dicitur per hoc, quod dicit ut essemus
sancti et immaculati, et per hoc quod dicit in adoptionem filiorum.
Propter quod sciendum est, quod est consuetudo apostoli, ut cum loquitur in
aliqua difficili materia, quae immediate sequuntur, sunt praemissorum
expositio, nec est ibi inculcatio verborum, sed expositio, et hunc modum
servat hic apostolus. Unde, servato eodem verborum pondere, aliter a
principio dividamus, et dicamus, quod pars ista, benedictus Deus,
etc., dividitur primo in tres partes, quia apostolus primo reddit gratiarum
actionem, ibi benedictus Deus, etc.; secundo recitat omnium
beneficiorum simul largitionem, ibi qui benedixit nos in omni benedictione
spirituali, etc.; tertio ponit divinorum beneficiorum in speciali apertam
expressionem, ibi sicut elegit, et cetera. Et haec dividitur in duas partes, quia primo
beneficia distincte exprimit; secundo ea exponit, ibi qui praedestinavit
nos, et cetera. Explicat autem beneficia : primo quantum ad
electionem; secundo quantum ad ea quae sequuntur, ibi ut essemus sancti,
et cetera. Exponit autem primo de electione. Est enim
duplex electio, scilicet praesentis iustitiae, et praedestinationis aeternae.
De prima Io. VI, 71 : nonne duodecim vos elegi, et unus ex vobis Diabolus
est? Et de hac apostolus non intendit hic, quia ista non fuit ante mundi
constitutionem, et ideo statim manifestat de qua intelligit, quia de secunda,
scilicet de aeterna praedestinatione; propter quod dicit praedestinavit
nos, et cetera. Et quia dicit in Christo, scilicet ut Christo
essemus similes et conformes, secundum quod adoptamur in filios, ideo subdit in
adoptionem filiorum per Iesum Christum. Hoc vero, quod dicit in
charitate, exponit cum dicit in quo habemus redemptionem per sanguinem
eius, quasi dicat : nos habemus, et cetera. Quod vero dicit et
immaculati, exponit cum dicit in remissionem peccatorum. Hoc vero
quod dicit in conspectu eius, exponit, dicens in laudem gloriae
gratiae suae. |
II. L’Apôtre expose le mode du coté de Dieu, quand
il dit (verset 7) : selon les richesses de sa grâce, en d’autres
termes, Dieu en nous rendant agréables à ses yeux, non seulement nous a remis
la faute du péché, mais nous a donné son Fils qui a satisfait pour nous. Et
cela s’est fait par une grâce surabondante, au moyen de laquelle il a voulu
conserver l’honneur de la nature humaine, se proposant de délivrer les hommes
de la servitude du péché et de la mort, pour ainsi dire en justice
rigoureuse, par la mort de son Fils. C’est ce qui fait dire à saint Paul
(verset 7) : selon les richesses de sa grâce, comme s’il disait : le
fait que nous ayons été rachetés, et que nous soyons devenus agréables à Dieu
par la satisfaction de son Fils, cela a été l’effet d’une grâce surabondante
et de la miséricorde, ainsi qu’on pardonne par pitié et par compassion, à
ceux qui ne le méritent pas. Dans l’explication qui précède, nous avons suivi
l’explication de la Glose, qui cependant parait forcée, car elle semble
confondre, car elle met la même chose dans une chose que dans une autre, les
expressions "il nous nous a choisis," et "il nous a
prédestinés." Elle ne distingue pas non plus : "afin que
nous soyons saints et irrépréhensibles," et ce que l’Apôtre dit à la
suite, "pour nous rendre ses enfants adoptifs." Il faut donc
ici remarquer que quand saint Paul aborde quelque matière difficile, c'est
chez lui une habitude que ce qui suit immédiatement soit comme l’exposition
des prémisses; il ne fait donc aucune répétition de mots, mais il expose.
Saint Paul procède ici à son ordinaire. Ainsi donc, laissant. à ses
expressions la même valeur, nous divisons autrement, dès les premiers termes,
et nous disons que ce passage (verset 5) : Béni soit Dieu, etc. se
partage d’abord en trois parties ; parce que l’Apôtre, en premier lieu,
exprime des actions de grâces, à ces mots (verset 5) : Béni soit Dieu,
etc., en second lieu il énumère simultanément tous les bienfaits
accordés, quand il dit (verset 5) : qui nous a comblés de toutes sortes de
bénédictions spirituelles en Jésus-Christ ; en troisième lieu, il
rapporte d’une manière expresse et détaillée les bienfaits divins (verset 4)
: ainsi qu’il nous a élus etc. Cette énumération se divise en deux
parties. Car d’abord il énonce distinctement ces bienfaits; ensuite il les
explique (verset 5) : nous ayant prédestinés, etc. Dans cette
explication, premièrement il traite de l’élection; secondement de ce qui la
suit (verset 4) : afin que nous soyons saints et irrépréhensibles. Et
d’abord l’élection. Or il y a une double élection, à savoir celle de la
justice présente et celle de la prédestination éternelle. De la première il
est dit en Jean (VI, 74) : "Ne vous ai-je pas choisis, vous les douze
? et néanmoins un de vous est un démon ?" Saint Paul ne parle pas
ici de cette élection, parce qu’elle ne se fit pas avant la création du
monde; c'est pourquoi il indique aussitôt quelle est celle dont il s’occupe :
c'est la seconde, à savoir la prédestination éternelle; c'est ce qui lui fait
dire (verset 5) : nous ayant prédestinés, etc. Et parce qu’il a dit : en
Jésus-Christ, c'est-à-dire afin que nous portions la ressemblance et la
conformité avec Jésus-Christ, en vertu desquelles nous pouvons être adoptés
comme enfants, il ajoute (verset 5) : pour nous rendre ses enfants
adoptifs par Jésus-Christ. Quant à ce qu’il a dit (verset 4) : par
l’amour, il l’explique en disant (verset 7) : dans lequel nous
trouvons la rédemption par son sang, comme s’il disait : nous avons, etc.
Cette expression (verset 4) : Irrépréhensibles, il en donne le sens,
en disant (verset 7) : et la rémission de nos péchés. Quant à cette
autre (verset 4) : en sa présence, il l’explique, quand il dit : pour
que la louange et la gloire en soi donnée à sa grâce etc. |
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Leçon 3 — Ephésiens I, 8 à 10 : La grâce des Apôtres |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre traite des bienfaits spécialement accordés aux apôtres : l’excellence de la sagesse, et la révélation du mystère caché. Il explique quel est ce mystère. |
[8] quae superabundavit in nobis in
omni sapientia et prudentia [9] ut notum faceret nobis sacramentum
voluntatis suae secundum bonum placitum eius quod proposuit in eo [10]
in dispensationem plenitudinis temporum instaurare omnia in Christo quae in
caelis et quae in terra sunt in ipso |
8. Qu’il a répandu (la rémission
des péchés) sur nous avec abondance, en nous remplissant d’intelligence et d
sagesse, 9. Pour nous faire connaître
aussi le mystère de sa volonté, fondé sur sa bienveillance, par laquelle il
avait résolu en soi-même, 10. Que les temps ordonnés par lui étant accomplis, il réunirait tout dans le Christ, tant ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. |
Positis beneficiis communiter omnibus collatis, hic
apostolus ponit beneficia specialiter apostolis collata. Dividitur autem haec
pars in duas, quia primo proponit beneficia singulariter apostolis collata;
secundo ostendit causam eorum, ibi in quo et nos sorte vocati, et
cetera. Circa primum tria facit, quia primo proponit singularia
apostolorum beneficia quantum ad excellentiam sapientiae; secundo quantum ad
specialem revelationem sacramenti absconditi, ibi ut notum faceret,
etc.; tertio exponit quid sit illud sacramentum, ibi secundum beneplacitum,
et cetera. Dicit ergo primo : dico quod secundum divitias gratiae eius omnes
fideles communiter, tam vos quam nos, habemus redemptionem et remissionem
peccatorum per sanguinem Christi; quae quidem gratia superabundavit
in nobis, id est abundantius fuit, quam in aliis. Ex quo apparet
temeritas illorum (ut non dicam error), qui aliquos sanctos praesumunt
comparare apostolis in gratia et gloria. Manifeste enim patet ex verbis
istis, quod apostoli habent gratiam maiorem quam aliqui alii sancti, post
Christum et virginem matrem. Si vero dicatur alios sanctos tantum mereri
posse quantum et apostoli meruerunt et per consequens tantam gratiam habere,
dicendum est quod bene argueretur si gratia pro meritis daretur; quod si ita
esset, iam non esset gratia, ut dicitur Rm XI, 6. Et ideo sicut Deus
praeordinavit aliquos sanctos ad maiorem dignitatem, ita et abundantiorem
gratiam eis infudit, sicut Christo homini, quem ad unitatem personae
assumpsit, contulit gratiam singularem. Et gloriosam virginem Mariam, quam in
matrem elegit et quantum ad animam et quantum ad corpus gratia implevit; et
sic apostolos, sicut ad singularem dignitatem vocavit, ita et singularis
gratiae privilegio dotavit; propter quod dicit apostolus Rm VIII, 23 : nos
ipsi primitias spiritus habentes. Glossa : tempore prius, et caeteris
abundantius. Temerarium est ergo aliquem sanctum apostolis comparare. Superabundavit ergo gratia Dei in apostolis in omni
sapientia. Nam apostoli
praepositi sunt Ecclesiae sicut pastores. Ier.
c. III, 15 : dabo vobis pastores secundum cor meum, et pascent vos
scientia et doctrina. Duo autem spectant ad pastores, scilicet ut sint
sublimes in cognitione divinorum, et industrii in actione religionis. Nam
subditi instruendi sunt in fide, et ad hoc necessaria est sapientia, quae est
cognitio divinorum, et quantum ad hoc dicit in omni sapientia. Lc.
XXI, 15 : ego dabo vobis os et sapientiam, cui non poterunt resistere nec
contradicere omnes adversarii vestri. Item, gubernandi sunt subditi in
exterioribus, et ad hoc necessaria est prudentia; dirigit enim in
temporalibus, et quantum ad hoc dicit prudentia. Matth. X, 16 : estote ergo prudentes, et
cetera. Sic ergo apparet beneficium apostolorum quantum ad excellentiam
sapientiae. |
Après
avoir exposé les bienfaits accordés communément à tous, saint Paul traite ici
de ceux qui ont été spécialement accordés aux apôtres. Cette partie se divise
en deux. Dans la première, on voit quels sont ces bienfaits reçus,
spécialement par les apôtres; dans la seconde, on en indique le motif (verset
10) : C’est aussi en lui que l’héritage nous est échu comme par sort, etc… Sur la première partie, saint Paul traite I° des dons particuliers faits aux apôtres quant à l’excellence de la sagesse; II° de ces mêmes dons, quant à la révélation spéciale du mystère caché (verset 9) : pour nous faire connaître, etc.; III° il explique quel est ce mystère (verset 9) : fondé sur sa bienveillance, etc. I° Il dit donc : J’ai affirmé que selon les richesses de la grâce de Dieu, tous les fidèles sans distinction, tant vous que nous, nous trouvons la rédemption et la rémission de nos péchés par le sang de Jésus-Christ. Toutefois cette grâce (verset 8) a surabondé en nous, c'est-à-dire a été en nous plus abondante que dans les autres. On voit par là quelle est la témérité (pour ne pas dire l’erreur), de ceux qui osent comparer, pour la grâce et pour la gloire, certains saints aux apôtres. Il est, en effet, évident par ce passage, qu’après Jésus-Christ et la Vierge Marie, les apôtres ont reçu une grâce plus grande que n’importe quels autres saints. Que si l’on prétend que les autres saints peuvent mériter autant que les apôtres ont mérité, et par conséquent obtenir une grâce aussi grande, il faut répondre que l’argument serait correct si la grâce était donnée selon les mérites. Mais s’il en était ainsi, la grâce ne serait plus grâce, comme il est dit (Rm XI, 6). Ainsi donc, de même que Dieu a prédisposé quelques saints à une dignité plus grande, il leur a communiqué une grâce plus abondante, comme il a donné au Christ fait homme, qu’il voulait élever jusqu’à l’unité de personne, une grâce sans égale. De même encore ayant choisi la glorieuse Vierge Marie pour Mère, il la remplit de grâces, et quant à l’âme et quant au corps; ainsi, de même qu’il a appelé les apôtres à une dignité singulière, il leur accorda le privilège d’une grâce exceptionnelle. C’est ce qui fait dire à saint Paul (Rm VIII, 23) : "Nous possédons les prémices de l’Esprit," avec la priorité quant au temps, dit la Glose, et plus d’abondance que les autres. Il est donc téméraire de comparer certains saints aux apôtres. Ainsi la grâce de Dieu a surabondé dans les apôtres, quant à l’étendue de la sagesse, car ils ont été préposés à toute l'Eglise comme pasteurs ; (Jérémie, III, 15) : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, et ils vous nourriront de la doctrine et de la science." Or les pasteurs ont deux obligations, savoir : d’être à un degré suréminent dans la connaissance des choses divines, et industrieux dans l’action du ministère religieux. Ils doivent, en effet, instruire dans la foi ceux qu’ils évangélisent, et pour remplir ce devoir, la sagesse, qui est la connaissance des choses divines, est indispensable; sur ce point l’Apôtre dit (verset 8) : En nous remplissant de sagesse ; (Luc, XXI, 15) : "Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister, et qu’ils ne pourront contredire." Ils doivent de plus gouverner ceux qui leur sont confiés dans les choses extérieures, et pour remplir ce devoir la prudence est nécessaire, car c’est elle qui l’emporte dans les choses temporelles. L’Apôtre dit donc par rapport à cette vertu (verset 8) : et de prudence ; (Matth., X, 16) : "Soyez donc prudents, etc." Ainsi se manifeste, dans les apôtres, le don de Dieu quant à l’excellence de la sagesse. |
Sequitur eorum beneficium quantum ad excellentiam
revelationis, ibi ut notum faceret sacramentum, etc., quasi dicat :
sapientia nostra non est ut sciamus naturas rerum et siderum cursus et
huiusmodi, sed in solo Christo. I Cor. II, 2 : non enim iudicavi me scire
aliquid inter vos, nisi Christum Iesum, et cetera. Unde hic dicit ut
notum faceret sacramentum, id est sacrum secretum, scilicet mysterium
incarnationis, quod fuit ab initio absconditum. Causam autem huius sacramenti
absconditi subdit, dicens voluntatis. Nam effectus futuri non
cognoscuntur, nisi cognitis causis, sicut eclipsim futuram non cognoscimus,
nisi cognoscendo causam eius. Cum ergo causa mysterii incarnationis sit
voluntas Dei : quia propter nimiam charitatem quam Deus habuit ad homines,
voluit incarnari, Io. III, v. 16 : sic enim Deus dilexit mundum, ut filium
suum unigenitum daret, voluntas autem Dei occultissima est, I Cor. II, 11
: quae Dei sunt, nemo novit, nisi spiritus Dei, causa ergo
incarnationis occulta fuit, nisi quibus Deus revelavit per spiritum sanctum,
sicut apostolus dicit I Cor. II, 10. Dicit ergo ut notum faceret
sacramentum, id est sacrum secretum, quod ideo est secretum, quia
voluntatis suae. Matth. XI, 25 : confiteor tibi, domine, pater caeli et
terrae, quia abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea
parvulis. Item Col. c. I, 26 : mysterium, quod absconditum fuit a
saeculis et generationibus; nunc autem manifestatum est sanctis eius, quibus
voluit Deus notas facere divitias gloriae sacramenti huius. |
II° Vient ensuite le don qui a rapport à l’excellence de la révélation (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, etc.; comme s’il disait : la sagesse que nous avons reçue, n’a pas pour but de connaître la nature des choses, le cours des astres, ou toute autre chose semblable; elle est en Jésus-Christ seul, (1 Co II, 2) : "Je n’ai pas fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ, etc. " C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, c'est-à-dire le secret divin, à savoir le mystère de l’incarnation, qui a été caché dès les commencements. L’Apôtre indique aussitôt la cause de ce mystère caché, lorsqu’il dit (verset 9) : de sa volonté, car les effets futurs ne sont connus qu’en connaissant leurs causes; c'est ainsi que nous ne connaissons que par sa cause une éclipse future. Donc comme la cause du mystère de l’incarnation est la volonté de Dieu, car ce n’est que par le grand amour que Dieu a eu pour les hommes, qu’il a voulu s’incarner ; (Jean, III, 16) : "Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique," et la volonté de Dieu étant très profondément cachée ; (1 Co II, 11) : "Nul ne connaît ce qui est en Dieu, que l’Esprit de Dieu," la cause de l’incarnation a donc été cachée pour tous ceux à qui Dieu ne l’a pas révélée par son Esprit Saint, comme le dit saint Paul (1 Co II, 10). L’Apôtre dit donc (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, c'est-à-dire, le secret de Dieu, qui est un secret pour la raison qu’il est l’effet de la volonté divine ; (Matth., XI, 25) : "Je vous bénis, Seigneur Père du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux petits" ; (Col I, 26) : "Le mystère, qui a été caché dans tous les siècles et dans tous les âges, et qui maintenant a été découvert à ses saints, auxquels Dieu a voulu faire connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère." |
Quid autem sit hoc sacramentum, exponit dicens secundum
beneplacitum, et cetera. Quae quidem sententia intricata est, et debet
sic construi : ut notum faceret, etc., quod quidem sacramentum est instaurare
omnia in Christo, id est per Christum. Omnia dico, quae in caelis et
in terra sunt. Instaurare, inquam, in eo, scilicet Christo, cum dispensatione
plenitudinis temporum, et hoc secundum beneplacitum eius. Ubi tria
tangit, scilicet sacramenti causam, temporis congruitatem, et sacramenti
utilitatem. |
III° saint Paul explique ensuite en quoi consiste ce même mystère, lorsqu’il dit (verset 9) : fondé sur sa bienveillance, etc. Ce passage est embrouillé, et doit être ainsi construit : pour nous faire connaître, etc. Or ce mystère consiste à réunir toutes choses en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ. "Toutes choses," c'est-à-dire : (verset 10) : tant qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. "Les réunir," avons nous dit, "en lui," c'est-à-dire en Jésus-Christ, après l’accomplissement des temps marqués, et cela, selon son bon plaisir. L’Apôtre indique ici trois choses, savoir la cause du mystère, l’opportunité du temps, et enfin les effets du mystère même. |
Causam quodam modo tangit,
cum dicit secundum beneplacitum. Licet autem quidquid Deo placet,
bonum sit, hoc tamen beneplacitum Dei anthonomastice bonum dicitur, quia per
ipsum ad perfectam fruitionem bonitatis perducimur. Ps. CXLVI, 11 : beneplacitum est domino super
timentes eum, et cetera. Rm XII, 2 : ut probetis quae sit voluntas Dei
bona, et beneplacens, et perfecta. |
I. Il en montre dans un certain sens la cause, quand il dit (verset 9) : selon son bon plaisir. Car bien que tout ce qui est agréable à Dieu soit bon, encore faut-il dire que ce bon plaisir de Dieu reçoit par antonomase la dénomination de bon, parce que par son moyen nous parvenons à la jouissance parfaite de la bonté ; (Psaume CXLVI, 11) : "Le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent, etc. " ; (Rm XII, 2) : "Afin que vous connaissiez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux et ce qui est parfait." |
Congruitas temporis fuit in dispensatione
plenitudinis, de qua dicitur Gal. c. IV, 4 : at ubi venit plenitudo
temporis, misit Deus filium suum factum ex muliere. Unde apostolus hic
excludit quaestionem frivolam, quam gentiles quaerere consueverunt. Ut enim
dicitur Iob XXIV, 1, ab omnipotente non sunt abscondita tempora, unde
sicut omnia ordinat et dispensat, ita et tempora, dispensando et accommodando
ea effectibus quos producit secundum congruentiam eorum. Sicut autem aliis
effectibus ab eo productis tempora ordinata sunt, ita et certum tempus
praeordinavit ab aeterno mysterio incarnationis. Quod quidem tempus, secundum
Glossam, existens fuit postquam homo convictus fuit de sua insipientia ante
legem scriptam, dum scilicet creaturas colebat ut creatorem, ut dicitur Rm I,
22 : dicentes se esse sapientes, stulti facti sunt; et de impotentia
per legem scriptam, quam implere non poterat. Ut sic homines adventum
Christi, de sua sapientia et virtute non praesumentes, non contemnerent, sed,
quasi infirmi et quodammodo ignari, Christum avidius affectarent. |
II. L’opportunité du temps se manifeste par l’accomplissement des temps fixés, dont il est dit (Galates IV, 4) : "Lorsque le temps a été accompli, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme." L’Apôtre ici réfute en passant une question frivole que les Gentils ont coutume de proposer; car, ainsi qu’il est dit au livre de Job (XXIV, 1) : "Les temps ne sont pas cachés au tout-puissant." De même donc qu’il règle et dispose toutes choses, en disposant et en accommodant les temps aux effets qu’il produit lui-même selon la meilleure convenance, ainsi il règle les temps en fonction des effets qu’ils produisent ; ainsi a-t-il fixé de toute éternité une époque au mystère de l’incarnation, et ce temps, suivant la Glose, arriva quand l’homme fut convaincu de manquer de sagesse, avant la Loi écrite, alors qu’il adorait les créatures au lieu du Créateur, comme il est dit (Rm I, 22) : "Ils sont devenus fous en s’attribuant le nom de sages;" et convaincus de son impuissance par la Loi écrite qu’il ne pouvait accomplir, en sorte que les hommes ne pouvant présumer de leur sagesse et de leur vertu, ne puissent en venir à mépriser l’avènement de Jésus-Christ, mais se sentant faibles et pour ainsi dire pleins d’ignorance, ils puissent se porter vers lui avec plus d’empressement. |
Et effectus huius sacramenti est instaurare omnia.
Nam inquantum facta sunt propter hominem, omnia instaurari dicuntur. Amos IX,
11 : suscitabo tabernaculum David quod cecidit, et reaedificabo aperturas
murorum eius, et ea quae corruerant, instaurabo. Omnia, inquam, quae
in caelis, id est Angelos : non quod pro Angelis mortuus sit Christus,
sed quia redimendo hominem, reintegratur ruina Angelorum. Ps. CIX, 6 : implevit
ruinas, et cetera. Ubi cavendus est error Origenis, ne per hoc credamus
Angelos damnatos redimendos esse per Christum, ut ipse finxit. Et quae in
terris, inquantum caelestia terrenis pacificat. Col. I, 20 : pacificans
per sanguinem crucis eius, sive quae in terris, sive quae in caelis sunt;
quod est intelligendum quantum ad sufficientiam, etsi omnia non restaurentur
quantum ad efficaciam. |
III. L’effet de ce mystère est de rétablir toutes choses ; les rétablir toutes, en effet, en tant qu’elles ont été faites pour l’homme ; (Amos IX, 11) : "Je relèverai le tabernacle de David qui est ruiné; je refermerai les ouvertures de ses murailles, et je rebâtirai ce qui était tombé." Tout rétablir, disons-nous, tout ce qui est dans les cieux, c'est-à-dire les anges : non pas pourtant que Jésus-Christ soit mort pour les anges, mais parce qu’en rachetant l’homme, le désastre qui suivit la défection des anges est réparé ; (Psaume CIX, 6) : "Il a comblé les ruines.[1]" Il faut ici se garder de l’erreur d’Origène, et ne pas prendre occasion de ce passage pour croire que les anges condamnés seront rachetés par Jésus-Christ, comme l’a supposé ce Père. (verset 10) : et ce qui est sur la terre, en tant qu’il remet en paix le ciel avec la terre ; (Col I, 20) : "Pacifiant par le sang qu’il a répandu sur la croix, tant ce qui est sur la terre, que ce qui est dans le ciel" ; ce qu’il faut entendre, quant au caractère suffisant de la réparation, et bien que tout ne soit pas rétabli d’une manière effective. |
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Lectio 4 |
Leçon 4 — Ephésiens I, 11 et 12 : L'appel gratuit de Dieu |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre fait voir qu’il a reçu de si grands bienfaits, non pour ses mérites propres, mais par la grâce de Dieu; et établissant que la vocation est gratuite, et la prédestination volontaire, il dit que la fin de l’une et de l’autre, c'est la louange et la gloire de Dieu. |
[11] in quo etiam sorte vocati sumus
praedestinati secundum propositum eius qui omnia operatur secundum consilium
voluntatis suae [12] ut simus in laudem gloriae eius
qui ante speravimus in Christo |
11. C’est aussi en lui que nous
avons été appelés à l’héritage, ayant été prédestinés par le décret de celui
qui a fait toutes choses selon le conseil de sa volonté, 12. Afin que nous soyons le sujet de la gloire et des louanges du Christ, nous qui, les premiers, avons espéré en lui. |
[87790] Super Eph., cap. 1 l. 4 Supra posuit
apostolus abundantiam gratiae, quam ipse et alii apostoli a Christo
receperunt. Ne autem crederet aliquis eos propriis meritis eam recepisse,
ideo consequenter ostendit, quod gratis eam receperunt, vocati a Deo non
propriis meritis. Dividitur autem pars ista in tres : quia primo proponit
gratuitam vocationem; secundo voluntariam Dei praedestinationem, ibi praedestinati
secundum propositum eius, etc.; tertio utriusque finem, ibi ut simus
in laudem gloriae eius, et cetera. Dicit ergo : dixi quod huiusmodi
gratia superabundavit in nobis, et quod in Christo omnia restaurata sunt. In
quo etiam, id est per quem Christum, nos sorte sumus vocati, id
est non nostris meritis, sed divina electione. Col. I, 12 : gratias
agentes Deo et patri, qui dignos nos fecit in partem sortis sanctorum, in
lumine, et cetera. Ps. XXX, 16 : in manibus tuis sortes meae. Ad huius autem intellectum sciendum est quod
multa fiunt inter homines, quae fortuita videntur et contingentia; quae tamen
sunt secundum divinam providentiam ordinata. Sors nihil aliud est, quam
exquisitio providentiae divinae de aliquo contingenti et humano. Unde
Augustinus super illud Ps. XXX, 16 : in manibus tuis sortes meae, dicit
quod sors non est aliquod malum, sed in rebus dubiis divinam exquirens
voluntatem. Est autem in sortibus triplex peccatum vitandum. Primo quidem
superstitionis; nam omnis vana et illicita religio superstitio est. Tunc ergo
in sortibus incurritur peccatum illicitae superstitionis, quando in eis
initur aliquod pactum cum Daemonibus. Unde dicitur Ez. XXI, 21 : stetit
rex Babylonis in bivio in capite duarum viarum divinationem quaerens,
commiscens sagittas. Interrogavit idola, exta consuluit. Commiscere
enim sagittas, ad sortilegium pertinet et interrogare idola ad
superstitionem. Et ibi sortilegium damnatur inter peccata ad superstitionem
pertinentia. Secundo vitandum est peccatum tentationis
Dei; nam quamdiu per se homo aliquid potest facere et scire quid debeat
facere, si tunc a Deo sorte, vel aliquo alio loco tali exploret quid facere
debeat, Deum tentat. Quando autem necessitas imminet, neque ipse per seipsum
iuvari potest, tunc licite a Deo inquirit quid facere debeat. II Par.
XX, 12 : cum ignoremus quid agere debeamus, hoc solum habemus residui, ut
oculos nostros dirigamus ad te. Tertio vitandum est peccatum vanitatis, quod
fit si de inutilibus et impertinentibus ad nos inquiramus, ut puta de futuris
contingentibus. Unde dicitur Act. I, 7 : non est vestrum nosse tempora,
vel momenta, quae pater posuit in sua potestate. |
Saint
Paul, dans ce qui précède, a fait ressortir l’abondance de la grâce, que
lui-même et les autres Apôtres ont reçu de Jésus-Christ. Mais pour que l’on
ne croie pas qu’ils ont reçu cette grâce pour leurs mérites propres, il
établit à la suite qu’elle leur a été gratuitement donnée, et que, appelés
par Dieu, ils ne l’ont pas été grâce à leurs mérites personnels. Cette partie
de l’Epître se subdivise en trois; l’Apôtre montre I° que la vocation est gratuite; II°
que la prédestination par Dieu est l’effet de sa volonté (verset 11) : Ayant
été prédestinés par le décret de celui qui, etc.; III° quelle est la fin de l’une
et l’autre (verset 12) : afin que nous soyons le sujet de la gloire, etc. I° Il dit donc : J’ai établi que la grâce dont nous parlons a été en nous surabondante, et que toutes choses ont été rétablies en Jésus Christ (verset 11). C’est aussi en lui, c'est-à-dire par ce même Jésus-Christ que l’héritage nous est échu comme par le sort, c'est-à-dire aucunement par vos mérites, mais par l’élection divine ; (Col I, 12) : "Rendant gloire à Dieu le Père, qui en nous éclairant de la lumière, nous a rendus dignes d’avoir part au sort et à l’héritage des saints, etc." ; (Psaume XXX, 16) : "Mon sort est entre vos mains." Pour entendre ceci, il faut se rappeler qu’il se passe parmi les hommes beaucoup de choses qui paraissent fortuites et contingentes, et qui toutefois sont réglées par la divine providence. Le hasard n’est autre chose que l’action de cette providence de Dieu à l’égard des événements humains et contingents. C’est ce qui fait dire à saint Augustin, sur Psaume XXX, 16 : "Mon sort est entre vos mains", que le sort n’est pas quelque chose de mauvais, mais la recherche de la volonté divine dans les événements douteux. Or il y a, à l’égard du sort, trois fautes à éviter. La première, celle de la superstition. Car toute pratique religieuse vaine et illicite est superstitieuse. On tombe donc, à l’égard du sort, dans la faute d’une superstition illicite, quand on fait quelque pacte avec les démons. C’est de là qu’il est dit (Ezéch., XXI, 21) : "Le roi de Babylone s’est arrêté à la tête des deux chemins; il a mêlé des flèches pour en tirer un augure de la marche qu’il doit prendre. Il a interrogé ses idoles, il a consulté les entrailles des bêtes mortes." En effet, mêler des flèches tient du sortilège, et interroger les idoles, c’est une superstition. Dans ce passage, Dieu condamne le sortilège et le range parmi les péchés qui appartiennent à la superstition. Le second péché à éviter est celui de tenter Dieu. Car tant que l’homme, par lui-même, peut faire une chose et savoir ce qu’il doit faire, s’il demande à Dieu par le sort ou si par quelque moyen de cette nature, il cherche à connaître ce qu’il doit faire, il tente Dieu. Mais quand la nécessité est urgente, et quand on ne peut se tirer d’affaire par soi-même, alors il est permis de demander à Dieu ce qu’il faut faire ; (II Chroniques, XX, 12) : "Comme nous ne savons pas même ce que nous avons à faire, il ne nous reste autre chose que de tourner les yeux vers vous." Enfin il faut éviter le péché de présomption, dans lequel on tombe, quand on s’inquiète de choses inutiles, ou qui ne nous concernent pas, par exemple, des événements futurs contingents. C’est de là qu’il est dit aux Actes (I, 7) : "Ce n’est pas à vous de savoir les temps et les moments que le Père a mis en son pouvoir." |
Potest ergo secundum hoc triplex sors accipi,
scilicet quaedam divisoria, quaedam consultoria et quaedam divinatoria.
Divisoria est cum aliqui dividentes haereditatem et concordare non valentes,
mittunt sortes, puta annulum, vel chartam, vel aliquid tale ostendendo,
dicentes : ille cuicumque evenerit, habebit partem istam in haereditate. Et
huiusmodi sortes possunt mitti licite. Prov. XVIII, 18 : contradictiones
comprimit sors : et inter potentes quoque diiudicat, id est inter
volentes dividere. Consultoria autem fit, quando quis dubitans quid facere
debeat, consulit Deum, mittens sortes. Ionae I, 7 dicitur, quod quando
supervenit tempestas illa in mari, consuluerunt Deum, sortem mittentes, ut
scirent cuius peccato tempestas illa venisset. Et hic modus licitus est,
maxime in necessitatibus et in electionibus potestatum saecularium. Unde
faciunt rotulos de cera, in quorum quibusdam ponunt aliquas chartas, et in
quibusdam non, quos bussulos vocant, ut illi quibus veniunt bussuli cum
chartis, habeant voces in electione. Sed hoc,
ante adventum spiritus sancti, apostoli fecerunt etiam in electione
spirituali, Act. I, 26, quando sors cecidit super Mathiam; sed hoc post
adventum spiritus sancti amplius non licet in praedictis electionibus, quia
hoc faciendo iniuriaretur spiritui sancto. Credendum
est enim, quod spiritus sanctus providet Ecclesiae suae de bonis pastoribus.
Unde post adventum spiritus sancti quando apostoli elegerunt septem diaconos,
non miserunt sortes; et ideo in nulla electione ecclesiastica hoc modo licet.
Divinatoria autem sors est inquisitio de
futuris soli divinae cognitioni reservatis. Et haec semper habet vanitatem
admixtam, nec potest sine vitio curiositatis fieri. Quia ergo sors nihil
aliud est quam inquisitio rerum quae ex divina voluntate fiunt, gratia autem
eius ex sola divina voluntate dependet, inde est, quod gratia divinae
electionis dicitur sors, quia Deus per modum sortis secundum occultam
providentiam, non ex alicuius meritis, per gratiam internam vocat. |
On peut donc, d’après ceci, prendre dans une triple acception le mot "sort", à savoir comme moyen de partage, de consultation, de présage de l’avenir. On le prend comme moyen de partager, quand ne pouvant s’accorder pour répartir un héritage, on tire au sort, par exemple, et montrant un anneau, un livre, ou tout autre objet semblable, l’on dit : celui à qui cet objet arrivera, l’aura pour sa part d’héritage. Les sorts peuvent être, dans ce sens, tirés légitimement ; (Proverbes XVIII, 18) : "Le sort apaise les différends; il est arbitre même entre les grands," c'est-à-dire entre ceux qui veulent partager. On s’en sert pour consulter, quand hésitant sur ce que l’on doit faire, on interroge Dieu, en tirant les sorts. Il est dit (Jonas, I, 7) que la tempête s’étant élevée, ils consultèrent Dieu, et tirèrent les sorts, afin de savoir par la faute de qui cette tempête était venue. Cette manière est licite surtout dans le cas de nécessité, et dans les élections des puissances séculières. De là cette coutume de faire avec de la cire des rouleaux, auxquels on donne le nom de Bussuli, et de mettre, dans quelques-uns seulement des bulletins, afin que ceux auxquels arriveront les rouleaux renfermant les bulletins, aient des suffrages dans l’élection. Les apôtres agirent ainsi, même dans une élection spirituelle, mais avant la descente de l’Esprit Saint (Act., I, 26), quand le sort tomba sur Matthias ; mais depuis que l’Esprit Saint a été donné, il n’est plus permis de le faire dans le processus de l’élection, car ce serait faire injure au Saint-Esprit. On doit, en effet, croire que le Saint-Esprit pourvoira son Eglise de bons pasteurs. Aussi, après l’avènement de l’Esprit Saint, quand les apôtres choisirent les sept diacres, ils ne tirèrent pas les sorts; et ainsi dans les élections ecclésiastiques, la chose n’est plus permise. Le sort divinatoire est la recherche de l’avenir, réservé exclusivement à la science divine. Cette espèce porte toujours avec elle quelque présomption, et ne peut guère se pratiquer sans qu’il y ait vice de curiosité. Le sort n’étant donc autre que le désir de connaître ce qui dépend de la volonté divine, il s’ensuit que la grâce de l’élection divine retient le nom de sort, parce que Dieu, comme par une sorte de sort, appelle, selon sa providence cachée, non d’après les mérites de qui que ce soit, mais par sa grâce intérieure. |
Deinde cum dicit praedestinati, etc.,
ponit voluntariam Dei praedestinationem, de qua dicitur Rm VIII, 30 : quos
praedestinavit, hos et vocavit. Cuius quidem praedestinationis ratio non
sunt merita nostra, sed mera Dei voluntas, propter quod subdit secundum
propositum eius. Rm c. VIII, 28 : scimus quoniam diligentibus Deum
omnia cooperantur in bonum, his qui secundum propositum vocati sunt sancti.
Quod autem secundum propositum praedestinaverit, probat, quia non solum hoc,
sed etiam omnia alia, quae Deus facit, operatur secundum consilium
voluntatis suae. Ps. CXXXIV, 6 : omnia quaecumque voluit dominus fecit.
Is. XLVI, 10 : consilium meum stabit, et omnis voluntas mea fiet. Non
autem dicit secundum voluntatem, ne credas quod sit irrationabilis, sed secundum
consilium voluntatis suae, id est secundum voluntatem suam quae est ex
ratione, non secundum quod ratio importat discursum, sed secundum quod
designat certam et deliberatam voluntatem. |
II° Quand l’Apôtre dit (verset 11) : Ayant été prédestinés, etc., il établit que c’est la volonté de Dieu qui opère la prédestination, dont il est dit (Rm VIII, 30) : "Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés." La raison de cette prédestination, ce ne sont pas nos mérites, mais la simple volonté de Dieu; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 11) : selon le décret de celui, etc. ; (Rm VIII, 28) : "Car nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, qu’il a appelés suivant son décret pour être saints." Que Dieu ait prédestiné suivant sa volonté, il le prouve en ce que Dieu fait non seulement ceci, mais tout ce qu’il fait d’après le dessein de sa volonté ; (Psaume CXXXIV, 6) : "Le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu" ; (Isaïe, XLVI, 10) : "Toutes mes résolutions seront immuables, et toutes mes volontés s’exécuteront." L’Apôtre dit non seulement selon sa volonté, pour que l’on ne s'imagine pas qu’elle est irrationnelle, mais selon le décret de sa volonté, c'est-à-dire selon sa volonté qui se détermine d’après la raison, non pas en tant que la raison suppose le raisonnement, mais en tant qu’elle désigne une volonté certaine et délibérée. |
Ultimo autem tangit finem utriusque, scilicet
praedestinationis et vocationis, scilicet laudem Dei. Unde dicit ut simus
in laudem gloriae eius nos, qui ante speravimus in Christo, et per nos,
qui credimus in Christo, laudetur gloria Dei. Is. LV, 12 : montes et
colles cantabunt coram Deo laudem. Laus autem gloriae Dei, ut dicit
Ambrosius, est cum multi acquiruntur ad fidem, sicut gloria medici est cum
multos acquirit et curat. Eccli. II, 9 : qui timetis dominum, sperate in
illum, et in oblectatione veniet vobis misericordia. |
III° L’Apôtre enfin indique la fin de l'une et de l’autre,
c'est-à-dire de la prédestination et de la vocation. Cette fin, c'est la
louange de Dieu, ce qui lui fait dire (verset 12) : afin que nous soyons le
sujet de la gloire et des louanges qui lui appartiennent, nous qui avons les
premiers espéré en Jésus-Christ, et que par nous, qui croyons en
Jésus-Christ, soit exaltée la gloire de Dieu ; (Isaïe LV, 12) : "Les
montagnes et les collines retentiront, devant Dieu, de cantiques de
louanges." Or, comme remarque saint Ambroise, la louange de la
gloire de Dieu, c'est la conversion d’un grand nombre à la foi, comme la
gloire du médecin est d’acquérir et de guérir beaucoup de malades ;
(Ecclesiastique II, 9) : "Vous qui craignez le Seigneur, espérez en
lui, et sa miséricorde viendra vous combler de joie." |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens I, 13 et 14 : Les grâce des Ephésiens |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre énumère les bienfaits particuliers que Dieu accordés aux Ephésiens : la prédication de l’Evangile, la conversion à la foi, et la justification gratuite. |
[13] in quo et vos cum audissetis
verbum veritatis evangelium salutis vestrae in quo et credentes signati estis
Spiritu promissionis Sancto [14]
qui est pignus hereditatis nostrae in redemptionem adquisitionis in laudem
gloriae ipsius |
13. En qui (le Christ) vous
aussi, après avoir entendu la parole de l’Evangile de votre salut, et y avoir
cru, vous avez été scellés du sceaux de l’Esprit Saint qui avait été promis, 14. Lequel est le gage de notre héritage, jusqu’à la parfaite délivrance du peuple que Jésus-Christ s’est acquis pour la louange de sa gloire. |
[87791] Super Eph., cap. 1 l. 5 Postquam
enarravit apostolus beneficia collata communiter omnibus fidelibus, exhibita
specialiter apostolis, hic consequenter enumerat beneficia ipsis Ephesiis
collata. Dividitur autem pars ista in duas, quia primo proponit beneficia eis
exhibita; secundo insinuat affectum suum ex ipsis beneficiis excitatum, ibi propterea
et ego audiens, et cetera. Prima iterum in tres dividitur, secundum tria
beneficia eis exhibita; quia primo proponit beneficium praedicationis;
secundo beneficium conversionis ad fidem, ibi in quo et credentes signati
estis; tertio beneficium iustificationis, ibi signati estis, et
cetera. Dicit ergo quantum ad primum in quo,
scilicet Christo, et vos cum audivissetis, id est cuius beneficio et
virtute audivistis, verbum veritatis, id est verbum praedicationis, in
quantum ipse Christus ad vos praedicatores misit. Rm X,
14 : quomodo audient sine praedicante? Quomodo vero praedicabunt, nisi
mittantur? Item infra eodem : ergo fides ex auditu, auditus autem per
verbum Dei. Eius ergo beneficio audiunt, qui praedicatores eis mittit.
Lc. XI, 28 : beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud. Hoc
verbum praedicationis tripliciter commendat apostolus. Primo a
veritate cum dicit verbum veritatis quippe quia accipit originem a
Christo, de quo dicitur Io. c. XVII, 17 : sermo tuus veritas est; Iac.
I, v. 18 : voluntarie genuit nos verbo veritatis suae. Secundo quia
est Annuntiatio bona. Unde dicit Evangelium, quod quidem annuntiat
summum bonum et vitam aeternam; et anthonomastice verbum fidei, Evangelium
dicitur, quasi Annuntiatio summi boni. Is. LII, 7 : quam pulchri pedes
annuntiantis et praedicantis pacem, annuntiantis bonum, praedicantis salutem,
eodem 41, super montem excelsum ascende tu qui evangelizas Sion. Et
hoc est quantum ad futura bona. Tertio describitur et commendatur quantum ad
bona praesentia, quia salvat. Unde dicit salutis vestrae, id est quod
creditum dat salutem. Rm I, 16 : non enim erubesco Evangelium
: virtus enim Dei est in salutem omni credenti. I Cor.
XV, 1 : notum autem vobis facio, fratres, Evangelium, quod praedicavi
vobis, quod et accepistis, in quo et statis, per quod et salvamini. |
Après
avoir rappelé les bienfaits accordés en commun à tous les fidèles, et
spécialement aux apôtres, saint Paul énumère ici les grâces données aux
Ephésiens. Cette partie se divise en deux. L’Apôtre d’abord énonce les grâces
qu’ils ont reçues; ensuite il fait entrevoir les sentiments qu’excitent en
lui ces grâces (verset l5) : C’est pourquoi, ayant appris, etc. La
première de ces subdivisions se partage elle-même en trois parties qui
répondent aux trois grâces reçues, I° saint Paul rappelle le bien de la
prédication; II°
de la conversion à la foi (verset 13) : en qui, après avoir cru, vous avez
été scellés ; III° celui de la justification (verset 15) : Vous
avez été scellés, etc. I° Il dit donc, quant à la première de ces grâces : en qui, ou dans lequel, Jésus-Christ : vous-mèmes, après avoir entendu, c'est-à-dire ayant entendu par sa grâce et par sa puissance la parole de vérité, en d’autres termes la parole de la prédication, en tant que Jésus lui-même vous a envoyé des prédicateurs ; (Rm X, 14) : "Comment en entendront-ils parler, si personne ne leur prêche et comment leur prêcheront-ils s’ils ne sont envoyés? " et à la suite : "Donc, la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend vient de la parole de Dieu". Ils entendent donc par le bien que leur fait celui qui leur envoie des prédicateurs ; (Luc, XI, 28) : "Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent." L’Apôtre relève cette parole de la prédication par trois motifs : d’abord pour sa vérité, en disant (verset 15) : la Parole de vérité, car elle tire son origine de Jésus-Christ, dont il est dit (Jean XVII, 17) : "Votre parole est la vérité même" ; (Jacques I, 18) : "C’est lui qui par sa volonté nous a engendrés par la Parole de vérité." Ensuite parce que c'est une bonne nouvelle. Aussi l’appelle-t-il : Evangile, c'est-à-dire ce qui annonce le bien souverain et la vie éternelle, c'est de là que par antonomase la parole de la foi est appelée Evangile, comme si l’on disait : l’annonce du bien souverain ; (Isaïe, LII, 7) : "Que les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix sont beaux ! de celui qui annonce la bonne nouvelle, qui prêche le salut ! " et au même prophète (XL, 9) : "Montez sur une haute montagne vous qui annoncez l’Evangile à Sion." Ceci quant aux biens à venir. Enfin il la dépeint et l’exalte quant aux biens présents, en ce qu’elle procure le salut. C’est ce qui lui fait dire (verset 15) : de votre salut, c'est-à-dire : ce qui, étant reçu par la foi, procure le salut. (Rm I, 16) : "Car je ne rougis pas de l’Evangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient" ; (1 Co XV, 1) : "Il ne me reste plus maintenant qu’à vous faire souvenir de l’Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel aussi vous êtes sauvés." |
Quantum autem ad beneficium conversionis ad
fidem, dicit in quo, scilicet Christo, id est, in cuius operatione vos
credentes, signati estis. Quod quidem beneficium ideo apponitur fidei,
quia fides necessaria est audientibus. Frustra enim quis audiret verbum
veritatis, si non crederet, et ipsum credere est per Christum. Infra
II, 8 : gratia enim estis salvati per fidem. Et hoc non ex vobis, donum
enim Dei est. |
II° Quant à la grâce de la conversion à la foi, saint Paul dit (verset 15) : en qui, c'est-à-dire en Jésus-Christ, ou par l’opération duquel, après avoir cru, vous avez été scellés. Et cette grâce est jointe à la foi, parce que la foi est indispensable aux auditeurs. En effet, c'est en vain qu’on entendrait la parole de vérité, si l’on ne croyait pas, et le fait même de croire se fait par Jésus-Christ (ci-après, II, 8) : C’est par la grâce de Dieu que vous êtes sauvés par la foi et cela ne vient pas de vous, car c'est un don de Dieu. |
Quantum vero ad beneficium iustificationis
dicit signati estis, et hoc per spiritum sanctum, qui datus est
vobis, de quo dicit tria, scilicet quod est signum, et quod est spiritus
promissionis, et quod est pignus haereditatis. Signum quidem est inquantum
per eum infunditur charitas in cordibus nostris, qua distinguimur ab his qui
non sunt filii Dei. Et quantum ad hoc dicit signati estis, scilicet
divisi a grege Diaboli. Infra cap. IV, v. 30 : nolite contristare spiritum
sanctum Dei, in quo signati estis, et cetera. Sicut enim homines gregibus
suis apponunt signa, ut ab aliis distinguantur, ita dominus gregem suum, id
est populum suum, spirituali signo voluit signari. Dominus
autem populum peculiarem habuit, in veteri quidem testamento Iudaeos. Ez.
XXXIV, 31 : vos autem greges mei, greges pascuae meae homines estis.
Unde Ps. XCIV, v. 7 : nos autem populus eius, et oves pascuae eius. Sed quia hic grex in pascuis corporalibus
pascebatur, scilicet in doctrina corporali et in bonis temporalibus, Is. I,
19 : si volueritis et audieritis me, bona terrae comedetis, ideo eum
dominus corporali signo, scilicet circumcisionis, ab aliis separavit et
distinxit. Gen. XVII, 13 : eritque pactum meum in carne vestra. Prius
autem dicitur : circumcidetis carnem praeputii vestri, ut sit signum
foederis inter me et vos. In novo autem testamento gregem habuit
populum Christianum. I Petr. II, 25 : conversi estis nunc ad pastorem et
episcopum animarum vestrarum. Io. X, 27 : oves meae vocem meam audient,
et cetera. Sed grex iste pascitur in pascuis doctrinae spiritualis et
spiritualibus bonis, ideo eum signo spirituali ab aliis dominus distinxit. Hoc
autem est spiritus sanctus, per quem illi qui Christi sunt, distinguuntur ab
aliis qui non sunt eius. Quia autem spiritus sanctus amor est, ergo
tunc spiritus sanctus datur alicui, quando efficitur amator Dei et proximi. Rm
V, 5 : charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per spiritum sanctum,
et cetera. Signum ergo distinctionis est charitas, quae est a spiritu sancto.
Io. XIII, 35 : in hoc cognoscent omnes, quia mei discipuli estis, si
dilectionem habueritis ad invicem. Spiritus ergo sanctus est quo
signamur. |
III° Par rapport à la grâce de la justification, l’Apôtre ajoute (verset 15) : avez été scellés, et cela, par l’Esprit Saint qui vous a été donné ; il assigne à l’Esprit Saint trois caractères, à savoir, qu’il est un signe; qu’il est l’Esprit de promesse, et qu’il est le gage de l’héritage. I. Il est un signe, en ce que c'est par lui qu’est versée dans nos coeurs la charité, par laquelle nous sommes distingués de ceux qui ne sont pas enfants de Dieu. Sur ce point, l’Apôtre dit (verset 13) : Vous avez été scellés, c'est-à-dire séparés du troupeau de Satan ; (ci-après, IV, 30) : N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, dont vous avez été marqués, etc. Car ainsi que les hommes apposent leur marque à leurs troupeaux afin de les distinguer les uns des autres, ainsi le Seigneur a voulu que son troupeau, c'est-à-dire son peuple, fût distingué par une marque spirituelle; or le Seigneur eut son peuple particulier, dans l’ancien Testament, ce sont les Juifs ; (Ezech., XXXIV, 31) : "Mais vous, les brebis de mon pâturage, vous mes brebis, vous êtes des hommes." C’est de là qu’il est dit (Psaume XCIV, 7) : "Nous sommes son peuple, les brebis de ses pâturages." Mais comme ce troupeau paissait dans des pâturages matériels, c'est-à-dire dans une doctrine « matérielle », et avec des récompenses terrestres (Isaïe, I, 19) : "Si donc vous voulez m’écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre," le Seigneur voulut pour ce motif le marquer et le séparer des autres par un signe corporel, savoir la circoncision ; (Gene., XVII, 13) : "Ce pacte que je fais avec vous sera marqué dans votre chair, etc.", et auparavant (verset 11) : "Vous circoncirez votre chair, afin que cette circoncision soit la marque de l'alliance que je fais avec vous." Mais dans le nouveau Testament, il eut pour troupeau le peuple chrétien ; (I Pierre, II, 25) : "Vous êtes retournés au Pasteur et à l’Evêque de vos âmes" ; (Jean, X, 7) : "Mes brebis entendent ma voix, etc. " Or ce troupeau paît dans les pâturages de la doctrine spirituelle, et pour des récompenses spirituelles, aussi le Seigneur l’a t-il distingué des autres par un signe spirituel; et ce signe, c'est l’Esprit Saint, par lequel ceux qui sont à Jésus-Christ, sont distingués de ceux qui ne lui appartiennent pas. Mais parce que le Saint-Esprit est amour, il est donné a quiconque s’élève à l’amour de Dieu et du prochain ; (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit, etc." Le signe donc de la séparation est la charité qui vient de l’Esprit Saint. (Jean, XIII, 35) : "C’est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres." Le sceau que nous avons reçu c'est donc l’Esprit Saint. |
Spiritus vero promissionis dicitur triplici
ratione. Primo quia promissus est fidelibus. Ez. XXXVI, 26 : spiritum
novum ponam in medio vestri. Et Ez. XXXVII, 6 : dabo vobis spiritum
novum. Secundo quia datur cum quadam promissione; ex hoc enim ipso quod
datur nobis, efficimur filii Dei. Nam per spiritum sanctum efficimur unum cum
Christo, Rm VIII, 9 : si quis autem spiritum Dei non habet, hic non est
eius, et per consequens efficimur filii Dei adoptivi, ex quo habemus
promissionem haereditatis aeternae, quia si filii, et haeredes Rm VIII,
17. Tertio dicitur pignus, inquantum facit certitudinem de promissa
haereditate. Nam spiritus sanctus inquantum adoptat in filios Dei, est
spiritus promissionis, et ipsemet est signum promissionis adipiscendae. Sed,
ut dicitur in Glossa, alia littera habet qui est arra haereditatis, et
forte melius, quia pignus est aliud a re pro qua datur, et redditur postquam
ille, qui pignus recipit, rem sibi debitam recipit. Arra autem non est aliud
a re pro qua datur, nec redditur; quia datur de ipso pretio, quod non est
auferendum, sed complendum. Deus autem dedit nobis charitatem tamquam pignus,
per spiritum sanctum, qui est spiritus veritatis et dilectionis. Et ideo
huiusmodi non est aliud, quam quaedam particularis et imperfecta participatio
divinae charitatis et dilectionis, quae quidem non est auferenda, sed
perficienda, ideo magis proprie dicitur arra quam pignus. Tamen potest
nihilominus et pignus dici. Nam per spiritum sanctum Deus nobis diversa dona
largitur, quorum quaedam manent in patria, ut charitas, quae nunquam excidit,
I Cor. XIII, 8; quaedam vero propter sui imperfectionem non manent, sicut
fides et spes, quae evacuabuntur ut ibidem dicitur. Sic
ergo spiritus sanctus dicitur arra per respectum ad ea quae manent, pignus
vero per respectum ad ea quae evacuabuntur. |
II. Il est appelé l’Esprit de la promesse pour trois raisons. Premièrement, parce qu’il a été promis aux fidèles (Ecclesiastique XXXVI, 26) : "Je mettrai un Esprit nouveau au milieu de vous;" et (Ezech XXXVII, 6) : "Je vous donnerai un Esprit nouveau." Secondement parce qu’il est donné avec une promesse spéciale, car par cela même qu’il nous est donné, nous devenons enfants de Dieu. Par l’Esprit Saint, en effet, nous ne faisons plus qu’un avec Jésus-Christ ; (Rm VIII, 9) : "Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Jésus-Christ, il n’est pas à Jésus-Christ" ; par conséquent nous sommes les fils adoptifs de Dieu, et par là nous avons la promesse de l’héritage éternel, car (Rm VIII, 17) : "Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers." Troisièmement l’Esprit Saint est appelé un gage, en ce qu’il nous donne la certitude de l’héritage promis. Car cet Esprit, en ce qu’il nous adopte comme enfants de Dieu, est un Esprit de promesse dont nous obtiendrons l’effet. Une autre version, remarque la Glose, appelle le Saint-Esprit les arrhes de l’héritage; peut-être est-ce la meilleure, car le gage est différent de l’objet pour lequel il est donné, on le rend après qu’on a reçu l’objet qui était dû. Les arrhes, au contraire, ne diffèrent en rien de l’objet pour lequel elles sont données on ne les rend pas parce qu’elles font partie du prix même qui ne doit pas être partagé, mais complété. Or Dieu nous a donné, comme gage, la charité par l’Esprit qui est l’Esprit de vérité et d’amour; par conséquent un gage de cette sorte n’est rien d’autre qu’ une sorte de communication partielle et imparfaite de la divine charité et de l’amour, qui ne sera pas enlevée, mais perfectionnée. On doit donc de préférence lui donner le nom d'arrhes plutôt que celui de gage. Toutefois on peut l’appeler gage, car Dieu, par l’Esprit Saint nous accorde différents dons, dont quelques-uns subsistent dans la patrie [céleste], par exempte, la charité qui ne périra jamais (I Corinth. XIII, 8) ; d’autres, à cause de leur imperfection, n’y subsisteront plus, par exemple la foi et l’espérance, qui seront détruites, ainsi qu’il est dit au même endroit. Dans ce sens le Saint-Esprit prend le nom d’arrhes, par rapport aux dons qui demeurent, et celui de gage par rapport à ceux qui finiront. |
Ad quid autem signati sumus, subdit, dicens
in redemptionem. Nam si aliquis de novo aliqua animalia
acquireret et adderet gregi suo, imponeret eis signa acquisitionis illius.
Christus autem acquisivit populum ex gentibus. Io. X, 16 : alias oves
habeo, quae non sunt ex hoc ovili, et illas oportet me adducere, et
cetera. Et ideo impressit eis signum acquisitionis. I Petr. II, 9 : gens
sancta, populus acquisitionis. Act. XX, 28 : quam acquisivit sanguine
suo. Sed quia Christus acquisivit populum istum, non sic quod nunquam
fuerit suus, sed quia aliquando fuerat suus, sed opprimebatur a servitute
Diaboli, in quam peccando se redegit, ideo non dicit simpliciter acquisivit,
sed addit in redemptionem, quasi dicat : non simpliciter de novo
acquisiti, sed quasi a servitute Diaboli per sanguinem eius redempti. I Petr.
I, 18 : non corruptibilibus auro et argento redempti estis, et cetera.
Acquisivit ergo Christus nos redimendo, non quod accrescat inde aliquid Deo;
quia bonorum nostrorum non indiget. Iob XXXV, 7 : si iuste egeris, quid
donabis ei? Aut quid de manu tua recipiet? Ad quid autem acquisiverit nos
Christus, subdit in laudem gloriae ipsius, id est ut ipse Deus
laudetur. Is. XLIII, 7 : qui invocat nomen meum, in gloriam meam creavi
eum. |
III. L’Apôtre explique ensuite pour quel motif nous
avons été marqués de ce sceau, lorsqu’il dit (verset 14) : pour la
rédemption. Si, en effet, un maître faisait l’acquisition de quelque
bétail, et l’adjoignait à son troupeau, il lui imposerait la marque de son
acquisition. Or Jésus-Christ a tiré son peuple du milieu des Gentils ;
(Jean, X, 16) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette
bergerie. Il faut que je les amène, etc." ; il leur a donc
imprimé le sceau de son acquisition ; (I Pierre, II, 9) : "Vous
êtes une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis" ;
(Actes XX, 28) : "Qu’il s'est acquis de son propre sang." Toutefois,
parce que Jésus-Christ a acquis ce peuple, non pas comme s’il ne lui eût
jamais appartenu, mais comme ayant été le sien pendant un temps, bien qu’il
fût opprimé par la servitude de Satan, à laquelle il s’était soumis par le
péché, ainsi donc l’Apôtre ne dit pas simplement ‘il s’est acquis’, mais il
ajoute (verset 14) : pour la rédemption comme s’il disait : Il ne l’a
pas seulement acquis de nouveau, mais il l’a comme racheté de la servitude du
démon par son propre sang ; (I Pierre, I, 18) : "Ce n’a pas été
par des choses corruptibles, comme de l’or ou de l’argent, que vous avez été
rachetés, etc." Jésus-Christ nous a donc acquis en nous rachetant,
non pas pourtant que Dieu s’en trouve augmenté en quoi que ce soit, parce
qu’il n’a nullement besoin de nos biens ; (Job, XXXV, 7) : "Si
vous êtes juste, que donnerez vous à Dieu ? ou que recevra-t-il de votre main
?" L’Apôtre explique pour quelle fin Jésus-Christ nous a rachetés,
en disant (verset 14) : pour la louange de sa gloire, c'est-à-dire
pour que Dieu lui-même reçoive la louange ; (Isaïe, XLIII, 7) : "Ceux
qui invoquent mon nom, je les ai créés pour ma gloire." |
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Lectio 6 |
Leçon 6 — Ephésiens I, 15 à 19 : Action de grâce |
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SOMMAIRE : saint Paul est transporté d’amour pour les grâces que Dieu a accordées aux Ephésiens. Il rend grâces pour le passé et prie pour l’avenir. |
[15] propterea et ego audiens fidem vestram
quae est in Domino Iesu et dilectionem in omnes sanctos [16] non cesso gratias agens pro vobis
memoriam vestri faciens in orationibus meis [17] ut Deus Domini nostri Iesu
Christi Pater gloriae det vobis spiritum sapientiae et revelationis in
agnitione eius [18] inluminatos oculos cordis vestri
ut sciatis quae sit spes vocationis eius quae divitiae gloriae hereditatis
eius in sanctis [19] et quae sit supereminens
magnitudo virtutis eius in nos qui credidimus secundum operationem potentiae
virtutis eius |
15. C’est pourquoi ayant appris
quelle est votre foi au Seigneur Jésus, et votre amour envers tous les
saints, 16. Je ne cesse pas de rendre
des actions de grâces pour vous, me souvenant de vous dans mes prières; 17. Afin que le Dieu de notre
Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne l’Esprit de sagesse et
de révélation pour le connaître; 18. Qu’il éclaire les yeux de
votre coeur, pour vous faire savoir quelle est l’espérance à laquelle il vous
a appelés, quelles sont les richesses et la gloire de l’héritage qu’il
destine aux saints; 19. Et quelle est la grandeur suprême du pouvoir, qu’il exerce en nous qui croyons. |
[87792] Super Eph., cap. 1 l. 6 Postquam
enumeravit apostolus beneficia Ephesiis collata per Christum, hic ostendit
quomodo affectus suus crevit ad eos. Dividitur autem haec pars in tres
partes, quia primo praemittitur bonorum, quae audivit de eis, commemoratio;
secundo de perceptis beneficiis gratiarum debita actio, ibi non cesso
gratias agens, etc.; tertio subditur pro futuris beneficiis eius oratio,
ibi memoriam vestri faciens, et cetera. |
Après avoir énuméré les grâces accordées aux Ephésiens par Jésus Christ, l’Apôtre montre comment son affection s’est accrue pour eux. Cette partie se subdivise en trois : I° saint Paul rappelle d’abord le bien qui lui a été dit des Ephésiens; II° il rend grâces pour les bienfaits qu’ils ont reçus (verset 16) : Je ne cesse pas de rendre des actions de grâce, etc. III° Il y joint sa prière pour les grâces qu'ils obtiendront encore (verset 16) : me souvenant de vous, etc. |
Bona autem quae de eis audivit, sunt duo, unum quo ordinantur ad Deum,
et hoc est fides, et quantum ad hoc dicit propterea et ego audiens fidem
vestram, quae est in Christo Iesu, quae quidem facit habitare Deum in
homine. Infra III, 17 : habitare Christum per
fidem in cordibus vestris. Item, corda purificat. Act. XV, 9 : fide
purificans corda eorum. Item, sine lege iustificat. Rm III, 28 : arbitramur
iustificari hominem per fidem sine operibus legis. Secundum quo ordinantur ad proximum,
et hoc est dilectio, et quantum ad hoc dicit et dilectionem, id est
opera charitatis, quae quidem dilectio est spirituale signum, quod homo sit
discipulus Christi. Io. XIII, 35 : in hoc cognoscent omnes,
quia mei estis discipuli, si dilectionem, et cetera. Et ibidem XIII, 34 :
mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem, et cetera. Dilectionem,
dico, in omnes sanctos. Nam omnes quos ex charitate diligimus, debemus
eos diligere vel ideo quia sancti sunt, vel ut sancti sint. Gal. VI, 10 : dum
tempus habemus, operemur bonum ad omnes, maxime autem ad domesticos fidei,
et cetera. |
I° Le bien que l’Apôtre a appris des Ephésiens, est de deux sortes. L’un est la foi qui les a unis à Dieu. Quant à ce bien saint Paul dit (verset 15) : C’est pourquoi ayant appris quelle est votre foi au Seigneur Jésus, cette foi qui fait habiter Dieu dans l’homme (ci-après, III, 17) : [Qu’il fasse] que Jésus-Christ habite par la foi dans vos cœurs ; de plus elle purifie les cœurs, (Act., XV, 9) : "Ayant purifié leurs coeurs par la foi", elle justifie sans la Loi ; (Rm III, 28) : "Nous devons reconnaître que l’homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la Loi." L’autre qui les unit au prochain : c'est l’amour, dont il dit (verset 15) : et votre amour, c'est-à-dire les oeuvres de la charité; amour, qui est le signe spirituel du disciple de Jésus-Christ. (Jean, XIII, 35) : "L’on connaîtra à cette marque que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour, etc.", et auparavant (verset 34) : "Je vous laisse un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les antres, etc." L’amour, dis-je, envers tous les saints, car tous ceux que nous aimons de charité, nous devons les aimer, ou parce qu’ils sont saints, ou afin qu’ils le deviennent : (Galates VI, 10) : "Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, mais principalement aux enfants de la foi, etc." |
Deinde cum dicit non cesso, etc., agit
apostolus gratias de bonis et beneficiis huiusmodi auditis, dicens non
cesso gratias agens, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 16) : "Je ne cesse pas, etc.", il remercie de ces grâces et de ces bienfaits dont on lui a rendu compte, en disant : Je ne cesse pas de rendre grâces, etc. |
Contra, quia non semper poterat continue pro
eis gratias agere. Respondeo. Apostolus dicit non cesso, id est horis
debitis; vel non cesso quia affectus gratias agendi pro vobis sine cessatione
habitualiter est in me. Col. I, 9 : non cessamus pro vobis orantes, et
postulantes, et cetera. Rm I, 9-10 : sine intermissione memoriam
vestri facio semper in orationibus meis. |
On objecte qu’il lui était impossible de rendre grâces continuellement pour eux. Réponse : L’Apôtre dit : Je ne cesse pas, à savoir aux moments convenables. Ou encore : je ne cesse pas parce que le sentiment qui me porte à rendre grâces pour vous est habituellement et sans cesse en moi : (Colossiens I, 9) : "Nous ne cessons pas de prier et de demander pour vous, etc." ; (Rm 1, 9) : "Je me souviens sans cesse de vous dans mes prières." |
Consequenter orat apostolus pro beneficiis
eis in futurum concedendis, et quantum ad hoc dicit memoriam vestri,
et cetera. Et haec dividitur in tres, quia primo proponit quaedam quae eis petit;
secundo exponit ea, ibi in agnitionem eius, etc.; tertio ostendit
exemplar et formam illorum, ibi secundum operationem potentiae, et
cetera. Dicit ergo quantum ad primum : non solum
gratias ago quantum ad beneficia praeterita, quae recepistis, et quantum ad
bona audita de vobis, sed etiam oro ut omnino in futurum accrescant. Memoriam
vestri faciens in orationibus meis, pro his scilicet, ut
Deus domini nostri Iesu Christi, pater gloriae, et cetera. Ubi sciendum
quod dominus noster Iesus Christus et Deus et homo est. Et inquantum homo
est, Deum habet, cum sit compositus ex anima et corpore, quorum utrique, cum
sint creaturae, competit Deum habere; secundum autem quod Deus est, patrem
habet. Io. XX, 17 : ascendo ad patrem meum et patrem vestrum; Deum meum et
Deum vestrum. Similiter etiam secundum quod est Deus, est gloria patris.
Hebr. I, 3 : qui cum sit splendor gloriae, et cetera. Est etiam gloria
nostra, quia ipse est vita aeterna. I Io. c. ult., 20 : simus in vero
filio eius, hic est verus Deus, et vita aeterna. Sic ergo dicit ut
Deus domini nostri Iesu Christi, secundum quod est homo, et pater
eiusdem, secundum quod est Deus; pater, inquam, gloriae, scilicet
Christi, qui est gloria eius, Prov. X, 1 : gloria patris filius sapiens,
etc., et gloriae nostrae, inquantum dat omnibus gloriam. Deinde cum dicit det vobis, etc., ponit
ea quae petit, quae sunt duo. Ubi sciendum est, quod quaedam sunt dona
communia omnibus sanctis, scilicet illa quae sunt necessaria ad salutem, ut
fides, spes, charitas, et haec habebant, ut iam patet. Alia autem sunt dona
specialia, et quantum ad hoc pro eis orat; primo quidem pro dono sapientiae,
et quantum ad hoc dicit ut det vobis spiritum sapientiae, quem nullus
potest dare, nisi Deus. Sap. IX, 17 : sensum autem tuum quis sciet, nisi
tu dederis sapientiam, et miseris spiritum sanctum tuum de altissimis?
Secundo orat pro dono intellectus, et hoc consistit in revelatione
spiritualium secretorum, propter quod dicit et revelationis, quae
etiam a solo Deo est. Dan. II, 28 : est Deus in caelis revelans mysteria.
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III° Saint Paul prie ensuite pour les grâces qui seront accordées dans l’avenir aux Ephésiens, en disant (verset 16) : me souvenant de vous dans mes prières, etc. Cette partie se subdivise en trois : I. l’Apôtre exprime certaines demandes qu’il fait pour eux; II. il les développe (verset 17) : pour le mieux connaître, etc., III. il montre l’exemplaire et la forme de ce qu’il a demandé (verset 19) : selon l’efficacité de sa force et de sa puissance, etc. I. Il dit donc, sur le premier de ces points : non seulement je rends grâces pour les bienfaits passés que vous avez reçus, et pour le bien que j’ai appris de vous, mais je demande encore, que ces dons reçoivent à l’avenir un complet accroissement (verset 16) : me souvenant de vous dans mes prières, à savoir afin d’obtenir (verset 17) : que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, etc… Remarquez que Notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu et homme; or, en tant qu’homme, il a un Dieu, puisqu’il est composé d’un corps et d’une âme, qui étant l’un et l’autre créature, dépendent également de Dieu; en tant qu’il est Dieu, il a un père : (Jean XX, 17) : "Je monte vers mon Père et votre Père; vers mon Dieu et votre Dieu." Semblablement encore, en tant qu’il est Dieu, il est la gloire de son Père : (Hébreux I, 3) : "Et comme il est la splendeur de la gloire, etc. " il est aussi notre gloire, parce qu’il est lui-même la vie éternelle ; (I Jean, V, 20) : "Afin que nous soyons en son vrai Fils; c'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle." L’Apôtre s’exprime donc ainsi : afin que le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ, en tant que notre Seigneur Jésus-Christ est homme et son Père, en tant qu’il est Dieu ; le Père, c'est-à-dire : de la gloire, c'est-à-dire de Jésus-Christ, qui est la gloire du Père ; (Prov., X, 1) : "La gloire du Père, c'est la sagesse du fils, etc.", et de notre gloire, en ce qu’il donne la gloire à tous. Quand il ajoute (verset 17) : vous donne, etc., il exprime ses demandes, au nombre de deux. Il faut se rappeler ici que certains dons sont communs à tous les saints, à savoir ceux qui sont nécessaires au salut, la foi, par exemple, l’espérance, la charité; or il apparaît que les Ephésiens avaient déjà ces dons. Mais il y a d’autres dons spéciaux : ces dons, l’Apôtre les demande à Dieu pour les Ephésiens. D’abord celui de sagesse, dont il dit (verset 47) : afin qu’il vous donne l’Esprit de sagesse, que personne ne peut donner si n’est Dieu : (Sagesse, IX, 17) : "Et qui pourra connaître votre pensée, si vous ne donnez vous-même la sagesse, et si vous n’envoyez votre Esprit Saint du haut des cieux ?" En second lieu l’Apôtre demande le don d’intelligence, qui consiste dans la révélation des mystères spirituels ; c'est ce qui lui fait dire (verset 17) : et de révélation, qui ne peut également venir que de Dieu : (Daniel II, 28) : "Il y a dans le ciel un Dieu qui révèle les mystères." |
Exponit autem quae sint ista quae petit, et
primo quod pertinet ad donum sapientiae; secundo quod pertinet ad donum
intellectus, ibi ut sciatis, quae sit spes, et cetera. Ad donum autem
sapientiae pertinet cognitio divinorum. Unde petere donum sapientiae est
petere quod habeant cognitionem Dei, et hoc petit ibi in agnitionem Dei,
etc., quasi dicat : hoc peto ut per spiritum sapientiae habeatis illuminatos
oculos cordis vestri in agnitionem, scilicet clariorem, eius,
scilicet Dei. Ps. XII, 4 : illumina oculos meos, et cetera. Hoc est
contra eos, qui habent oculos illuminatos tantum ad temporalia cognoscenda,
cum magis tamen sit necessarium et etiam gloriosum cognoscere Deum. Ier. III,
23 s. : non glorietur sapiens in sapientia sua, et non glorietur dives in
divitiis suis; sed in hoc glorietur, qui gloriatur, scire et nosse me. |
II. Saint Paul explique ensuite la portée de ce
qu’il demande; et d’abord ce qui a rapport au don de sagesse; ensuite au don
d’intelligence, (verset 18) : afin que vous sachiez quelle est
l’espérance, etc. I° Au don de la sagesse appartient la connaissance des choses divines. Demander le don de sagesse, c'est donc demander que les Ephésiens aient la connaissance de Dieu. Or c'est la prière de saint Paul, à ces mots (verset 17) : pour le connaître; comme s’il disait : je fais cette demande afin que par l’esprit de sagesse (verset 18), vous ayez les yeux de votre coeur éclairés pour le connaître..., c'est-à-dire, d’une connaissance plus complète, à savoir, celle de Dieu ; (Ps. XII, 4) : "Eclairez mes yeux, etc." Ce passage condamne ceux dont les yeux ne sont éclairés que pour connaître les choses du temps; tandis qu’il est bien autrement nécessaire et même glorieux de connaître Dieu ; (Jérémie IX, 2) : "Que le sage ne se glorifie pas dans sa sagesse, que le riche ne se glorifie pas dans ses richesses; mais que celui qui se glorifie, dit le Seigneur, mette sa gloire à me connaître et à savoir…" |
Ad donum autem intellectus tria pertinentia
ponit : unum quantum ad statum praesentem, et duo quantum ad futurum. Ad
statum vero praesentem pertinet spes, quae est necessaria ad salutem. Rm VIII,
v. 24 : spe enim salvi facti sumus, et cetera. Et quantum ad hoc dicit
ut sciatis quae, id est quanta, sit spes vocationis eius, id
est virtus spei, et de quanta re sit. Quae quidem et maxima est, quia de
maximis. I Petr. I, v. 3 : regeneravit nos in spem vivam per
resurrectionem Iesu Christi ex mortuis, et cetera. Et fortissima
virtutum. Hebr. VI, 18 : fortissimum solatium habeamus, qui confugimus ad
tenendam propositam spem; quam sicut anchoram habemus animae, et cetera. |
2° saint Paul exprime trois dons qui se rattachent à celui d’intelligence. Le premier a rapport au temps présent; les deux autres à l’avenir. - A) A l’état présent appartient l’espérance, qui est nécessaire au salut ; (Rm VIII, 24) : "Car nous ne sommes sauvés qu’en espérance, etc." Quant à cette vertu, l’Apôtre dit (verset 18) : afin que vous sachiez quelle est, c'est-à-dire combien grande est, l’espérance de sa vocation, c'est-à-dire la vertu d’espérance et la grandeur de son objet. Or cet objet est très grand, car il embrasse de très grandes choses ; (I Pierre, I, 3) : "Il nous a régénérés par la résurrection de Jésus-Christ, d’entre les morts, pour nous donner la vive espérance, etc." Elle est aussi la plus forte de toutes les vertus ; (Hébreux VI, 18) : "pour que nous ayons une puissante consolation, nous qui avons mis notre refuge dans la recherche et l’acquisition des biens qui nous sont proposés par l’espérance, laquelle est à notre âme, comme une ancre, etc." |
Sed quia ea quae speramus, sunt de futura
vita, ideo alia duo pertinent ad vitam futuram; unum quidem pertinet ad omnes
iustos communiter, quod est praemium essentiale, et quantum ad hoc, dicit et
quae divitiae gloriae, et cetera. Ubi ponit quatuor ad illa dona
pertinentia. Primum est, quod sunt copiosissima, et quantum ad hoc, dicit divitiae.
Prov. I, 33 : abundantia perfruetur, terrore malorum sublato. Ps. CXI,
3 : gloria et divitiae in domo eius, et cetera. Prov. c. VIII, 18 : mecum
sunt divitiae et gloria, et cetera. Secundo quod sunt clarissima, et
quantum ad hoc dicit gloriae. Rm II, 10 : gloria autem, et honor,
et pax omni operanti bonum, et cetera. Tertio quod sunt stabilissima, et
quantum ad hoc dicit haereditatis. Ea enim quae haereditaria sunt,
stabiliter possidentur. Eccli. XXXI, 11 : stabilita sunt bona illius in
domino. Ps. XV, 5 : dominus pars haereditatis meae et calicis, et
cetera. Quarto, quod erunt intima, et quantum ad hoc dicit in sanctis.
Rm VIII, 18 : non sunt condignae passiones huius temporis, et cetera. II
Cor. IV, 17 : supra modum in sublimitate gloriae pondus operatur in nobis.
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- B) Mais comme ce que nous espérons appartient à la vie future, les deux autres dons se rattachent à cette vie. Le premier s’étend à tous les justes en général, c'est la récompense essentielle, et à son propos l’Apôtre dit (verset 18) : et quelles sont les richesses et la gloire, etc. Saint Paul énumère ici quatre qualités de ce don : Les premières, les plus fécondes et dont Paul dit : les richesses ; (Proverbes I, 33) : "[Celui qui m’écoute] jouira d’une abondance de biens, sans craindre aucun mal; (Psaume CXI, 3) : "La gloire et les richesses sont dans sa maison, etc. " ; (Proverbes VIII, 18) : "Les richesses et la gloire sont avec moi, etc." Secondement les plus éclatantes, aussi dit-il : et la gloire ; (Rm II, 10) : "La gloire, l’honneur et la paix seront à tout homme qui fait le bien, etc." Troisièmement les plus stables dont saint Paul dit : de l’héritage ; (Ecclesiastique XXXI, 11) : "C’est pourquoi tous ses biens ont été affermis dans le Seigneur" ; (Psaume XV, 5) : "Le Seigneur est la part qui m'est échue en héritage et la portion, etc." Quatrièmement elles seront intimes ; c'est ce qui lui fait dire : aux saints. (Rm VIII, 18) : "Les souffrances de la vie présente n’ont pas de proportion, etc." ; (2 Co IV, 17) : "[Le moment si court et si léger des afflictions]… produit en nous, au-delà de toute mesure, le poids éternel d’une incomparable gloire." |
Aliud quod ponit pertinens ad futuram gloriam,
est quod specialiter pertinet ad apostolos, unde dicit et quae sit
(supple sciatis) supereminens magnitudo virtutis eius in nos, scilicet
apostolos. Quasi dicat : licet omnibus sanctis abundanter divitias gloriae tribuat,
supereminentius tamen tribuet apostolis. Magnitudo enim virtutis ostenditur
in effectu. Unde quanto magis effectus virtutis divinae in aliquo invenitur,
tanto ibi virtus divina maior ostenditur, licet in seipsa sit una et
indivisa. Et ideo, quia maior effectus virtutis divinae est in apostolis,
ideo magnitudo virtutis erit in eis. Et quod maior sit in eis effectus
ostendit, dicens qui credimus, id est qui sumus primitiae credentium.
II Cor. IV, 13 s. : nos credimus, propter quod et loquimur, scientes quod
ille, qui suscitavit Iesum, et nos cum Iesu suscitabit. Propter quod
dicebat II Tim. c. I, 12 : scio cui credidi, et cetera. Ideo illi
inter vos per quos alii instructi sunt et vocati ad fidem, sicut doctores,
praeeminentius praemiabuntur; quia, ut dicitur in Glossa quoddam
incrementum gloriae habebunt summi doctores ultra illud quod communiter omnes
habebunt propter quod Dan. XII, 3 docti assimilantur splendori
firmamenti, sed doctores assimilantur stellis : qui autem docti fuerint,
fulgebunt quasi splendor firmamenti, et qui ad iustitiam erudiunt multos,
quasi stellae in perpetuas aeternitates. |
- C) Le second don appartenant à la vie future, est celui qui est spécialement réservé aux apôtres (verset 19) : et qui est la grandeur suprême du pouvoir qu’il exerce en nous, à savoir en nous apôtres ; en d’autres termes : Bien que Dieu accorde abondamment à tous les saints les richesses de sa gloire, toutefois il les accordera avec plus de surabondance aux apôtres. Car la grandeur de la force se reconnaît à ses effets. Plus donc l’effet de la puissance divine est grand dans un homme, plus cette puissance s’y montre grande, bien qu’en elle-même elle soit une et indivisible. Voilà pourquoi, plus l’effet de la puissance divine est grand dans les apôtres, plus la grandeur de cette puissance se manifestera en eux. Or que l’effet de la puissance ait été grand dans les apôtres, saint Paul le montre en disant (verset 19) : en nous qui croyons, c'est-à-dire nous qui sommes les prémices de ceux qui croient ; (2 Co IV, 13) : "Nous croyons aussi nous autres, et c'est aussi pourquoi nous parlons, sachant que celui qui a ressuscité Jésus-Christ, nous ressuscitera avec Jésus." C’est aussi ce qui lui faisait dire (II Tim., I, 12) : "Je sais à qui je me suis confié, etc." Ceux-là donc d’entre vous, par lesquels les autres ont été instruits et appelés à la foi, seront récompensés, comme docteurs, d’une manière plus éclatante; car, dit la Glose, "il sera donné aux docteurs éminents comme un supplément de gloire au delà de ce que les autres saints auront communément reçu". Voilà pourquoi (Daniel, XII, 3) les savants sont assimilés à la splendeur du firmament, et les docteurs aux étoiles : "Ceux qui auront été instruits brilleront comme les feux du firmament, et ceux qui auront enseigné à beaucoup la voie de la justice, luiront comme des étoiles dans toute l’éternité." |
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Lectio 7 |
Leçon 7 — Ephésiens I, 19 à 21 : Le Christ, modèle de notre glorification |
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SOMMAIRE : Que le modèle de notre propre glorification sera la glorification de Jésus-Christ même, dont l’Apôtre exalte, dans un langage admirable, la gloire, la vertu et l’immense puissance. |
[19] et quae sit supereminens
magnitudo virtutis eius in nos qui credidimus secundum operationem potentiae
virtutis eius [20] quam operatus est in Christo
suscitans illum a mortuis et constituens ad dexteram suam in caelestibus [21] supra omnem principatum et
potestatem et virtutem et dominationem et omne nomen quod nominatur non solum
in hoc saeculo sed et in futuro |
19 Selon l’efficacité de sa
force et de sa puissance; 20. Qu’il a fait paraître en la
personne du Christ, en le ressuscitant d’entre les morts, en le faisant
asseoir à a droite dans le ciel, 21. Au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances, de toutes les vertus, de toutes les dominations et de tous les litres qui peuvent être non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle futur. |
[87793] Super Eph., cap. 1 l. 7 Enumeratis
beneficiis, quae apostolus conferenda optat Ephesiis in futurum, hic consequenter
ponit formam et exemplar illorum beneficiorum. Sicut
autem vita Christi est forma et exemplar iustitiae nostrae, ita et gloria et
exaltatio Christi est forma et exemplar gloriae et exaltationis nostrae. Ideo
hic apostolus duo facit, quia primo proponit formam exaltationis beneficiorum
et donorum in generali; secundo manifestat eam in speciali, ibi suscitans
illum a mortuis, et cetera. |
Après avoir énuméré les grâces qu’il désire être accordées dans l’avenir aux Ephésiens, saint Paul explique maintenant quelle sera la forme et l’exemplaire de ces grâces. Or de même que la vie de Jésus-Christ est la forme et l’exemplaire de notre justice, la gloire et l’exaltation de ce même Jésus-Christ sont la forme et le modèle de notre gloire et de notre exaltation. L’Apôtre fait donc ici deux choses : I° il expose la forme de l’exaltation des grâces et des dons, en général ; II° il les explique en particulier (verset 20) : en le ressuscitant d’entre les morts, etc. |
Forma autem et exemplar operationis divinae
in nos, est operatio divina in Christo. Et quantum ad hoc dicit secundum
operationem, id est ad similitudinem operationis, potentiae virtutis
eius, id est virtuosae potentiae Dei, quam operatus est in Christo,
exaltans caput illud, supple : ita virtuose operabitur in nobis. Phil.
III, 20 s. : salvatorem expectamus dominum nostrum Iesum Christum, qui
reformabit corpus humilitatis nostrae, et cetera. Nos autem exaltari ad
similitudinem exaltationis Christi frequenter legimus in Scriptura. Rm VIII,
17 : si compatimur, ut et glorificemur. Item
Apoc. III, 21 : qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo, sicut et
ego vici et sedi cum patre meo in throno eius. |
I° La forme et l’exemplaire de l’opération divine en nous est cette opération en Jésus-Christ. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) : selon l’efficacité, c'est-à-dire à la ressemblance de l’efficacité de sa puissance, ou de la puissance pleine de force de Dieu, (verset 20) : qu’il a fait paraître en Jésus-Christ ; en exaltant le chef, entendez : il agira en nous avec la même puissance ; (Philipp., III, 20) : "Nous attendons le sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps tout vil et abject qu’il soit, etc. " Que nous devions être exaltés, à la ressemblance de l’exaltation de Jésus-Christ, nous le lisons fréquemment dans les Ecritures ; (Rm VIII, 17) : "Pourvu que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui" ; et encore (Apoc., III, 21) : "Celui qui sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi-même j’ai été victorieux et comme moi-même je me suis assis avec mon Père sur mon trône". |
Consequenter explicat formam et exemplar in
speciali, manifestans ea quae pertinent ad exaltationem Christi, loquendo de
Christo inquantum est homo, dicens suscitans illum, et cetera. Circa
quod tria beneficia ponit exaltationis Christi. Primum est transitus de morte
ad vitam, et quantum ad hoc dicit suscitans illum a mortuis. Secundum
est exaltatio ad gloriam altissimam, et quantum ad hoc dicit constituens
illum ad dexteram suam. Tertium est sublimatio ad potentiam maximam, et
quantum ad hoc dicit et omnia subiecit sub pedibus eius. |
II° L’Apôtre explique ensuite, d’une manière spéciale, la forme et le modèle, en montrant ce qui appartient à l’exaltation de Jésus-Christ, parlant de Jésus-Christ en tant qu’homme (verset 20) : en le ressuscitant d’entre les morts. Il rappelle donc trois effets de cette exaltation. Le premier est le passage de la mort à la vie, dont il dit (verset 20) : en les ressuscitant d’entre les morts ; le second, l’exaltation au plus haut degré de gloire, ce qui lui fait dire (verset 20) : et le faisant asseoir à sa droite dans le ciel ; le troisième, l’élévation à la suprême puissance (verset 20) : et il a mis toutes choses sous ses pieds. |
Dicit ergo quantum ad primum : dico quod
hoc erit secundum operationem quam operatus est in Christo, scilicet Deus
pater eadem virtute, quam habet cum Christo. Unde et
ipse Christus seipsum resuscitavit, et Deus pater eum resuscitavit. Rm c.
VIII, 11 : si spiritus eius, qui suscitavit Iesum a mortuis habitat in
vobis, qui suscitavit Iesum a mortuis, vivificabit et mortalia corpora vestra.
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I. Saint Paul dit donc, quant au premier de ces effets : notre exaltation se fera selon l’efficacité que Dieu a fait paraître en la personne de Jésus-Christ, c'est-à-dire que Dieu le Père agira avec la puissance qui lui est commune avec Jésus-Christ. C’est pour cette raison que Jésus-Christ s’est lui-même ressuscité, et que Dieu le Père l’a ressuscité ; (Rm VIII, 11) : "Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels." |
Quantum vero ad secundum dicit constituens
illum, et cetera. Quae quidem celsitudo gloriae potest
tripliciter considerari, scilicet per comparationem ad Deum, per
comparationem ad corporales creaturas, et per comparationem ad creaturas
spirituales. Si ergo consideretur per comparationem ad Deum, sic constitutus
est ad dexteram suam, quae quidem dextera non est intelligenda pars
corporalis, quia, ut dicitur Io. IV, v. 24, spiritus est Deus, sed
metaphorice dicitur, ut sicut per dexteram intelligitur nobilior et
virtuosior pars hominis ita cum dicimus Christum Iesum constitutum ad
dexteram Dei, intelligatur secundum humanitatem constitutus in potioribus
bonis patris, et secundum divinitatem intelligatur aequalis patri. Unde
Ps. CIX, 1 : dixit dominus domino meo : sede a dextris meis, et
cetera. Item Mc. ult. : et dominus quidem Iesus postquam locutus est eis,
assumptus est in caelum, et sedet ad dexteram Dei. |
II. Quant au second effet, il dit (verset 20) : et le faisant asseoir, etc. Or cette élévation dans la gloire peut être considérée de trois manières, à savoir comparativement à Dieu, aux créatures corporelles et. aux créatures spirituelles. I° Si donc on la considère sous le premier rapport, Jésus-Christ a été ainsi placé à la droite de Dieu. Mais il ne faut entendre par cette droite rien de corporel, car, comme il est dit (Jean IV, 24) : "Dieu est Esprit." Cette expression "droite" est métaphorique, en ce sens que de même que par la droite, dans l’homme, nous entendons la partie la plus noble et la plus puissante, ainsi quand nous disons que Jésus-christ est placé à la droite de Dieu, il faut comprendre qu’il a été établi, selon son humanité, dans les biens les plus excellents de son Père, et qu’il lui est égal, selon sa divinité. C’est de là qu’il est dit (Psaume CIX, 1) : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez- vous à ma droite, etc." ; et encore (Marc., XVI, 19) : "Et le Seigneur Jésus, après leur avoir ainsi parlé, fut élevé dans le ciel, et il y est assis à la droite de Dieu." |
In comparatione vero ad corporales
creaturas dicit in caelestibus. Nam corpora caelestia tenent supremum
locum in comparatione ad alia corpora. Infra, IV, 10 : qui
descendit, ipse est et qui ascendit super omnes caelos. |
2° Comparativement aux créatures corporelles, l’Apôtre dit (verset 20) : dans le ciel, car les corps célestes occupent les régions supérieures, par rapport aux autres corps ; (ci-après, IV, 10) : Celui qui est descendu, est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux. |
In comparatione vero ad spirituales creaturas,
primo dicit Christum exaltatum super aliquas specialiter; secundo super omnes
generaliter, ibi et super omne nomen, et cetera. Ad horum autem
intelligentiam sciendum est, quod novem sunt ordines Angelorum, quorum
quatuor apostolus tangit hic, qui quidem sunt medii. Nam supra eos sunt tres
superiores, scilicet throni, Cherubim et Seraphim. Sub eis autem sunt duo
inferiores, scilicet Archangeli et Angeli. Qui quidem novem ordines
distinguuntur in tres hierarchias, id est, sacros principatus, in quarum
qualibet assignantur tres ordines. Sed in
assignatione ordinum hierarchiae primae conveniunt omnes doctores in hoc
scilicet quod supremus ordo ipsius sit Seraphim, secundus Cherubim, tertius
throni. In assignatione vero ordinum aliarum duarum hierarchiarum, scilicet
mediae et infimae, discordant Dionysius et Gregorius. Nam Dionysius in
supremo ordine mediae hierarchiae ponit dominationes, in secundo virtutes, in
tertio potestates, descendendo. In supremo vero ordine infimae hierarchiae
posuit principatus, in secundo Archangelos, in tertio Angelos. Et haec
assignatio ordinum concordat litterae praesenti. Nam apostolus ascendendo
incipit a supremo infimae hierarchiae, qui est septimus. Gregorius autem
aliter ordinat, quia ponit principatus in medio dominationum et potestatum,
quod pertinet ad secundum ordinem mediae hierarchiae; virtutes vero ponit in
medio potestatum et Archangelorum, quod pertinet ad supremum ordinem infimae
hierarchiae. Et haec assignatio etiam fulcimentum habet ex verbis apostoli,
Col. I, 16 ubi dicit sive throni, sive dominationes, sive principatus,
sive potestates, ubi illos ordines enumerat descendendo. Sed, reservata
ordinatione Gregorii, usquequo legamus epistolam ad Colossenses, ad praesens
viam Dionysii magis competentem praesenti litterae prosequemur. |
3° Enfin comparativement aux créatures spirituelles, il le montre exalté, d’abord spécialement au-dessus de quelques-unes de ces créatures, ensuite généralement au-dessus de toutes ; (verset 21) : et au-dessus de tous les noms, etc. Pour l’intelligence de ceci, il faut savoir qu’il y a neuf ordres d’anges, parmi lesquels saint Paul en désigne ici quatre, placés aux degrés intermédiaires. Car au-dessus d’eux il y en a trois supérieurs, à savoir : les Trônes, les Chérubins et les Séraphins; au-dessous, deux inférieurs, à savoir : les Archanges et les Anges. Ces neuf ordres sont distingués en trois hiérarchies, ou principautés sacrées, et dans chacune de ces hiérarchies il y a trois ordres. Tous les Docteurs s’accordent sur la composition de la première hiérarchie, en ceci qu’ils placent à l’ordre supérieur les Séraphins, au second les Chérubins, au troisième les Trônes. Mais dans le classement des ordres des deux autres hiérarchies, l’intermédiaire et la dernière, saint Denis et saint Grégoire ne sont pas d’accord. Denis place au rang supérieur de la hiérarchie intermédiaire les Dominations, au second les Vertus, au troisième en descendant, les Puissances. Au premier rang de la hiérarchie inférieure il a mis les Principautés, au second les Archanges et au troisième les Anges. Ce classement des rangs s’accorde avec le texte que nous expliquons. Car l’Apôtre commence, en montant, par désigner le dernier ordre de la hiérarchie inférieure, qui est le septième. Saint Grégoire dispose autrement les ordres, et met, entre les Dominations et les Puissances, les Principautés qui appartiennent au second ordre de la hiérarchie intermédiaire De plus, il place entre les Puissances et les Archanges les Vertus qui appartiennent à l’ordre supérieur de la dernière hiérarchie. Cet arrangement a aussi son fondement dans les paroles de l’Apôtre (Colossiens I, 16) : "Soit les Trônes soit les Dominations, soit le Principautés soit tes Puissances," passage où saint Paul énumère les ordres en descendant. Réservant donc le classement de saint Grégoire, jusqu’à ce que nous expliquions l’épître aux Colossiens, nous suivrons pour l’instant la voie choisie par saint Denis, comme concordant mieux avec notre texte. |
Ad cuius intellectum sciendum est, quod potest
considerari tripliciter ordo rerum. Primo quidem secundum quod sunt in prima
omnium causa, scilicet in Deo; secundo vero secundum quod sunt in causis
universalibus; tertio secundum determinationem ad speciales effectus. Et
quia omnia quae fiunt in creaturis ministrantur per Angelos, ideo secundum
triplicem acceptionem ordinis rerum distinguuntur tres angelicae hierarchiae,
ad quarum unam pertinet accipere rationes rerum in ipso rerum vertice,
scilicet Deo; ad aliam vero pertinet accipere rationes rerum in causis
universalibus; ad aliam vero in propriis effectibus. Nam
quanto mentes angelicae sunt superiores, tanto divinam illuminationem in
maiori universalitate recipiunt. Et ideo ad supremam hierarchiam pertinet
administratio rerum in comparatione ad Deum. Propter quod ordines hierarchiae
istius denominantur per comparationem ad Deum, quia Seraphim dicuntur
ardentes, et uniti Deo per amorem. Cherubim vero quasi lucentes, in quantum
supereminenter divina secreta cognoscunt. Throni vero dicuntur sic, in
quantum in eis Deus sua iudicia exercet. Et de istis tribus ordinibus nullam facit hic apostolus mentionem. Ad
mediam hierarchiam pertinet rerum administratio per comparationem ad causas
universales. Unde denominantur ordines hierarchiae illius nominibus ad
potestatem pertinentibus, cum causae universales sint virtute et potestate in
inferioribus et particularibus. Ad potestates autem, quae habent universale regimen, tria pertinent.
Primo quod sint aliqui per imperium dirigentes; secundo quod sint aliqui qui
impedimenta executionis repellant; tertio quod sint aliqui qui ordinent
qualiter alii imperium exequantur. Horum autem
primum pertinet ad dominationes, quae, ut dicit Dionysius, sunt liberae ab
omni subiectione, nec ad exteriora mittuntur sed eis, qui mittuntur,
imperant. Secundum vero pertinet ad virtutes, quae praebent facilitatem ad
imperium implendum. Tertium vero pertinet ad potestates imperium exequentes.
Ad infimam autem hierarchiam pertinet administratio rerum in comparatione ad
speciales effectus, unde nominibus ad eos pertinentibus nuncupantur. Unde
Angeli dicuntur illi, qui exequuntur ea quae pertinent ad salutem singulorum;
Archangeli vero qui exequuntur ea quae pertinent ad salutem et utilitatem
magnorum. Principatus vero dicuntur illi, qui praesunt
singulis provinciis. His ergo expositis, Christus super omnes est. De his vero
quatuor apostolus specialem mentionem facit. Cuius ratio est, quia horum
quatuor ordinum nomina a dignitate imponuntur; et quia agit de dignitate
Christi, ideo hic specialiter eos nominat, ut ostendat Christum omnem
dignitatem creatam excedere. |
Pour éclaircir cette question, il faut observer que l’on peut envisager de trois manières un ordre de choses. D’abord, selon que les choses existent dans la première cause de tout, c'est-à-dire en Dieu; ensuite, selon que ces choses sont dans les causes universelles ; enfin, en tant qu’elles sont déterminées à des effets spéciaux. Et parce que tout ce qui se fait dans les créatures s’opère par le ministère des Anges, on peut distinguer, corrélativement à la triple acception de l’ordre des choses, trois hiérarchies angéliques. A la première il appartient de puiser à la source même des choses, c’est-à-dire en Dieu, les raisons de ces choses ; à la seconde de connaître ces raisons dans les causes universelles; à la troisième enfin, de les connaître dans les effets propres de ces choses. Car, autant les esprits angéliques sont plus haut placés, autant ils reçoivent pour une plus grande universalité la lumière divine. A la hiérarchie suprême appartient donc le ministère des choses, dans leurs relations avec Dieu; aussi les ordres de cette hiérarchie reçoivent-ils des dénominations qui se rapportent à Dieu. En effet, les Séraphins prennent le nom d’ardents et sont unis à Dieu par l’amour; les Chérubins s’appellent rayonnants, eu tant qu’ils connaissent, d’une manière suréminente, les mystères divins; les Trônes prennent ce nom, de ce que Dieu exerce par eux ses jugements. L’Apôtre ne fait ici aucune mention de ces trois ordres. A la hiérarchie du milieu appartient l’administration des choses dans leurs rapports avec les causes universelles. Aussi les ordres qui la composent sont désignés par des noms qui se rapportent à la puissance, puisque les causes universelles sont en vertu et en puissance dans les choses inférieures et particulières. Or les Puissances, qui ont le gouvernement universel, embrassent trois choses : quelques-uns dirigent par le commandement; d’autres repoussent les obstacles à l’exécution; d’autres enfin déterminent la manière d’exécuter le commandement. La première de ces attributions appartient aux Dominations, qui, dit saint Denis, (« Hiérarchies célestes », VIII) sont libres de toute soumission et ne sont pas envoyées aux ministères extérieurs, mais commandent à ceux qui sont envoyés. La seconde aux Vertus qui donnent le moyen d’exécuter la mission; la troisième aux Puissances, qui exécutent le commandement. A la hiérarchie inférieure appartient l’administration des choses dans leur relation avec leurs effets spéciaux. Aussi ces ordres sont-ils désignés par des noms qui s’y rapportent. Ceux-là s’appellent Anges, qui exécutent ce qui intéresse le salut des individus ; Archanges, ceux qui exécutent ce qui concerne le salut et l’utilité des grands ; et Principautés ceux qui président à chaque province. Ceci donc exposé, Jésus-Christ est au-dessus de tous. Donc l’Apôtre fait une mention spéciale de ces quatre ordres ; la raison en est qu’ils ont reçu leurs noms de leur dignité; et comme il s’agit ici de la dignité de Jésus-Christ, saint Paul les nomme spécialement, pour montrer que le Christ est au-dessus de toute nature créée. |
Consequenter cum dicit et omne nomen quod
nominatur, etc., ostendit Christum exaltatum esse communiter supra omnem
creaturam spiritualem. Dixerat enim supra Christum esse exaltatum super omnes
creaturas spirituales, quae a potestate denominantur, sed quia praeter illos
Angelorum ordines, in sacra Scriptura quidam alii ordines caelestium
spirituum inveniuntur, scilicet Seraphim et Cherubim et throni, et de istis
non fecerat mentionem, ideo ostendit Christum, secundum quod homo, supra omnes
huiusmodi ordines esse exaltatum : propter quod subiungit, dicens et super
omne nomen, etc., id est, non solum principatus sed super omne
nominabile. Sciendum est enim, quod nomen imponitur ad
cognoscendum rem, unde significat rei substantiam, cum significatum nominis
sit diffinitiva ratio rei. Cum ergo dicit et omne nomen quod nominatur,
dat intelligere quod exaltatus est supra omnem substantiam, de qua potest
haberi notitia et quae possit nomine comprehendi. Quod dico ut excludatur
substantia divinitatis, quae incomprehensibilis est. Unde Glossa dicit supra
omne nomen, id est nominabile. Et ne intelligatur, quod sit supra nomen
Dei, ideo subdit quod nominatur. Nam maiestas divina nullo nomine
concludi, vel nominari potest. Addit autem non solum in hoc saeculo, sed
etiam in futuro, quia multa fiunt in hoc saeculo, quae notitia
comprehendimus et nominamus : quaedam tamen sunt in futuro saeculo, quae hic
comprehendi non possunt, nec etiam nominari, quia, ut dicitur I Cor. c. XIII,
9 : ex parte cognoscimus, et ex parte prophetamus. Nominantur
tamen haec a beatis, qui sunt in futuro saeculo. Huiusmodi
autem sunt de quibus dicit apostolus II Cor. XII, 4, quod audivit arcana
verba, quae non licet homini loqui. Et tamen super haec omnia exaltatus
est Christus. Phil. II, v. 9 : dedit illi nomen, quod est super omne nomen. |
Quand
il ajoute (verset 21) : et de tous les noms qui peuvent être, etc., il
montre que le Christ est élevé au-dessus de toutes les créatures
spirituelles, sans exception. Il avait dit plus haut, en effet, que le Christ
était élevé au-dessus des créatures spirituelles, qui tirent leurs noms de la
puissance. Mais parce qu’indépendamment de ces ordres d’anges, on trouve
encore, dans la sainte Ecriture, quelques autres ordres d’esprits célestes, à
savoir les Séraphins [(Isaïe VI, 2)], les Chérubins [(Ezéchiel X, 1; XI, 22;
XII, 18)], les Trônes [(Psaumes)], et qu’il n’en avait pas parlé, il fait
voir ici que le Christ, en tant qu’homme, est élevé au-dessus de tous ces
ordres. C’est pourquoi il ajoute (verset 21) : et au-dessus de tous les
noms, etc., c'est-à-dire non seulement au-dessus des Principautés, mais
au dessus de tout ce qui peut être nommé. Remarquez qu’on donne un nom à tout
ce que l’on veut faire connaître : le nom exprime donc la substance de ce qui
est nommé, puisque sa signification est en définitive la raison de cet objet.
Quand donc saint Paul dit : au-dessus de tous les noms, qui peuvent être,
etc., il donne à entendre que Jésus-Christ est élevé au-dessus de toute
substance, dont on peut acquérir la connaissance et qui peut être exprimée
par un nom. Je réserve toutefois la substance de la divinité, qui est
incompréhensible. Aussi la Glose dit : au-dessus de tout nom,
c'est-à-dire de ce qui peut être nommé. Et pour qu’on ne s’imagine pas que
c'est au-dessus du nom de Dieu, Paul ajoute : qui est nommé, car la
majesté divine ne peut ni être renfermée, ni exprimée par un nom. De plus il
dit : non seulement dans le siècle présent, mais encore dans celui qui est
à venir, car il y a dans le siècle présent beaucoup de choses dont nous
possédons la connaissance et que nous désignons par leurs noms ; et il en est
dans le siècle à venir qui ne peuvent, ici-bas, ni être comprises, ni même
avoir de noms, parce que, comme il est dit (1 Co XIII, 9) : "Ce que
nous avons maintenant de science et de prophétie est très imparfait."
Cependant ces choses sont nommées par les bienheureux, qui sont dans le
siècle futur : telles sont celles dont l’Apôtre a dit (2 Co XII, 4) : "J’ai
entendu des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à un homme de
rapporter." Et toutefois Jésus-Christ a été élevé au-dessus de
toutes ces choses ; (Philipp., II, 9) : "Dieu lui a donné un nom
qui est au-dessus de tout nom." |
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Lectio 8 |
Leçon 8 — Ephésiens I, 22 et 23 : La gloire du Christ |
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SOMMAIRE : L’Apôtre fait ressortir la grandeur de la naissance de Jésus-Christ en ce qu’elle s’étend et sur toute créature et sur toute l'Eglise. |
[22] et omnia subiecit sub pedibus
eius et ipsum dedit caput supra omnia ecclesiae [23] quae est corpus ipsius plenitudo
eius qui omnia in omnibus adimpletur. |
22. Car il a mis toutes choses
sous ses pieds et il l’a donné pour chef à toute l’Eglise, 23. Qui est son corps et la consommation de celui qui accomplit tout en tout. |
[87794] Super Eph., cap. 1 l. 8 Supra egit
apostolus de exaltatione Christi, et quantum ad eius transitum de morte ad
vitam in illa particula suscitans illum, etc.; et de eius exaltatione
ad gloriam altissimam, in illa particula et constituens ad dexteram,
etc., hic agit de eius exaltatione quantum ad potestatem maximam. Circa quod
duo facit, quia primo agit de Christi potestate respectu totius creaturae;
secundo de eius potestate respectu Ecclesiae, ibi et ipsum dedit, et
cetera. Dicit ergo, quod respectu totius creaturae habet universalem
potestatem, quia omnia subiecit, scilicet Deus pater, sub pedibus
eius. Ubi sciendum est, quod hoc quod dicit sub pedibus, potest
accipi dupliciter. Uno modo, ut sit locutio figurativa et similitudinaria, ut
scilicet per hoc detur intelligi, quod omnis creatura totaliter est subiecta
potestati Christi. Illud enim est a nobis omnino subiectum, quod
pedibus conculcamus. Et de ista potestate dicitur Matth. ult. : data
est mihi omnis potestas in caelo et in terra. Hebr. II, 8 : in eo
enim, quod ei omnia subiiciuntur, nihil dimisit non subiectum ei. Alio
modo, ut sit locutio metaphorica. Nam per
pedes intelligitur infima pars corporis, per caput vero suprema. Licet autem
in Christo divinitas et humanitas non habeant rationem partis, tamen
divinitas, quae est supremum in Christo, intelligitur per caput, I Cor. XI, 3 :
caput vero Christi Deus, humanitas vero, quae infima est, intelligitur
per pedes, Ps. CXXXI, 7 : adorabimus in loco ubi steterunt pedes eius.
Est ergo sensus, quod omnia creata non solum subiecit pater Christo inquantum
est Deus, cui ab aeterno omnia sunt subiecta, sed etiam humanitati eius. |
Saint
Paul, dans ce qui précède, a traité de l’exaltation du Christ, et par son
passage de la mort à la vie, dans cette phrase : en le ressuscitant d’entre
les morts, etc. ; et par son élévation au suprême degré de la gloire,
dans cette autre : et le faisant asseoir à sa droite dans le ciel, etc. Il
traite ici de son élévation à la plus haute puissance. Il considère à ce
sujet deux choses : I° la puissance de Jésus sur toute créature ; II°
cette même puissance sur toute l’Eglise (verset 22) : Et il l’a donné,
etc. I. II dit donc, qu’à l’égard des créatures, Jésus a une puissance sans limites, parce que (verset 22) : Toutes choses ont été mises, à savoir par Dieu le Père, sous ses pieds. Observez que cette manière de parler : sous ses pieds, peut être prise dans deux sens. D’abord comme une locution figurée et un terme de comparaison, en sorte qu’on donne à entendre par là que la totalité et l’universalité des créatures est soumise à la puissance de Jésus-Christ. Car ce que nous foulons aux pieds, nous est soumis. C’est de cette puissance qu’il est dit (Matth., XXVIII, 18) : "Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre, etc." ; (Hébreux II, 8) : "S’il lui a assujetti toutes choses, il n’a rien qui ne lui soit assujetti." Ensuite, en prenant cette même locution dans un sens métaphorique. Par les pieds, en effet, on entend la partie la moins noble du corps; par la tête la partie supérieure. Or, bien que dans le Christ, la divinité et l’humanité ne puissent être considérées comme parties, toutefois la divinité, qui est dans Christ ce qu’il y a de supérieur, est représenté par la tête (1 Cor XI, 3 : "Le chef du Christ, c’est Dieu") , et l’humanité, à cause de sa faiblesse, est figurée par les pieds (Psaume CXXXI, 7 : "Nous l’adorerons dans le lieu où il a posé ses pieds." Le sens est donc que toutes choses créées ont été soumises par le Père au Christ, non seulement en tant que Dieu, auquel tout est soumis de toute éternité, mais encore quant à son humanité. |
Advertendum est autem hic, quod Christo
subiiciuntur aliqua dupliciter, quia quaedam voluntarie, et quaedam
involuntarie. Hoc autem Origenes non intelligens, sumpsit ex hoc verbo
apostoli occasionem erroris, dicens, quod omnia quae subiiciuntur Christo
participant salutem, quia ipse est vera salus. Et ideo dixit, quod omnes
Daemones et damnati aliquando salvabuntur, cum subiiciantur sub pedibus
Christi. Hoc autem est contra sententiam domini Matth. XXV, 41 : discedite
a me, maledicti, in ignem aeternum, qui paratus est Diabolo et Angelis eius;
et concludit in fine capituli : ibunt hi in supplicium aeternum. Dicendum est ergo, quod omnia subiecit sub
pedibus eius, sed quaedam voluntarie tamquam salvatori, puta iustos, qui in
vita praesenti implent voluntatem Dei, et isti subiiciuntur ei ut impleat
eorum desiderium et voluntatem, expectantes illud quod dicitur de bonis Prov.
X, 24 : desiderium suum iustis dabitur. Quaedam vero subiiciuntur ei
invite tamquam iudici, ut Christus de his suam voluntatem faciat. Et isti
sunt mali, de quibus potest intelligi illud Lc. XIX, 27 : verumtamen
inimicos meos illos qui noluerunt me regnare super se, adducite huc et
interficite coram me. |
Il faut ici remarquer que ce qui est soumis au Christ peut l’être diversement, car une partie l’est volontairement, l’autre non. Origène comprenant mal ce passage, a pris de cette parole de saint Paul l’occasion d’une erreur, et a prétendu que tout ce qui est soumis au Christ participe au salut, parce que le Christ est lui-même le salut véritable. Sur ce principe, il a donc dit que tous les démons et les réprouvés seraient sauvés un jour, lorsqu’ils seront sous les pieds du Christ. Or, cette doctrine est en contradiction avec la parole du Sauveur (Math., XXV, 41) : "Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé au démon et à ses anges." Le Sauveur termine en disant à la fin de ce même chapitre (verset 16) : "Et ceux-ci iront dans le supplice éternel." Il faut donc dire, que le Père a tout mis sous les pieds de son Fils, mais les uns volontairement, et comme devant leur Sauveur, les justes, par exemple, qui dans la vie présente accomplissent la volonté de Dieu; et ceux-ci lui sont soumis, afin qu’il satisfasse leur désir et leur volonté, attendant ce qui est dit des bons ; (Proverbes X, 24 : "Les justes obtiendront ce qu’ils désirent." Les autres lui sont aussi soumis, mais malgré eux et comme à leur juge, afin que le Christ dispose d’eux suivant sa volonté. Ce sont les méchants, dont on peut entendre ce qui est dit en saint Luc (XIX, 27) : "Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, qu'on les amène ici et qu’on les tue en ma présence." |
Deinde cum dicit et ipsum dedit caput,
etc., agit de potestate Christi respectu Ecclesiae. Circa quod tria facit;
quia primo ponit habitudinem Christi ad Ecclesiam; secundo habitudinem
Ecclesiae ad Christum; tertio exponit illam habitudinem. Quantum ad primum
dicit et ipsum dedit, Deus pater, caput super omnem Ecclesiam,
scilicet tam militantem, quae est hominum in praesenti viventium, quam
triumphantem, quae est ex hominibus et Angelis in patria. Christus enim
secundum quasdam communes rationes caput est etiam Angelorum, Col. c. II, 10
: qui est caput omnis principatus et potestatis; sed secundum
speciales rationes est Christus caput hominum spiritualiter. Nam
caput triplicem habitudinem habet ad membra. Primo quidem quo ad
praeeminentiam in situ; secundo, quo ad diffusionem virtutum, quia ab eo
omnes sensus derivantur in membra; item, quo ad conformitatem in natura. Sic
ergo quantum ad praeeminentiam et quantum ad diffusionem Christus est caput
Angelorum. Nam Christus praeest Angelis, etiam secundum humanitatem. Hebr. I,
v. 4 : tanto melior Angelis effectus, quanto prae illis differentius nomen
haereditavit. Item Christus, etiam secundum quod homo,
Angelos illuminat et in eis influit, ut Dionysius probat ex verbis Is. LXIII,
1 scilicet : quis est iste, qui venit de Edom, etc., dicens haec verba
esse supremorum Angelorum. Quod autem sequitur : ego qui loquor iustitiam,
dicit esse verba Christi eis immediate respondentis. Ex quo datur intelligi
quod non solum inferiores, sed etiam superiores Angelos Christus illuminat. Quantum autem ad naturae conformitatem,
Christus non est caput Angelorum, quia non Angelos apprehendit, sed semen
Abrahae, ut dicitur Hebr. II, 16 sed est caput hominum tantum. Cant. IV, 9 : vulnerasti
cor meum, soror mea, scilicet per naturam, et sponsa per gratiam. |
II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 22) : Et il l’a donné pour chef à toute l’Eglise, il traite de la puissance de Jésus-Christ, à l’égard de l’Eglise. Sur ce point I. il expose les rapports du Christ avec son Eglise ; II. ceux de l’Eglise avec le Christ ; III. il explique ces rapports. I. Sur le premier de ces points, il dit (verset 22) : Et il, c'est-à-dire Dieu le Père, l’a donné pour chef à toute l'Eglise, tant l'Eglise militante, composée des hommes qui vivent dans le temps présent, que l’Eglise triomphante qui est formée dans la patrie [céleste] avec les anges et les hommes. Car le Christ, selon quelques relations générales, est le chef même des anges ; (Col II, 10) : "Il est le chef de toutes les Principautés et de toutes les Puissances" ; et selon quelques rapports spéciaux, le Christ est spirituellement le chef des hommes. Le chef, en effet, a un triple rapport avec les membres : au point de vue de la prééminence qu’il reçoit de sa position ; au point de vue de la diffusion des forces, car c'est de lui que toutes les sensations dérivent dans les membres; enfin au point de vue de la conformité de nature. Ainsi donc par la prééminence et la diffusion des forces, le Christ est le chef des anges, car il est à leur tête même selon son humanité ; (Hébreux I, 4) : "Etant aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu'il a reçu est plus excellent que le leur." Le Christ, même en tant qu’homme, illumine les anges et verse en eux ses influences, ainsi que saint Denis le prouve par ces paroles d’Isaïe (LXIII, 1) : "Qui est celui-ci qui vient d'Edom, etc. ?" paroles qu’il prétend être prononcées par les anges des hiérarchies supérieures. Quant à celles qui suivent : "C’est moi dont la parole est la parole de justice", il dit que ce sont celles de Jésus-Christ qui leur répond immédiatement. De là on peut entendre que non seulement les anges inférieurs, mais les anges supérieurs sont illuminés par le Christ. Quant à la conformité de nature, le Christ n’est pas le chef des anges, car "il ne s’est pas rendu le libérateur des anges, mais le libérateur de la race d’Abraham" (Hébreux II, 16) ; il est le chef des hommes seulement ; (Cantiq., IV, 9) : "Car vous avez blessé mon coeur, ma soeur, mon épouse," c'est-à-dire ma soeur par la nature et mon épouse par la grâce. |
Quantum ad habitudinem Ecclesiae ad Christum,
dicit quae est corpus eius, scilicet inquantum est ei subiecta, et
recipit ab eo influentiam, et habet naturam conformem cum Christo. I Cor.
XII, 12 : sicut enim corpus unum est et habet multa membra, omnia autem
membra corporis cum sint multa, unum tamen corpus sunt, ita et Christus;
etenim in uno spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus. |
II. A l’égard des rapports de l’Eglise avec Jésus-Christ, l’Apôtre dit (verset 23) : qui est son corps, c'est-à-dire en tant qu’elle lui est soumise et reçoit sa divine influence, et qu’elle a une nature conforme à la sienne ; (1 Co XII, 12) : "Car comme notre corps n’étant qu’un, est composé de plusieurs membres, et qu’encore qu’il y ait plusieurs membres, ils ne sont tous néanmoins qu’un même corps, il en est de même du Christ entier, car nous avons été baptisés tous dans le même Esprit, pour n’être tous ensemble qu’un même corps avec lui." |
Exponit autem quod dixit, quae est corpus
ipsius, subdens et plenitudo eius, et cetera. Quaerenti enim cur
in corpore naturali sint tot membra, scilicet manus, pedes, os et huiusmodi,
respondetur hoc esse ideo ut deserviant diversis operibus animae, quorum ipsa
potest esse causa, principium, et quae sunt virtute in ipsa. Nam corpus est
factum propter animam, et non e converso. Unde secundum hoc corpus naturale est quaedam
plenitudo animae. Nisi enim essent membra cum corpore completa, non posset
anima suas operationes plene exercere. Similiter itaque est hoc de Christo et
de Ecclesia. Et quia Ecclesia est instituta propter Christum, dicitur quod
Ecclesia est plenitudo eius, scilicet Christi, id est, ut omnia, quae virtute
sunt in Christo, quasi quodam modo in membris ipsius Ecclesiae impleantur,
dum scilicet omnes sensus spirituales, et dona, et quidquid potest esse in Ecclesia,
quae omnia superabundanter sunt in Christo, ab ipso deriventur in membra
Ecclesiae et perficiantur in eis. Unde subdit qui omnia in omnibus
adimpletur, scilicet dum hunc quidem, qui est membrum Ecclesiae, facit
sapientem secundum perfectam sapientiam, quae est in ipso : illum vero iustum
secundum perfectam iustitiam, et sic de aliis. |
III. L’Apôtre explique ensuite ce qu’il a dit : qui est son corps mystique, en ajoutant (verset 23) : et [dans laquelle celui qui accomplit tout en tous], trouve l’accomplissement de tous ses membres. Si l’on demande, en effet, pourquoi, dans le corps naturel, il y a autant de membres, à savoir les mains, les pieds, la bouche et tous les autres, on répond qu’il en est ainsi pour qu’ils puissent servir aux différentes opérations dont l’âme peut être la cause, le principe, et qui sont virtuellement en elle. Car le corps est fait pour l’âme, mais non pas l’âme pour le corps. Dans ce sens, le corps est donc en quelque sorte le complément de l’âme. Si, en effet, les membres ne faisaient pas un tout complet avec le corps, l’âme ne pourrait exercer pleinement ses fonctions. Ainsi en est-il de Jésus-Christ et de l’Eglise. Comme l’Eglise est instituée pour Jésus-Christ, on dit qu’elle est comme son complément à lui, le Christ, en sorte que tout ce qui est virtuellement en Jésus-Christ s’accomplit en quelque façon dans les membres de l’Eglise elle-même, à savoir quand tous les sens spirituels, et les dons, et ce qui peut exister dans l’Eglise, toutes perfections qui surabondent dans le Christ, découlent de lui dans les membres de cette Eglise et s’accomplissent en eux. Aussi saint Paul ajoute-t-il (verset 25) : qui accomplit tout en tous, à savoir quand un tel qui est membre de l’Eglise, il le rend sage, selon la perfection de la sagesse qui est en lui ; cet autre, il le rend juste, selon la perfection de la justice, et ainsi des autres. |
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Caput 2 |
CHAPITRE 2 — LA GRÂCE |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens II, 1 à 3 : le bienfait de la vie spirituelle |
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SOMMAIRE. - saint Paul fait ressortir le bienfait de la vie spirituelle, que Dieu a rendue; il montre l’état des Juifs et des Gentils dans le péché. |
[1] et vos cum essetis mortui delictis
et peccatis vestris [2] in quibus aliquando ambulastis
secundum saeculum mundi huius secundum principem potestatis aeris huius
spiritus qui nunc operatur in filios diffidentiae [3] in quibus et nos omnes aliquando
conversati sumus in desideriis carnis nostrae facientes voluntates carnis et
cogitationum et eramus natura filii irae sicut et ceteri. |
1. C’est lui qui vous a rendu la
vie, lorsque vous étiez morts par vos désirs et par vos péchés, 2. Dans lesquels vous avez vécu
selon la coutume de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, cet
esprit qui exerce maintenant son pouvoir sur les enfants de l’incrédulité. 3. Nous avons tous été aussi autrefois dans les mêmes désordres, vivant selon nos passions charnelles, nous déshonorant aux désirs de la chair et de notre esprit; et par notre nature nous étions enfants de colère aussi bien que les autres. |
[87795] Super Eph., cap. 2 l. 1 Supra
enumeravit apostolus beneficia humano generi per Christum communiter
exhibita, hic apostolus commemorat eadem per comparationem ad eorum statum
praeteritum. Status autem eorum praeteritus dupliciter considerari potest.
Primo quidem quantum ad statum culpae; secundo quantum ad statum gentilitatis
eorum. Apostolus ergo duo facit, quia primo commemorat beneficia quantum ad
primum statum eis exhibita; secundo commemorat ea per comparationem ad statum
secundum, ibi propter quod memores estote, et cetera. Prima iterum in
duas, quia primo recitat apostolus statum culpae ipsorum; secundo beneficium
gratiae iustificationis, ibi Deus autem, qui dives est, et cetera.
Prima iterum in duas, quia primo commemorat statum culpae quantum ad gentiles;
secundo quantum ad Iudaeos, ibi in quibus et nos, et cetera. Prima iterum in duas, quia primo praemittit
beneficii generalitatem; secundo subdit huius necessitatem, ibi cum
essemus mortui, et cetera. |
L’Apôtre a énuméré plus haut les bienfaits accordés en général au genre humain par Jésus-Christ, il rappelle ici ces mêmes bienfaits, en les comparant à l’état passé des Ephésiens. Or ce passé peut être considéré sous deux rapports : d’abord quant à l’état de péché; ensuite quant à leur état dans la gentilité. L’Apôtre donc premièrement rappelle les bienfaits accordés aux Ephésiens dans leur ancien état; secondement, il les énumère en les comparant à leur second état (verset 11) : C’est pourquoi souvenez-vous, etc. La première partie se subdivise en deux : l’Apôtre représente leur état, pendant qu’ils étaient dans le péché; puis le bienfait de la grâce de la justification (verset 4) : Mais Dieu qui est riche en miséricorde, etc. La première subdivision a également deux parties : saint Paul rappelle l’état du péché, dans lequel étaient I° les Gentils, II° les Juifs (verset 3) : Car nous avons été tous autrefois, etc. |
Dicit ergo : dico quod Deus magnifice operatur
in fidelibus secundum operationem potentiae virtutis eius, quam operatus est
in Christo, et hoc quia suscitavit illum a mortuis; secundum hanc ergo
operationem ad huius operationis exemplum convivificavit nos, vita scilicet
gratiae de morte peccati. Os. VI, 3 : vivificabit nos post duos dies, in
die tertia suscitabit nos, et cetera. Col. III, v. 1 : si
consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quaerite, et cetera. Necessitatem vero huius beneficii ostendit,
cum dicit cum essetis mortui, et cetera. Ubi optime describit eorum
culpam. |
I° Dans cette première partie, I. l’Apôtre expose le bienfait dans sa généralité; II. il en fait entrevoir la nécessité (verset 1) : lorsque nous étions morts, etc. I. Il dit donc : Dieu agit avec magnificence dans les fidèles, selon l’efficacité de la force de sa puissance qu’il a fait paraître en la personne de Jésus-Christ en ce qu'il l’a ressuscité d’entre les morts. Suivant donc cette même efficacité, et à l’exemple de cette opération divine, il nous a rendu la vie, à savoir la vie de la grâce, en nous rappelant de la mort du péché ; (Osée, VI, 3) : "Il nous rendra la vie dans deux jours, et le troisième il nous ressuscitera" ; (Coloss. III, 1) : "Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est dans le ciel, etc." |
Primo quantum ad multitudinem, quia cum
essetis mortui, scilicet morte spirituali, quae pessima est. Ps. XXXIII,
22 : mors peccatorum pessima. Peccatum enim mors dicitur, quia per
ipsum homo a domino, qui est vita, separatur. Io. XIV, 6 : ego sum via,
veritas, et vita. Mortui, inquam, in delictis et peccatis vestris,
ecce multitudo. In delictis quidem quantum ad omissa, Ps. XVIII, 13 : delicta
quis intelligit, etc., et peccatis quantum ad commissa. In quibus
aliquando ambulastis, quod ideo dicit, ut multitudinem peccatorum
exaggeret. Nam aliqui si ad horam mortui sunt in peccatis
et in delictis, cessant tamen aliquando, et peccare desistunt; sed isti, de
malo in peius procedentes et ambulantes, proficiebant. Simile habetur Phil.
III, 18 : multi enim ambulant, quos saepe dicebam vobis, nunc autem et
flens dico, et cetera. Ier. II, 5 : ambulaverunt post vanitatem suam,
et vani facti sunt. |
II. Saint Paul montre la nécessité de ce bienfait, lorsqu’il dit (verset 1) : Et vous, lorsque vous étiez morts, etc., paroles où il dépeint excellemment leur état dans le péché. 1° Quant à la multiplicité des péchés, car (verset 1) : lorsque vous étiez morts, de la mort spirituelle, qui est la plus mauvaise ; (Psaume XXXIII, 22) : "La mort des pécheurs est très funeste." Le péché est appelé mort, parce que, par lui, l’homme est séparé de Dieu qui est sa vie ; (Jean. XIV, 6) : "Je suis la voie, la vérité et la vie." Morts, dis-je (verset 1) par vos manquements et par vos péchés ; voilà la multiplicité. Par vos manquements, ce qui comprend les omissions ; (Psaume XVIII, 13) : "Qui est celui qui connaît toutes ses fautes, etc…" - et par vos péchés, pour les fautes commises, (verset 2) : dans lesquelles vous avez vécu autrefois : ce qu’il ajoute afin d’amplifier la multitude des prévarications. Car quelques-uns, s’ils sont morts pour un temps à cause de leurs manquements et de leurs péchés, s’arrêtent pourtant quelquefois, et cessent de pécher ; mais ceux-ci, allant de mal en pis, avançaient de plus en plus dans l’iniquité. Nous trouvons quelque chose d’analogue dans l’épître aux Philippiens (III, 18) : "Car il y en a plusieurs, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore avec larmes, qui se conduisent, etc." ; (Jérémie II, 5) : "Ils ont suivi la vanité, et ils sont devenus vains eux-mêmes." |
Secundo describit eorum culpam quantum ad
causam quae ponitur duplex. Una ex parte huius mundi, quia alliciebantur a
rebus mundi. Et quantum ad hoc dicit secundum saeculum mundi huius, id
est secundum saecularem vitam rerum mundanarum, quae vos alliciunt. I Io. II, 15
: si quis diligit mundum, non est charitas patris in eo. Propter quod
praemittit : nolite diligere mundum. |
2° Saint Paul dépeint leur péché, par sa cause, laquelle est de deux sortes, A) L’une est ce monde en ce qu’ils étaient attirés par affaires du monde. De cette cause, l’Apôtre dit (verset 2) : selon la coutume de ce monde, c'est-à-dire, selon la vie du siècle par rapport aux choses de ce monde, qui vous séduisent ; (I Jean, II, 15) : "Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui." Aussi cet Apôtre a-t-il dit d’abord (verset 15) : "N’aimez pas le monde." |
Alia causa est ex parte Daemonum, quibus
serviebant, de quibus dicitur Sap. XIV, v. 27 : infandorum idolorum
cultura, omnis mali causa est et initium. Et quantum ad hoc dicit et
secundum principem potestatis. Quam quidem causam describit tripliciter.
Primo quidem quantum ad potestatem, dicens secundum principem potestatis,
id est, potestatem exercentem, non quod habeat eam naturaliter, cum nec
dominus, nec creator sit ex natura, sed inquantum dominatur hominibus qui se
ei peccando subiiciunt. Io. XII, v. 31 : nunc princeps huius mundi
eiicietur foras. Et XIV, 30 : venit princeps huius mundi, et in me non
habet quidquam. Secundo quantum ad habitationem, quia aeris huius,
id est qui habet potestatem in hoc aere caliginoso. Ubi sciendum est quod de istis Daemonibus
duplex est opinio apud doctores. Quidam enim dixerunt Daemones qui
ceciderunt, non fuisse de supremis ordinibus, sed de inferioribus, qui
praesunt corporibus inferioribus. Constat
autem totam creaturam corporalem administrari a Deo, ministerio Angelorum. Et haec
est opinio Ioannis Damasceni, scilicet quod primus eorum qui ceciderunt,
praeerat ordini terrestrium, quod forte sumptum est ex dicto Platonis, qui
ponebat quasdam substantias caelestes seu mundanas. Et secundum hoc exponitur
hoc quod dicit aeris huius, id est ad hoc creati, ut praesiderent aeri
huic. Alii vero volunt, et melius, quod fuerint de supremis ordinibus, ita
quod hoc quod dicit aeris huius, sit ad ostendendum ipsum aerem esse
habitationem ipsorum in poenam eorum. Unde Iudas in sua canonica dicit : Angelos
vero qui non servaverunt suum principatum, sed dereliquerunt suum domicilium,
in iudicium Dei magni, vinculis aeternis sub caligine reservavit. Ratio autem quare non statim post eorum casum
retrusi sunt in Infernum, sed dimittuntur in aere, est, quia Deus noluit quod
ipsis peccantibus eorum creatio totaliter frustraretur, et ideo dedit eos
hominibus in exercitium quo bonis praepararent coronam, malis autem aeternam
mortem. Et quia usque ad diem iudicii est nobis tempus belli et merendi, ideo
usque tunc in aere permanebunt; post diem vero iudicii retrudentur in
Infernum. Advertendum etiam quod una littera habet spiritus, et sic
est genitivi casus, et ponitur singulare pro pluralibus, quasi dicat :
spirituum. Alia littera habet spiritum, et tunc est accusativi casus,
ut dicatur : secundum principem spiritum, id est, qui princeps est spiritus.
Tertio quantum ad operationem, ibi, cum dicit qui nunc operatur in filios
diffidentiae, id est in illos qui a se repellunt fructum passionis
Christi, qui erant filii diffidentiae. Vel quia de aeternis non habent fidem,
nec spem salutis per Christum : et in talibus princeps potestatis aeris huius
libere operatur, ducens eos quo vult : de quibus infra IV, 19, dicitur : qui
desperantes semetipsos tradiderunt impudicitiae, in operationem immunditiae.
Vel diffidentiae, id est de quibus eis est diffidendum, id est qui ex
malitia peccant, in quibus princeps huius mundi etiam operatur ad nutum. De
his enim qui ex ignorantia et infirmitate peccant, non est diffidendum, nec
in eis princeps iste operatur ad nutum. |
B) L’autre cause est le démon, dont ils étaient les esclaves. Ce sont les démons dont il est dit (Sagesse XIV, 27) : "Le culte des idoles abominables est la cause et le principe de tous les maux." De cette cause l’Apôtre dit (verset 2) : selon le prince de la puissance. Il dépeint cette cause sous trois rapports : a) D’abord quant à la puissance, en disant : le prince de la puissance, c'est-à-dire qui exerce la puissance, non qu’il la possède naturellement, puisque par sa nature il n’est ni seigneur, ni créateur; mais en tant qu’il domine sur les hommes, lesquels se soumettent à lui par le péché ; (Jean, XII, 31) : "C’est maintenant que le prince du monde va être chassé dehors" ; et (XIV, 30) : "Le prince du monde est venu, et il n’y a en moi rien qui soit à lui." - b) Ensuite quant à sa demeure, car c'est (verset 2) : la puissance de l’air, c'est-à-dire celui qui a puissance dans cet air ténébreux. Remarquez qu’à l’égard de ces démons, il y a deux opinions parmi les Docteurs. Il en est qui ont prétendu que les démons qui sont tombés n’appartenaient pas aux ordres supérieurs, mais aux inférieurs qui président aux corps terrestres ; or il est constant que Dieu gouverne toute la création corporelle par le ministère des anges. Telle est l’opinion de saint Jean Damascène, qui dit que le premier de ces anges déchus présidait à l’ordre des choses terrestres. Cette opinion est peut-être tirée d’un écrit de Platon, qui admettait certaines substances célestes ou habitant dans le monde. Dans ce sens, on explique ce que dit l’Apôtre : de cet air, par « créés pour présider à cet air ». D’autres soutiennent et avec plus de raison que ces démons faisaient partie des ordres supérieurs, en sorte que cette expression de saint Paul, de cet air, donnerait à entendre que cet air même est devenu leur demeure, en punition de leur faute ; aussi saint Jude, dans son épître canonique, dit (verset 1) : "Il retient liés de chaînes éternelles, dans de profondes ténèbres, et les réserve pour le jugement de Dieu tout-puissant les anges qui n’ont pas conservé leur première dignité, mais ont quitté leur propre demeure." Or la raison pour laquelle ils n’ont pas été précipités dans l’enfer aussitôt après leur chute, mais sont abandonnés dans l’air, c'est que Dieu n’a pas voulu que leur péché détruisît totalement le plan de la création; il les a donc laissés pour éprouver les hommes, afin qu’ils préparent ainsi aux bons la couronne et aux méchants la mort éternelle. Et comme jusqu’au jour du jugement la vie est pour nous un temps de guerre et de mérite, jusque là ils demeureront dans l'air, et après le jour du jugement, ils seront précipités dans l’enfer. Il faut observer qu’un texte porte "de l’Esprit," au génitif, avec le singulier pour le pluriel, comme si l’on disait : des Esprits. Mais un autre texte porte : l’Esprit, et alors c'est l’accusatif, c'est-à-dire selon le prince esprit, c'est-à-dire qui est prince de l’Esprit. - c) Enfin il les dépeint par leurs actes, quand il dit (verset 2) : qui a maintenant son pouvoir sur les incrédules, c'est-à-dire sur ceux qui repoussent loin d’eux le bénéfice de la passion du Christ, et qui étaient enfants de rébellion ; ou encore, qui n’ont pas la foi des choses éternelles, ni l’espérance du salut par Jésus-Christ. C’est sur ceux qui sont tels que le prince de la puissance de l’air agit librement, les menant où il veut ; il est dit d’eux plus loin (IV, 19) : Ayant perdu toute espérance, ils se sont abandonnés à la dissolution, et se sont plongés dans toutes sortes d’impuretés. Ou : de la défiance, c'est-à-dire dont il faut se défier, à savoir ceux qui pèchent par malice et dans lesquels le prince de ce monde agit ainsi qu’il lui plait ; car pour ceux qui pèchent par ignorance et par faiblesse, on n’a pas à s’en défier, et en eux le prince de ce monde n’agit pas à sa volonté. |
Sed contra. De nemine est desperandum quamdiu
vivit. Respondeo. Dicendum est quod de aliquo potest esse duplex spes. Una ex
parte hominis, alia ex parte divinae gratiae. Et sic de aliquo potest
desperari ex parte sua, de quo tamen desperandum non est ex parte Dei, sicut
desperandum erat de Lazaro iacente in sepulcro, quod resurgeret ex parte sua,
de quo tamen desperandum non erat ex parte Dei, a quo resuscitatus est. De
illis ergo, qui ex malitia sunt multum in peccatis demersi, si attendatur
eorum virtus, desperari potest, Ps. LXVIII, 3 : infixus sum in limo
profundi, et non est substantia, non tamen si attendatur virtus divina.
De istis autem filiis diffidentiae dicitur infra V, 6 : nemo vos seducat
inanibus verbis. Propter hoc enim venit ira Dei in filios diffidentiae. |
On objecte qu’il ne faut désespérer de qui que ce soit, tant qu’il vit. Il faut répondre qu’il y a deux manières de conserver de l’espoir sur quelqu’un : l’une du côté de l’homme, l’autre du côté de la grâce divine. Dans ce sens, on peut désespérer de quelqu’un, en ne considérant que sa nature, tandis qu’on ne doit jamais en désespérer de ce qui est de Dieu. C’est ainsi qu’on ne devait plus espérer pour Lazare gisant dans le tombeau, qu’il ressuscitât de sa propre volonté, tandis qu’on n’avait pas à en désespérer du côté de Dieu, qui l’a ressuscité. De ceux-là donc, qui par leur malice, sont profondément enfoncés dans le péché, si on considère leur propre capacité, on peut en désespérer ; (Psaume LXVIII, 3) : "Je suis enfoncé dans un abîme de boue où il n’y a pas de fonds". Mais on ne doit pas perdre espoir si l’on considère la puissance divine. De ces enfants de défiance il est dit plus bas (verset 6) : Que personne ne vous séduise par de vains discours car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les enfants de rébellion. |
Deinde cum dicit in quibus et nos omnes,
etc., commemorat apostolus statum culpae quantum ad Iudaeos, ostendens eos
omnes in peccato fuisse, secundum illud Rm III, 9 : causati sumus Iudaeos
et Graecos omnes sub peccato esse. Attendenda est tamen differentia circa
hoc, quia apostolus, agens de culpa gentilium, assignavit duas causas culpae
fuisse. Unam scilicet ex parte mundi, aliam ex parte
Daemonum, quos colebant. Quia ergo Iudaei erant similes gentilibus in statu
culpae, quantum ad primam causam, non autem quantum ad secundam, ideo
apostolus non facit mentionem de culpa eorum, nisi quantum ad causam quae est
ex parte mundi. Circa quod tria facit. Primo commemorat eorum culpam quantum
ad peccatum cordis; secundo quantum ad peccatum operis; tertio quantum ad
peccatum originis. Peccatum vero cordis insinuat per desideria carnis, et
quantum ad hoc dicit in quibus, scilicet peccatis seu delictis, nos
omnes, scilicet Iudaei, aliquando conversati sumus, agentes vitam
nostram, in desideriis carnis nostrae, id est, carnalibus. Tit.
III, 3 : eramus enim aliquando et nos insipientes et increduli, errantes
et servientes desideriis et voluptatibus variis, et cetera. Rm XIII, 14 :
carnis curam ne feceritis in desideriis. Peccatum vero operis nihil
aliud est quam expressio interioris concupiscentiae. Est autem quaedam
concupiscentia carnis, sicut sunt concupiscentiae naturales, puta cibi per
quam conservatur individuum, et venereorum per quam conservatur species; et
quantum ad hoc dicit facientes voluntatem, etc., id est, ea in quibus
caro delectatur. Rm VIII, 8 : qui autem in carne sunt, Deo placere non
possunt. |
II° Quand ensuite il ajoute (verset 5) : Car nous avons été tous autrefois, etc., l'Apôtre rappelle l’état du péché, en le considérant dans les Juifs et en montrant que tous, ils ont été dans cet état, suivant ce passage (Rm III, 9) : "Nous avons déjà convaincu et les Juifs et les Gentils d’être tous dans le péché." Il faut toutefois remarquer ici une différence : c'est que saint Paul, considérant le péché des Gentils, lui a assigné deux causes, à savoir : le monde et les démons qu’ils honoraient. Or les Juifs, par rapport au péché, ne se distinguant pas des Gentils quant à la première cause ; mais quant à la seconde, saint Paul ne fait mention de leur péché que par rapport au monde. Sur ce point il rappelle leur péché I. quant au coeur; II. Quant aux oeuvres; III. Quant à l’origine. I. Il caractérise donc les péchés de coeur par les désirs de la chair, dont il dit (verset 3) : dans lesquels, c'est-à-dire dans lesquels péchés et manquements, nous tous, à savoir les Juifs, nous avons autrefois vécu, passant notre vie dans les désirs de notre chair, c'est-à-dire les désirs charnels ; (Tite, III, 3) : "Car nous étions aussi nous-mêmes autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à une infinité de passions et de voluptés, etc." et (Rm XIII, 14) : "Ne prenez pas de votre chair un soin qui aille jusqu’à contenter ses désirs." |
Quaedam vero est concupiscentia cognitionis,
eorum scilicet quae non veniunt ex desideriis carnis, sed ex ipso appetitu
animae, ut honoris ambitio et propriae excellentiae, et huiusmodi; et quantum
ad hoc dicit et cogitationum, id est exequentes illas concupiscentias,
quae causantur ex instinctu cogitationum nostrarum. Peccatum vero originis insinuat dicens et
eramus natura filii irae. Quod quidem peccatum ex primo parente non solum
in gentiles, sed etiam in Iudaeos transfunditur. Rm V, 12 : sicut per unum
hominem in hunc mundum peccatum intravit, et per peccatum mors; ita et in
omnes homines mors pertransivit, in quo omnes peccaverunt. Et sicut
homines per Baptismum mundantur a peccato originali solum quantum ad personas
proprias, unde generant filios baptizandos, ita circumcisio mundabat ab
originali personas solum, sed generabant adhuc circumcidendos. Et hoc est
quod dicit eramus natura, id est per originem naturae, non quidem
naturae ut natura est, quia sic bona est et a Deo, sed naturae ut vitiata
est, filii irae, id est vindictae, poenae et Gehennae, et hoc sicut
et caeteri, id est gentiles. |
II. Quant au péché d’action, ce n’est autre chose que la concupiscence intérieure passée à l’acte. Or il y a une concupiscence de la chair, comme sont les désirs naturels, par exemple celui de prendre de la nourriture, par lequel on conserve l’individu, et certains autres, les plaisirs de l’amour, par lesquels on conserve l’espèce. De cette concupiscence, l’Apôtre dit (verset 5) : nous abandonnant aux mouvements [de la chair], etc. c'est-à-dire, faisant ce en quoi la chair trouve sa délectation ; (Rm VIII, 8) : "Ceux qui sont dans la chair, ne peuvent plaire à Dieu." Il y a aussi une concupiscence de l’esprit, c'est-à-dire des biens qui ne viennent pas des désirs de la chair, mais des désirs mêmes de l’âme, par exemple l’ambition des honneurs, de sa propre élévation, et d’autres semblables. De cette concupiscence l’Apôtre dit (verset 3) : et de notre esprit, c'est-à-dire en cédant à ces désirs qui ont leur cause dans l’instinct de nos propres pensées. III. Saint Paul indique enfin le péché d’origine, en disant (verset 3) : Et nous étions par notre nature enfants de colère ; ce péché a été transmis par notre premier parent, non seulement aux Gentils, mais encore aux Juifs ; (Rm V, 12) : "Car comme le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par la péché, ainsi la mort est passée dans tous les hommes par un seul en qui tous ont péché." Et de même que les hommes par le baptême sont purifiés de la tache originelle, mais seulement quant à leur propre personne, ce qui fait qu’ils engendrent des enfants qui doivent être baptisés, ainsi la circoncision purifiait de la tache originelle les personnes seulement et ces personnes engendraient des enfants qu’il fallait circoncire. C’est ce que dit l’Apôtre : Nous étions par nature, c'est-à-dire par l’origine de notre nature, non pas de la nature en tant que nature, parce que en tant que telle, elle est bonne et vient de Dieu, mais de la nature viciée, enfants de colère, c'est-à-dire voués à la vengeance, à la peine et à l’enfer ; et cela comme les autres, à savoir les Gentils. |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens II, 4 à 7 : La grâce : son origine et son effet ultime |
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SOMMAIRE. L’Apôtre exalte le bienfait de la grâce sanctifiante et s’appuie sur plusieurs motifs. Elle vient de la charité de Dieu, elle est donnée par Jésus-Christ pour que nous obtenions de lui la vie éternelle. |
[4] Deus autem qui dives est in
misericordia propter nimiam caritatem suam qua dilexit nos [5] et cum essemus mortui peccatis
convivificavit nos Christo gratia estis salvati [6] et conresuscitavit et consedere
fecit in caelestibus in Christo Iesu [7] ut ostenderet in saeculis
supervenientibus abundantes divitias gratiae suae in bonitate super nos in
Christo Iesu. |
4. Mais Dieu qui est riche en
miséricorde, poussé par l’amour extrême dont il nous a aimés, 5. Lorsque nous étions mort par
nos péchés, nous a rendu la vie dans le Christ, par la grâce duquel vous êtes
sauvés; 6. Et il nous a ressuscités avec
lui, et nous a fait asseoir dans le ciel en Jésus-Christ, 7. Pour faire éclater dans les siècles à venir les richesses surabondantes de sa grâce par la bonté qu’il nous a témoignée dans le Christ Jésus. |
[87796] Super Eph., cap. 2 l. 2 Postquam
exaggeravit apostolus statum culpae inficientis, hic commendat beneficium
gratiae iustificantis. Circa quam duo facit. Primo ipsum beneficium ponit;
secundo seipsum exponit, ibi gratia enim estis, et cetera. Beneficium
autem illud describit quantum ad tres causas. Primo quantum ad causam
efficientem; secundo quantum ad causam formalem, seu exemplarem; tertio
quantum ad causam finalem. Efficiens autem causa beneficii divini
iustificantis, est charitas Dei. Et quantum ad hoc dicit Deus autem qui
dives est in misericordia, propter nimiam charitatem. Dicit autem propter
nimiam charitatem, quia dilectionis divinae possumus considerare
quadruplicem bonitatem et efficientiam. Primo quia nos in esse produxit. Sap.
XI, 25 : diligis enim omnia quae sunt, et nihil odisti eorum quae fecisti,
et cetera. Secundo quia ad imaginem suam nos fecit, et
capaces beatitudinis suae. Deut. XXXIII, 2-3 : cum eo sanctorum millia, in
dextra illius ignea lex, dilexit populos, omnes sancti in manu illius sunt.
Tertio quia homines per peccatum corruptos
reparavit. Ier. XXXI, 3 : in charitate perpetua dilexi te, et ideo, et
cetera. Quarto quia pro salute nostra filium proprium dedit. Io. III, 16 : sic
Deus dilexit mundum, ut filium suum unigenitum daret. |
Après avoir dépeint toute la laideur du péché qui souille, l’Apôtre relève ici le bienfait de la grâce qui justifie. A ce propos, il fait deux choses : premièrement il expose le bienfait lui-même; secondement, il l'explique (verset 8) : Car c'est par la grâce que vous êtes, etc. Il fait donc d’abord ressortir le bienfait par ses trois causes, I° la cause efficiente; II° la cause formelle ou exemplaire; III° la cause finale. I° La cause efficiente du bienfait divin qui justifie, c'est la charité de Dieu ; c'est de cette charité que l’Apôtre dit (verset 4) : Mais Dieu qui est riche en miséricorde, poussé par l’amour extrême dont il nous aime. Il dit : amour extrême, parce que nous pouvons reconnaître, dans l’amour divin, un quadruple effet de l’amour de Dieu. Premièrement il nous a appelés à l’être (Sagesse X, 24) : "Vous aimez tout ce qui est, et vous ne haïssez rien de tout ce que vous avez fait, etc. " Secondement il nous a créés à son image, et capables de sa béatitude ; (Deutér., XXXIII, 2-3) : "Des millions de saints étaient avec lui; il portait dans sa main une Loi de feu. Il a aimé les peuples, et tous les saints sont dans sa main." Troisièmement il a relevé les hommes corrompus par le péché ; (Jér., XXXI, 3) : "Je vous ai aimés d’un amour éternel, et voilà pourquoi, etc." Quatrièmement il a donné son propre Fils pour notre salut (Jean, III, 16) : "Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique." |
Unde Gregorius : o inaestimabilis dilectio
charitatis. Ut servum redimeres, filium tradidisti. Dicit autem qui
dives est in misericordia, quia cum amor hominis causetur ex bonitate
eius qui diligitur, tunc homo ille qui diligit, diligit ex iustitia,
inquantum iustum est quod talem amet. Quando vero
amor causat bonitatem in dilecto, tunc est amor procedens ex misericordia.
Amor autem quo Deus amat nos, causat in nobis bonitatem, et ideo misericordia
ponitur hic quasi radix amoris divini. Is. LXIII, 7 : largitus est in eis
secundum indulgentiam suam, et secundum multitudinem misericordiarum suarum.
Ibidem : multitudo viscerum tuorum et miserationum tuarum super me.
Dicitur autem Deus dives in misericordia, quia habet eam infinitam et
indeficientem, quod non habet homo. |
Aussi saint Grégoire s’écrie-t-il : "Ineffable tendresse de votre amour ; pour racheter un serviteur, vous avez livré votre Fils." L’Apôtre dit (verset 4) : qui est riche en miséricorde, c'est que quand l’amour, dans l’homme, a pour motif la bonté de celui qui est aimé, alors l’homme qui aime aime par justice, autant qu’il peut être juste d’aimer l’objet de son amour. Mais quand c'est l’amour qui produit la bonté dans celui qui est aimé, alors l’amour procède de la miséricorde. Or l’amour, dont Dieu nous aime, produit en nous la bonté; voilà pourquoi la miséricorde est ici donnée comme la racine de l’amour de Dieu pour nous ; (Isaïe, LXIII, 7) : "Il a répandu ses biens sur la maison d’Israël selon sa bonté et selon la multitude de ses miséricordes" et (Isaïe. LXIII, 1) : "La tendresse de vos entrailles et de vos miséricordes sur moi." Dieu est appelé riche en miséricorde, parce qu’en lui cette vertu est infinie et inépuisable, mais elle n’est pas telle dans l’homme. |
In tribus enim homo miseretur cum termino et
limitatione. Primo quidem largiendo beneficia temporalia, et haec
misericordia est finita, non excedens limites propriae facultatis. Tob. IV, 8
: quomodo potueris, ita esto misericors; sed Deus dives est etiam in
omnes qui invocant illum, ut dicitur Rm X, 12. Secundo est finita misericordia hominis quia
non remittit nisi offensam propriam, et in hoc etiam modus esse debet, ut
scilicet non sic passim remittat, ut ille cui remittit efficiatur procacior,
pronior et facilior ad iterum offendendum. Eccle.
VIII, 11 : etenim quia non profertur cito contra malos sententia, absque
timore ullo filii hominum perpetrant mala. Deo
autem nihil nocere potest, et ideo potest omnem offensam remittere. Iob c.
XXXV, 6 : si peccaveris, quid ei nocebis? Et parum post : porro si
iuste egeris, quid donabis ei? Tertio, homo miseretur poenam remittendo, et in
hoc etiam est modus servandus, scilicet ut non facias contra legis superioris
iustitiam : Deus autem poenam omnium remittere potest, cum non obstringatur
aliqua superioris lege. Iob XXXIV, 13 : quem constituit alium super
terram, et quem posuit super orbem quem fabricatus est? Sic ergo
misericordia Dei est infinita, quia non coarctatur angustiis divitiarum,
neque timore nocumenti restringitur, et neque lege superioris. |
L’homme, en effet, ne peut exercer la miséricorde qu’avec mesure et dans de certaines limites pour trois raisons. D’abord quand il s’agit d’accorder des biens temporels, car alors la miséricorde en lui est limitée, et ne peut pas excéder l’étendue de ses propres ressources ; (Tobie IV, 8) : "Soyez charitables dans la mesure où vous le pouvez" mais Dieu répand ses richesses sur tous ceux qui l’invoquent, comme il est dit en Rm X, 12. En second lieu la miséricorde, dans l’homme, est limitée, parce qu’il ne remet que son offense personnelle, et alors même il doit y mettre une mesure pour qu’il ne doive pas remettre ainsi chaque fois, afin que celui à qui il pardonne n’en devienne pas plus insolent, plus méchant et plus porté à de nouvelles offenses ; (Ecclé., VIII, 11) : "Parce que la sentence ne se prononce pas sitôt contre les méchants, les enfants des hommes commettent le crime sans aucune crainte." Or rien ne saurait nuire à Dieu; et par conséquent il peut pardonner toute offense ; (Job, XXXV, 6) : "Si vous péchez, en quoi nuirez-vous à Dieu ?" et peu après (verset 7) : "Que si vous êtes juste, que donnerez-vous à Dieu ?" Enfin l’homme exerce la miséricorde en faisant remise du châtiment, et ici encore il y a une mesure à garder pour ne pas agir contre le droit d’une loi supérieure; mais Dieu peut remettre la peine dans tous les cas, puisqu’il n’est pas lié par aucune loi d’un supérieur ; (Job, XXXIV, 13) : "En a-t-il donc mis un autre à sa place sur la terre, et qui est celui qu’il a établi pour gouverner le monde qu’il a créé ?" Ainsi donc la miséricorde de Dieu est infinie, parce qu’elle n’est ni resserrée par le manque de ressources, ni restreinte par la crainte de porter dommage, ni liée par la loi d’un supérieur. |
Causa vero exemplaris beneficii est, quia in
Christo collata est. Et quantum ad hoc dicit cum essemus mortui peccatis,
convivificavit nos in Christo, et cetera. Ubi tangit triplex beneficium,
id est : iustificationis, resurrectionis a mortuis, et ascensionis in caelum,
per quae tria Christo assimilamur. Dicit ergo quantum ad primum, ut legatur
littera suspensive, Deus autem, qui dives est, etc., cum essemus
mortui peccatis, convivificavit nos in Christo, id est simul vivere fecit
cum Christo. Os. VI, 3 : vivificabit nos post duos dies, et cetera.
Convivificavit, inquam, hic scilicet per viam iustitiae. Ps. LXV, v. 9 : qui
posuit animam meam ad vitam. Et hoc in Christo, id est per gratiam
Christi, cuius, scilicet Christi, gratia estis salvati. Rm VIII,
24 : spe enim salvi sumus. |
II° La cause exemplaire du bienfait, se trouve en ce que la grâce en a été conférée en Jésus-Christ. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 5) : "Et lorsque nous étions morts par nos péchés, il nous a rendu la vie en Jésus-Christ, etc." Ici l’Apôtre indique un triple bienfait, à savoir la justification, la résurrection d’entre les morts et l’ascension aux cieux, par lesquelles nous sommes assimilés au Christ. I. Il dit donc quant au premier de ces bienfaits, en lisant le texte avec une sorte de suspension : Mais Dieu qui est riche, etc., alors (verset 5) que nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, c'est-à-dire nous a fait vivre avec lui (Osée, VI, 3) : "Il nous rendra la vie dans deux jours, etc." Il nous a, dis-je, rendu la vie, à savoir ici par voie de justice ; (Psaume LXV, 9) : "C’est lui qui a conservé la vie à mon âme", et cela en Jésus-Christ, c'est-à-dire par la grâce du Christ (verset 8) par la grâce duquel vous êtes sauvés ; (Rm VIII, 24) : "Car nous ne sommes sauvés qu’en espérance". |
Quantum vero ad secundum dicit et
conresuscitavit nos cum Christo, quantum ad animam in re, et spe quantum
ad corpus. Rm VIII, 11 : qui suscitavit ipsum a mortuis, vivificabit et
mortalia corpora nostra, et cetera. |
II. Du second de ces bienfaits l’Apôtre dit (verset 6) : et il nous a ressuscités avec lui, quant à l’âme en réalité, et quant au corps en espérance ; (Rm VIII, 11) : "Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, donnera aussi la vie à nos corps mortels, etc." |
Quantum vero ad tertium dicit et
consedere fecit in caelestibus in Christo Iesu, scilicet nunc per spem,
et tandem in futuro in re, quia, ut dicitur Io. XII, 26
: ubi ego sum, illic et minister meus erit, et cetera. Item
Apoc. III, v. 21 : qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo, sicut
et ego vici, et sedi cum patre meo in throno eius. Utitur autem in his apostolus
praeterito pro futuro, enuntians tamquam iam factum quod futurum est, pro
certitudine spei. Sic ergo convivificavit quantum ad animam, tandem
resuscitavit quantum ad corpus, consedere fecit quantum ad utrumque. |
III. Du troisième bienfait il dit (verset 6) : et nous fait asseoir dans le ciel en Jésus-Christ, à savoir dès à présent par l’espérance, et enfin en réalité dans le siècle futur ; parce que, ainsi qu’il est dit (Jean, XII, 26) : "Là ou je serai, là sera aussi mon serviteur, etc." et encore (Apoc., III, 21) : "Quiconque sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme je me suis assis moi-même avec mon père, après avoir été victorieux." L’Apôtre, dans ces passages, se sert du passé au lieu du futur; énonçant comme déjà fait ce qui doit se faire dans l’avenir, à cause de la certitude de l’espérance. Ainsi donc il nous a rendu la vie quant à l’âme, et enfin il nous ressuscitera quant au corps, pour nous faire asseoir dans le ciel quant à l’un et à l’autre. |
Consequenter cum dicit ut ostenderet, etc., ostendit causam
finalem collati beneficii. Quod quidem potest dupliciter legi, quia saecula
supervenientia vel possunt accipi in vita ista, vel in vita futura. Si enim
accipiantur in vita ista, tunc saeculum est quaedam mensura temporis et
periodus unius generationis, ut dicatur sic : dico quod nos, qui sumus
primitiae dormientium, convivificavit in Christo, et hoc ut
ostenderet in saeculis supervenientibus, id est his qui futuri sunt post
nos, abundantes divitias gratiae suae, et hoc non meritis nostris, sed
bonitate sua, quae est scilicet super nos in Christo Iesu, id est per
Christum Iesum. I Tim. I, 15 s. : Iesus Christus venit
in hunc mundum peccatores salvos facere, quorum primus ego sum. Sed ideo
misericordiam consecutus sum, ut in me ostenderet Christus omnem patientiam
ad informationem illorum qui credituri sunt illi in vitam aeternam. Sic
ergo Deus largitus est sanctis primitivis abundantia dona gratiae, ut posteri
facilius convertantur ad Christum. Vel potest aliter accipi saeculum,
scilicet in alia vita, de quibus dicitur Eccli. XXIV, 14 : et usque ad
futurum saeculum non desinam. Sed licet ibi sit unum saeculum, quia ibi
est aeternitas, dicit tamen in saeculis supervenientibus, propter
multitudinem sanctorum participantium aeternitatem : ut dicantur ibi tot
saecula, quot sunt aeternitates participatae. De his saeculis dicitur in Ps.
CXLIV, 13 : regnum tuum regnum omnium saeculorum. Dicit ergo secundum
hunc sensum : dico quod vivificavit nos in spe, scilicet per Christum, vel in
gratia, ut ostenderet in saeculis supervenientibus, id est in alia
vita compleret, abundantes divitias gratiae suae, id est abundantem
gratiam, quam etiam in hoc mundo, dum multa dimittit peccata et maxima dona
concedit, dicit : quae quidem superabundat in vita alia, quia ibi
indeficienter habetur. Io. X, 10 : ego veni ut vitam, scilicet
gratiae, habeant in hoc mundo, et abundantius habeant, scilicet
gloriae in patria. Et hoc in bonitate sua. Ps. LXXII, 1 : quam
bonus Israel Deus. Thren. III, 25 : bonus est dominus sperantibus in
eum, animae quaerenti illum. Et hoc supra nos, id est supra
nostrum desiderium, supra nostrum intellectum, et supra capacitatem nostram.
Is. LXIV, 4 : oculus nos vidit, Deus, absque te, quae praeparasti
expectantibus te. Et hoc in Christo Iesu, id est, per
Christum Iesum, quia sicut gratia nobis confertur per Christum, ita et gloria
consummata. Ps. LXXXIII, 12 : gratiam et gloriam dabit dominus. Per
ipsum enim beatificamur, per quem iustificamur. Dicit autem ut ostenderet,
quia thesaurus gratiae in nobis est occultus, quia habemus ipsum in vasis
fictilibus, ut dicitur II Cor. IV, 7; et I Io. III, 1 : videte qualem
charitatem dedit nobis pater : ut filii Dei nominemur et simus. Et parum
post : nunc filii Dei sumus, et nondum apparuit, et cetera. Sed ille
thesaurus occultus, quia nondum apparuit, in saeculis supervenientibus
ostenditur, quia in patria omnia erunt nobis aperta, quae ad manifestam
sanctorum gloriam pertinent. Rm VIII, 18 : non sunt condignae
passiones huius temporis ad futuram gloriam, quae revelabitur in nobis. |
III° Quand saint Paul dit à la suite (verset 7) : pour faire éclater,
etc., il indique la cause finale du bienfait accordé. Or ce
passage peut se lire de deux manières : car on peut entendre les siècles
qui surviennent soit de la vie présente, soit de la vie future. Si on les
entend de la vie présente, alors le siècle est une certaine mesure de
temps, la période d’une génération, et le sens est : Je dis qu’à nous, qui
sommes les prémices de ceux qui dorment, il a rendu la vie en Jésus-Christ,
et cela afin de montrer aux siècles qui surviennent, c'est-à-dire à
ceux qui viendront après nous, les richesses surabondantes de sa grâce,
et ceci encore non à cause de nos mérites propres, mais par sa bonté, qui
s’est répandue sur nous en Jésus-Christ, c'est-à-dire par
Jésus-Christ ; (I Tim., I, 15) : "Le Christ Jésus est venu dans
le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier.Mais c’est pour
cela qu’il m’a été fait miséricorde, afin que je fusse le premier en qui
Jésus-Christ fit éclater sa suprême patience, et que j’en devinsse un modèle
à ceux qui croiront en lui pour la vie éternelle." Ainsi donc Dieu a
accordé aux saints des premiers temps les dons surabondants de sa grâce, afin
que ceux qui viendraient dans la suite se convertissent plus facilement à
Jésus-Christ. On peut encore entendre par le siècle, le temps d’une
autre vie, dont il est dit (Ecclesiastique XXIV, 14) : "Je ne
cesserai pas d’être dans la suite de tous les âges." Et bien qu’il
n’y ait en elle qu’un siècle, parce que là est l’éternité, l’Apôtre dit
toutefois : dans les siècles à venir, à cause de la multitude des
saints qui participeront à l’éternité, en sorte qu’on peut y reconnaître
autant de siècles qu’il y aura d’éternités accordées. Il est dit de ces
siècles au psaume CXLIV, 13 : "Votre règne est un règne qui s’étend
dans tous les siècles." Saint Paul dit donc, si l’on adopte ce sens
: Je dis qu’il nous a rendu la vie en espérance, à savoir par
Jésus-Christ, ou en grâce, afin de montrer, dans les siècles à venir,
c'est-à-dire compléter, dans une autre vie, les abondantes richesses de sa
grâce, c'est-à-dire la grâce abondante qu’il donne déjà en ce monde alors
qu’il pardonne un grand nombre de fautes et accorde les faveurs les plus précieuses,
laquelle grâce surabonde dans une autre vie, parce que là elle ne souffre
plus d’interruption ; (Jean, X, 10) : "Je suis venu afin qu’ils
aient la vie," c'est-à-dire la vie de la grâce, en ce monde, et
qu’ils l’aient plus abondamment, à savoir la vie de la gloire dans la
patrie [céleste]. Or, tout nous vient de sa bonté ; (Psaume
LXXII, 1) : "Que le Dieu d’Israël est bon !" et (Lament.,
III, 25) : "Le Seigneur est bon à ceux qui espèrent en lui, à l’âme
qui le cherche". Cette grâce est au dessus de nous, c'est-à-dire
au-delà de nos désirs, au-dessus de notre intelligence, plus grande que notre
capacité ; (Isaïe, LXIV, 4) : "L’oeil n’a pas vu, hors vous
seul, ô mon Dieu, ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent." Tous
ces dons sont accordés en Notre Seigneur Jésus-Christ, c'est-à-dire
par lui. Car ainsi que la grâce nous est donnée par le Christ, de même la
gloire parfaite nous est donnée par lui ; (Psaume LXXXIII, 12) : "Le
Seigneur nous donnera la grâce et la gloire". Car nous recevons la béatitude
de celui en qui nous sommes justifiés. L’Apôtre dit (verset 7) : pour
faire éclater, parce que le trésor de la grâce est caché en nous : nous
l’avons, en effet, dans des vases fragiles, ainsi qu’il est dit (2 Co IV, 7)
et (I Jean., III, 1) : "Considérez quel amour le Seigneur nous a
témoigné de vouloir que nous soyons appelés déjà enfants de Dieu, et que nous
le soyons en effet" et peu après (verset 2) : "Nous sommes
les enfants de Dieu, mais ce que nous sommes ne parait pas encore, etc."
Or ce trésor caché, parce qu’il n’a pas paru, est montré aux siècles à venir,
parce que dans la patrie [céleste] tout ce qui appartient à la manifestation
de la gloire des saints, nous sera découvert ; (Rm VIII, 18) : "Les
épreuves de la vie présente n’ont pas de proportion avec la gloire qui sera
un jour découverte en nous." |
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Lectio 3 |
Leçon 3 — Ephésiens II, 8 à 10 : Le rôle de la foi dans le salut |
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SOMMAIRE : L’Apôtre établit que nous sommes sauvés par la seule grâce de Dieu par la foi, qui est aussi un don de Dieu, afin que personne ne puisse se glorifier. |
[8] gratia enim estis salvati per
fidem et hoc non ex vobis Dei enim donum est [9] non ex operibus ut ne quis
glorietur [10] ipsius enim sumus factura creati
in Christo Iesu in operibus bonis quae praeparavit Deus ut in illis
ambulemus. |
8. Car c'est par la grâce que
nous sommes sauvés en vertu de la foi, et cela ne vient pas de vous, puisque
c'est un don de Dieu; 9. Cela ne vient pas de vos
oeuvres, afin que nul ne se glorifie; 10. Car nous sommes son ouvrage, étant créés dans le Christ Jésus pour les bonnes oeuvres que Dieu a préparées, afin que nous y marchions. |
[87797] Super Eph., cap. 2 l. 3 Supra
commemorans apostolus beneficium Dei quo liberati sumus a peccato,
interposuerat quod gratia Christi eramus salvati, nunc autem illud probare
intendit. Circa quod duo facit. Primo enim proponit intentionem suam; secundo
manifestat propositum, ibi et hoc non ex vobis, et cetera. Dicit
ergo primo : bene dixi cuius gratia estis salvati; et certe adhuc dico
secure, enim, pro quia, estis salvati gratia. I
Cor. XV, 10 : gratia Dei sum id quod sum. Rm III, 24 : iustificati
gratis per gratiam ipsius. Idem enim est salvari et iustificari. Salus enim importat liberationem
a periculis; unde perfecta salus hominis erit in vita aeterna, quando ab
omnibus periculis immunis erit, sicut navis dicitur esse salvata, quando
venit ad portum. Is. LX, 18 : occupabit salus muros tuos, et
portas tuas laudatio. Huius autem salutis spem suscipiunt homines, dum in
praesenti iustificantur a peccato, et secundum hoc dicuntur salvati esse,
secundum illud Rm VIII, 24 : spe enim salvati sumus. Haec autem
salvatio gratiae est per fidem Christi. Concurrit enim ad iustificationem
impii, simul cum infusione gratiae, motus fidei in Deum in adultis. Lc. VIII,
48 : vade in pace, fides tua te salvum fecit. Rm V, 1 : iustificati
enim ex fide, pacem habeamus. |
Saint
Paul, en rappelant plus haut le bienfait de Dieu par lequel nous sommes
délivrés du péché, avait avancé que nous étions sauvés par la grâce du Christ,
il s’applique ici à le prouver. A ce propos, il fait deux choses : I° Il
annonce son intention ; II° il développe sa proposition (verset 8) : et
cela ne vient pas de vous, etc. I° Il dit donc d’abord : J’ai eu raison de dire : par la grâce duquel vous avez été sauvés ; et certes je le répète encore tranquillement ; car pour parce que (verset 8) vous avez été sauvés par la grâce ; (1 Co XV, 10) : "C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis" et (Rm III, 24) : "Justifiés donc gratuitement par sa grâce." Car être sauvés, c'est la même chose qu’être justifiés, le salut supposant la délivrance des dangers. Le salut parfait de l’homme n’aura donc lieu que dans la vie éternelle, alors qu’il sera à l’abri de tout danger, comme on dit que navire est sauvé quand il est entré dans le port ; (Isaïe, LX, 18) : "Le salut environnera vos murailles, et les louanges retentiront à vos portes." Or l’homme reçoit l’espérance de ce salut, quand dans l’état présent, il est justifié du péché, et c'est dans ce sens qu’on le dit sauvé, suivant cette expression de l’épître aux Romains (VIII, 24) : "Car nous ne sommes sauvés qu’en espérance". Or ce salut par la grâce s’obtient au moyen de la foi du Christ car, dans les adultes, le mouvement de la foi en Dieu, concourt, pour la justification de l’impie, avec l’infusion de la grâce ; (Luc, VIII., 48) : "Votre foi vous a guérie; allez en paix" et (Rm V, 1) : "Etant donc justifiés par la foi, soyons en paix avec Dieu." |
Deinde cum dicit et hoc non ex vobis,
etc., manifestat quod dixerat, et primo quantum ad fidem quae est fundamentum
totius spiritualis aedificii; secundo quantum ad gratiam, ibi ipsius enim
sumus factura, et cetera. |
II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 8) : et cela ne vient pas de vous, etc., il développe ce qu’il avait avancé, et d’abord quant à la foi qui est le fondement de tout l’édifice spirituel ; ensuite, quant à la grâce, (verset 10) : car nous sommes son ouvrage etc. |
Circa primum excludit duos errores, quorum
primus est : quia dixerat quod per fidem sumus salvati, posset quis credere
quod ipsa fides esset a nobis et quod credere in nostro arbitrio constitutum
est. Et ideo hoc excludens, dicit et hoc non ex vobis. Non
enim sufficit ad credendum liberum arbitrium, eo quod ea quae sunt fidei,
sunt supra rationem. Eccli. III, 25 : plurima supra sensum
hominis ostensa sunt tibi. I Cor. c. II, 11 : quae Dei sunt nemo
novit, nisi spiritus Dei, et cetera. Et ideo quod homo credat, hoc non
potest ex se habere, nisi Deus det, secundum illud Sap. IX, 17 : sensum
autem tuum quis sciet, nisi ut dederis sapientiam, et miseris spiritum
sanctum tuum de altissimis? Propter quod subdit Dei enim donum est,
scilicet ipsa fides. Phil. I, 29 : vobis autem donatum est pro Christo non
solum ut in eum credatis, sed ut etiam pro eo patiamini, et cetera. I
Cor. XII, 9 : alii enim datur fides in eodem spiritu. |
I. Sur le premier de ces points, il détruit deux erreurs. I° La première est qu’ayant dit que nous sommes sauvés par la foi, on pourrait s’imaginer que cette vertu même viendrait de nous, et que croire dépend de notre libre arbitre. Renversant donc cette erreur, il dit (verset 8) : et cela ne vient pas de vous, car pour croire, le libre arbitre ne suffit pas, parce que les choses de la foi sont au-dessus de la raison ; (Ecclesiastique III, 2) : "Car il vous a découvert beaucoup de choses qui étaient au-dessus de l’esprit de l’homme" et (1 Co 2, 11) : "Nul ne connaît ce qui est de Dieu, que l’Esprit de Dieu, etc. " Ce que donc l’homme croit, il ne peut le croire de lui-même, à moins que Dieu ne le lui donne, suivant cette parole de la Sagesse (IX, 17) : "Et qui pourra connaître votre pensée, si vous ne donnez vous-même la sagesse, et si vous n’envoyez votre Esprit Saint du haut des cieux ?" Aussi l’Apôtre ajoute-il (verset 8) : et c'est un don de Dieu, à savoir la foi ; (Philip., I, 29) : "C’est une grâce que Dieu vous a faite à l’égard du Christ, non seulement, que vous croyez en Jésus-Christ, mais encore que vous souffriez pour lui, etc. " et (1 Co II, 9) : "Un autre reçoit la foi par le même esprit". |
Secundo excludit alium errorem. Posset enim
aliquis credere quod fides daretur nobis a Deo merito operum praecedentium,
et, ad hoc excludendum, subdit non ex operibus, scilicet
praecedentibus, hoc donum meruimus aliquando, quod salvati sumus, quoniam hoc
ex gratia, ut supra dictum est, secundum illud Rm XI, 6 : si autem gratia,
iam non ex operibus, alioquin gratia iam non est gratia. Subdit
autem rationem quare Deus salvat homines per fidem, absque meritis
praecedentibus, ut ne quis glorietur in seipso, sed tota gloria in
Deum referatur. Ps. CXIII, 1 : non nobis, domine, non nobis,
et cetera. I Cor. c. I, 29 : ut non glorietur omnis caro in conspectu
eius, ex ipso autem vos estis in Christo Iesu. |
2° L’Apôtre prévient ensuite une seconde erreur : car on aurait pu penser que la foi nous serait donnée par Dieu d’après le mérite des oeuvres précédentes. Pour renverser cette erreur, il ajoute (verset 9) : Cela ne vient pas de nos œuvres précédentes que nous ayons mérité ce don d’être sauvés : il vient uniquement de la grâce, comme il a été dit plus haut, suivant ce passage de l’Epître aux Romains (XI, 6) : "Si c'est par grâce, ce n’est donc pas par les oeuvres, autrement la grâce ne serait plus grâce." Saint Paul donne aussitôt la raison pour laquelle Dieu sauve les hommes par la foi sans mérites précédents (verset 9) : afin que nul ne se glorifie, en soi même, et que toute la gloire en soit rapportée à Dieu ; (Psaume CXIII, 1) : "Ne nous en donnez pas la gloire, Seigneur, ne nous en donnez pas la gloire, etc." et (1 Co I, 29) : "afin qu’aucun homme ne se glorifie devant lui. C’est par Dieu que vous êtes établis en Jésus-Christ." |
Deinde cum dicit ipsius enim factura sumus,
etc., manifestat quod dixerat quantum ad gratiam. Circa quod duo facit. Primo
manifestat gratiae infusionem; secundo declarat gratiae praedestinationem,
ibi quae praeparavit Deus, et cetera. Duo autem ad rationem gratiae pertinent, quae
etiam iam dicta sunt, quorum primum est ut id quod est per gratiam, non insit
homini per seipsum, vel a seipso, sed ex dono Dei. Et quantum ad hoc dicit ipsius
enim factura sumus, quia scilicet quidquid boni nos habemus, non est ex
nobis ipsis, sed ex Deo faciente. Ps. XCIX, 3 : ipse fecit nos, et non
ipsi nos. Deut. XXXII, v. 6 : nonne ipse est pater tuus, qui possedit,
fecit et creavit te? Et continuatur immediate cum praecedenti, ut dicatur
: ne quis glorietur, quia scilicet ipsius factura sumus. Vel
potest continuari cum eo quod supra dixerat : gratia enim salvati sumus. |
II. Quand saint Paul dit (verset 10) : Car nous
sommes son ouvrage, il développe ce qu’il avait avancé par rapport à la
grâce. Sur ce point 1° il explique ce qu’est
l’infusion de la grâce ; 2° Il établit la
prédestination à la grâce (verset 10) : que Dieu a préparées, etc. I° Deux caractères, déjà explicités, appartiennent à l’essence de la grâce. -A) Le premier consiste en ceci : ce qui est par la grâce n’est pas dans l’homme par lui-même, ou de lui-même, mais par le don de Dieu. Quant à ce premier caractère, l’Apôtre dit (verset 10) : Car nous sommes son ouvrage, à savoir que tout ce que nous pouvons avoir de bien, n’est pas de nous mêmes, mais de Dieu qui l’opère ; (Psaume XCIX, 3) : "C’est lui qui nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes" et (Deutér., XXXII, 6) : "N’est-ce pas le Seigneur qui est votre Père, qui vous a possédés, qui vous a faits, qui vous a créés ?" On peut lier ces paroles avec ce qui précède, et dire : Afin que nul ne se glorifie, c'est-à-dire parce que nous sommes son ouvrage. Ou bien les unir avec ce que l’Apôtre avait dit auparavant : Car c'est par sa grâce que nous avons été sauvés. |
Secundo, pertinet ad rationem gratiae, ut non
sit ex operibus praecedentibus, et hoc exprimitur in hoc quod subdit creati.
Est enim creare, aliquid ex nihilo facere, unde quando aliquis iustificatur
sine meritis praecedentibus, dici potest creatus, quasi ex nihilo factus.
Haec autem actio, scilicet creatio iustitiae, fit virtute Christi, spiritum
sanctum dantis. Propter quod subdit in Christo Iesu, id est per
Christum Iesum. Gal. ult. : in Christo enim Iesu neque circumcisio aliquid
valet, neque praeputium, sed nova creatura. Ps. CIII, 30 : emitte
spiritum tuum, et creabuntur. Ulterius, non solum datur nobis habitus
virtutis et gratiae sed interius per spiritum renovamur ad bene operandum.
Unde subdit in operibus bonis, quia scilicet ipsa bona opera sunt
nobis a Deo. Is. XXVI, 12 : omnia enim opera nostra operatus es in nobis.
|
-B) Secondement, il est de l’essence de la grâce qu’elle ne soit pas donnée pour nos mérites antécédents ; et ceci est exprimé dans les paroles que l’Apôtre ajoute (verset 10) : étant créés. Car créer, c'est faire quelque chose de rien. Si donc quelqu’un est justifié sans aucun mérite antécédent, on peut dire qu’il est créé, et comme tiré du néant. Or cette action, c'est-à-dire cette création de justice, se fait par la vertu de Jésus-Christ qui donne l’Esprit Saint. Aussi l’Apôtre ajoute (verset 10) : en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ ; (Gal., VI, I) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature" ; (Psaume CIII, 30) : "Vous enverrez votre Esprit, et ils seront créés." Bien plus, nous ne recevons pas seulement l’habitude (habitus) de la vertu et de la grâce, mais nous sommes renouvelés intérieurement par le Saint-Esprit pour faire le bien ; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 10) : dans les bonnes oeuvres, à savoir parce que les bonnes oeuvres sont en nous par le don de Dieu ; (Isaïe, XXVI, 12) : "C’est vous qui avez fait en nous toutes nos oeuvres." |
Et quia quos praedestinavit hos et vocavit,
scilicet per gratiam, ut dicitur Rm VIII, 30, ideo subdit de
praedestinatione, dicens quae, scilicet bona opera, praeparavit
Deus. Nihil enim aliud est praedestinatio, quam praeparatio beneficiorum
Dei, inter quae beneficia computantur et ipsa bona opera nostra. Dicitur
autem Deus nobis aliqua praeparare, inquantum disposuit se nobis daturum. Ps.
LXIV, 10 : parasti cibum illorum, et cetera. Sed ne aliquis
intelligeret bona opera sic esse nobis praeparata a Deo, ut nihil ad illa per
liberum arbitrium cooperaremur, ideo subdit ut in illis ambulemus,
quasi dicat : sic nobis ea praeparavit, ut ea nos ipsi nobis per liberum
arbitrium impleremus. Dei enim adiutores sumus, ut dicitur I Cor. III,
9. Propter quod dicebat de seipso apostolus I Cor. c. XV, 10 : gratia eius
in me vacua non fuit, sed abundantius omnibus laboravi, non ego autem, sed
gratia Dei mecum. Signanter autem dicit ambulemus, ut designet
boni operis profectum, secundum illud Io. XII, 35 : ambulate, dum lucem
habetis. Infra V, 8 : ut filii lucis ambulate. |
2° Et parce que ceux que Dieu a prédestinés, il
les a appelés par sa grâce, comme il est dit dans l’Epître aux Romains
(VIII, 30), l’Apôtre arrive à la prédestination, en disant (verset 10) : que,
à savoir les bonnes oeuvres, Dieu a préparées. La prédestination, en
effet, n’est pas autre chose que cette préparation des bienfaits de Dieu,
parmi lesquels sont comptées aussi nos bonnes oeuvres. Or on dit que Dieu nous
prépare une chose, quand il se dispose à nous la donner ; (Psaume LXIV,
10) : "Vous avez préparé de quoi les nourrir, etc." Mais de
peur qu’on ne vint aussi à s’imaginer que Dieu prépare pour nous les bonnes
oeuvres de manière que nous n’y coopérions en rien par le libre arbitre,
saint Paul ajoute (verset 10) : afin que nous y marchions, comme s’il
disait : Dieu nous les a tellement préparées que nous-mêmes nous n’avons plus
qu’à les exécuter par le libre arbitre ; "car nous sommes les
aides de Dieu," comme il est dit (Corinth., III, 9). C’est pourquoi
saint Paul disait de lui-même (1 Co XV, 10) : "Sa grâce n’a pas été
stérile en moi, mais j’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi
toutefois, mais la grâce de Dieu." L’Apôtre dit à dessein : afin que
nous y marchions, pour marquer le progrès dans les bonnes oeuvres,
suivant cette parole (Jean, XII, 35) : "Marchez, pendant que vous
avez la lumière" (ci-après, V, 8) : Marchez comme des enfants de
lumière. |
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Lectio 4 |
Leçon 4 — Ephésiens II, 11 à 13 : L'état des païens avant la grâce |
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SOMMAIRE. Pour que les Ephésiens comprennent que tout vient de la grâce de Dieu, saint Paul leur rappelle l’état dans lequel ils étaient avant recevoir cette grâce. |
[11] propter quod memores estote quod
aliquando vos gentes in carne qui dicimini praeputium ab ea quae dicitur
circumcisio in carne manufacta [12] quia eratis illo in tempore sine
Christo alienati a conversatione Israhel et hospites testamentorum
promissionis spem non habentes et sine Deo in mundo [13] nunc autem in Christo Iesu vos
qui aliquando eratis longe facti estis prope in sanguine Christi. |
11. C’est pourquoi souvenez-vous
qu’étant Gentils par votre origine, et du nombre de ceux qu’on appelle
incirconcis, pour les distinguer de ceux qu’on appelle circoncis selon la
chair, à cause d’une circoncision faite par la main des hommes. 12. Vous n’aviez pas alors de
part au Christ; vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël; vous
étiez étrangers à l’égard des alliances; vous n’aviez pas l’espérance des
biens promis, et enfin vous étiez sans Dieu en ce monde. 13. Mais maintenant que vous êtes dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous en avez été rapprochés par la vertu du sang du Christ. |
[87798] Super Eph., cap. 2 l. 4 Prosecuto
beneficio Dei gentilibus exhibito quantum ad liberationem a peccato, hic
recitat apostolus beneficium eis exhibitum a liberatione a statu
gentilitatis. Circa quod duo facit. Primo commemorat conditionem status
praeteriti; secundo recitat beneficia eis exhibita in statu praesenti, ibi nunc
autem in Christo Iesu, et cetera. Circa primum duo facit. Primo
commemorationis status praeteriti ponit exhortationem; secundo ipsemet status
praeteriti declarat conditionem, ibi quia aliquando, et cetera. Dicit ergo propter quod, ut scilicet
advertere possitis, quod omnia sint nobis data ex Dei gratia, memores
estote. Deut. IX, 7 : memento et ne obliviscaris quomodo ad iracundiam
provocaveris dominum Deum tuum, et cetera. Deut. XVI, 3 : memineris
diei egressionis tuae de Aegypto, omnibus diebus vitae tuae. |
Après
avoir exposé le bienfait que Dieu avait accordé aux Gentils, en les délivrant
du péché, l’Apôtre rappelle ici [aux Ephésiens] celui qu’ils ont reçu
eux-mêmes lorsqu’ils ont été délivrés de l’état de gentilité. A cet effet, il
traite deux points : I° il retrace la condition de leur état passé ;
II°
il fait ressortir les bienfaits qu’ils reçoivent dans leur état présent
(verset 13) : Mais maintenant en Jésus-Christ, etc. I° Sur le premier de ces points, I.
l’Apôtre prend du souvenir de l’état passé des Ephésiens l’occasion de les
exhorter ; II. il
expose les conditions de cet état (verset 11) : Autrefois étant Gentils
par votre origine, etc. I. Il dit donc (verset 11) : C’est pourquoi, c'est-à-dire afin que vous puissiez comprendre que tout nous est donné par la grâce de Dieu (verset 11) : souvenez-vous ; (Deutér., IX, 7) : "Souvenez-vous et n’oubliez jamais de quelle manière vous avez excité la colère du Seigneur votre Dieu, etc." ; (Deutér., XVI, 3) : "afin que vous vous souveniez du jour de votre sortie d'Egypte tous les jours de votre vie." |
Secundo cum dicit quia aliquando
commemorat praeteriti status conditionem et primo quantum ad mala quae
habebant; secundo quantum ad bona quibus privabantur, ibi qui eratis illo
in tempore, et cetera. Circa primum ponit tria mala. Primo gentilitatis
crimen, quo idolis serviebant, cum dicit quia aliquando vos gentes eratis.
I Cor. XII, 2 : scitis quoniam cum gentes essetis, ad simulacra muta prout
ducebamini euntes. Quidam vero libri habent : vos qui gentes eratis,
et tunc pendet constructio usque ibi nunc autem in Christo Iesu, et
cetera. |
II. Lorsqu’il dit (verset 11) : qu’étant autrefois, il rappelle la condition de leur état passé, et d’abord quant aux maux qu’ils avaient; ensuite quant aux biens dont ils étaient privés (verset 12) : que vous étiez en ce temps-là, etc. 1° Sur la première partie il indique trois maux. A) D’abord le crime de gentilité, en ce qu’ils rendaient un culte au idoles, en disant : car vous étiez autrefois païens ; (1 Co XII, 2) : "Vous vous souvenez bien que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner selon qu’on vous menait vers les idoles muettes." Quelques exemplaires portent : Vous qui étiez Gentils, et alors la construction est suspendue jusqu’à (verset 13) : Mais maintenant en Jésus-Christ, etc. |
Secundo recitat eorum carnalem conversationem,
cum dicit in carne, id est carnaliter viventes. Rm VIII, 8 : qui
autem in carne sunt, Deo placere non possunt. Tertio recitat contemptus eorum vilipensionem,
qua a Iudaeis vilipendebantur. Unde dicit qui dicebamini praeputium,
id est incircumcisio, ab ea, scilicet circumcisione, quae dicitur
circumcisio manufacta in carne, id est a Iudaeis tali circumcisione
circumcisis. Et dicit manufacta ad differentiam circumcisionis
spiritualis, de qua dicitur Col. II, v. 11 : in quo circumcisi estis
circumcisione non manufacta in expoliatione corporis carnis, sed in
circumcisione Christi consepulti ei in Baptismo. Et sequitur parum post :
vos cum mortui essetis in delictis et praeputio carnis vestrae,
convivificavit cum illo, condonans vobis omnia, et cetera. Deinde cum dicit qui eratis illo in tempore,
etc., commemorat bona quibus privabantur, et primo participatione
sacramentorum; secundo Dei cognitione, ibi et sine Deo in hoc mundo. |
B) En second lieu, il
rappelle leur manière de vivre toute charnelle, quand il dit (verset 11) : selon
la chair, c'est-à-dire en vivant charnellement ; (Rm VIII, 8) : "Ceux
qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu." C) Enfin il dépeint le degré de mépris où ils étaient tenus par les Juifs; ce qui lui fait dire (verset 11) : Vous étiez du nombre de ceux qu’on appelle incirconcis, distingués des autres, c'est-à-dire des circoncis, qu’on appelle ainsi d’une circoncision faite dans la chair par la main des hommes ; en d’autres termes, des Juifs circoncis de cette circoncision. Saint Paul dit : pratiquée de main d’homme, pour marquer la différence d’avec la circoncision spirituelle, dont il est dit (Col II, 41) : "Et c'est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main des hommes, et consiste dans le dépouillement d’une partie de ce corps de chair, mais de la circoncision de Jésus-Christ., avec lequel vous avez été ensevelis par le baptême" ; et peu après on lit (verset 13) : "Et lorsque vous étiez morts dans vos péchés, et dans l’incirconcision de votre chair, Jésus-Christ vous a fait revivre avec lui, vous pardonnant tous vos péchés, etc." 2° En ajoutant (verset 12) : Vous n’aviez pas dans ce temps-là, etc. saint Paul rappelle les biens dont les Ephésiens étaient privés : d’abord, la participation aux sacrements; puis la connaissance de Dieu (verset 12) : et sans Dieu en ce monde. |
Circa primum ponit tria sacramenta, quorum
participatione privabantur. Primo Christi dignitatem; unde dicit qui
eratis illo in tempore sine Christo, id est sine promissione Christi,
quae facta est Iudaeis. Ier. XXIII, 5 : suscitabo David germen iustum,
et cetera. Zach. IX, 9 : exulta satis, filia Sion, iubila, filia
Ierusalem, ecce rex tuus venit tibi iustus et salvator. Secundo tangit
societatem sanctorum, qua privabantur quamdiu in gentilitate permanebant, cum
dicit alienati a conversatione Israel, quia scilicet Iudaeis cum
gentibus non erat licitum conversari. Deut. VII, 2-3 : non inibis cum eis
foedus, non misereberis eorum, neque sociabis cum eis coniugia, et
cetera. Io. IV, v. 9 : non enim coutuntur Iudaei Samaritanis. Et
quantum ad illos qui in Iudaismo recipiebantur contemptibiliter cum fiebant
proselyti. Unde subditur et hospites testamentorum, quasi dicat :
huiusmodi proselyti, quando convertebantur ad Iudaeos et fiebant proselyti,
non sicut cives sed sicut hospites recipiebantur ad percipiendum testamenta
Dei. Dicit autem testamentorum in plurali; quia Iudaeis vetus
testamentum erat exhibitum, et novum erat promissum; quia, ut dicitur Eccli.
XLIV, 25 : testamentum suum confirmavit super caput Iacob; quod potest
intelligi de veteri testamento. Promiserat enim Deus dare aliud testamentum.
Bar. II, 35 : statuam illis testamentum alterum sempiternum. Hoc
autem reddidit illis, quorum adoptio est filiorum Dei et gloria et
testamentum, ut dicitur Rm IX, 4. |
A) Sur la première partie, l’Apôtre désigne trois sacrements dont ils étaient privés : - a) D’abord, de la dignité de Jésus-Christ ; c'est pourquoi il dit (verset 12) : Vous n’aviez pas alors de part à Jésus-Christ, c'est-à-dire vous étiez sans la promesse du Christ, qui a été faite aux Juifs ; (Jérémie XXIII, 5) : "Je susciterai à David une race juste, etc." et (Zachar., IX, 9) : "Fille de Sion, soyez comblée de joie; fille de Jérusalem, poussez des cris d’allégresse; voici votre roi, qui vient à vous, ce roi juste qui est le Sauveur" - b) En second lieu, il nomme la société des saints, dont ils étaient séparés, tant qu’ils vivaient dans la gentilité, en disant (verset 12) : Vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël, parce qu’il n’était pas permis aux Juifs de se mêler à la vie des Gentils ; (Deutér., VII, 2) : "Vous ne ferez pas d’alliance avec eux, et vous n’aurez aucune compassion d’eux. Vous ne contracterez pas avec eux de mariages, etc." ; (Jean, IV, 9) : "Les Juifs n’ont pas de commerce avec les Samaritains". A propos de ceux-ci, ceux qui venaient au Judaïsme n’étaient reçus qu’avec un certain mépris lorsqu’ils devenaient prosélytes. Aussi saint Paul ajoute (verset 12) : et vous étiez étrangers à l’égard des alliances ; en d’autres termes, les prosélytes de ce genre, lorsqu’ils se convertissaient au Judaïsme et devenaient prosélytes, n’étaient pas reçus à la participation aux alliances de Dieu comme des concitoyens, mais comme des étrangers. L’Apôtre dit (verset 12) : des alliances, au pluriel, parce que l’ancien Testament était déjà réalisé pour les Juifs, et le nouveau était promis. En effet (Ecclesiastique XLIV, 25) : "Le Seigneur a confirmé son alliance, et l’a fait passer sur la tête de Jacob", parole que l’on peut entendre de l’ancien Testament, car Dieu avait promis de donner un autre Testament ; (Baruch, II, 35) : "Je ferai avec eux une autre alliance qui sera éternelle." Or cette alliance il l’a offerte à ceux auxquels appartiennent et l’adoption des enfants de Dieu, et la gloire et le Testament," comme il est dit (Rm IX., 4). |
Ponit etiam aliud beneficium quo privabantur,
scilicet spem futurorum bonorum, cum dicit promissionis spem non habentes;
quia, ut dicitur Gal. III, 16, Abrahae dictae sunt promissiones, et semini
eius. Ulterius ponit summam damnificationem qua
damnificantur, scilicet ob Dei ignorantiam, ibi et sine Deo in hoc mundo,
id est sine cognitione Dei. Ps. LXXV, 2 : notus in Iudaea Deus : non
autem gentibus, ut dicitur I Thess. IV, 5 : non in passione
desiderii, sicut et gentes, quae ignorant Deum; quod tamen intelligitur
de cognitione quae est per fidem. Nam de cognitione naturali dicitur Rm I, 21
: qui cum cognovissent Deum, non sicut Deum glorificaverunt, et
cetera. |
B) Ensuite l'Apôtre rappelle un autre bienfait dont ils étaient privés, à savoir l’espérance des biens promis, quand il dit : étrangers aux alliances de la promesse, car, ainsi qu’il est dit (Galates III, 16) : "C’est à Abraham et à sa race que les promesses ont été faites. C) Enfin, il nomme en dernier lieu la perte la plus grande qu’ils éprouvaient., à savoir l’ignorance où ils étaient de Dieu (verset 12) : et vous étiez sans Dieu en ce monde, c'est-à-dire sans la connaissance de Dieu ; (Psaume LXXV, 2) : "Dieu s’est fait connaître dans la Judée", et non pas aux nations, comme il est dit (I Thess., IV, 5) : "Et non pas en suivant les mouvements de la concupiscence, comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu" ; ce qu’il faut entendre toutefois de la connaissance qui est acquise par la foi. Car de la connaissance naturelle, il est dit (Rm I, 21) : "Parce qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu, etc." |
Consequenter cum dicit nunc autem in
Christo, etc., commemorat beneficia eis exhibita in statu conversionis
per Christum. Circa quod duo facit, quia primo ostendit
quomodo facti sunt participes bonorum quibus ante privabantur; secundo ostendit
quod ad illa bona non sicut hospites, sed sicut cives recipiuntur, ibi ergo
non estis hospites, et cetera. Prima
iterum in duas, quia primo commemorat huiusmodi beneficia in generali;
secundo in speciali, ibi in ipso enim est pax nostra, et cetera. Dicit
ergo primo : dixi quod in illo tempore eratis sine Christo, alienati a
conversatione Israel, nunc autem, id est postquam conversi estis ad
Christum, vos qui estis in Christo, id est qui ei adhaeretis per fidem
et charitatem. I Io. IV, 16 : qui manet in charitate, in Deo manet, et
Deus in eo. Gal. ult. : in Christo enim Iesu neque circumcisio aliquid
valet, neque praeputium, sed nova creatura. Vos, inquam, qui aliquando
eratis longe, id est elongati a Deo, non loco, sed merito, Ps. CXVIII,
155 : longe a peccatoribus salus, et a conversatione sanctorum et
participatione testamentorum, ut dictum est, iam facti estis prope,
Deo scilicet et sanctis eius, et testamentis. Is. LX, 4 : filii tui de
longe venient, et cetera. Mc. VIII, 3 : quidam enim ex eis, scilicet
gentibus, de longe venerunt, scilicet de regione dissimilitudinis et
statu gentilitatis. Vos autem modo facti estis prope, scilicet in
sanguine Christi, id est per sanguinem eius, quo vos Christus attraxit. Io.
XII, 32 : ego si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum. Et hoc
propter nimiam charitatem, quae potissime in morte crucis manifestatur. Ier.
XXXI, 3 : in charitate perpetua dilexi te, ideo attraxi te miserans. |
II° Quand il dit ensuite (verset 13) : mais maintenant en Jésus, etc. il
rappelle les bienfaits reçus par les Ephésiens, au moment de leur conversion,
par Jésus-Christ. Ici l’Apôtre fait deux choses : d’abord il montre comment
ils sont entrés en participation des biens dont ils étaient privés; en second
lieu, à l’égard de ces biens, il montre qu’ils les ont reçus, non comme des
étrangers, mais comme des concitoyens (verset 19) : vous n’êtes donc plus
des étrangers, etc. La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre
rappelle d’abord ces bienfaits d’une manière générale; ensuite, il entre dans
le détail (verset 14) : car c'est lui qui est notre paix, etc. Il dit
donc : Dans ce temps vous étiez sans part aucune à Jésus-Christ,
entièrement séparés de la société d’Israël, mais (verset 15) maintenant,
c'est-à-dire depuis que vous êtes convertis à Jésus-Christ, vous qui êtes en
lui, c’est-à-dire vous qui adhérez à lui par la foi et par la
charité ; (I Jean, IV, 16) : "Quiconque demeure dans l’amour
demeure en Dieu, et Dieu en lui" ; et (Galates VI, 15) : "En
Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l'incirconcision, mais la
nouvelle créature." - Vous, c'est-à-dire : (verset 13) : qui
étiez loin autrefois, c'est-à-dire éloignés de Dieu, non par l’espace,
mais par les mérites ; (Psaume CXVIII, 155) : "Le salut est loin
des pécheurs", éloignés aussi de la société des saints et de la
participation aux Testaments, comme il a été dit (verset 13) : déjà vous
êtes devenus proches, à savoir de Dieu, et de ses saints et des
Testaments ; (Isaïe LX, 4) : "Vos fils viendront de bien loin,
etc." ; (Marc, VIII, 3) : "Car quelques-uns d’entre
eux," c'est-à-dire des nations, "sont venus de loin,"
à savoir de la région d’un culte différent et de l’état de la Gentilité; mais
vous, vous êtes devenus proches, à savoir dans le sang de
Jésus-Christ, c'est-à-dire par son sang, par lequel il vous a
attirés ; (Jean XII, 32) : "Et quand j’aurai été élevé de la
terre, j’attirerai tout à moi." Cet effet est dû à son excessive
charité qui s’est surtout manifestée dans sa mort (Jérémie, XXXI, 3) : "Je
vous ai aimés d’un amour éternel; c'est pourquoi je vous ai attirés à moi par
la compassion que j’ai eue de vous." |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens II, 14 à 18 : Les éphésiens après la grâce |
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SOMMAIRE : L’Apôtre expose les bienfaits accordés aux Ephésiens, lesquels sont de se rapprocher et du peuple Juif et de Dieu. |
[14] ipse est enim pax nostra qui
fecit utraque unum et medium parietem maceriae solvens inimicitiam in carne
sua [15]
legem mandatorum decretis evacuans ut duos condat in semet ipsum in unum
novum hominem faciens pacem [16]
et reconciliet ambos in uno corpore Deo per crucem interficiens inimicitiam
in semet ipso [17] et veniens evangelizavit pacem
vobis qui longe fuistis et pacem his qui prope [18]
quoniam per ipsum habemus accessum ambo in uno Spiritu ad Patrem. |
14. Car c'est lui qui est notre
paix; c'est lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, qui a rompu en sa
chair la muraille de séparation, cette inimitié qui les divisait, 15. Et qui, par sa doctrine, a
aboli la loi des préceptes, afin de former en soi-même un seul homme nouveau
de ces deux peuples, en mettant la paix entre eux; 16. Et afin que les ayant réunis
tous deux en un seul corps, il les réconciliât avec Dieu par sa croix, y
ayant détruit en soi-même leur inimitié. 17. Ainsi il est venu annoncer
la paix, tant à vous qui étiez éloignés de Dieu, qu’à ceux qui en étaient
proches. 18. Car c'est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père dans un même Esprit. |
[87799] Super Eph., cap. 2 l. 5
Commemoratis beneficiis collatis ipsis Ephesiis in generali per Christum, hic
ea commemorat in speciali. Circa quod duo facit. Primo ostendit qualiter appropinquaverunt populo
Iudaico; secundo qualiter propinquiores facti sunt Deo, ibi ut reconciliet
ambos, et cetera. Prima iterum in tres, quia primo ostendit
causam appropinquationis, secundo modum, tertio finem. Secunda
ibi et medium parietem, et cetera. Tertia ibi ut duos, et
cetera. Causa autem appropinquationis est Christus,
propter quod dicit ipse enim est pax nostra, et cetera. Et est
emphatica locutio ad maiorem rei expressionem, quasi dicat : bene dico quod
facti estis prope, sed hoc factum est per Christum, quia ipse est pax
nostra, id est causa pacis nostrae. Unde dicebat Io. XIV, 27 : pacem meam do
vobis. Hic autem modus loquendi fieri consuevit,
quando totum quod est in effectu dependet ex causa, sicut cum dicimus de Deo
quod ipse est salus nostra, quia quidquid salutis est in nobis causatur a
Deo. Quia ergo quidquid pacis est in nobis causatur a Christo, et per
consequens quidquid appropinquationis, quia homo quando pacificatus est cum
alio, secure potest ambulare seu appropinquare ad ipsum, ideo dicit quod est
pax nostra. Nam in eius nativitate Angeli
annuntiaverunt pacem. Lc. II, 14 : gloria in altissimis Deo, et
in terra pax, et cetera. Ipso etiam Christo in corpore existente, mundus
maximam pacem habuit, qualem ante non habuerat. Ps. LXXI, v. 7 : orietur
in diebus eius iustitia, et cetera. Ipse etiam resurgens pacem
annuntiavit. Lc. ult. : dixit eis : pax vobis. Sequitur qui fecit utraque unum, quia
scilicet Christus utrumque populum, videlicet Iudaeorum colentium Deum verum
et gentilium, ab huiusmodi Dei cultura alienatorum, coniunxit in unum. Io. X,
16 : alias oves habeo quae non sunt ex hoc ovili, etc., usque ibi : et
fiet unum ovile et unus pastor. Ez. c. XXXVII, 22 : rex unus erit
omnibus imperans, et cetera. |
Après
avoir rappelé, d’une manière générale, les bienfaits accordés aux Ephésiens
par le Christ, l’Apôtre les explique ici en particulier. Il le fait en deux
points. Il montre premièrement comment ils se sont rapprochés du peuple Juif;
secondement comment ils sont devenus plus proches de Dieu (verset 16) : et
que…, il les réconciliât avec Dieu, etc. I° Le premier de ces points se subdivise en trois : l’Apôtre indique
I. la cause du rapprochement ; II. son mode ; III.
sa fin. Le mode à ces mots (verset 14) : la muraille de séparation ;
la fin à ces autres (verset 15) : de ces deux peuples, etc. I. Or la cause du rapprochement, c'est Jésus-Christ ; voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 14) : Car c'est lui qui est notre paix, etc. Il emploie une locution emphatique pour mieux exprimer ce qu’il veut dire ; en d’autres termes : J’ai raison de dire que vous êtes devenus proches, mais vous le devez à Jésus-Christ, car (verset 14) : c'est lui qui est notre paix, c'est-à-dire qui est la cause de notre paix. C’est ce que disait Jésus en (Jean, XIV, 27) : "Je vous donne ma paix." Cette manière de s’exprimer s’emploie d’ordinaire quand tout ce qui est dans l’effet dépend de la cause, comme lorsque nous disons de Dieu qu’il est lui-même notre salut, parce que tout ce qui appartient, en nous, au salut, a Dieu pour cause. Tout ce qu’il y a en nous de paix ayant donc pour cause Jésus-Christ, il en est de même de tout ce qui nous rapproche de lui, car lorsqu’un homme est en paix avec un autre, il peut avec sécurité s’avancer ou s’approcher vers lui. C’est pour cette raison que l’Apôtre dit qu’il est notre paix. Les anges, en effet, à sa naissance, annoncèrent la paix ; (Luc, II, 14) : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre, etc." C’est aussi pendant que Jésus-Christ vivait dans son corps mortel, que l’univers jouit de la paix la plus profonde qu’il eut jamais ; (Psaume LXXI, 7) : "La justice paraîtra de son temps, etc." A sa résurrection Jésus-Christ lui-même annonça la paix ; (Luc, XXIV, 56) : "Et il leur dit : "La paix soit avec vous." A la suite (verset 14) : Des deux il n’en a fait qu’un, à savoir parce que Jésus-Christ a réuni l’un et l’autre peuple en un seul, c'est-à-dire les Juifs qui n’adoraient qu’un seul Dieu et les Gentils bien éloignés de ce culte ; (Jean, X, 46) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, etc." jusqu’à ces mots : "et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur" ; (Ezéchiel XXXVII, 22) : "Il n’y aura plus qu’un seul roi qui les commandera tous, etc. " |
Modus autem appropinquationis ostenditur cum
subdit et medium parietem, et cetera. Hic autem modus est per
remotionem eius quod dividebat. Debemus autem ad intellectum litterae
imaginari unum magnum campum, et multos homines ibi congregatos, in quo
quidem per medium protendatur et elevetur unus paries dividens eos, ita quod
non videatur populus unus, sed duo. Quicumque
ergo removeret parietem, coniungeret illorum hominum congregationem in turbam
unam, et efficeretur populus unus. Sic intelligendum est quod
hic dicitur. Mundus enim iste est sicut ager, Matth. XIII, 38 : ager est
mundus; hic autem ager, scilicet mundus, plenus est hominibus, Gen. I, 28
: crescite, et multiplicamini, et replete terram. In isto autem agro
est paries, quia quidam sunt ex una parte, quidam ex alia; hic autem paries
potest dici lex vetus secundum carnales observantias, in qua Iudaei conclusi
custodiebantur, ut dicitur Gal. c. III, 23 : sub lege custodiebamur
conclusi in eam fidem, quae revelanda erat. Cant.
II, v. 9 : ipse stat post parietem nostrum; quia videlicet Christus
per veterem legem figurabatur. Christus autem hunc parietem removit, et ita
cum nullum remaneret interstitium, factus est populus unus Iudaeorum et
gentium. Et hoc est quod dicit : dico quod fecit utraque unum, hoc
modo scilicet solvens medium parietem. Parietem dico maceriae,
non muri. Tunc enim est paries maceriae, quando lapides in eo non
conglutinantur cemento, nec ad hoc erigitur, ut duret in perpetuum, sed usque
ad tempus praefinitum. Vetus ergo lex est paries maceriae propter duo. Primo
quia non conglutinabatur charitate, quae est quasi cementum conglutinans
singulos sibi invicem, et omnes simul Christo. Infra IV, 3 : solliciti
servare unitatem spiritus in vinculo pacis. Vetus enim lex est lex timoris, inducens
homines per poenas et comminationes ad observantias mandatorum. Et si qui,
illo tempore legis, eam ex charitate observabant, iam pertinebant ad novum
testamentum, ut dicit Augustinus, quod est lex amoris. Rm VIII, 15 : non
enim accepistis spiritum servitutis iterum in timore, et cetera. Secundo,
vetus lex est paries maceriae quia non fuit data ut perpetuo duraret, sed
usque ad tempus praefinitum. Gal. IV, 1 ss. : quanto tempore haeres
parvulus est, nihil differt a servo, cum sit dominus omnium, sed sub
tutoribus et actoribus est usque ad praefinitum tempus a patre : ita et nos
cum essemus, et cetera. |
II. L’Apôtre indique le mode du rapprochement, quand il ajoute (verset 14) : la muraille de séparation, etc. Or ce mode consista en l’éloignement de l’obstacle qui séparait les deux peuples. Pour l’intelligence du sens littéral, il faut se figurer une plaine immense, où s’est rassemblée une grande multitude. Au milieu de cette plaine s’élève et s’étend une longue muraille, qui divise cette multitude, en sorte qu’on n’y voit plus un seul peuple, mais deux peuples. Quiconque ferait disparaître cette muraille, réunirait donc ces hommes assemblés en une seule multitude et il ferait un peuple unique. Ainsi faut-il entendre ce qui est dit ici, car ce monde est semblable à un champ ; (Matth., XIII, 58) : "Le champ, c'est le monde" ; or ce champ, c'est-à-dire le monde, est rempli d’hommes ; (Genèse, I, 28) : "Croissez, et multipliez-vous, et remplissez la terre." Dans ce champ se trouve une muraille, puisque les uns sont d’un côté, les autres d’un autre; et l’on peut dire que cette muraille c'est l’ancienne loi avec ses observances charnelles, dans lesquelles les Juifs étaient comme parqués et renfermés, ainsi qu’il est dit (Galates III, 23) : "Nous étions sous la garde de la Loi qui nous tenait renfermés pour [y attendre la] foi, qui devait être révélée" ; (Cantiq., II, 9) : "Il se tient derrière notre muraille," à savoir parce que la loi ancienne figurait Jésus-Christ. Or Jésus-Christ a enlevé cette muraille et de cette manière, comme il ne reste aucun obstacle intermédiaire, les Juifs et les Gentils n’ont fait qu’un peuple unique. C’est aussi ce que dit saint Paul : Je dis que des deux il n’en a fait qu’un seul, par ce moyen, à savoir, en rompant la paroi qui était au milieu. La paroi de la cloison, et non du mur. La paroi forme cloison, quand les pierres qui la composent ne sont pas liées entre elles par le ciment, et qu’elle n’est pas élevée pour durer à perpétuité, mais seulement pour un temps déterminé. L’ancienne Loi peut donc être regardée comme une cloison pour deux raisons. La première, c'est qu’elle n’était pas liée par la charité, qui est comme le ciment destiné à réunir les hommes d’abord entre eux et ensuite tous avec Jésus-Christ ; (ci-après, IV, 3) : travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même Esprit par le lien de la paix. La Loi ancienne, en effet, est une loi de crainte, conduisant les hommes par les menaces et les châtiments, à l’observation des préceptes. Car si quelques-uns, au temps où régnait la Loi, l’observaient au nom de la charité, ils appartenaient déjà, comme le dit saint Augustin, au nouveau Testament., qui est la loi de l’amour ; (Rm VIII, 15) : "Vous n’avez pas reçu l’Esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte, etc." L’ancienne loi, en second lieu, est la paroi de la cloison, parce que cette loi n’a pas été donnée pour durer toujours, mais seulement jusques à un temps déterminé ; (Galates IV, 1) : "Je vous dirai que tant que l’héritier est enfant, il n’est pas différent d’un serviteur, quoi qu’il soit le maître de tout; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père. Ainsi lorsque nous étions enfants, etc." |
Sed hic incidit quaestio quia dicit parietem
maceriae solvens, contrarium dicitur Matth. V, 17 : non veni solvere
legem, sed adimplere. Respondeo. Dicendum est, quod in veteri lege erant
praecepta moralia et caeremonialia. Moralia quidem praecepta Christus non
solvit, sed adimplevit, superaddendo consilia, et exponendo ea quae Scribae
et Pharisaei male intelligebant. Unde dicebat Matth. V, 19 : nisi
abundaverit iustitia vestra plus quam Scribarum, et cetera. Et iterum : dictum
est antiquis : diliges proximum tuum, et odio habebis inimicum tuum. Ego
autem dico vobis : diligite inimicos vestros, et cetera. Caeremonialia
vero praecepta solvit quidem quantum ad eorum substantiam, sed adimplevit
quantum ad illud quod figurabant, adhibens figuratum figurae. Est ergo
intelligendum quod hic dicit solvens, scilicet quantum ad observantiam
legis carnalis. Et solvere hoc, scilicet parietem maceriae, est solvere
inimicitias quae erant inter Iudaeos et gentiles : quia isti volebant legem
servare, illi vero minime, ex quo oriebatur inter eos ira et invidia. Sed
certe has inimicitias Christus solvit in carne sua assumpta. Nam in
eius nativitate statim pax hominibus annuntiata est. Lc. II, v. 14. Vel in
carne sua, scilicet immolata, quia, ut dicitur infra V, 2 : tradidit
semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo. In quo quidem sacrificio
impleta sunt omnia illa sacrificia, et cessaverunt. Hebr. X, 14 : una enim
oblatione consummavit in sempiternum sanctificatos. |
Ici se présente une difficulté sur ce mot de saint Paul : Jésus-Christ a rompu la paroi de la cloison. On lit le contraire en saint Matthieu (V, 17) : "Je ne suis pas venu détruire la Loi, etc.", "mais l’accomplir." Il faut répondre que l’ancienne Loi comprenait des préceptes moraux et des préceptes qui concernent la religion. Jésus-Christ n’a pas détruit les premiers ; il les a accomplis, en y ajoutant les conseils, et en expliquant ce que les Scribes et les Pharisiens interprétaient mal. C’est pourquoi il disait (Matth., V, 20) : "Si votre justice n’est pas plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, etc."; et encore (verset 15) : "Il a été dit par les anciens : vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. Et moi je vous dis : aimez vos ennemis, etc. " Les préceptes cultuels, il les a abolis quant à leur substance, mais il les a accomplis quant à ce qu’ils figuraient, substituant à la figure la réalité. Il faut donc entendre ce que dit ici saint Paul (verset 14) : rompant, etc., c'est-à-dire quant à l’observance de la Loi selon la chair. Détruire l’obstacle, c'est-à-dire la paroi de la cloison, c'est détruire (verset 14) les initiés qui existaient entre les Juifs et les Gentils, attendu que les premiers voulaient garder la Loi, et les seconds ne le voulaient pas, ce qui suscitait entre eux des colères et des jalousies. Mais assurément Jésus-Christ a détruit, dans la chair qu’il avait prise, ces inimitiés, car à sa naissance, la paix a été immédiatement annoncée aux hommes (Luc, II, 14), ou dans sa chair immolée, parce que, comme il est dit (ci-après, V, 2) : Il s’est livré pour nous comme une oblation et une victime d’agréable odeur. Dans ce sacrifice ont été accomplis et terminés tous les autres sacrifices ; (Hébreux X, 14) : "Car par une seule oblation il a rendus parfaits pour toujours ceux qu’il a sanctifiés." |
Quid autem sit iste paries insinuat, dicens
quod est lex mandatorum, quasi dicat : solvens parietem, hoc est legem
mandatorum, et cetera. Dicitur autem lex vetus lex mandatorum, non
quia aliae leges mandatis careant; nova enim lex mandata habet. Io. XIII, 34
: mandatum novum do vobis. Sed propter duo : primo quidem propter
magnum numerum mandatorum legalium, intantum quod ab hominibus servari non
possunt, secundum illud Act. XV, 10 : hoc est onus quod neque nos, neque
patres nostri portare potuimus. Iob XI, v. 6 : quod multiplex sit lex
eius, et cetera. Vel dicitur mandatorum, id est, factorum. Rm III,
27 : ubi est ergo gloriatio tua? Exclusa
est. Per quam legem? Factorum? Non, sed per legem fidei.
Unde sicut Baptismus Ioannis dicitur Baptismus aquae, quia tantum exterius
mundabat, interius autem non sanctificabat : ita et lex vetus dicitur lex
factorum, quia praecipiebat tantum quid facere deberent, sed non conferebat
gratiam, per quam ad legem implendam iuvarentur. Lex vero nova dirigit in
agendis, praecipiendo, et iuvat ad implendum, gratiam conferendo. Evacuans
dico, sicut imperfectum evacuatur per perfectum, et umbra per veritatem. I Cor. XIII, 10 : cum autem
venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est, scilicet
imperfectio et umbra veteris legis, de qua Hebr. X, 1 : umbram enim habens
lex futurorum bonorum, et cetera. Et hoc decretis, id est,
praeceptis novi testamenti, per quae excluditur lex. Lev. XXVI, v. 10 : comedetis
vetustissima veterum, id est, praecepta legis naturae simul cum nova
lege; et, praeceptis eius susceptis, vetera proiicietis, id est
caeremonialia praecepta veteris legis quantum ad eorum substantiam, ut dictum
est. |
Il donne ensuite à entendre ce que c'est que cette paroi, en disant (verset 15) : abolissant la loi des ordonnances, comme s’il disait : rompant la paroi, c'est-à-dire la loi des préceptes, etc. Elle est ainsi appelée loi des ordonnances, non parce que les autres lois manquent de préceptes, car la loi nouvelle a les siens ; (Jean, XIII, 34) : "Je vous laisse un commandement nouveau," mais pour deux raisons. D’abord, à cause du grand nombre des prescriptions légales, à ce point qu’eles ne peuvent pas être observées par les hommes, suivant ce passage des Actes (XV, 10) : "C’est là un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter" ; et (Job, XI, 6) : "La multitude des préceptes de sa loi, etc." Ou encore on dit : "des ordonnances" pour des œuvres ; (Rm III, 27) : "Où est donc le sujet de votre gloire ? il est exclu. Et par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi." De même donc que le baptême de Jean est appelé le baptême de l’eau, parce qu’il ne purifiait qu’à l’extérieur et ne communiquait aucune sanctification intérieure, de même la loi ancienne est appelée la loi des oeuvres, parce qu’elle prescrivait seulement ce que l’on devait faire, mais ne conférait pas la grâce qui aide à accomplir la Loi. La loi nouvelle, au contraire, dirige en prescrivant ce qui est à pratiquer, et aide à l’accomplir en conférant la grâce ; (verset 13) : Abolissant, c'est-à-dire : comme ce qui est imparfait est aboli par ce qui est parfait, et l’ombre par la vérité ; (1 Co XIII, 10) : "Lorsque nous serons dans l’état parfait, ce qui est imparfait sera aboli", à savoir l’imperfection et les ombres de la loi ancienne, dont il est dit (Hébr., X, 1) : "Car la Loi n’ayant que l’ombre des biens à venir, etc." cela par ses décrets, c'est-à-dire par les préceptes du nouveau Testament, par lesquels la loi est détruite ; (Lévitiq., XXVI, 10) : "Vous mangerez les fruits de la terre que vous aviez en réserve depuis longtemps", c'est-à-dire les préceptes de la loi de nature, aussitôt que vous aurez reçu la loi nouvelle, et après en avoir pris les préceptes, "vous rejetterez les vieux", c'est-à-dire les préceptes cultuels de la loi ancienne, quant à leur substance, ainsi qu’il a été expliqué. |
Finem vero appropinquationis ostendit, dicens ut
duos condat in se, et cetera. Qui quidem finis est ut dicti duo populi
efficiantur unus populus. Quae autem uniuntur, oportet uniri in aliquo uno,
et quia lex dividebat, non poterant in lege uniri; Christus autem in lege
succedens, et fides eius (sicut veritas figurae) eos in semetipso condidit.
Io. XVII, 22 : ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Matth.
XVIII, 20 : ubi enim sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi ego
sum in medio eorum. Et hoc in uno novo homine faciens pacem, id
est in semetipso Christo, qui dicitur novus homo propter novum modum suae
conceptionis. Ier. XXXI, 22 : creavit dominus novum super terram, foemina
circumdabit virum. Item propter novitatem gratiae quam contulit. Gal.
ult. : in Christo enim Iesu neque circumcisio aliquid valet, neque
praeputium, sed nova creatura. Infra IV, 23 : renovamini
spiritu mentis vestrae, et induite novum hominem, qui, et cetera. Item
propter nova mandata quae attulit. Io. XIII, 34 : mandatum novum do vobis,
ut diligatis invicem, et cetera. Et licet ista videatur esse intentio apostoli,
tamen in Glossa paries duplicatur : quia ex parte Iudaeorum ponitur lex quasi
obstaculum, ex parte vero gentium est idololatria. |
III. L’Apôtre montre ensuite quelle est la fin du rapprochement, lorsqu’il dit (verset 15) : afin de former en soi-même un homme nouveau des deux, etc. Cette fin est donc de ne faire qu’un peuple des deux. Or les choses qui s’unissent, doivent le faire en un point commun, et, parce que la Loi divisait, les peuples ne pouvaient s’unir dans la Loi; mais Jésus-Christ et sa foi, succédant à la Loi comme la vérité à la figure, a uni les deux peuples dans sa personne ; (Jean, XVII, 22) : "Qu’ils soient un, comme nous-mêmes nous sommes un" ; (Matth., XVIII, 20) : "Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m’y trouve au milieu d’elles." Et cette union s’est accomplie (verset 15) : en un seul homme nouveau qui a apporté la paix, c'est-à-dire en Jésus-Christ lui-même. qui est appelé homme nouveau, à cause du mode nouveau de sa conception ; (Jérémie, XXXI, 22) : "Le Seigneur a créé sur la terre un prodige nouveau : une femme entourera un homme" ; nouveau aussi à cause de la grâce nouvelle qu’il a accordée ; (Gal VI, l) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature" ; (ci-après, IV, 23) : Renouvelez-vous dans l’intérieur de votre âme, et revêtez vous de l’homme nouveau ; nouveau encore par les nouveaux préceptes qu’il a donnés ; (Jean, XIII, 54) : "Je vous laisse un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres, etc. " Toutefois bien que cette explication paraisse être selon la pensée de l’Apôtre, la Glose distingue deux sortes de paroi, et indique comme obstacle du côté des Juifs la Loi, et du côté des Gentils l’idolâtrie. |
Consequenter cum dicit ut reconciliet ambos,
etc., ostendit qualiter Deo appropinquaverunt. Circa quod duo facit. Primo
manifestat eorum reconciliationem ad Deum; secundo ponit manifestationem
reconciliationis, ibi et veniens evangelizavit, et cetera. Sciendum est quod dilectio proximi est via ad
pacem Dei; quia ut dicitur I Io. IV, 20 : qui enim non diligit fratrem
suum quem videt, Deum quem non videt quomodo potest diligere? Et
Augustinus dicit quod nullus putet habere pacem cum Christo, si discors
fuerit cum Christiano. Primo ergo ponit pacem hominum invicem
factam per Christum, et exinde pacem hominum ad Deum. Propter quod dicit ut
reconciliet ambos, iam unitos, in uno corpore Ecclesiae, scilicet
in Christo. Rm XII, 5 : multi unum corpus sumus in
Christo. Reconciliet, inquam, Deo per fidem et charitatem. II Cor.
V, 19 : Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi. Et hoc fecit per
crucem, interficiens inimicitias in semetipso, quia Iudaeorum et
gentilium, quae erant per legem, inimicitias interfecit, implens figuras
veteris testamenti; sed inimicitias quae erant inter Deum et homines per
peccatum interfecit in semetipso, quando per mortem crucis delevit peccatum.
Gal. I, v. 4 : qui dedit semetipsum pro peccatis nostris. Hebr. IX, 28
: Christus semel oblatus est ad multorum exhaurienda peccata. Dicit
ergo : interficiens inimicitias, id est peccata, in semetipso,
in immolatione corporis sui. Col. I, 20 : pacificans per sanguinem crucis
eius, sive quae in caelis, sive quae in terris sunt. Rm V, 10 : cum
inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem filii eius. Item Col.
I, 19 : in Christo complacuit omnem plenitudinem habitare, et per eum
reconciliare omnia in ipso. Quia ergo Christus satisfecit sufficienter
pro peccatis nostris, consequens fuit ut soluto pretio fieret reconciliatio. |
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : et que réunis tous deux,
etc., il fait voir comment ils ont été rapprochés de Dieu. Sur ce
point I. il rappelle leur réconciliation avec
Dieu, II. il explique comment a été
manifestée cette réconciliation (verset 17) : et étant venu, il a annoncé
la paix, etc… I. Il faut se souvenir que l’amour du prochain est la voie pour arriver à la paix de Dieu, car (I Jean, IV, 20) : "Comment celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?" D’ailleurs, dit saint Augustin, que personne ne s’imagine avoir la paix avec Jésus-Christ, s’il n’est pas d’accord avec un chrétien. L’Apôtre établit donc d’abord que la paix des hommes entre eux a été faite par Jésus-Christ, et de là la paix des hommes avec Dieu ; c'est ce qui lui fait dire (verset 16) : afin qu’il les réconcilie tous deux, c'est-à-dire après les avoir unis dans un seul corps, celui de l’Eglise, c'est-à-dire dans le Christ ; (Rm XII, 5) : "Quoique plusieurs, nous ne faisons qu’un corps en Jésus-Christ." - Il les réconcilie, c'est-à-dire : avec Dieu par la foi et par la charité ; (II Corinth.. V, 19) : "Dieu a réconcilié le monde avec soi en Jésus-Christ," et il a opéré cette réconciliation "par sa croix, ayant détruit en soi-même l’inimitié," car il a détruit l’inimitié qui existait par la Loi entre les Juifs et les Gentils, en accomplissant les figures de l’ancien Testament ; et l’inimitié qui était entre Dieu et les hommes par le péché, il l’a détruite en lui-même quand par la mort de la croix il a détruit le péché ; (Galates I, 4) : "Il s’est livré lui-même pour nos péchés" ; (Hébreux IX, 28) : "Il s’est offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs." L’Apôtre dit donc (verset 16) : détruisant en lui-même les inimitiés, c'est-à-dire les péchés ; en lui-même, c'est-à-dire par l’immolation de son propre corps ; (Col I, 20) : "Ayant pacifié, par le sang qu’il a répandu sur la croix, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel" ; (Rm V, 10) : "Lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils" ; et (Col I, 19) : "Il a plu que toute plénitude résidât en Jésus-Christ, et que toutes choses fussent réconciliées par lui." Jésus-Christ ayant donc satisfait suffisamment pour nos péchés, en conséquence, le prix étant payé, la réconciliation eut lieu. |
Manifestationem vero huius reconciliationis
ponit, dicens : et veniens evangelizavit, et cetera. Ponit autem primo pacis seu
reconciliationis Annuntiationem; secundo pacis causam et rationem, ibi : quoniam
per ipsum habemus accessum et cetera. |
II. Saint Paul expose ensuite comment s’est faite la manifestation de cette réconciliation, en disant (verset 17) : et étant venu il a annoncé la paix, etc. Il expose donc d’abord l’annonce de la paix ou de la réconciliation ; ensuite la cause et la raison de la paix (verset 18) : Car c'est par lui que nous avons accès, etc. |
Est ergo manifesta Dei reconciliatio ad hominem per Christum, quia
ipse Christus non solum reconciliavit nos Deo, et interfecit inimicitias, sed
etiam veniens, scilicet in carne, evangelizavit, id est
annuntiavit, pacem. Vel veniens post resurrectionem, quando stetit in
medio discipulorum, et dixit eis : pax vobis, Lc. ult., Is. LXI, 1
: ad annuntiandum mansuetis misit me, et cetera. Et Is. LII, 7 : quam
pulchri pedes supra montes annuntiantis et praedicantis pacem, annuntiantis
bonum, praedicantis salutem, et cetera. Evangelizavit, inquam, non
uni populo tantum, sed vobis gentibus qui longe fuistis, quibus
etsi non in persona propria, tamen per apostolos suos annuntiavit pacem.
Matth. ult. : euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes, et cetera.
Is. XXXIII, 13 : audite, qui longe estis, quae fecerim, et cognoscite,
et cetera. Et pacem his qui prope, supple
annuntiavit Christus in persona propria. Rm XV, 8 : dico enim Christum
Iesum ministrum fuisse circumcisionis propter veritatem Dei, ad confirmandas
promissiones patrum. Is. LIV, 15 : ecce, accola veniet qui non erat
mecum, advena quondam tuus adiungetur tibi. |
1° Il y a donc une manifeste réconciliation entre Dieu et l’homme par Jésus-Christ, puisque Jésus-Christ lui-même non seulement nous a réconciliés avec Dieu et a détruit les inimitiés, mais encore (verset 17) parce qu’étant venu, à savoir dans sa chair, il a évangélisé, c'est-à-dire a annoncé la paix. Ou encore : venant, après la résurrection, il se trouva au milieu de ses disciples, et leur dit : La paix soit avec vous. (Luc, XXIV, 56) et (Isaïe, LXI, 1) : "Le Seigneur m’a envoyé pour annoncer sa parole à ceux qui sont doux" et (Isaïe, LII, 7) : "Que les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix sur les montagnes, sont beaux ! de celui qui annonce la bonne nouvelle, qui prêche le salut, etc." -- Il a, c'est-à-dire annoncé la paix, pas seulement à un seul peuple," mais (verset 17) : à vous, Gentils, qui étiez éloignés, et auxquels, si ce n’est en personne, au moins par ses apôtres, il a annoncé la paix ; (Matth, XXVIII, 19) : "Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant, etc." ; (Isaïe, XXXIII, 13) : "Vous qui êtes loin de moi, écoutez ce que j’ai fait, et reconnaissez, etc. " Et (verset 17) aussi à ceux qui étaient proches, entendez : Jésus-Christ a annoncé la paix en personne ; (Rm XV, 8) : "Je déclare que Jésus-Christ a été le docteur des circoncis, afin que Dieu fût reconnu véritable par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères" ; (Isaïe, LIV, 15) : "Il vous viendra des habitants qui n’étaient pas avec moi, et ceux qui vous étaient étrangers se joindront à vous." |
Causam autem pacis et formam ostendit dicens quoniam
per ipsum habemus accessum ambo, id est, duo populi, in uno spiritu,
id est, uniti unione spiritus sancti. Infra IV, 3 : solliciti servare
unitatem spiritus, et cetera. I Cor. XII, 11 : haec autem omnia
operatur unus atque idem spiritus, et cetera. Sic
autem habemus accessum ad patrem per Christum, quoniam Christus
operatur per spiritum sanctum. Rm VIII, 9 : si quis autem spiritum Christi
non habet, hic non est eius. Et ideo
quidquid fit per spiritum sanctum, etiam fit per Christum. Per hoc etiam quod
dicit, ad patrem, intelligendum est quod etiam pertinet ad totam
Trinitatem, quia propter essentiae unitatem in patre est filius et spiritus
sanctus, et in spiritu sancto est pater et filius. Ideo cum dicit ad
patrem, specialiter ostendit quod quidquid filius habet, a patre habet,
et ab eo etiam se habere recognoscit. |
2° Saint Paul désigne ensuite la cause et la forme de la paix en disant (verset 18) : Car c'est par lui que nous avons accès les uns et les autres, à savoir les deux peuples, dans un même esprit, c'est-à-dire unis par le lien du Saint-Esprit ; (ci-après, IV, 3) : Travaillons avec soin à conserver l’unité d’un même Esprit, etc.; (Corinth., XII, 11) : "Or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes choses, etc. " Ainsi donc nous avons accès auprès du Père par Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ opère par le Saint-Esprit ; (Rm VIII, 9) : "Si quelqu’un n’a pas l'Esprit de Jésus-Christ, il n’est pas à Jésus-Christ. Tout ce qui se fait par le Saint-Esprit, se fait donc aussi par Jésus-Christ. Par ce mot de l’Apôtre (verset 18) : auprès du Père, il faut aussi entendre que cette opération appartient aussi à la Trinité toute entière ; car par l'unité de l’essence, dans le Père sont le Fils et le Saint-Esprit ; et dans le Saint-Esprit le Père et le Fils. Quand donc l’Apôtre dit auprès du Père, il donne à entendre, d’une manière spéciale, que tout ce que le Fils possède, il le reçoit du Père, et qu’il reconnaît aussi le tenir de lui. |
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Lectio 6 |
Leçon 6 — Ephésiens II, 19 à 21 : La grâce est pour tous |
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SOMMAIRE : Saint Paul fait voir que les Gentils ne sont pas moins dignes que ne l’ont été les Juifs eux-mêmes, de participer aux dons spirituels. |
[19] ergo iam non estis hospites et
advenae sed estis cives sanctorum et domestici Dei [20] superaedificati super fundamentum
apostolorum et prophetarum ipso summo angulari lapide Christo Iesu [21] in quo omnis aedificatio
constructa crescit in templum sanctum in Domino. |
19. Vous n’êtes donc plus des
étrangers qui sont hors de leur pays et de leur maison, mais vous êtes
citoyens de la même cité que les saints et domestiques de la maison de Dieu, 20. Puisque vous êtes édifiés
sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, et unis dans le Christ Jésus,
qui est lui-même la pierre principale de l’angle, 21. Sur tout l’édifice étant posé, s’élève et s’assoit dans ses proportions et sa symétrie, pour être un saint temple consacré au Seigneur. |
[87800] Super Eph., cap. 2 l. 6 Ostenso
supra quod ad spiritualia beneficia simul admissae sunt gentes cum Iudaeis
hic ostendit quod in illis beneficiis gentiles non sunt minoris dignitatis
quam sunt ipsi Iudaei, sed aeque plenarie ad Christi beneficia sint admissi. Circa quod duo facit, quia primo
proponit intentum, secundo manifestat propositum per exemplum, ibi superaedificati,
et cetera. Circa primum duo facit. Primo excludit id quod erat
in statu praeterito a statu praesenti; secundo concludit id quod competit
praesenti statui, ibi sed estis cives, et cetera. Quia ergo apostolus
concludendo inducit hoc quod dicit ergo iam, etc., considerandum est,
quod similitudo sequitur ex praemissis : primo quidem ex hoc quod ambo
coniuncti, sunt Deo reconciliati; secundo quod ambo habent accessum in uno
spiritu ad patrem. Quia ergo simul sunt configurati toti
Trinitati : patri ad quem habent accessum, filio per quem, spiritui sancto in
quo uno accedunt, in nullo ergo deficiunt a spiritualium bonorum
participatione. Ad intellectum autem litterae sciendum est,
quod collegium fidelium quandoque in Scripturis vocatur domus, secundum illud
I Tim. III, 15 : ut scias quomodo in domo Dei oporteat te conversari, quae
est Dei Ecclesia. Quandoque autem vocatur civitas, secundum
illud Ps. CXXI, 3 : Ierusalem quae aedificatur ut civitas. Civitas
enim habet collegium politicum : domus autem oeconomicum, inter quae quidem
duplex differentia invenitur. Nam qui sunt de collegio domus communicant sibi
in actibus privatis; qui vero sunt de collegio civitatis, communicant sibi in
actibus publicis. Item, qui sunt in collegio domus, reguntur ab uno qui
vocatur paterfamilias; sed qui sunt in collegio civitatis reguntur a rege.
Ita enim est paterfamilias in domo, sicut rex in regno. Sic igitur collegium
fidelium aliquid habet de civitate, et aliquid de domo. Sed si consideretur
rector collegii, pater est Matth. VI, v. 9 : pater noster, qui es in
caelis, et cetera. Hier. c. III, 19 : patrem vocabis me, et post me
ingredi non cessabis; et sic collegium est domus. Si vero ipsos subditos
consideres, sic civitas est, quia communicabant sibi in actibus praecipuis,
scilicet fidei, spei et charitatis. Et hoc modo si fideles considerentur in
se, est collegium civitatis; si vero rector collegii attendatur, est
collegium domus. Et ideo apostolus duo verba ponit hic, scilicet hospites
et advenae. Hoc enim sunt hospites ad domum, quod
advenae ad civitatem. Hospes enim dicitur quasi extraneus a domo. Eccli. XXIX, 31 : vita
nequam, hospitandi de domo in domum. Advena vero est qui extraneus venit
ad civitatem. Ac si dicat apostolus : olim eratis extranei a collegio fidelium,
sicut hospites a domo, et advenae ad civitatem, quemadmodum et proselyti ad
legem veterem; sed nunc non est ita, quia iam non estis hospites, et
cetera. Is. LIV, 15 : ecce accola veniet qui non erat
mecum, advena quondam tuus adiungetur tibi. |
Après avoir établi plus haut que les Gentils ont été admis aussi bien que les Juifs, aux bienfaits spirituels, l’Apôtre montre ici que pour recevoir ces dons, les premiers ne sont pas moins dignes que les seconds, et que les uns et les autres ont été admis pleinement, dans une égalité parfaite, aux grâces de Jésus-Christ. Sur ce point, I° il énonce sa proposition ; II° il la développe par un exemple (verset 20) : vous êtes édifiés, etc. I° Sur le premier de ces points, l’Apôtre I. exclut de l’état présent ce qui appartenait à l’état passé ; II. il déduit en conclusion ce qui appartient à l’état présent (verset 19) : Mais vous êtes citoyens, etc. I. Comme saint Paul exprime ici sous forme de conclusion ce qu’il dit (verset 19) : Donc vous n’êtes plus déjà, etc., il faut observer que cette similitude se déduit de ce qui précède. D’abord, que les deux peuples, maintenant réunis, sont réconciliés avec Dieu ; ensuite que tous deux ont accès, dans un même Esprit, auprès du Père. Dès lors donc qu’ils ont ensemble été configurés à la Trinité entière : au Père, auprès duquel ils ont accès, au Fils par lequel ils l’ont obtenu, à l’Esprit Saint dans l’unité duquel ils s’approchent, il ne leur manque aucune condition pour entrer en participation des dons spirituels. Or, pour l’intelligence du texte, il faut se rappeler que dans les Ecritures, l’assemblée des fidèles prend quelquefois le nom de maison, suivant ce passage (II Timoth., III, 15) : "pour que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu qui est l’Église de Dieu." Quelquefois encore elle est appelée cité, suivant cette parole du Psalmiste (CXXI, 3) : "Jérusalem, qui est bâtie comme une cité." Or la cité a une assemblée politique ; la maison n’a qu’une administration ; et entre ces deux termes, il y a une double différence. Car ceux qui sont de l’administration d’une maison communiquent entre eux dans des actes privés, et ceux qui sont de l’assemblée d’une cité le font entre eux pour les actes publics. De plus ceux qui sont habitants d’ une maison, sont dirigés par un seul qui est appelé Père de famille, tandis que ceux qui sont du conseil de la cité sont gouvernés par le roi. Ainsi donc l’assemblée des fidèles présente quelques caractères de la cité et quelques caractères de la maison. Si l’on considère celui qui régit l’assemblée, c'est un Père ; (Matth., VI, 9) : "Notre Père, qui êtes aux cieux, etc." ; (Jérémie, III, 19) : "Vous m’appellerez votre Père, et vous ne cesserez jamais de me suivre". Sous ce rapport, l’assemblée est donc une maison ; mais si l’on considère les membres gouvernés, c'est une cité; parce qu’il y a entre eux communication pour les actes principaux, à savoir de la foi, de l’espérance et de la charité. Ainsi donc, si l’on envisage les fidèles en eux-mêmes, c'est l’assemblée de la cité ; si c'est le chef que l’on envisage, c'est l’assemblée de la maison. Voilà pourquoi l’Apôtre se sert ici de ces deux expressions : Hôtes et étrangers, car l’hôte est, relativement à la maison, ce qu’est l’étranger relativement à la cité. On appelle, en effet, du nom d’hôte, celui qui est comme étranger à la maison ; (Ecclesiastique XXIX, 31) : "C’est une vie malheureuse d’aller de maison en maison." L’étranger est celui qui vient du dehors à la cité. C’est comme si l’Apôtre disait : autrefois, vous étiez étrangers à l’assemblée des fidèles, tels que sont les hôtes par rapport à la maison, les étrangers par rapport à la ville; tels encore qu’étaient les prosélytes par rap port à la loi ancienne, mais maintenant il n’en est pas ainsi, car vous n’êtes plus des étrangers, etc. ; (Isaïe, LIV, 15) : "Il vous viendra des habitants qui n’étaient pas avec moi ; et ceux qui vous étaient étrangers se joindront à vous." |
Consequenter cum dicit sed estis cives
sanctorum, etc.; concludit quod convenit statui praesenti, dicens sed
estis cives sanctorum, etc., quasi dicat : quia collegium fidelium
dicitur civitas in comparatione ad subditos, et domus in comparatione ad
rectorem, collegium, ad quod vocati estis, est civitas sanctorum et domus
Dei. Ps. LXXXVI, v. 3 : gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei. Unde
Augustinus : duas civitates faciunt duo amores. Nam
amor Dei usque ad contemptum sui, scilicet
hominis amantis, facit civitatem Ierusalem caelestem, amor vero sui usque
ad contemptum Dei, facit civitatem Babylonis. Quilibet
ergo vel est civis sanctorum, si diligit Deum usque ad contemptum sui, Prov.
ult. : omnes domestici eius vestiti sunt duplicibus, si vero diligit
se usque ad contemptum Dei, est civis Babylonis. |
II. Quand saint Paul ajoute (verset 19) : Mais vous êtes citoyens de la même cité que les saints, etc., il établit comme conclusion ce qui convient à l’état présent, en disant (verset 19) : Mais vous êtes les concitoyens des saints, etc., en d’autres termes : puisque l’assemblée des fidèles est appelée du nom de cité par rapport aux inférieurs, et du nom de maison par rapport au chef, l’assemblée à laquelle vous avez été appelés est la cité des saints et la maison de Dieu ; (Psaume LXXXVI, 3) : "On dit de vous des choses glorieuses, ô cité de Dieu !" C’est ce qui a fait dire à saint Augustin : Les deux amours font les deux cités. Car l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même, c'est-à-dire de celui qui aime, fait la cité céleste, Jérusalem ; mais l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu fait la cité de Babylone. Chacun donc est concitoyen des saints, s’il aime Dieu jusqu’au mépris de soi-même ; (Proverbes XXXI, 21) : "Tous ses serviteurs ont un double vêtement" ; mais s’il s’aime jusqu’au mépris de Dieu, il est citoyen de Babylone. |
Consequenter cum dicit superaedificati,
etc., manifestat propositum. Consuetum est in Scripturis quod in figura, quae
metonymia dicitur, continens ponatur pro contento, sicut quandoque domus pro
his qui sunt in domo : secundum hunc ergo modum loquitur apostolus de his qui
sunt in domo Dei, scilicet de fidelibus, sicut de una domo, et comparat eos
aedificio. Et circa hoc duo facit, quia primo proponit intentum, secundo
ostendit quod huius aedificii participes facti sunt ipsi Ephesii, ibi in
quo et vos coaedificamini, et cetera. |
II° En ajoutant (verset 20) : parce que vous êtes édifiés, etc., saint Paul développe sa proposition. Il est d’usage, dans les Ecritures, que par la figure appelée métonymie, on emploie le contenant pour le contenu ; comme on dit quelquefois la maison pour ceux qui s’y trouvent. Saint Paul, d’après cette manière de dire, parle donc de ceux qui sont dans la maison de Dieu, c'est-à-dire des fidèles, comme il le ferait d’une maison, et les compare à un édifice. Sur ce point I. il énonce sa proposition ; II. il démontre que les Ephésiens eux-mêmes sont devenus participants de cet édifice, à ces mots (verset 22) : et vous-mêmes, aussi, vous entrez, etc. |
Circa primum duo facit. Primo proponit huius
aedificii fundamentum; secundo ipsius constructionem seu complementum, ibi in
quo omnis aedificatio constructa, et cetera. Fundamentum autem ponit
duplex : unum secundarium, et aliud principale. Secundarium quidem
fundamentum sunt apostoli et prophetae. Et quantum ad hoc dicit eos non esse
hospites, sed cives, qui iam pertinent ad aedificium spirituale, utpote superaedificati
supra fundamentum apostolorum et prophetarum, id est, qui sunt apostoli
et prophetae, id est, super doctrinam eorum. Vel aliter : supra
fundamentum apostolorum et prophetarum, id est, supra Christum qui est
fundamentum apostolorum et prophetarum; quasi dicat : in eodem fundamento
superaedificati estis in quo apostoli et prophetae sunt aedificati, qui ex
Iudaeis fuerunt. Hae autem expositiones duae tantum quo ad verba differunt;
sed prima convenientior est, quia si alia convenientior esset, tunc pro
nihilo adiungeret ipso summo angulari lapide Christo Iesu, cum ipse
Iesus sit summum fundamentum. Secundum ergo primum modum magis consonat, ita
tamen quod praecipuus lapis et summum fundamentum sit Christus. Quantum vero
ad sententiam nihil differunt, quia idem est dicere Christum esse
fundamentum, et doctrinam apostolorum et prophetarum, cum Christum tantum,
non seipsos, praedicaverint; unde accipere eorum doctrinam est accipere
Christum crucifixum. I Cor. I, 23 : nos autem praedicamus
Christum crucifixum idest I Petr. I, 12 : quibus revelatum
est, quia non sibi ipsis, et cetera. Item I Cor. II, 16 : nos autem
sensum Christi habemus. Notandum est quod apostoli dicuntur
fundamenta. Ps. LXXXVI, 1 : fundamenta eius in montibus sanctis. Is.
LIV, 11 : fundabo te in sapphiris, id est, in caelestibus viris. Expresse
autem dicuntur fundamenta Apoc. XXI, 14 : murus civitatis habens
fundamenta duodecim, et in ipsis nomina duodecim apostolorum. Qui
intantum dicuntur fundamenta, inquantum eorum doctrina Christum annuntiant.
Matth. XVI, 18 : super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Dicit
autem apostolorum et prophetarum, ut designet, quod utraque doctrina
est necessaria ad salutem. Matth. XIII, 52 : Scriba doctus in regno
caelorum similis est homini patrifamilias, qui profert de thesauro suo nova
et vetera. Item ut ostendat concordiam inter utramque, alterius ad
alteram, dum idem est utriusque fundamentum. Nam quod prophetae praedixerunt futurum,
apostoli praedicaverunt factum. Rm I, 1 s. : Paulus servus Iesu Christi,
vocatus apostolus, segregatus in Evangelium Dei, quod ante promiserat per
prophetas suos. Principale vero fundamentum tantum est Christus Iesus, et
quantum ad hoc dicit ipso summo, et cetera. Ubi
tria dicit de eo, scilicet quod sit lapis, quod angularis, et quod summus. |
I. Sur le premier de ces points, l’Apôtre désigne
d’abord le fondement de cet édifice ; il dit ensuite quelle en est la
construction ou le complément (verset 21) : sur lequel tout l’édifice
étant posé, etc. 1° Saint Paul indique deux fondements : l‘un secondaire et l’autre principal. Le fondement secondaire, ce sont les apôtres et les prophètes ; et quant à ceci l’Apôtre dit qu’ils ne sont pas des hôtes, mais des concitoyens, qui appartiennent déjà à l’édifice spirituel, comme (verset 20) : étant édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire sur ceux qui sont apôtres et prophètes, c'est-à-dire sur leur doctrine. Ou encore : sur le fondement des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire sur Jésus-Christ qui est le fondement des apôtres et des prophètes. En d’autres termes, vous êtes élevés sur le même fondement sur lequel furent édifiés les apôtres et les prophètes, eux qui étaient Juifs. Ces deux explications ne différent que dans les termes. Cependant la première convient mieux, car si l’autre était préférable l’Apôtre eût ajouté inutilement (verset 20) : Jésus-Christ étant la principale pierre de l’angle, puisque Jésus lui-même est le fondement principal. D’après cette première explication, il y a plus de cohérence dans les idées, pourvu toutefois que la pierre principale et le fondement primitif soit Jésus-Christ. Mais quant au sens essentiel, les deux explications ne différent en rien, car c'est une même chose de dire que Jésus-Christ est le fondement, ou que ce fondement est la doctrine des apôtres et des prophètes, puisqu’ils ont prêché Jésus-Christ seulement, et non pas eux-mêmes ; en sorte que recevoir leur doctrine, c'est recevoir Jésus-Christ crucifié ; (1 Co I, 23) : "Pour nous, nous prêchons Jésus-Christ crucifié" ; (I Pierre, I, 12) : "Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, etc." ; et encore (1 Co II, 16) : "Or nous avons l’Esprit de Jésus Christ." Il faut observer que les apôtres sont appelés fondement ; (Psaume LXXXVI, 1) : "Les fondements de la cité sont posés sur les saintes montagnes." ; (Isaïe LIV, 11) : "Vos fondements seront de saphir", c'est-à-dire des hommes tous célestes. Ils sont même expressément appelés de ce terme de fondement ; (XXI, 14) : "Et la muraille de la cité avait douze fondements, sur lesquels étaient inscrits les noms des douze apôtres." Ils sont appelés fondements, parce que leur doctrine annonce Jésus-Christ ; (Matth., XVI, 18) : "Et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise". Saint Paul a dit : des apôtres et des prophètes, pour marquer que l’une et l’autre doctrine est nécessaire au salut. (Matth., XXII, 52) : "Tout docteur instruit de ce qui regarde le royaume des cieux, est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes" ; de même il veut faire voir l’accord de l’une avec l’autre, puisque l’une et l’autre doctrine sont assises sur le même fondement. En effet, ce que les prophètes ont prédit comme devant arriver, les apôtres l’ont montré accompli ; (Rm 1, 1) : "Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l’apostolat, séparé pour l’Evangile de Dieu qu’il avait promis auparavant par es prophètes." Mais le fondement principal, c'est Jésus-Christ seul ; et sur ce point l’Apôtre dit (verset 20) : en Jésus-Christ lui-même, etc. Par ces paroles il dit de Jésus-Christ trois choses, à savoir : qu’il est la pierre, la pierre angulaire et la pierre principale. |
Lapis quidem est propter fundamenti
firmitatem. Unde dicitur Matth. VII, 25, quod domus quae fundata erat supra
petram, firmiter aedificata erat, intantum quod nec pluvia, nec flumina, nec
venti potuerunt eam destruere. Non sic autem de domo fundata super arenam.
Dan. II, 45 : lapis abscissus de monte sine manibus. |
- A) Il est la pierre, pour donner la solidité au fondement ; c'est de là qu’il est dit (Matth., VII, 25) que la maison qui était fondée sur la pierre avait été bâtie avec tant de solidité, que ni la pluie, ni les fleuves, ni les vents n’ont pu la renverser. Mais il n’en était pas de même de la maison construite sur le sable (Daniel, II, 45) : "La pierre avait été arrachée de la montagne sans la main d’aucun homme." |
Angularis autem dicitur propter utriusque
coniunctionem; nam ut in angulo duo parietes uniuntur, sic in Christo populus
Iudaeorum et gentium uniti sunt. Ps. : lapidem quem reprobaverunt
aedificantes, hic factus est in caput anguli. Act. IV, 11 s. : hic est
lapis qui reprobatus est a vobis aedificantibus, qui factus est in caput
anguli, et non est in aliquo alio salus. Et hoc idem de se introducit
Matth. XXI, 42 : numquid legistis in Scripturis : lapidem quem
reprobaverunt aedificantes, hic factus est in caput anguli, et cetera. |
- B) Il est la pierre angulaire, à cause de l’union des deux peuples ; car de même que deux murs viennent s’unir dans l’angle, ainsi sont réunis en Jésus-Christ le peuple Juif et le peuple de la Gentilité ; (Psaume CXVII, 22) : "La pierre, que ceux qui bâtissaient avaient rejetée, a été placée à la tête de l’angle." ; (Act., IV, 11) : "C’est cette pierre que vous, architectes, avez rejetée, et qui a été faite la principale pierre de l’angle, et il n’y a pas de salut par aucune autre." C’est d’ailleurs ce que le Sauveur disait de lui-même (Matth., XXI, 42) : "N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre que ceux qui batissaient ont rejetée, est devenue la principale pierre de l’angle, etc." |
Summus autem dicitur propter dignitatis
celsitudinem. Is. XXVIII, 16 : ecce ego mittam in
fundamentis Sion lapidem angularem, probatum, pretiosum, in fundamento
fundatum. Sed non est idem de fundamento in aedificio spirituali et in
aedificio materiali. Materiale namque aedificium fundamentum habet in terra,
et ideo oportet ut principalius fundamentum sit magis infimum. Spirituale
vero aedificium fundamentum habet in caelo, et ideo oportet quod fundamentum
quanto est principalius, tanto sit sublimius : ut sic imaginemur civitatem
quamdam descendentem de caelo, cuius fundamentum in caelo existens, et
aedificium demissum ad nos, videatur inferius; secundum illud Apoc. XXI, v. 2 : vidi civitatem
sanctam Ierusalem descendentem de caelo, et cetera. |
- C) Enfin il est appelé la pierre principale à cause de sa grande dignité ; (Isaïe XXVIII, 16) : "Je m’en vais mettre pour fondement de Sion ma pierre éprouvée, angulaire, précieuse, qui sera un ferme fondement." Mais il n’en est pas du fondement de l’édifice spirituel comme de celui de l’édifice matériel. Celui-ci a ses fondations dans la terre ; son fondement le plus important doit donc descendre plus bas. L’édifice spirituel, au contraire, a ses fondations dans le ciel ; plus donc son fondement est excellent, plus il doit être élevé : en sorte que nous pouvons nous représenter une cité qui descend du ciel, où elle a son fondement, tandis que ses constructions s’inclinant vers nous sont aperçues d’en bas, suivant cette parole de l’Apocalypse (XXI, 2) : "Je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui descendait du ciel, etc." |
Consequenter cum dicit in quo omnis
aedificatio, etc., agit de constructione aedificii. In qualibet autem
aedificii constructione quatuor requiruntur. Primo aedificii fundatio,
secundo constructio, tertio augmentatio, quarto consummatio : quae quidem
breviter tangit. |
2° Quand saint Paul dit (verset. 21) : sur lequel tout l’édifice étant posé, etc., il traite de la construction de l’édifice. Or dans la construction de tout édifice, il faut observer quatre conditions : on pose d’abord les fondations de l’édifice même ; ensuite on s’occupe de la construction, puis on l’élève ; enfin on place le couronnement. L’Apôtre touche brièvement ces quatre points. |
Primum, cum dicit in quo, scilicet
fundamento, qui Christus est principaliter, et doctrina apostolorum et
prophetarum secundario, quia, ut dicitur I Cor. III, 11
: fundamentum aliud nemo potest ponere praeter id, et cetera. Secundo
vero tangit secundum, cum dicit omnis aedificatio constructa. Et
quidem si intelligatur allegorice, designat ipsam Ecclesiam, quae tunc
construitur quando homines ad fidem convertuntur. Si autem moraliter intelligatur,
significat animam sanctam, et tunc eiusmodi aedificatio construitur, quando
bona opera superaedificantur super Christum. Prov. XIV, 1 : sapiens mulier
aedificat domum suam. I Cor. III, 10 : unusquisque videat quomodo
superaedificet. |
- A) Le premier, quand il dit (verset 21) : c’est en lui, c'est-à-dire sur son fondement qui est principalement le Christ, secondairement la doctrine des apôtres et des prophètes, car, comme il est dit en (I Cor.III, 11) : "Personne ne peut poser un autre fondement que celui [qui est déjà posé], etc. Le second, quand il dit : tout l’édifice étant posé. Si on entend ces paroles d’une manière allégorique, l’Apôtre désigne l'Eglise même qui se construit par la conversion des âmes à la foi. Si c'est au sens moral qu’on l’entend, il marque l’âme sainte, et alors la construction se fait, quand les bonnes oeuvres s’élèvent sur Jésus-Christ ; (Prov. XIV, 1) : "La femme sage construit sa maison." ; (1 Co III, 10) : "Que chacun prenne garde comment il bâtit sur ce fondement." |
In hoc ergo fundamento, scilicet Christo,
omnis aedificatio spiritualis construitur, Iudaeorum vel gentilium, a Deo per
auctoritatem. Ps. CXXVI, 1 : nisi dominus aedificaverit
domum, et cetera. Hebr. III, v. 4 : omnis namque domus fabricatur ab
aliquo, qui autem omnia creavit, Deus est. Sed instrumentaliter
construitur aedificium vel ab homine qui seipsum aedificat, vel a praelatis. |
- B) Sur ce fondement donc, c'est-à-dire sur Jésus-Christ, s’élève toute construction spirituelle, soit des Juifs, soit des Gentils, par les mains de Dieu et sous son autorité ; (Psaume CXXVI, 1) : "Si le Seigneur ne bâtit une maison, etc." ; (Hébreux III, 4) : "Car il n’y a pas de maison qui n’ait été bâtie par quelqu’un, et celui qui est le créateur de toutes choses, c’est Dieu" ; mais sous le rapport de l’instrument, l’édifice se construit par l’homme, qui se construit lui-même, ou par les supérieurs. |
Tertium tangit cum dicit crescit in templum,
etc.; quod quidem fit quando multiplicantur qui salvi fiunt. Act. VI, 7 : verbum
domini crescebat, et multiplicabatur numerus discipulorum in Ierusalem valde.
Crescit etiam quando homo crescit in bonis operibus, et in gratia crescit
quantum ad hoc, quod fit templum sanctum. Templum enim a Deo inhabitatur, et
ideo oportet quod sit sanctum. Ps. XLV, 5 : sanctificavit tabernaculum
suum altissimus. Et quia nos debemus inhabitari a Deo, ut Deus in nobis
habitet, ad hoc nos parare debemus, ut sancti simus. I Cor. III, 16 : nescitis
quia templum Dei estis, et spiritus Dei habitat in vobis; Apoc. c. XXI, 3
: ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis. Sed
numquid statim a principio, cum charitatem habemus, templum Dei sumus? Respondeo.
Dicendum est quod sic. Et quanto magis proficimus, tanto magis Deus habitat
in nobis. |
- C) saint Paul évoque l’élévation quand il dit (verset 21) : L’édifice s’élève et s’accroît, etc., ce qui a lieu quand ceux qui se sauvent, se multiplient ; (Act., VI, 7) : "Cependant la parole de Dieu se répandait de plus en plus, et le nombre des disciples augmentait dans Jérusalem." L’édifice s’accroît encore quand l’homme se perfectionne dans les bonnes œuvres ; il croît aussi dans la grâce, en devenant un temple saint. Car ce temple est habité de Dieu, il faut donc qu’il soit saint ; (Psaume XLV, 5) : "Le Très-haut a sanctifié son tabernacle." Puisque donc nous devons habiter en Dieu, pour que Dieu habite en nous, nous devons nous y préparer, en nous efforçant d’être saints ; (1 Co III, 16) : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?" ; (Apocalypse., XXI, 3) : "Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il demeurera avec eux." Cependant, lorsque nous avons la charité, sommes-nous, dès le commencement, le temple de Dieu ? Il faut répondre qu’il en est ainsi. Et plus nous faisons de progrès, plus Dieu habite en nous. |
Et ideo ad hoc aedificium, quarto, requiritur
perfectio et consummatio, quod ostendit, cum dicit in domino.
Consequenter cum dicit in quo et vos, etc., ostendit quomodo gentiles
facti sunt participes huius aedificii, dicens in quo, scilicet
aedificio, non solum superaedificantur Iudaei, sed etiam vos Ephesii coaedificamini,
id est ad similitudinem aliorum aedificamini. I Petr. II, 4 s. : ad quem
accedentes lapidem vivum, ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum
et honorificatum, et ipsi tamquam lapides vivi superaedificamini domus
spiritualis. Et ideo subdit in habitaculum Dei, ut scilicet Deus
in vobis inhabitet per fidem. Infra III, 17 : habitare Christum per fidem
in cordibus vestris. Hoc autem non potest fieri sine charitate, quia qui
manet in charitate, in Deo manet, etc., I Io. IV, 16. Charitas autem
datur nobis per spiritum sanctum. Rm V, 5 : charitas Dei diffusa est in
cordibus nostris per spiritum sanctum qui datus est nobis. Ideo subdit in
spiritu sancto. |
- D) Aussi, en quatrième
lieu, il faut pour cet édifice l’achèvement et la perfection, ce que l’Apôtre
indique quand il dit : (verset 21) : consacré au Seigneur. II. Quant l’Apôtre ajoute (verset 22) : Et vous-mêmes aussi vous, etc., il montre comment les Gentils ont été appelés à prendre place dans l’édifice. En disant (verset 22) : dans lequel, sous entendez, édifice, non seulement les Juifs sont entrés dans l’édifice, mais vous-mêmes, Ephésiens, vous entrez, à la manière des autres ; (I Pierre, II, 4) : "Et vous approchant de lui comme de la pierre vivante que les hommes à la vérité ont rejetée, mais que Dieu a choisie et mise en honneur, entrez vous-mêmes aussi dans la structure de cet édifice, comme étant des pierres vivantes, pour composer une maison spirituelle." C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 22) : pour devenir la maison de Dieu, c'est-à-dire (ci-après, III, 17) : afin qu’il fasse habiter Jésus-Christ dans vos coeurs par la foi. Ce qui ne peut avoir lieu sans la charité parce que "celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu, etc." (Jean, IV, 16). Or la charité nous est donnée par le Saint-Esprit ; (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné" ; voilà pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 22) : par le Saint-Esprit. |
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Caput 3 |
CHAPITRE 3 — LE MINISTÈRE APOSTOLIQUE |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens III, 1 à 6 : Souffrances et grâces de saint Paul |
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SOMMAIRE : Saint Paul, après le récit de sa patience et des tribulations qu’il a souffertes, rappelle les bienfaits particuliers qu’il a reçus de Dieu. |
[1] huius rei gratia ego Paulus
vinctus Christi Iesu pro vobis gentibus [2] si tamen audistis dispensationem
gratiae Dei quae data est mihi in vobis [3]
quoniam secundum revelationem notum mihi factum est sacramentum sicut supra
scripsi in brevi [4]
prout potestis legentes intellegere prudentiam meam in mysterio Christi [5] quod aliis generationibus non est
agnitum filiis hominum sicuti nunc revelatum est sanctis apostolis eius et
prophetis in Spiritu [6] esse gentes coheredes et
concorporales et conparticipes promissionis in Christo Iesu per evangelium. |
1. C’est pour ce sujet que moi
Paul, je suis prisonnier du Christ Jésus, pour vous autres Gentils; 2. Car vous avez appris sans
doute de quelle manière Dieu m’a donné la grâce envers vous, 3. découvert par révélation ce
secret et ce mystère, dont je vous ai déjà écrit ci-dessus en peu de mots, 4. Or vous pouvez connaître par
la lecture, quelle est l’intelligence que j’ai du mystère du Christ, 5. Qui n’a pas été découvert aux
enfants des hommes dans les autres temps, comme il est révélé maintenant par
le Saint-Esprit à ses saints Apôtres et Prophètes : 6. Lequel est que les Gentils sont appelés au même héritage que les Juifs, qu’ils sont les membres d’un même corps, et qu’ils participent à la même promesse de Dieu dans le Christ Jésus par l’Evangile. |
[87801] Super Eph., cap. 3
l. 1 Supra commemoravit apostolus multa Dei beneficia
humano generi et ipsis apostolis collata, hic commemorat specialia Dei
beneficia sibi tradita. Primo ergo proponit intentionem suam in generali;
secundo exponit per partes in speciali, ibi quoniam secundum revelationem,
et cetera. Circa primum duo facit. Primo ponit suam conditionem quantum ad
patientiam et tribulationes quas pertulit; secundo quantum ad dona gratiae
quae Deus sibi contulit, ibi si tamen audistis, et cetera. |
L’Apôtre, dans ce qui précède, a rappelé un grand nombre de bienfaits de Dieu, accordés au genre humain et aux apôtres eux-mêmes ; il rappelle ici les bienfaits particuliers que Dieu lui a accordés à lui-même. Il expose donc d’abord d’une manière générale ce qu’il veut établir ; puis en particulier et par parties (verset 3) : découvert par révélation, etc. I° Sur le premier de ces points, il explique ce que fut sa vie sur le plan de la patience et des tribulations qu’il a souffertes ; en second lieu, sur le plan des dons de la grâce que Dieu lui a faits (verset 2) : Car vous aurez appris, etc. |
Dicit ergo : dixi in quo et vos coaedificamini, etc., huius
rei gratia, id est ut aedificemini et convertamini ad Christum, ego
Paulus, qui tantus sum, quia apostolus Iesu Christi et magister gentium
in fide et veritate, nunc vinctus Romae. Nam
hanc epistolam de urbe scripsit, ubi in vinculis tenebatur. II Tim. II, 9 : laboro
usque ad vincula quasi male operans. Infra
IV, 1 : obsecro vos itaque ego Paulus vinctus in domino. Ex quo
apparet eius tribulatio et passio in squalore carceris. Sed quia poena non facit martyrem sed
causa, ideo addit suarum tribulationum causam. Duplex est autem causa pro qua
quis martyrii causam prosequitur. Una si patiatur pro fide
Christi, vel pro quacumque alia virtute. I Petr. IV, 15 : nemo vestrum
patiatur quasi homicida, aut maledicus, aut alienorum appetitor, si autem ut
Christianus, non erubescat. Et quantum ad hoc dicit vinctus Christi
Iesu. Alia, si patiatur pro Ecclesiae utilitate, et quantum ad hoc ait pro
vobis gentibus, id est tantum intendo conversionem vestram, et verbum
salutis vobis praedico, quod traditus sum carceri. II Cor.
I, 6 : tribulamur pro vestra exhortatione et salute. Col. I, 24 : nunc
gaudeo in passionibus pro vobis. |
I. Il dit donc : Je vous ai dit comment vous êtes entrés vous-mêmes dans la structure de l’édifice, etc., (verset 1) : C’est pour ce sujet, c'est-à-dire pour que vous y trouviez place et que vous vous convertissiez à Jésus-Christ, que moi Paul, honoré d’une si grande dignité, puisque je suis apôtre de Jésus-Christ et docteur des nations dans la foi et la vérité, je suis prisonnier à Rome. Car il écrivit cette épître de la ville de Rome, où il était dans les chaînes ; (II Timoth., II, 9) : "Je souffre beaucoup de maux, jusques à être dans les chaînes comme un scélérat" ; et (ci-après, IV, 4) : Je vous conjure donc, moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur. On voit par là les tribulations et les souffrances qu’il endurait dans les horreurs de la prison. Toutefois, comme ce n’est pas la souffrance qui fait le martyr, mais la cause, il donne immédiatement la cause de ses souffrances. On peut avoir une double raison de revendiquer le martyre : La première, si l’on souffre pour la foi de Jésus-Christ, ou pour quelqu’autre vertu ; (I Pierre, IV, 15) : "Que nul de vous ne souffre comme homicide, ou comme médisant, ou comme envieux du bien d’autrui ; s’il souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas de honte." Quant à ce motif, l’Apôtre dit (verset 4) : prisonnier pour le Christ Jésus. Le second motif, c'est quand on souffre pour l'utilité de l’Eglise ; quant à celui-ci l’Apôtre dit (verset 1) : pour vous autres Gentils, c'est-à-dire j’ai tellement à coeur votre conversion, et je vous annonce avec tant d’empressement la parole du salut, que j’ai été jeté en prison ; (II Corinth. I, 6) : "Nous sommes affligés pour votre consolation et pour votre salut" ; et (Col I, 24) : "Moi Paul, qui me réjouis maintenant dans les maux que je souffre pour vous." |
Consequenter cum dicit si tamen audistis, etc., ponit donum
gratiae sibi commissum, quasi dicat : dico quod sum pro vobis gentibus
vinctus, si tamen audistis, id est intellexistis, dispensationem
gratiae, quae data est mihi pro vobis. Quod potest intelligi dupliciter.
Uno modo ut dispensatio accipiatur passive, et sit sensus si tamen
audistis dispensationem gratiae, etc., id est si intellexistis quod mihi
hoc donum, scilicet apostolatus in gentibus, est dispensatum. Nam, ut
dicitur infra IV, 7 : unicuique data est gratia secundum mensuram
donationis Christi. Et infra : ipse dedit quosdam quidem apostolos,
quosdam autem prophetas, et cetera. Unde mihi dispensatum est a domino Christo, id
est venit in sortem, gratia Dei haec ut in vobis fructum faciam. Col. I, 23 :
factus sum ego minister, et cetera. Dico dispensationem Dei quae
data est mihi in vobis, id est eorum dispensatio tradita est mihi. Alio
modo, ut dispensatio accipiatur active, ut sit sensus si tamen audistis
dispensationem, etc., id est si intellexistis quod mihi datum sit, ut
dona gratiae dispensem per communicationem sacramentorum, et hoc in vobis.
I Cor. IV, 1 : sic nos existimet homo ut ministros Christi. |
II. Quand saint Paul ajoute (verset 2) : Car vous aurez appris sans doute etc., il rappelle le don de la grâce qu’il a reçu. En d’autres termes, je viens de dire que je suis prisonnier, pour vous autres Gentils, si cependant vous avez appris, c'est-à-dire compris de quelle manière Dieu m’a donné sa grâce pour vous. Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières : d’abord en prenant l’expression dispensation dans le sens passif, en sorte qu’on dise : si cependant vous avez appris la dispensation de la grâce, etc…, c'est-à-dire si vous avez compris que le don, à savoir celui de l’apostolat des Gentils, m’a été confié. Car, ainsi qu’il est dit plus loin (IV, 7) : La grâce a été donnée à chacun de nous selon la mesure du don de Jésus-Christ ; et plus loin encore (IV, 11) : Lui-même donc en a établi quelques-uns pour être apôtres, d’autres prophètes, etc. C’est ainsi que ce pouvoir m’a été confié par Jésus-Christ, c'est-à-dire que cette grâce de Dieu m’est échue en partage, afin que je partage des fruits parmi vous ; (Col I, 23) : "J’ai été établi ministre, etc. " Je dis la dispensation de Dieu qui m’a été confiée pour vous, c'est-à-dire la dispensation des grâces m’a été donnée. Cette expression dispensation peut être prise dans le sens actif ; voici le sens : Si cependant vous avez su que la dispensation, etc., c'est-à-dire si vous avez compris qu’il m’a été donné de dispenser les dons de la grâce par la communication des sacrements, et cela parmi vous ; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ". |
Consequenter cum dicit quoniam secundum
revelationem, etc., manifestat conditionem suam per partes et in
speciali. Circa quod duo facit, quia primo ponit quod pertinet ad dignitatem
officii, scilicet dispensationem gratiae; secundo illud quod pertinet ad
experientiam patientiae, scilicet tribulationem, ibi quapropter peto ne
deficiatis, et cetera. Prima iterum in duas. Primo ostendit
gratiae dispensationem quantum ad diversorum mysteriorum cognitionem; secundo
quantum ad ipsorum executionem, ibi cuius factus sum minister, et
cetera. Prima iterum in duas. Primo ponit mysteriorum Christi sibi datam
cognitionem; secundo exponit quod sit istud mysterium, ibi esse gentes
cohaeredes, et cetera. Circa cognitionem suam tria facit. Primo quod
sit certa, secundo quod sit plena, tertio quod sit excellens. |
II° En disant à la suite (verset 3) : m’ayant découvert par révélation etc., l’Apôtre expose son état par parties et d’une manière spéciale. Il expose d’abord ce qui appartient à la dignité de son ministère, à savoir la dispensation de la grâce ; ensuite ce qui concerne son expérience de la patience, c'est-à-dire à supporter la tribulation (verset 13) : C’est pourquoi, je vous prie de ne pas perdre courage, etc. Le premier de ces points se subdivise également en deux. D’abord l’Apôtre montre la dispensation de la grâce, par rapport à la connaissance des différents mystères ; ensuite par rapport à leur accomplissement (verset 7) : dont j’ai été fait le ministre, etc. La première partie se divise également en deux : l’Apôtre expose I. la connaissance qui lui a été donnée à lui-même des mystères de Jésus-Christ ; II. Ce que sont ces mystères mêmes (verset 6) : Que les Gentils sont appelés au même héritage, etc. |
Certa quidem est, quia non est per humanam
industriam, nec per humanam intentionem, quae falli potest, Sap. IX, 14 : cogitationes
enim mortalium timidae, et incertae providentiae nostrae, sed per legem
divinam quae certissima est. Et ideo dicit quoniam secundum revelationem,
et cetera. Gal. I, v. 12 : neque enim ego ab homine accepi illud, neque
didici; sed per revelationem Iesu Christi. II Cor.
III, 18 : nos vero revelata facie gloriam domini speculantes, et
cetera. |
I. A l’égard de la connaissance qui lui a été donnée, il montre 1° qu’elle est certaine ; 2° qu’elle est complète ; 3° qu’elle est suréminente. 1° Elle est certaine, parce qu’elle ne vient pas de l’industrie humaine, ni de la pensée de l’homme, laquelle est sujette à faillir ; (Sagesse, IX, 14) : "Les pensées de l’homme sont faibles, et nos prévoyances sont incertaines", mais par la loi divine qui possède la suprême certitude. C’est pourquoi il dit (verset 3) : M’ayant découvert par révélation ce mystère, etc. ; (Galates I, 12) : "Je ne l’ai pas reçu ni appris d’aucun homme, mais par la révélation de Jésus-Christ" ; (II Corinthiens III, 18) : "Ainsi nous tous, n’ayant pas de voile qui nous couvre le visage, et contemplant la gloire du Seigneur, etc." |
Item plena est, quia perfecte revelatum est mihi, et committo vestro
iudicio, quia ego in verbis paucis hoc expressi, in quibus cognoscere
potestis quod perfectam cognitionem habeam de mysteriis fidei. Et
quantum ad hoc dicit sicut scripsi in brevi, id est in paucis verbis,
ita aperte, quod eo modo hoc potestis legentes intelligere. Cant.
IV, 11 : favus distillans labia tua, et cetera. Labium quidem breve quid est. Et sic labia
doctoris sunt favus distillans, quando brevibus et paucis verbis multa et
magna insinuat. Sed attende, ut dicit Augustinus, quod debet
intendere hoc doctor, quod scilicet intelligatur. Et quamdiu ad hoc laborat,
verba sua non sunt superflua, sed si postquam intelligitur, eis immoratur,
superflua sunt eius verba. Dicit autem prudentiam meam,
secundum illud Prov. IX, 10 : scientia sanctorum prudentia. Quae
quidem non est mundana sed divina et caelestis, propter quod dicit in
mysterio Christi. |
2° Elle est complète. En effet, la révélation a été parfaite, et je m’en rapporte à votre jugement, car je l’ai fait connaître en quelques paroles, par lesquelles vous pouvez juger que j’ai une pleine connaissance des mystères de la foi. Quant à ceci, l’Apôtre dit (verset 3) : dont je vous ai écrit ci-dessus, d’une manière abrégée, c'est-à-dire en peu de paroles, mais tellement claires, que (verset 4) : vous pourrez facilement comprendre, rien que par la lecture ; (Cantique IV, 11) : "Vos lèvres sont un rayon, d’où distille le miel, etc." La parole est quelque chose de fugitif ; les lèvres du dépositaire de la science sont donc comme un rayon d’où découle le miel, quand dans un petit nombre de paroles concises, il insinue des enseignements nombreux et importants. Pourtant prenez garde, comme l’a remarqué saint Augustin, que le docteur doit veiller à se faire comprendre : tant qu’il s’efforce d’atteindre ce but, ses paroles ne sont pas superflues ; elles le sont au contraire, dès qu’il s’y arrête, après avoir été compris. L’Apôtre dit (verset 4) : quelle est mon intelligence, suivant cette parole des Proverbes (IX, 40) : "La science des saints c'est la prudence," non pas la prudence du monde, mais une prudence divine et céleste. C’est ce qui lui fait dire (verset 4) : du mystère de Jésus-Christ. |
Est etiam excellens, quia solis apostolis est
revelata; unde subdit quod aliis generationibus non est agnitum. Licet
enim mysteria Christi prophetis et patriarchis fuerint revelata, non tamen
ita clare sicut apostolis. Nam prophetis et patriarchis fuerunt revelata in
quadam generalitate; sed apostolis manifestata sunt quantum ad singulares et
determinatas circumstantias. Hoc autem quod dicit quod aliis
generationibus, etc., potest dupliciter exponi. Uno
modo ut per generationes tempora generationum accipiantur, iuxta illud Ps.
CXLIV, v. 13 : dominatio tua in omni generatione, et generatione. Et
tunc est sensus, quod aliis generationibus, id est temporibus, non
est agnitum filiis hominum, id est rationalibus creaturis, scilicet nec
hominibus, nec Angelis. Matth. XI, 25 : abscondisti haec a
sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. Sicut nunc revelatum
est sanctis apostolis eius et prophetis in spiritu, ipsis scilicet in eo
spiritu novi testamenti interpretantibus Scripturas, et explanantibus legem.
Lc. c. VIII, 10 : vobis datum est nosse mysterium regni Dei, caeteris
autem, et cetera. Lc. X, 23 : beati oculi qui vident quae vos videtis,
et infra XXIV : dico autem vobis, quod multi reges et prophetae voluerunt
videre quae vos videtis, et non viderunt, et cetera. Alio modo potest exponi ut per generationes
accipiantur homines generati, secundum illud Matth. XXIII, 36 : venient
haec omnia super generationem istam, et cetera. Et tunc est sensus quod
aliis generationibus, id est hominibus in praecedentibus generationibus
generatis, non est cognitum, etc., sicut prius. Unde
Is. LIII, 1 : quis credidit auditui nostro, et brachium domini cui
revelatum est? Sed hoc quidem sacramentum fidei revelatum est aliquibus
patribus veteris testamenti, secundum illud Io. VIII, 56 : Abraham pater
vester exultavit ut videret diem meum; vidit, et gavisus est. Et etiam
prophetis, secundum illud Ioel II, 28 : post haec effundam de spiritu meo
super omnem carnem, et prophetabunt filii vestri et filiae vestrae. Sed
eis quidem revelatum est in quadam generalitate, apostolis vero clare et
perfecte. Et hoc propter tria. Primo quia ipsi apostoli habuerunt revelationem
immediate a filio Dei, secundum illud Io. I, 18 :
unigenitus filius qui est in sinu patris, ipse enarravit. Prophetae
vero et patres veteris testamenti, ipsi edocti sunt per Angelos, vel per
aliquas similitudines. Unde dicitur Is. VI, 6 : volavit ad me unus de
Seraphim, et in manu eius calculus, quem, et cetera. Et ideo ipsi
apostoli clarius acceperunt. Secundo, quia non in figuris et in aenigmatibus,
sicut prophetae, viderunt, sed revelata facie gloriam domini speculantes. Lc.
X, 23 : beati oculi qui vident quae vos videtis. Tertio, quia apostoli
constituti fuerunt executores et dispensatores huius sacramenti, et ideo
oportebat quod melius ipsi essent instructi quam alii. Io. IV, 38 : alii
laboraverunt, et vos in labores eorum introistis. |
3° Cette connaissance enfin est suréminente, car elle n’a été révélée qu’aux apôtres. C’est pourquoi il dit (verset 5) : qui dans les autres générations n’a pas été découvert. Car bien que les mystères de Jésus-Christ aient été révélés aux Prophètes et aux Patriarches, ce ne fut pas d’une manière aussi claire qu’aux apôtres. En effet, aux Prophètes et aux Patriarches, ces mystères furent révélés dans une sorte de généralité, alors qu’ils ont été manifestés aux apôtres dans leurs circonstances particulières et déterminées. Ce que dit saint Paul (verset 5) : qui n’a pas été découvert dans les autres générations, etc. peut être entendu de deux manières. D’abord en expliquant le terme de générations par la durée même des générations, suivant ces paroles : (Psaume CXLIV, 13) : "Votre empire passera de race en race dans toutes les générations." Alors voici le sens : ce qui dans les autres générations, c'est-à-dire les autres temps, n’a pas été découvert aux enfants des hommes, à savoir aux créatures raisonnables, c'est-à-dire, ni aux hommes, ni aux anges ; (Matth., XI, 25) : "Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits. Comme il est révélé maintenant par l’Esprit à tous les saints apôtres et aux prophètes," c'est-à-dire à ceux qui dans cet Esprit du nouveau Testament interprètent les Ecritures et expliquent la Loi ; (Luc, VIII, 10) : "Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour les autres, etc." et (Luc, X, 23) : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez" et à la suite : "Je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, etc." On peut encore expliquer ce passage, en entendant par générations, les hommes engendrés suivant cette parole de saint Matthieu (XXIII, 56) : " tout cela viendra sur la génération d’aujourd’hui, etc." ; voici alors le sens : qui dans les autres générations, c'est-à-dire aux hommes engendrés dans les générations précédentes, n’a pas été connu, etc., le reste comme il a été expliqué. C’est de là qu'Isaïe dit (LIII, 1) : "Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?" Cependant ce mystère de la foi a été révélé à quelques-uns des patriarches de l’ancien Testament, suivant cette parole de saint Jean (VIII, 56) : "Abraham votre père a désiré avec ardeur de voir mon jour; il l’a vu, et il en a été comblé de joie" ; il l’a été aussi aux prophètes, suivant cette parole de Joël (II, 28) : "Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair : vos fils, vos filles prophétiseront, etc." ; mais il leur a été révélé d’une manière générale, tandis qu’aux apôtres il l’a été clairement et d’une manière parfaite ; et cela pour trois motifs. D’abord, parce que les apôtres eux-mêmes eurent cette révélation immédiatement du Fils de Dieu, suivant cette parole de saint Jean (I, 48) : "Le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, l’a fait connaître lui-même." Les Prophètes et les Patriarches de l’ancien Testament furent instruits par les anges, ou par quelques figures. C’est pourquoi il est dit (Isaïe, VI, 6) : "En même temps un des Séraphins vola vers moi, tenant à sa main un charbon de feu, etc." Les apôtres donc eurent une révélation plus manifeste. En second lieu, parce qu’ils ont vu, non dans des figures et comme en des énigmes comme les Prophètes, mais sans voile qui leur couvrit le visage, la gloire du Seigneur ; (Luc, X, 23) : "Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez." Enfin troisièmement parce que les apôtres ont été établis pour être les exécuteurs et les dispensateurs de ce mystère et qu’ils devaient par conséquent en être mieux instruits que les autres ; (Jean, IV, 38) : "D’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux." |
Consequenter cum dicit esse gentes, etc.,
manifestat quid sit illud sacramentum. Circa quod sciendum est quod Iudaei
triplicem praerogativam habebant respectu gentilium, scilicet promissionis
haereditatis. Rm c. IV, 13 : non enim per legem promissio Abrahae, aut
semini eius, ut haeres esset mundi, sed per iustitiam fidei. Ps. XV, 5 : dominus
pars haereditatis meae, et cetera. Item per specialem a gentibus aliis
distinctionem et electionem. Deut. VII, 6 : te elegit dominus Deus tuus,
ut sis ei populus peculiaris de cunctis populis qui sunt super terram.
Unde Ps. XCIX, 3 : nos autem populus eius et oves pascuae eius. Cant.
VI, 8 : una est columba mea, perfecta mea, et cetera. Item
per Christi promissionem. Gen. XII, 3 : in te benedicentur universae
cognationes terrae. Haec autem tria gentes non habebant. Supra II,
12 : qui eratis illo tempore sine Christo, alienati a conversatione Israel.
Sed ad haec tria recepti sunt per fidem. |
II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 6) : Mystère, qui consiste en ce que les Gentils sont appelés au même héritage, etc., il explique ce qu’est ce mystère. Remarquez sur ceci que les Juifs avaient sur les Gentils une triple prérogative, à savoir la promesse de l’héritage ; (Rm IV, 45) : "Car ce n’est pas par la Loi que doit s’accomplir la promesse faite à Abraham ou à sa race de lui donner tout le monde pour héritage ; mais par la justice qui vient de la foi" ; (Psaume XV, 5) : "Le Seigneur est la part qui m’est échue en héritage, etc." Secondement la distinction et l’élection spéciale, entre les peuples de la Gentilité ; (Deutér., VII, 6) : "Le Seigneur vous a choisis, afin que vous soyez le peuple qui lui est particulier, d’entre tous les peuples qui sont sur la terre." De là (Psaume XCIX, 3) : "Nous sommes son peuple et les brebis de sa bergerie." et (Cantiq., VI, 8) : "Une seule est ma colombe, ma parfaite, etc." Troisièmement la promesse du Christ ; (Gen., XII, 3) : "En vous seront bénis tous les peuples de la terre." Tels sont les trois avantages que les Gentils n’avaient pas ; (ci-dessus, II, 12) : Vous n’aviez pas de part alors à Jésus-Christ ; vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël. Mais ils ont obtenu par la foi ces trois avantages. |
Primo quidem, quantum ad participationem
haereditatis, et, quantum ad hoc, dicit cohaeredes, scilicet ipsis
Iudaeis in haereditate caelesti. Matth. VIII, 11 : multi
ab oriente et occidente venient, et recumbent cum Abraham, Isaac et Iacob in
regno caelorum, et cetera. |
1° Premièrement la participation à l’héritage ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 6) : Ces héritiers, à savoir des Juifs eux-mêmes, dans l’héritage céleste ; (Matth., VIII, 11) : "Beaucoup viendront d’Orient et d’Occident et auront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, etc.". |
Secundo ad speciale collegium fidelium, et,
quantum ad hoc, dicit et concorporales, id est in unum corpus. Io. X,
16 : alias oves habeo quae non sunt ex hoc ovili, id est gentes, et
illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile et unus
pastor. |
2° Secondement l’assemblée spéciale des fidèles, dont il dit (verset 6) : et membres d’un même corps, c'est-à-dire d’un corps unique ; (Jean, X, 16) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; - comprenez « les nations » - il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur." |
Tertio, ad participationem gratiae
repromissae, et quantum ad hoc dicit et comparticipes, scilicet
promissionum quae factae sunt Abrahae. Rm XV, 8 : dico autem Christum
fuisse ministrum circumcisionis propter veritatem Dei ad confirmandas
promissiones patrum, gentes autem super misericordia honorare Deum. Et
haec omnia consecutae sunt gentes non per Moysem, sed in Christo. Io. I,
17 : lex per Moysem data est, gratia et veritas per Iesum Christum facta
est. II Petr. I, 4 : per quem maxima et pretiosa nobis promissa
donavit, et cetera. Item, nec per impletionem legis, quia hoc est iugum
quod neque patres nostri, neque nos portare potuimus, ut dicitur Act. XV,
10, sed per Evangelium, per quod omnes salvantur. Rm I, 16 : non
enim erubesco Evangelium, virtus enim Dei est in salutem omni credenti. I Cor.
XV, 1 : notum vobis facio Evangelium quod praedicavi vobis, quod et
accepistis, in quo et statis, per quod et salvamini. |
3° Troisièmement la participation à la grâce promise, dont l’Apôtre dit (verset 6) : et qu’ils participent, à savoir aux promesses qui ont été faites à Abraham. (Rm XV, 8) : "Je déclare que Jésus-Christ a été le ministre pour les circoncis, afin que Dieu fût reconnu véritable par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères. Mais pour les Gentils, ils ont une obligation particulière de glorifier Dieu de la miséricorde qu’il leur a faite." Les Gentils ont obtenu ces avantages, non par Moïse, mais (verset 6) : par Jésus-Christ ; (Jean, I, 17) : "La Loi nous a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ" ; (II Pierre, I, 4) : "Par lui, il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises" ; ce n’est pas non plus par l’accomplissement de la Loi, puisqu’elle est un joug "que ni nos pères ni nous n’avons pu porter," comme il est dit aux Actes (XV, 10), mais "par l’Evangile," par lequel tous sont sauvés ; (Rm I, 16) : "Je ne rougis pas de l’Evangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient" et (1 Co XV, 1) : "Il ne me reste plus maintenant qu’à vous faire souvenir de l’Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés." |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens III, 7 à 9 : La grâce du ministère |
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SOMMAIRE : Saint Paul après avoir parlé de l’extérieur des ministères divins, montre qu’il a reçu la grâce pour les accomplir. |
[7] cuius factus sum minister secundum
donum gratiae Dei quae data est mihi secundum operationem virtutis eius [8] mihi omnium sanctorum minimo data
est gratia haec in gentibus evangelizare ininvestigabiles divitias Christi [9] et inluminare omnes quae sit
dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo qui omnia creavit. |
7. Dont j’ai été fait ministre
par la grâce de Dieu qui m’a été conférée par l’opération de sa puissance. 8. J’ai reçu, moi qui suis le
plus petit d’entre tous les saints, cette grâce d’annoncer aux Gentils les
richesses incompréhensibles du Christ, 9. Et d’éclairer tous les hommes en leur découvrant quelle est l’économie du mystère caché dès le commencement des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses. |
[87802] Super Eph., cap. 3 l. 2 Postquam
ostendit apostolus esse sibi gratiam dispensatam quantum ad mysteriorum
divinorum cognitionem, hic ostendit hoc idem quantum ad ipsorum mysteriorum
executionem. Et circa hoc duo facit. Primo commemorat auxilium gratiae
praestitum sibi ad exequendum; secundo, ostendit sibi commissum officium
ministerii, ibi mihi omnium sanctorum minimo, et cetera. Prima in
duas. Primo tangit ministeriorum divinorum executionem; secundo ostendit
auxilium sibi datum ad exequendum, ibi secundum donum gratiae, et
cetera. Executio autem divinorum sibi commissa est
per modum ministerii, et quantum ad hoc dicit : dico quod hoc ministerium est
mihi commissum, scilicet gentes esse cohaeredes per Evangelium, per quod
gentes participes fiunt promissionis Dei in Christo Iesu, cuius ego
Paulus factus sum minister, etc.; quasi dicat : non ego impleo vel
exequor ut a me vel ut meum, sed sicut ministerium quod Dei est. Act.
IX, 15 : vas electionis est mihi iste, et cetera. Unde apostolus I
Cor. IV, 1 : sic nos existimet homo ut ministros Christi et dispensatores
mysteriorum Dei. |
L’Apôtre,
après avoir établi que la grâce lui a été donnée pour la connaissance des
mystères divins, montre qu’il en a été de même quant à la réalisation des
mystères eux-mêmes. Sur ce point, il fait deux choses : I° Il rappelle le secours de la
grâce qui lui a été donné pour réaliser les mystères ; II° il montre que l’office du
ministère divin lui a été confié (verset 8) : moi qui suis le plus petit
d’entre tous les saints, etc. I° Le premier de ces points se subdivise en deux parties : I. l’Apôtre aborde l’exercice des ministères divins
; II. il montre que le secours de la grâce
lui a été donné pour les accomplir (verset 7) : par le don de la grâce de
Dieu, etc. I. L’exécution des décrets divins lui a donc été confiée en forme de ministère ; c'est ce qui lui fait dire : Ce ministère m’a été confié, à savoir que les Gentils soient appelés au même héritage, par l’Evangile, en vertu duquel ils participent aux promesses de Dieu en Jésus-Christ (verset 7), dont moi, Paul, j’ai été fait le ministre, etc. ; en d’autres termes : Je ne remplis pas cette charge, je ne l’accomplis pas, comme mienne, ou venant de moi, mais comme un ministère qui vient de Dieu ; (Act., IX, 15) : "Cet homme est un instrument que j’ai choisi, etc.; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu." |
Deinde cum dicit secundum donum gratiae,
etc., tangit auxilium sibi praestitum ad ministeriorum executionem. Huiusmodi
autem auxilium duplex fuit. Unum quidem ipsa facultas exequendi, aliud
ipsa operatio, sive actualitas. Facultatem autem dat Deus infundendo virtutem
et gratiam, per quas efficitur homo potens et aptus ad operandum; sed ipsam
operationem confert inquantum operatur in nobis interius movendo et
instigando ad bonum. Et ideo hoc accipiens apostolus a Deo, dicit quantum ad
primum : dico quod factus sum minister, sed certe non meis meritis,
nec virtute propria, sed secundum donum gratiae Dei quae data est mihi,
quia scilicet idoneus efficior ad executionem divinorum mysteriorum, qui fui
prius persecutor. I Cor. XV. 10 : plus omnibus laboravi, non ego, sed
gratia Dei mecum. Quantum ad secundum dicit secundum
operationem, quam Deus efficit, inquantum virtus eius operatur in nobis
et velle et perficere pro bona voluntate. Potest autem hoc aliter exponi
secundum Glossam, ut quod dictum est modo referatur ad praecedentia, scilicet
dicatur quod esse gentes cohaeredes et concorporales, et comparticipes
promissionis eius, scilicet Dei patris, hoc quidem donum dedit Deus gentibus
in Christo, id est per Christum, et hoc secundum operationem virtutis eius,
id est per hoc quod potenter operatus est, suscitando Christum a morte. |
II. Quand il ajoute (verset 7) : par le don de la grâce de Dieu, etc., il rappelle le secours qui lui a été donné pour l’exécution de ces ministères. Or ce secours est de deux sortes : la faculté d’exécuter et l’exécution même ou la faculté réduite en acte. Dieu donne la faculté en accordant la force et la grâce, par lesquelles l’homme devient capable et apte pour agir ; il donne l’opération même, quand il agit en nous, en nous imprimant intérieurement l’impulsion et le mouvement vers le bien. L’Apôtre, recevant donc de Dieu ces secours, dit par rapport au premier : Je suis devenu son ministre, mais assurément ce n’est ni par mes mérites, ni par ma puissance personnelle, c'est (verset 7) par le don de la grâce de Dieu qui m’a été conférée, c'est-à-dire parce que je suis devenu capable de m’acquitter des ministères divins, moi qui d’abord étais persécuteur ; (1 Co XV, 10) : "J’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi." Par rapport au second, il dit (verset 7) : par l’opération que Dieu produit, en tant que sa puissance opère en nous et le vouloir et l’agir, par notre bonne volonté. On peut encore expliquer autrement ce passage avec la Glose, en rapportant ce qui vient d’être dit à ce qui précède ; à savoir en disant que les Gentils sont appelés au même héritage, sont devenus les membres d’un même corps et participent à la promesse de Dieu le Père, en tant que Dieu a fait ce don aux Gentils en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ, et cela selon l’opération de sa puissance, à savoir parce qu’il a manifesté cette puissance en ressuscitant le Christ d’entre les morts. |
Consequenter cum dicit mihi enim sanctorum
minimo, etc., ostendit officium commissum, cuius quidem commissionis
gratia commendatur ex tribus. Primo quidem ex personae suae conditione;
secundo ex commissorum magnitudine, ibi evangelizare investigabiles,
etc.; tertio ex fructus utilitate, ibi ut innotescat, et cetera. |
II° Quand saint Paul dit (verset 8) : moi qui suis le plus petit d’entre les saints, etc., il fait voir la tache qui lui a été confiée, et dont la grâce se recommande par trois circonstances. D’abord par la condition de sa personne ; ensuite par la grandeur de son objet (verset 8) : Annoncer aux Gentils les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, etc. ; enfin par l’utilité de ses fruits (verset 10) : afin que les principautés et les puissances apprennent, etc. |
Commendat igitur officium sibi commissum ex
personae conditione. Si enim rex aliquis, aliquod quidem magnum officium
alicui magno principi et excellenti committeret, non multum ei magnam gratiam
faceret, quantum ad hunc magnum, si poneret in magno officio; sed si magnum
et arduissimum officium alicui parvo committat, multum eum magnificat, et
magnam gratiam facit ei, et tanto magis quanto officii excellentia excedit
ipsum. Secundum ergo hunc modum Paulus gratiam sibi commissi officii
commendat, dicens mihi enim omnium sanctorum minimo data est gratia haec.
Et vocat se minimum, non ex potestate sibi commissa, sed ex consideratione
status praeteriti. I Cor. XV, 9 : ego sum minimus apostolorum, qui non sum
dignus vocari apostolus, quoniam persecutus sum Ecclesiam Dei. Is. LX, 22
: minimus erit in mille, et parvulus in gentem fortissimam. Et hoc in
gentibus, id est inter gentes, Gal. II, 8-9 : qui enim operatus est
Petro in apostolatum circumcisionis, operatus est et mihi inter gentes. Et
cum cognovissent gratiam Dei, quae data est mihi inter gentes, et cetera.
|
I. L’Apôtre relève donc le ministère qui lui a été confié par la condition de la personne. Si, en effet, un roi confiait quelque emploi important à un des premiers et des plus distingués de ses sujets, il ne lui ferait pas une grande grâce, en remettant entre ses mains cet emploi important ; mais s’il donnait cette fonction, importante et difficile à un de ses moindres sujets, ce serait un grand honneur et une grande grâce pour celui qui serait élevé, d’autant plus que l’emploi est plus excellent, et plus au-dessus de lui. Selon cette manière de considérer les choses, Paul relève la grâce du ministère qui lui a été confié, en disant (verset 8) : J’ai reçu, moi le plus petit d’entre tous les saints, cette grâce, etc. Il se dit le plus petit, non sous le rapport de la puissance qui lui a été donnée, mais en considération de son état passé ; (I Corinth. XV, 9) : "Je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas même digne d’être appelé de ce nom, parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu" ; (Isaïe LX, 22) : "Mille sortiront du moindre d’entre eux, et du plus petit tout un grand peuple". Et cela (verset 8) : chez les Gentils, c'est-à-dire au milieu d’eux ; (Galates II, 8) : "Car celui qui a agi efficacement dans Pierre, pour le rendre Apôtre des circoncis, a agi efficacement en moi pour me rendre Apôtre des Gentils, et lorsqu’ils eurent reconnu la grâce de Dieu qui m’avait été donnée parmi les Gentils, etc." |
Secundo commendatur huiusmodi commissionis
gratia ex officii magnitudine, quod est revelare et manifestare secreta Dei,
quae sunt magna et occulta, puta, de magnitudine Christi et de salute
fidelium facta per eum. De his autem duobus est totum Evangelium. Quantum ad
primum dicit evangelizare, etc., quasi dicat : haec gratia data est
mihi ut annuntiem bonum. I Cor. I, 17 : non misit me Christus
baptizare, sed evangelizare. Et ibidem IX, 16 : vae enim mihi si non
evangelizavero. Et bonum hoc, scilicet investigabiles Christi divitias,
quae sunt verae divitiae. Supra c. II, 4 : Deus autem qui dives est
in misericordia, et cetera. Rm II, 4 : an divitias bonitatis eius, et
patientiae, et longanimitatis contemnis? et cetera. Rm X, 12 : dives
in omnes qui invocant illum. Quasi dicat : divitiae istae vere
investigabiles sunt, quia tanta est misericordia eius, quod intelligi vel
investigari non possit. Is. XXXIII, 6 : divitiae salutis sapientia, et
scientia, timor domini ipse thesaurus eius, scilicet Christi, quia in
Christo abundantissime fuit timor domini. Is. XI, 3 : replebit eum
spiritus timoris domini. In Christo enim sunt omnes thesauri sapientiae
et scientiae absconditi Col. II, 3, et haec sunt investigabiles, quia
perfecte sapientia et scientia Christi investigari non possunt. Iob XI, 7 : reperies
forsan vestigia Dei, et usque ad perfecte omnipotentem? Quasi dicat :
non. Nam per creaturas, in quibus relucet vestigium creatoris, perveniri non
potest ad perfectam eius cognitionem. Huiusmodi autem divitias stupens admiratur
apostolus, dicens, Rm XI, 33, o altitudo divitiarum sapientiae et
scientiae Dei, quam, et cetera. Eccli. I, 3 : sapientiam Dei
praecedentem omnia quis investigabit? |
II. Il relève la grâce de son ministère à raison de la grandeur même de l’emploi, qui est de révéler et de manifester les secrets de Dieu, lesquels sont grands et cachés, par exemple la grandeur de Jésus-Christ et le salut des fidèles opéré par lui. Car ces deux points sont tout l’Evangile. 1° Sur le premier secret l’Apôtre dit (verset 8) : pour annoncer, etc., comme s’il disait : cette grâce m’a été donnée pour annoncer le bien ; (1 Co I, 17) : "Jésus-Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l’Evangile" et (1 Co IX, 16) : "Malheur à moi si je ne prêche pas l’Evangile." Ce bien, ce sont (verset 8) : les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, qui sont les richesses véritables ; (ci-dessus, II, 4) : Mais Dieu qui est riche en miséricorde, etc. ; (Rm II, 4) : "Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ?" ; (Rm X, 12) : "Il répand ses richesses sur tous ceux qui l’invoquent", en d’autres termes, ces richesses sont véritablement incompréhensibles, car sa miséricorde est tellement grande qu’on ne saurait la mesurer ni la comprendre (Isaïe, XXXIII, 6) : "La sagesse et la science seront les richesses du salut, et la crainte du Seigneur en sera le trésor" c'est-à-dire [la crainte telle qu’elle fut en] Jésus-Christ, car il y eut en lui de la manière la plus abondante la crainte du Seigneur ; (Isaïe, XI, 3) : "Et il sera rempli de l’Esprit de la crainte du Seigneur." Car en Jésus-Christ sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science (Col II, 3); ces trésors sont incompréhensibles parce que la sagesse et la science de Jésus-Christ ne peuvent se mesurer parfaitement ; (Job, XI, 7) : "Peut-être sonderez-vous ce qui est caché en Dieu, et connaîtrez-vous parfaitement le Tout-Puissant ?" ; comme s’il répondait : Jamais ; on ne peut, en effet, par les créatures dans lesquelles luisent quelques vestiges du Créateur, parvenir jusqu'à sa connaissance parfaite. Aussi l’Apôtre, stupéfait en présence de semblables richesses, les admire, en s’écriant (Rm XI, 33) : "O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu, etc. ! " et (Ecclesiastique I, 3) : "Qui a pénétré la sagesse de Dieu, qui précède toutes choses ?" |
Quantum ad secundum, id est ad manifestandam
salutem fidelibus ex Christo provenientem, dicit et illuminare omnes,
non solum Iudaeos, sed etiam gentiles per praedicationem et miracula. Eccli.
XXIV, 45 : illuminabo omnes sperantes in domino. Act. c. IX, 15 : vas
electionis est, et cetera. Matth. V, v. 14 : vos estis lux mundi.
Illuminare, inquam, quantum in me est omnes, scilicet credere volentes. I
Tim. II, 4 : qui omnes homines vult salvos fieri, et ad agnitionem
veritatis venire. Ad hoc scilicet ut intelligant quae sit dispensatio
sacramenti, quia nihil valent ista nisi dispensentur; quasi dicat : de
hoc illuminabo, scilicet quam mirabilis et ex quanta dilectione sit facta
adimpletio arcanae redemptionis. Huiusmodi autem divitiae investigabiles, per
Christum vobis dispensatae sunt. |
2° Sur le second point, c'est-à-dire la manifestation du salut que les fidèles reçoivent de Jésus-Christ, l’Apôtre dit (verset 9) : et d’éclairer tous les hommes, non seulement les Juifs, mais encore les Gentils, par la prédication et par les miracles ; (Ecclesiastique XXIV, 45) : "J’éclairerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur" ; (Actes IX, 15) : "Cet homme est un vase d’élection, etc." ; (Matth., V, 14) : "Vous êtes la lumière du monde, etc." Eclairer, c'est-à-dire : autant qu’il est en moi, tous les hommes, c'est-à-dire ceux qui veulent croire ; (I Timoth., II, 4) : "Il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité." Et cela pour qu’ils comprennent (verset 9) : quelle est l’économie du mystère, parce que ces mystères ne valent qu’autant qu’on les applique ; comme s’il disait : Je ferai la lumière sur le caractère admirable et plein d’amour dans son principe de l’accomplissement du mystère de la rédemption. Or ces richesses incompréhensibles vous ont été communiquées par Jésus-Christ. |
Sed quia dici posset : istud quod dicis, etsi
sit magnum, omnes tamen hoc sciunt; ideo ad hoc respondet apostolus dicens,
quod non, quia absconditi a saeculis. Ubi sciendum est quod omnia quae
sunt in effectu, latent virtute in suis causis, sicut in virtute solis
continentur omnia quae sunt in generabilibus et corruptibilibus. Sed tamen
ibi quaedam sunt abscondita, quaedam manifesta. Nam calor est manifeste in
igne; aliquorum vero ratio, quae occulto modo producit, latet in eo. Deus
autem est omnium rerum causa efficiens, sed producit quaedam, quorum ratio
potest esse manifesta, illa scilicet quae mediantibus causis secundis producit.
Aliqua vero sunt in eo abscondita, illa scilicet quae immediate per seipsum
producit. Et quia sacramentum humanae redemptionis per
seipsum operatus est Deus, ideo in eo solo hoc sacramentum est absconditum.
Et hoc est quod dicit absconditi a saeculis in Deo, id est in sola
notitia Dei. Investigare autem secreta primae causae maximum est. I Cor. II,
6 : sapientiam loquimur inter perfectos : sapientiam vero non huius
saeculi, neque principum huius saeculi, qui destruuntur, sed loquimur Dei
sapientiam in mysterio, quae abscondita est, quam praedestinavit Deus ante
saecula. Qui, inquam, omnia creavit. |
Toutefois
comme on pourrait répondre : ce que vous dites, quelque grand qu’il soit, est
pourtant connu de tous ; l’Apôtre prévient l’objection en disant qu’il
n’en est point ainsi, mais que ce mystère (verset 9) : a été caché dès le
commencement des siècles. Il faut ici remarquer que tout ce qui est dans
l’effet, est virtuellement caché dans la cause : ainsi sont contenus, dans la
puissance du soleil, tous les êtres qui se reproduisent et qui se corrompent.
Et cependant dans le nombre quelques-uns sont cachés et d’autres sont
manifestes. Car la chaleur est manifestement dans le feu, tandis que la
raison de quelques-uns des effets qu’il produit d’une manière cachée, échappe
à la connaissance. Mais Dieu est la cause efficiente de toutes choses, dont
les unes sont produites par lui, dont la raison peut être manifeste, par
exemple celle qu’il produit en se servant comme intermédiaire des causes
secondes; les autres au contraire sont cachées en lui, à savoir celles qu’il
produit lui-même sans intermédiaire. Or Dieu a opéré par lui-même le mystère
de la rédemption de l’homme, et pour cette raison ce mystère est caché en lui
seul. C’est ce que dit saint Paul (verset 9) : caché dès le commencement
des siècles en Dieu, c'est-à-dire dans la seule connaissance de Dieu.
Mais ce n’est pas une petite chose de pénétrer les secrets de la Cause
Première ; (1 Co II, 6) : "Nous prêchons la sagesse aux parfaits
; non pas la sagesse de ce monde, ni des princes de ce monde qui se
détruisent, mais la sagesse de Dieu, dans le mystère, caché et prédestiné
avant tous les siècles, en Dieu, qui a créé toutes choses." |
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Lectio 3 |
Leçon 3 — Ephésiens III, 10 à 12 : Le grand ministère de l'Apôtre |
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SOMMAIRE : L’Apôtre relève la grandeur de son ministère, par la révélation des sublimes vérités, faites à des personnes d’une très haute dignité. |
[10]
ut innotescat principibus et potestatibus in caelestibus per ecclesiam
multiformis sapientia Dei [11]
secundum praefinitionem saeculorum quam fecit in Christo Iesu Domino nostro [12]
in quo habemus fiduciam et accessum in confidentia per fidem eius. |
10. Afin que les Principautés et
les Puissances qui sont dans les cieux, connussent par l’Eglise la sagesse de
Dieu dans les ordres différents de sa conduite, 11. Selon le dessein éternel
qu’il a accompli par le Christ-Jésus notre Seigneur, 12. En qui nous avons par la foi en son nom, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance. |
[87803] Super Eph., cap. 3 l. 3 Posita dignitate officii ex
magnitudine commissorum, hic commendat apostolus officii dignitatem ex
utilitate effectus, quae quidem est revelatio magnarum rerum magnis personis.
Sunt autem circa hoc tria consideranda. Primo quidem quibus sit revelatum, et
quantum ad hoc dicit ut innotescat principatibus, etc.; secundo per
quem reveletur, quia per Ecclesiam; tertio quid reveletur, quia multiformis
sapientia Dei. |
Après avoir exposé la dignité de son ministère, laquelle est due à la grandeur des fonctions qui lui étaient confiées, saint Paul la relève encore à raison de l’utilité de ses effets qui consistent dans la révélation de ces hauts mystères à des personnes d’une très haute dignité. Nous avons ici à considérer trois choses : d’abord, les personnes à qui la révélation a été faite, et dont saint Paul dit (verset 10) : pour que les Principautés apprennent, etc.; ensuite par qui cette révélation s’est faite (verset 10) : par l’Eglise ; enfin quel a été l’objet de la révélation, à savoir la sagesse divine, diverse dans ses opérations. |
Ad cuius quidem sapientiae descriptionem quatuor tangit apostolus.
Primo eius multiplicitatem, ibi multiformis sapientia Dei; secundo
modum multiplicitatis, ibi praefinitionem saeculorum; tertio
multiplicitatis auctoritatem; unde subdit quam fecit in Christo Iesu
domino nostro; quarto auctoritatis effectum, ibi in quo habemus
fiduciam et accessum. Est ergo sapientia, quae revelatur, multiformis,
et haec quidem multiformitas tangitur Iob XI, 5 : utinam Deus loqueretur
tecum et aperiret labia sua tibi, ut ostenderet tibi secreta sapientiae, et
quam multiplex sit lex eius, et cetera. Sap.
VII, 22 : est enim in illa, scilicet sapientia divina, spiritus
intelligentiae, sanctus, unicus et multiplex, et cetera. Multiplex scilicet
in effectibus; unicus, scilicet in essentia. |
I°
Afin donc de dépeindre cette sagesse, l’Apôtre en rappelle I. la multiplicité (verset 10) : la sagesse de
Dieu, dans les divers ordres de sa conduite ; II.
le mode de cette multiplicité (verset 11) : selon le dessein éternel,
etc.; III. son autorité, (verset 12) : qu’il
a accompli par notre Seigneur Jésus-Christ; IV. Enfin, l’effet de cette autorité
(verset 12) : en qui nous avons la foi et la liberté d’approcher, etc. I. La sagesse révélée est diverse dans ses voies ; et cette diversité est indiquée dans Job (XI, 5) : "Qu’il serait à souhaiter que Dieu parlât à vous et qu’il vous ouvrit ses lèvres pour te répondre, pour vous découvrir les secrets de sa sagesse, et la multitude des préceptes de la Loi, etc. " ; (Sag., VII, 22) : "Car il y a en elle – la sagesse divine - un esprit d’intelligence, qui est saint, unique, multiple, etc." Multiple dans les effets, mais unique dans son essence. |
Modus autem multiplicitatis revelatae
scientiae est secundum praefinitionem saeculorum, id est distinctionem
et determinationem diversorum temporum. Deus enim ordinat alia esse in uno
tempore, alia in alio, et secundum hoc huiusmodi sapientia multiformis
dicitur secundum praefinitionem saeculorum, quia diversa tempora diversis
ornat effectibus. |
II. Le mode de la multiplicité de la science révélée est réglé (verset 11) selon le dessein éternel, c'est-à-dire la distinction et la détermination des divers temps. Car Dieu dispose que telle chose sera dans un temps, telle autre chose dans un autre, et selon celte disposition, nous disons que cette sagesse est diverse dans ses voies, selon le dessein de Dieu pour les temps, parce qu’elle accorde à chacun de ces temps des bienfaits particuliers. |
Auctor autem huius multiplicitatis est
Christus; unde dicit quam fecit Deus in Christo Iesu domino nostro,
id est per Christum. Ipse enim mutat tempora et statum eorum. Hebr. I, 1 : multifarie
multisque modis, etc., per quem fecit et saecula. Potest
autem hoc quod dicit quam fecit, etc., referri vel ad aeternam
praedestinationem : nam ipsam fecit pater in filio suo. Supra I, 4 : elegit
nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti. Ipse enim
filius est sapientia patris, nihil autem diffinit, vel praeordinat aliquid,
nisi per sapientiam. Vel potest referri ad praedestinationis
aeternae completionem, quam Deus pater per filium consummavit. I Cor. X, 11 :
in quos fines saeculorum devenerunt, supple sumus. |
III. L’auteur de cette multiplicité est Jésus-Christ ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 11) : qu’il a accompli par Jésus-Christ notre Seigneur. Car c'est lui qui change les temps et leur état (Hébreux I, 1) : "[Dieu ayant parlé autrefois à nos pères] en diverses occasions, et en diverses manières, etc." [le Christ] par lequel il a aussi créé le monde." Ce mot de l’Apôtre (verset 11) : qu’il a accompli, peut se rapporter soit à la prédestination éternelle, car Dieu le Père la dispose en son Fils ; (ci-dessus, I, 4) : ainsi qu’il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints. Le Fils, en effet, est lui-même la sagesse du Père ; or il ne définit ni ne dispose quoi que ce soit autrement que par sa sagesse. Soit à l’accomplissement de la prédestination même que Dieu le Père a opéré par son Fils ; (1 Co X, 11) : "Qui nous trouvons à la fin des temps," suppléez : nous. |
Effectus autem auctoris est magnitudo fructus,
qui nobis a Christo provenit, quod ponitur, cum dicit in quo habemus
fiduciam, et cetera. Circa quod duo facit. Primo ponit bona quae
recipimus; secundo appropriatum per quod recipimus, ibi per fidem eius.
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IV. L’effet de l’autorité, c'est la grandeur des avantages que Jésus-Christ nous a procurés, ce que l’Apôtre exprime en disant (verset 12) : en qui nous avons la liberté de parler. Sur ceci saint Paul 1° rappelle les biens que nous recevons ; 2° le moyen d’appropriation par lequel nous le recevons (verset 12) : par la foi en son nom. |
Bona autem quae recipimus, sunt duo : unum
quod pertinet ad spem obtinendi, et quantum ad hoc dicit in quo, scilicet
Christo, habemus fiduciam, scilicet veniendi ad caelum et aeternam
haereditatem. Io. XVI, 33 : confidite, ego vici mundum. II Cor. III, 4
: fiduciam talem habemus per Christum ad Deum. Aliud bonum pertinet ad
obtinendi facultatem, et quantum ad hoc dicit et accessum in confidentia,
scilicet habemus. Hebr. IV, v. 16 : adeamus cum fiducia ad thronum gloriae
eius. Ier. III, 19 : patrem vocabis me, et post
me ingredi non cessabis. Rm V, 2 : per quem accessum habemus per
fidem in gratia ista, in qua stamus, et gloriamur in spe gloriae filiorum Dei. |
1° Or les biens que nous recevons, sont au nombre de deux : l’un qui se rapporte à l’espérance d’obtenir, et dont l’Apôtre dit (verset 12) : en qui, c'est-à-dire en lequel Jésus-Christ, nous avons la liberté, etc., d’arriver au ciel et à l’héritage éternel ; (Jean, XVI, 33) : "Avez confiance, j’ai vaincu le monde" ; (2 Co III, 4) : "C’est par Jésus-Christ que nous avons une si grande confiance en Dieu." L’autre se rapporte à la faculté d’obtenir ; saint Paul l’indique (verset 12) : et de nous approcher avec confiance," c'est-à-dire, c'est en lui que nous avons l’assurance ; (Hébreux IV, 16) : "Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de sa grâce" ; (Jérémie III, 19) : "Vous m’appellerez votre père, et vous ne cesserez jamais de me suivre" ; (Rm V, 2) : "Par lui aussi nous avons accès par la foi à cette grâce dans laquelle nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu." |
Per quid autem haec dentur nobis, subdit,
dicens per fidem eius, scilicet Christi. Rm V, 1 : iustificati ex
fide pacem habemus ad Deum per dominum nostrum Iesum Christum. |
2° L’Apôtre indique immédiatement par quel moyen ces biens nous sont donnés, en disant par la foi en son nom, c'est-à-dire au nom du Christ ; (Rm V, 1) : "Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur." |
Ut ergo breviter comprehendamus, dico quod
revelata est sapientia Dei multiformis varietatis, secundum distinctionem et
praefinitionem saeculorum, quae dedit nobis fiduciam et accessum ad patrem
per fidem eius. |
Pour résumer ceci en quelques mots : Je dis que la sagesse de Dieu, diverse et variée dans sa conduite, suivant la distinction et la détermination des temps, nous a été révélée, et que par elle nous avons et la confiance et la liberté d’approcher de Dieu le Père, par la foi en Jésus-Christ. |
Quibus autem revelata sit ista multiformis
sapientia Dei ostendit, et tunc sumitur ista littera superius dimissa, ut
innotescat principatibus et potestatibus, ex qua apparet magnitudo. Et
quia etiam in terris sunt principes et potestates, addit in caelestibus,
id est in caelo, ubi nos erimus. Notandum est autem hic, quod principatus et
potestates sunt duo ordines, qui ex ipsorum nomine praeeminentiam in operando
designant. Potestatis ordo ordinatur ad reprimendum
impedimenta salutis, sed ordo principatuum praeest et iniungit ad bene
exequendum. Quod autem ad ordinem principatus pertineat regulare, patet per
illud Ps. LXVII, 26 : praevenerunt principes
coniuncti psallentibus, et cetera. Item : principes Iuda duces eorum,
et cetera. Quod autem ad potestates pertineat reprimere, patet Rm XIII, 3 s.
: vis autem non timere potestatem? Bonum fac, et habebis laudem ex illa;
Dei enim minister est tibi in bonum; si autem malefeceris, time. Non enim
sine causa gladium portat, et cetera. Magni ergo sunt quibus innotescit :
quia sanctis Angelis, per quos diriguntur, et defenduntur sancti. |
II° L’Apôtre fait voir ensuite à qui a été révélée cette sagesse de Dieu, diverse dans ses voies. Il faut ici revenir sur le texte littéral que nous avons laissé plus haut (verset 10) : pour faire connaître aux Principautés et aux Puissances, et c'est une des raisons de la grandeur du ministère. Mais comme il y a aussi sur la terre des principautés et des puissances, saint Paul ajoute (verset 10) : qui sont dans les cieux. Remarquez, en effet, que les principautés et les puissances sont deux ordres, dont le nom même désigne la prééminence dans l’action. L’ordre des Puissances est destiné à surmonter les obstacles du salut ; celui des Principautés commande et prescrit de bien faire. Qu’il appartienne en effet à l’ordre des Principautés de diriger, cela est évident par ce passage du Psalmiste (LXVII, 26) : "Les princes, conjointement avec ceux qui chantent, s’avancent, etc.", et (verset 28) : "Là se trouvaient les princes de Juda; leurs chefs, etc." Qu’il appartienne également aux puissances de réprimer, on le voit par ce passage (Rm XIII, 3) : "Voulez-vous donc ne pas craindre les puissances ? Faites le bien, et elles vous en loueront, car elles sont les ministres de Dieu, pour le bien; mais si vous faites mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n’est pas en vain qu’elles portent l’épée, etc." Ceux-là donc sont grands, à qui est révélée cette sagesse, car ce sont les saints anges, par qui sont dirigés et défendus les fidèles. |
Per quid autem eis innotescat multiformis
sapientia Dei subdit, dicens per Ecclesiam, quod quidem habet magnam
difficultatem. Nam Glossa habet, id est per apostolos in Ecclesia
praedicantes. Unus quidem intellectus esse potest, quod scilicet Angeli
didicerunt ab apostolis, et hoc videtur quamdam rationem habere. Videmus enim
quod in caelo inter Angelos superiores, qui immediate a Deo illuminantur,
illuminant et docent inferiores Angelos, qui non immediate illuminantur a
Deo. Non videtur ergo irrationabile dici quod doceant Angelos apostoli, qui
immediate a Deo sunt edocti, secundum illud Io. I, 18 : unigenitus filius
qui est in sinu patris, ipse enarravit. Sed hoc quidem satis sufficienter
dici posset, nisi aliud occurreret. Cum enim in Christo sint duae naturae,
divina scilicet et humana, edocti quidem sunt apostoli a Christo immediate
quantum ad humanam naturam, Angeli autem immediate naturam divinam vident,
etiam inferiores, alias non essent beati, cum in sola visione divinae
essentiae rationalis creaturae beatitudo consistat. Non est ergo conveniens,
nec ratio aliqua, ut dicamus sanctos qui sunt in patria doceri a
quantumcumque perfectis viatoribus. Nam licet inter natos mulierum non
surrexit maior Ioanne Baptista, tamen qui minor est in regno caelorum
maior est illo, ut dicitur Lc. VII, 28. Dicere autem quod Daemones doceantur ab
hominibus, hoc absque praeiudicio credibile est. Sed quod beati qui immediate
verbum conspiciunt, quod est speculum sine macula, in quo relucent omnia, a
viatoribus doceantur, dici non debet, nec conveniens videtur. Dicendum est
ergo, quod innotuit Angelis per Ecclesiam, id est per apostolos praedicantes,
ut dicit Glossa, non quod Angeli hoc didicerint ab eis, sed in eis. Nam,
sicut dicit Augustinus super Genesim ad litteram, Deus antequam creaturas
crearet, ante, dico, ordine naturae, non ordine temporis, cum secundum tempus
simul omnia creata sint, rationes rerum naturalium indidit mentibus
Angelorum, quo fit ut Angeli dupliciter res naturales cognoscerent, quia
cognoverunt eas in verbo, et haec cognitio dicitur matutina. Item,
cognoverunt eas in naturis propriis, et haec dicitur cognitio vespertina. Ulterius notandum est, quod sunt quaedam
rationes mysteriorum gratiae totam creaturam excedentes, et huiusmodi
rationes non sunt inditae mentibus Angelorum, sed in solo Deo sunt occultae.
Et ideo Angeli non cognoscunt eas in seipsis, nec etiam in Deo, sed
cognoscunt eas secundum quod in effectibus explicantur. Cum igitur rationes
pertinentes ad multiformem sapientiam Dei, sint huiusmodi, scilicet in solo
Deo absconditae, et postmodum in istis forinsecis effectibus explicatae,
manifestum est, quod Angeli eas, nec in seipsis, nec in ipso verbo, nec etiam
ab apostolis, nec a viatoribus aliis cognoverunt; sed in ipsis apostolis
explicatas, prius in mente divina latentes, cognoverunt. Sicut domus quae est in mente artificis, vel
conceptu de domo facienda, nullus scire potest quamdiu latet in mente, nisi
solum ille qui solus illabitur animabus, scilicet Deus; sed postquam
conceptus est iam in effectu extrinseco explicatus, quia domus iam facta est;
sic aliquis de domo iam facta, quae prius latebat in mente artificis, edocetur,
non autem edocetur per domum, sed in domo. Unde iam restat ut aliter exponatur hoc quod
dicit ut innotescat principatibus, etc., ut illa coniunctio ut
accipiatur non causaliter, sed quodammodo consecutive, et legatur sic : illuminare
quae sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo, qui omnia
creavit, ita tamen absconditi, ut innotescat principatibus, etc.,
id est, istud sacramentum ita fuit absconditum in Deo, quod inde innotuit
principatibus et potestatibus non ab aeterno, sed a saeculo, quia omnis
creatura principium habet; et hoc, non per Ecclesiam terrenam, sed caelestem,
quia ibi est vera Ecclesia, quae est mater nostra et ad quam tendimus et a
qua nostra Ecclesia militans est exemplata. Et sic ly per, designat ordinem naturae
tantum, ut dicatur per Ecclesiam caelestem, id est, de uno in aliud, sicut
dicitur : illud factum est notum per totum regnum vel civitatem, quia nova
currunt ab uno in alium, secundum quod verba currunt; sicut dicitur Act. c.
IX, 42 de suscitatione Thabitae beghinae sancti Petri : notum autem factum
est per universam Ioppen, et crediderunt multi, et cetera. |
III° Il dit ensuite par quel moyen se fait connaître la sagesse de Dieu, diverse dans ses voies, en ajoutant (verset 10) : par 1’Eglise, ce qui présente une difficulté sérieuse. En effet, la Glose dit : « c'est-à-dire par les apôtres qui prêchent dans l'Eglise ». On peut d’abord comprendre que les anges l’ont connue par les apôtres, et cette explication n’est pas sans quelque raison. Car nous voyons que dans les cieux, parmi les anges des hiérarchies supérieures, ceux qui sont éclairés immédiatement de Dieu, éclairent à leur tour et instruisent les anges inférieurs, qui ne reçoivent pas de Dieu immédiatement la lumière. Il ne semble donc pas déraisonnable de dire que les anges sont enseignés par les apôtres, puisque ceux-ci ont été immédiatement instruits par Dieu, suivant cette parole de saint Jean, I, 18) : "Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, l’a fait lui-même connaître." Cette explication paraîtrait sans doute assez satisfaisante, s’il ne se présentait une autre difficulté. Car dès lors qu’il y a en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, les apôtres ont été instruits immédiatement par Jésus-Christ, en tant que revêtu de la nature humaine ; mais les anges, même les anges inférieurs, voient immédiatement la nature divine ; autrement ils ne seraient pas en possession de la béatitude, puisque cette béatitude, pour la créature raisonnable, consiste dans la seule vision de la divine essence. Il n’est donc pas convenable, et il n’y a aucune raison de dire que les saints, qui sont dans la patrie [céleste], sont instruits par ceux qui sont encore en chemin, quelque parfaits que soient ceux-ci. Car, bien que parmi les enfants des hommes, il ne s’en soit pas levé de plus grand que Jean Baptiste, toutefois "celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux, est plus grand que lui," dit saint Luc (VII, 28). Que l’on dise que les démons soient instruits par les hommes, on peut l’admettre sans aucun risque. Mais prétendre que les bienheureux, qui jouissent immédiatement de la vue du Verbe, miroir sans tache où se reproduisent toutes choses, soient instruits par ceux qui sont en chemin, il ne parait pas convenable, et il n’est pas permis de le dire. Il faut donc entendre que la révélation fut connue des anges par l’Eglise, d’abord par la prédication des apôtres, comme dit la Glose ; non pas pourtant que les anges l’aient apprise par eux, mais en eux. Car, comme l’a remarqué saint Augustin dans son commentaire de la Genèse, Dieu, avant de créer les êtres (dans l’ordre de la nature, et non dans l'ordre des temps, puisque quant au temps tout a été créé simultanément), a manifesté à l’intelligence des anges les raisons des choses naturelles ; ce qui fait que les anges ont de ces choses une double connaissance : ils les connaissent dans le Verbe, c'est la connaissance dite antécédente; de plus ils les ont connues dans leur nature propre, connaissance qui est appelée subséquente. Il faut de plus remarquer que certaines raisons des mystères de la grâce excèdent la portée de la créature ; ces raisons donc n’ont pas été révélées à l’intelligence des anges, mais sont demeurées cachées en Dieu seul. Les anges, par conséquent, ne les connaissent ni en eux mêmes, ni même en Dieu, mais seulement à mesure qu’elles s’expliquent par leurs effets. Aussi, les raisons qui appartiennent à la sagesse multiple de Dieu étant de cette nature, c'est-à-dire cachées en Dieu seul, et ayant été dans la suite des temps expliqués dans les effets extérieurs, il est manifeste que les anges ne les ont connues ni en eux-mêmes, ni même dans le Verbe de Dieu, par les apôtres, ou par aucun de ceux qui sont en chemin ; mais qu’elles ont été expliquées dans la personne des apôtres, après avoir été cachées auparavant dans l’intelligence divine; les anges en ont acquis la connaissance de cette manière. C’est ainsi que l’édifice qui est dans la pensée de l’architecte ou dans le projet qu’il a conçu de le construire, ne peut être connu de qui que ce soit, tant qu’il est caché dans la pensée, si ce n’est de celui-là seul qui est en rapport intime avec les âmes, c'est-à-dire de Dieu ; mais aussitôt que le projet conçu est expliqué dans son effet extérieur, parce que l’édifice est déjà élevé, on peut juger de la construction, qui avait été jusque là cachée dans la pensée de l’architecte toutefois on n’est pas instruit par l’édifice, mais dans l’édifice même. On est donc forcé de chercher une autre explication à ce que dit saint Paul (verset 10) : afin de faire connaître aux Principautés et aux Puissances, etc., et de dire que la particule conjonctive, "afin que," ne doit pas être prise comme indiquant la cause, mais comme exprimant en quelque sorte la conséquence. Alors on expliquera ce passage ainsi : pour faire connaître quelle est l’économie du mystère caché dès le commencement des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses, caché pourtant de telle sorte qu’il soit manifeste pour les Puissances, etc.; en d’autres termes, ce mystère a été caché en Dieu de telle sorte qu’il a été manifeste par là même aux Principautés et aux Puissances, non de toute éternité, mais dans le temps ; puisque toute créature a un commencement ; et cela non par l’Eglise de la terre, mais par celle du ciel, car c'est là qu’est l’Eglise véritable, celle qui est notre mère, vers laquelle nous tendons, et sur le modèle de laquelle a été formée notre Eglise militante. Ainsi donc la terre il désigne uniquement l’ordre de la nature, c'est-à-dire qu’employant un mot pour un autre il veut dire : par l’Église céleste, ([2]) comme l’on dit : ce fait est connu par tout le royaume, ou par toute la cité, parce que les nouvelles courent de l’un à l’autre, selon la course des mots. C’est ainsi qu’il est dit aux Actes (IX, 42) de la résurrection de la dévote Tabithe par saint Pierre : "Ce qui se répandit par tout Joppé, et plusieurs crurent au Seigneur, etc. " |
Magister tamen, aliter recitat lecturam
Augustini, hoc modo illuminare quae sit dispensatio, etc., et hoc per
Ecclesiam, id est, omnes qui sunt in Ecclesia terrena, sed hoc non est
secundum intentionem Augustini. |
Cependant le Maître des Sentences rapporte une autre explication, attribué à saint Augustin : faire connaître l’économie, etc., et cela "dans toute l’Eglise," c'est-à-dire à tous ceux qui sont dans l’Eglise de la terre. Mais ce n’est pas le sens qui est dans l’intention de saint Augustin. |
Hic posset quaeri, utrum Angeli a principio
mundi cognoverint mysterium incarnationis. Respondet
Magister dicens, quod Angelis maioribus notum fuit, sed non minoribus. Unde
ipsi, scilicet Angeli minores, interrogant, Is. LXIII, 1 : quis est iste
qui venit de Edom tinctis vestibus de Bosra? Sed opinio haec est contra
beatum Dionysium. Dionysius enim duas interrogationes Angelorum de Christo
factas ex sacra Scriptura accipit. Unam ex Ps. XXIII, 8 : quis est iste
rex gloriae? Item accipit aliam ex Is. LXIII, v. 1 : quis est iste,
qui venit de Edom? et cetera. Prima autem interrogatio, secundum eum, est
inferiorum Angelorum, secunda supremorum; quod patet, quia primae non Deus
respondet, sed alius, unde dicit : dominus virtutum ipse est rex gloriae.
Secundae vero respondet ipse Deus immediate, unde dicit : ego qui loquor
iustitiam, et propugnator sum ad salvandum. Vult ergo Dionysius, quod
utrique aliquid ignoraverunt et aliquid sciverunt : quia a principio omnes
sciverunt mysterium incarnationis in generali, sed rationes in speciali
didicerunt tempore procedente seu processu temporis, secundum quod in
effectibus extrinsecis explicabantur. |
On pourrait faire ici cette question : Les anges ont-ils connu, dès le commencement du monde, le mystère de l’incarnation ? Le Maître des Sentences répond que ce mystère a été connu des anges supérieurs, mais non des anges inférieurs. Aussi ces anges, c'est-à-dire les inférieurs, demandent eux-mêmes (Isaïe, LXIII, 1) : "Qui est celui-ci qui vient d’Edom ? Qui vient de Bosra, avec sa robe teinte de sang ?" ; mais cette opinion est combattue par saint Denys. Ce Père admet, dans la sainte Ecriture, deux interrogations faites par les anges au sujet de Jésus-Christ : l’une au Psaume XXIII (verset 8) : "Qui est ce roi de gloire ?" L’autre, qu’il tire d’Isaïe (Isaïe, LXIII, 1) : "Qui est celui-ci qui vient d’Edom, etc.?" Or la première, suivant saint Denys, est faite par les anges inférieurs, la seconde par les anges supérieurs ; et la preuve, c'est que ce n’est pas Dieu, mais un autre, qui répond à la première, car il dit (Psaume XXIII, 40) : "Le Seigneur tout puissant est lui-même ce roi de gloire." Mais Dieu répond immédiatement à la seconde, c'est pourquoi il dit (verset 4) : "C’est moi, dont la parole est la parole de justice, qui viens pour défendre et pour sauver." Saint Denys pense donc que les uns et les autres ont connu une partie du mystère, et ignoré l’autre, parce que, dès le commencement, tous connurent de manière générale le mystère de l’incarnation, mais ils n’en apprirent les raisons d’une manière spéciale qu’à mesure que les temps s’avançaient ou s’accomplissaient, et à mesure que ces raisons étaient expliquées dans les effets extérieurs. |
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Lectio 4 |
Leçon 4 — Ephésiens III, 13 à 17 : La constance |
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SOMMAIRE : Saint Paul exhorte les Ephésiens à ne pas s’écarter de la foi, à cause des tribulations qu’il souffre. Il prie afin qu’ils mettent à profit ses exhortations. |
[13] propter quod peto ne deficiatis
in tribulationibus meis pro vobis quae est gloria vestra [14] huius rei gratia flecto genua mea
ad Patrem Domini nostri Iesu Christi [15] ex quo omnis paternitas in caelis
et in terra nominatur [16] ut det vobis secundum divitias
gloriae suae virtute corroborari per Spiritum eius in interiore homine [17] habitare Christum per fidem in
cordibus vestris in caritate radicati et fundati. |
13. C’est pourquoi je vous prie
de ne pas perdre courage en me voyant souffrir tant de maux pour vous puisque
c'est là votre gloire. 14 C’est ce qui me porte à
fléchir les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, 15. Qui est le principe de toute
paternité dans le ciel et sur la terre, 16. Afin que selon les richesses
de sa gloire, il vous fortifie dans l’homme intérieur par son Esprit; 17. Qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos coeurs, et qu’étant enracinés et fondés dans la charité, |
[87804] Super Eph., cap. 3 l. 4 Postquam egit
apostolus de dignitate officii, quod pertinet ad suam conditionem, hic
consequenter agit de his quae pertinent ad suam afflictionem, scilicet de
passionibus suis. Circa quod duo facit. Primo exhortatur eos ne pro suis
tribulationibus conturbentur sed habeant patientiam; secundo, quia ad hoc
quod homo non conturbetur necessarium est divinum auxilium, praemittit
orationem, ut impleant hoc per divinam gratiam, ibi huius rei gratia,
et cetera. |
Après avoir traité de la dignité du ministère, ce qui tient à sa condition, l’Apôtre traite de ce qui a rapport à son affliction, c'est-à-dire de ses souffrances. A ce sujet, il traite deux points : d’abord il exhorte les Ephésiens à ne pas se troubler de ses propres tribulations, mais à demeurer dans la patience ; ensuite, parce que pour que l’homme ne se trouble pas, le secours divin est nécessaire, il adresse ensuite à Dieu une prière, afin qu’ils puissent remplir, par la grâce divine, ce qu’il leur recommande (verset 14) : C’est ce qui me porte à fléchir le genoux, etc. |
Dicit ergo primo : ex magnitudine officii mei
et firmitate eius, quam habeo per fidem Christi, accidit quod tribulationes
patior; nec me conturbant, nec a Christo avellere possunt. Rm VIII, 35 : quis
nos separabit a charitate Christi? Tribulatio? etc.; quasi dicat : nihil.
Propter quod induco vos et peto, ne deficiatis in tribulationibus
meis, ne scilicet occasione tribulationum mearum deficiatis omnino a fide
et ab operibus bonis. Hebr. XII, 3 : non fatigemini animis vestris
deficientes. Dico autem quod vos non debetis deficere, quia sunt pro
vobis, id est, pro utilitate vestra. II Cor. I, 6 : sive tribulamur
pro vestra exhortatione et salute, sive consolamur pro vestra consolatione,
sive exhortamur pro vestra exhortatione et salute, quae operatur tolerantiam
passionum earumdem, quas et nos patimur, ut spes nostra firma sit pro vobis,
scientes quoniam sicut socii passionum estis, sic eritis et consolationum.
Vel dicit pro vobis, id est pro vestra probatione. Sap. III, v. 6 : tamquam
aurum in fornace probavit electos dominus, et cetera. Quae est gloria
vestra, etc., scilicet si non deficiatis, sed stetis fortes in
tribulationibus. Nam qui perseveraverit usque in finem, et cetera.
Alio modo : quae est gloria vestra, id est tolerantia passionum
nostrarum, est pro vobis ad gloriam, in hoc quod Deus exposuit apostolos suos
et prophetas tribulationibus et passionibus propter salutem vestram. Os. c.
VI, 5 : propterea dolavi in prophetis, et occidi eos, et cetera. II
Cor. I, 14 : gloria vestra sumus, sicut vos nostra, et cetera. |
I° Il dit donc : De la grandeur de mon ministère, et de sa force qui m’est donnée par la foi en Jésus-Christ, il arrive que j’ai des tribulations à supporter ; toutefois elles ne me troublent pas et ne peuvent me séparer de Jésus-Christ ; (Rm VIII, 35) : "Qui donc nous séparera de l’amour de Jésus-Christ ? Sera-ce la tribulation ?" comme s’il répondait : non. (verset 15) : C’est pourquoi je vous exhorte, et vous prie de ne pas perdre courage en me voyant souffrir, etc., c'est-à-dire de peur qu’à l’occasion de mes tribulations, vous n’abandonniez entièrement la foi et les bonnes œuvres ; (Hébr., XII, 3) : "Ne vous découragez pas, et ne tombez pas dans l’abattement." Je dis que vous ne devez pas perdre courage, parce que ces tribulations, je les souffre (verset 15) pour vous, c'est-à-dire pour votre avantage ; (2 Co I, 6) : "Or soit que nous soyons affligés, c'est pour votre consolation et pour votre salut; soit que nous soyons consolés, c'est aussi pour votre consolation et votre salut, qui s’accomplit dans la souffrance des mêmes maux que nous endurons; et c'est ce qui nous donne une ferme confiance pour vous, sachant qu’ainsi que vous avez part aux souffrances, vous aurez part aussi à la consolation." Ou bien il dit : pour vous, c'est-à-dire afin de vous éprouver ; (Sag., III, 6) : "Le Seigneur a éprouvé ses élus, comme on éprouve l’or dans la fournaise, etc." (verset 15) : C’est là votre gloire, etc., à savoir, si vous ne perdez pas courage, et si vous résistez courageusement dans la tribulation ; car "celui qui aura persévéré jusqu"à la fin, etc." Ou dans un autre sens : qui est votre gloire, c'est-à-dire si vous supportez courageusement nos épreuves, c'est pour vous un sujet de gloire, en ce sens que Dieu a exposé ses apôtres et les prophètes aux tribulations et aux souffrances pour votre salut. (Osée VI, 5) : "C’est pour cela que j’ai laissé frapper mes prophètes et que je les ai tués, etc. " ; (II Corinthiens I, 14) : "Nous sommes votre gloire, comme vous serez la nôtre, etc." |
Consequenter cum dicit huius rei gratia,
etc., implorat eis auxilium per orationem, ut per exhortationem suam
proficiant. Et primo orationem praemittit; secundo quasi securus de
exauditione, gratias agit, ibi ei autem qui potens est, et cetera.
Item, prima in tres, quia primo proponit orationis obiectum; secundo
orationis intentum, ibi ut det vobis secundum divitias, etc.; tertio
orationis fructum, ibi ut possitis comprehendere, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 14) : C’est ce qui me porte à fléchir les genoux, etc., il implore par la prière le secours de la grâce pour les Ephésiens, afin que ses exhortations les fassent avancer dans le bien. Premièrement donc il fait sa prière ; en second lieu, comme s’il était assuré d’être exaucé, il rend grâce (verset 20) : Que celui qui par sa puissance, etc. La première partie se subdivise en trois I. L’Apôtre expose l’objet de sa prière ; II. Son intention (verset 16) : afin que selon les richesses de sa grâce, il vous fortifie, etc.; III. le fruit de cette prière (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre avec tous les Saints, etc. |
Oratio autem redditur exaudibilis per
humilitatem. Ps. ci, 18 : respexit in orationem humilium,
et cetera. Eccli. XXXV, 21 : oratio humiliantis se, nubes penetrabit,
et cetera. Et ideo statim orationem suam ab humilitate incipit, dicens huius
rei gratia, scilicet ne deficiatis a fide, flecto genua mea ad patrem,
etc., quod est signum humilitatis propter duo. Primo quia qui genua flectit,
quodam modo parvificat se, et subiicit se ei, cui genua flectit : unde per
huiusmodi ostenditur recognitio propriae fragilitatis et parvitatis. Secundo
quia in genu est fortitudo corporis. Quando ergo quis genua flectit,
protestatur debilitatem suae virtutis. Et inde est, quod exteriora signa
corporalia exhibentur Deo ad conversionem, et exercitium spirituale animae
interioris. In oratione Manasses : flecto genua cordis mei, et cetera.
Is. XLV, 23 : mihi curvabitur omne genu,
et cetera. Deinde describit orationis obiectum, quod est
Deus, et describit eum ex duobus : primo ex affinitate, secundo ex
auctoritate. Ex affinitate enim erigimur ad orandum cum fiducia. Et quantum
ad hoc dicit ad patrem domini nostri Iesu Christi, scilicet cuius nos
filii sumus. Iac. I, 17 : omne datum optimum, et cetera. Is. LXIII, 16
: tu enim, domine, pater noster, et cetera. Ex auctoritate autem
confirmatur obtinendi quod petimus fiducia, quia ipse est ex quo omnis
paternitas in caelo et in terra nominatur. Hic posset quaeri utrum in
caelo sit paternitas. Posset dici breviter, quod in caelo, id est in Deo vel
in divinis, est paternitas, quae est principium omnis paternitatis. Sed de
hac non quaeritur ad praesens, quia cuilibet fideli nota est. Sed quaeritur
utrum in caelis, id est utrum in Angelis sit aliqua paternitas. Ad hoc dico
quod paternitas est tantum in viventibus et cognoscentibus. Est autem duplex
vita. Una secundum actum, alia secundum potentiam. Vita
quidem secundum potentiam, est habere opera vitae in potentia. Unde dormiens
quantum ad actus exteriores, dicitur vivere in potentia. Vivere autem secundum
actum est, quando exercet quis opera vitae in actu. Sic
autem non solum qui dat potentiam vitae, pater est eius cui dat; sed qui dat
actum vitae, ille etiam pater dici potest. Quicumque
ergo inducit aliquem ad aliquem actum vitae, puta ad bene operandum,
intelligendum, volendum, amandum, pater eius dici potest. I Cor. IV, 15
: nam si decem millia paedagogorum habeatis in Christo, sed non multos
patres, et cetera. Cum ergo inter Angelos unus alterum illuminet,
perficiat et purget, et isti sint actus hierarchici, manifestum est quod unus
Angelus est pater alterius, sicut magister est pater discipuli. |
I. Or la prière devient susceptible d’être exaucée, par l'humilité (Psaume CI, 18) : "Il a regardé la prière de ceux qui étaient dans l’humiliation, etc. " ; (Eccli.; XXXV, 21) : "La prière d’un homme qui s’humilie percera les nues, etc." Aussi saint Paul commence-t-il aussitôt la sienne par l’humilité, en disant (verset 14) : C’est pour cette raison, c'est-à-dire pour que vous ne vous écartiez pas de la foi, que je fléchis les genoux devant le Père, ce qui est une marque d’humilité pour deux raisons. D’abord parce que celui qui fléchit les genoux se rapetisse pour ainsi dire, et se met dans la dépendance à l’égard de celui devant lequel il prend cette posture. C’est donc là comme un aveu de sa petitesse et de sa fragilité. Ensuite parce que c'est dans le genou, qu’est placé la force du corps : quand donc quelqu’un fléchit le genou, il avoue que sa force n’est que faiblesse. C’est de là qu’on emploie les signes extérieurs pour se tourner vers Dieu et dans les exercices spirituels de la vie intérieure. (Chroniques, dern.) : prière de Manassé : "Je fléchis les genoux de mon coeur, etc."; et (Isaïe, XLV, 23) : "Tout genou fléchira devant moi, etc." L’Apôtre décrit ensuite l’objet de la prière, qui est Dieu. Il la désigne par deux titres, premièrement l’alliance ; secondement l’autorité. Par l’alliance, en effet, nous nous sentons élevés à prier avec confiance ; c'est ce qui lui fait dire (verset 14) : devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, à savoir celui dont nous sommes les enfants. (Jacques I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait, etc…" ; (Isaïe, LVIII, 16) : "Car c'est vous qui êtes notre Père, etc." L’autorité augmente la confiance d’obtenir ce que nous demandons, car c'est lui (verset 15) qui est le principe et le chef de toute paternité dans le ciel et sur la terre. On pourrait ici demander s’il y a, dans le ciel, une paternité. On peut répondre que dans le ciel ou en Dieu, ou dans les profondeurs divines, il y a une paternité qui est le principe de toute paternité. Mais il n’est pas question de ceci en ce moment : c'est une réalité connue de tous les fidèles. La question est de savoir, si dans les cieux, c'est-à-dire si parmi les anges, il faut reconnaître quelque Paternité. Je réponds que la paternité n’a lieu que parmi les êtres qui vivent et qui sont doués de connaissance. Or il y a deux sortes de vie : l’une en acte, l’autre en puissance. La vie en puissance, consiste à avoir dans sa puissance les oeuvres de la vie; ainsi celui qui dort, est regardé, quant aux actes extérieurs, comme vivant en puissance. Vivre en acte, c'est exercer en acte les actes de la vie. Ainsi donc non seulement celui qui donne la puissance de la vie, est le père de celui à qui il la donne; mais celui-là même qui donne l’acte de la vie, peut aussi recevoir le nom de père. Quiconque donc donne à quelqu’un l’impulsion pour quelque acte de la vie, par exemple pour agir bien, comprendre, vouloir, aimer, peut en être le père ; (I Corinth, IV, 15) : "Quand vous auriez dix mille maîtres, en Jésus vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères, etc. " Ainsi donc comme parmi les anges, l’un communique à l’autre la lumière, le perfectionne le purifie, et comme ce sont là les actes hiérarchiques, il est manifeste que l’un est le père de l’autre, de la même manière que le maître est le père du disciple. |
Utrum autem paternitas, quae est in caelis et
in terra, derivetur a paternitate, quae est in divinis, dubitatur. Et videtur
quod non; quia nomina sic imponimus secundum quod res nominatas cognoscimus;
quidquid autem cognoscimus, est per creaturas, ergo nomina imposita a nobis
rebus ipsis, plus et prius conveniunt creaturis quam ipsi Deo. Respondeo et
dico quod nomen alicuius rei nominatae a nobis dupliciter potest accipi, quia
vel est expressivum, aut significativum conceptus intellectus, quia voces
sunt notae, vel signa passionum, vel conceptuum qui sunt in anima, et sic
nomen prius est in creaturis, quam in Deo. Aut inquantum est manifestativum
quidditatis rei nominatae exterius, et sic est prius in Deo. Unde
hoc nomen paternitas, secundum quod significat conceptionem intellectus
nominantis rem, sic per prius invenitur in creaturis quam in Deo, quia per
prius creatura innotescit nobis, quam Deus; secundum autem quod significat
ipsam rem nominatam, sic per prius est in Deo quam in nobis, quia certe omnis
virtus generativa in nobis est a Deo. Et ideo dicit : ex quo
omnis paternitas in caelo et in terra nominatur, quasi dicat : paternitas
quae est in ipsis creaturis, est quasi nominalis seu vocalis, sed illa
paternitas divina, qua pater dat totam naturam filio, absque omni
imperfectione, est vera paternitas. |
On élève ici une difficulté : on demande si la Paternité qui est dans les Cieux, et celle qui est sur la terre, dérive de la Paternité que nous reconnaissons dans les profondeurs divines. Il semble que non ; car les noms que nous imposons, nous ne les donnons que selon la connaissance que nous ayons des choses nommées, or tout ce que nous connaissons, nous ne le connaissons que par les créatures ; donc les noms imposés par nous aux objets eux-mêmes conviennent avant tout mieux aux créatures qu’à Dieu lui-même. Je réponds en disant que le nom d’une chose que nous avons nommée peut être considéré sous deux aspects, parce qu’il est ou l'expression ou la signification de l’objet conçu par l’intelligence. Car les mots sont les marques ou les signes des affections ou des conceptions qui sont dans l’âme ; et dans ce sens le nom est dans les créatures plutôt qu’en Dieu. Ou bien encore il est la manifestation de l’essence des choses extérieurement nommées, et sous ce rapport il est d’abord en Dieu. Ce nom de paternité en tant qu’il désigne la conception de l’intelligence qui comme l’objet, se trouve donc dans les créatures plutôt qu’en Dieu, parce que la créature nous est a priori connue avant Dieu; mais en tant qu’il signifie la chose nommée elle-même, il est a priori en Dieu avant d’être en nous, car tout ce qu’il y a dans l’homme de vertu génératrice vient évidemment de Dieu. C’est ce qui fait dire saint Paul (verset 14) : qui est le principe et le chef de toute paternité dans le ciel et sur la terre ; comme s’il disait : la paternité qui est dans les créatures elles-mêmes est pour ainsi dire nominale ou vocale, mais la paternité divine par laquelle le Père communique toute sa nature à son Fils est, sans imperfection aucune, sa véritable paternité. |
Consequenter cum dicit ut det vobis,
etc., ostendit orationis intentum. Et primo facit hoc; secundo ostendit per
quid posset impetrare suum propositum, ibi per spiritum eius, et
cetera. Dicit ergo : dico quod peto ne deficiatis, sed
stetis viriliter. Scio tamen quod hoc ex vobis facere non potestis sine dono
Dei, ideo peto, ut det vobis. Iac. I, 17 : omne datum optimum,
et cetera. Et hoc quidem secundum divitias gloriae suae, id est
secundum copiam maiestatis eius et magnificentiae. Ps. CXI, 3 : gloria et
divitiae in domo eius. Prov. VIII, 18 : mecum sunt divitiae et gloria.
Divitiae, inquam, quae faciunt virtute corroborari. Is. XL,
29 : qui dat lasso virtutem, et his qui non sunt fortitudinem et robur
multiplicat. Et hoc in interiori homine, quia nisi in interioribus
fortificetur homo, faciliter ab hoste superatur. Is. IX, 7 : confirmet
illud et corroboret in iudicio et iustitia, amodo et usque in sempiternum.
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II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : afin que selon les richesses de sa gloire, etc., il montre le but de la prière. 1° Il l’indique; 2° il explique par quelles voies il pourrait obtenir ce qu’il demande (verset 16) : par son Esprit, etc. 1° Il dit donc : je demande que vous ne perdiez pas courage, mais qu’au contraire vous demeuriez pleins de force. Je sais toutefois que vous ne le pouvez pas de vous-mêmes, sans le secours de Dieu ; c'est pourquoi je demande (verset 16) : qu’il vous donne, etc. ; (Jacq., I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don vient d’en haut, etc." - (verset 16) ; et qu’il vous donne selon les richesses de sa gloire, c'est-à-dire selon la grandeur de sa majesté et de sa magnificence ; (Psaume CXI, 3) : "La gloire et les richesses sont dans sa maison" ; (Prov, , VIII, 18) : "Les richesses et la gloire sont avec moi". Les richesses, c'est-à-dire : qui augmentent la force de la vertu ; (Isaïe, XL, 29) : "C’est lui qui soutient ceux qui sont las, et qui remplit de vigueur et de force ceux qui étaient tombés dans la défaillance." Ceci se fait dans l’homme intérieur, car si l’homme n’est pas fortifié dans ses puissances intérieures, il est facilement vaincu par son ennemi : (Isaïe, IX, 7) : "pour l’affermir et le fortifier dans le droit et dans la justice, depuis ce temps jusqu'à jamais." |
Tunc resumatur illa particula interposita,
scilicet per spiritum, in qua ostendit per quid obtinere potest quod
petit. Ipse enim spiritus, qui roborat, est spiritus fortitudinis et est
causa non deficiendi in tribulationibus, quem obtinemus per fidem quae est
fortissima : quia fides est substantia rerum sperandarum, id est facit in
nobis subsistere res sperandas. Unde I Petr. V, 9 : cui resistite fortes
in fide. Et ideo subiungit habitare Christum per fidem, et hoc in
cordibus vestris. I Petr. III, 15 : dominum autem Christum
sanctificate in cordibus vestris. Per quod? Dico quod non solum per
fidem, quae, ut donum est fortissima, sed etiam per charitatem quae est in
sanctis. Et ideo subdit in charitate radicati et fundati. I Cor. XIII,
7 : omnia suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet, charitas
numquam excidit. Cant. ult. : fortis est ut mors dilectio.
Unde sicut arbor sine radice, et domus sine fundamento de facili ruit, ita
spirituale aedificium, nisi sit in charitate fundatum et radicatum, durare
non potest. |
2° Il faut maintenant reprendre le membre de phrase interposé (verset 16) : par son esprit, expression où l’Apôtre montre par quel moyen il peut obtenir ce qu’il demande, car c'est l’esprit lui-même qui fortifie : il est l’Esprit de force ; il est l’appui qui empêche de défaillir dans les tribulations et nous l’obtenons par la foi qui est d’une très grande puissance, puisqu’elle est le fondement des choses que nous devons espérer, en d’autres termes elle les fait subsister en nous. De là ces paroles de saint Pierre (I Pierre V, 9) : "Résistez-lui, et demeurez fermes dans la foi" C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 17) : Qu’il fasse habiter Jésus-Christ par la foi, et cela, dans vos cœurs ; (I Pierre, III, 15) : "Ayez soin de sanctifier dans vos coeurs le Seigneur Jésus." Et par quoi le sanctifiez-vous ? Ce n’est pas seulement par la foi, qui comme don est pleine de force, mais encore par la charité qui est dans les saints. C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 17) : et qu’étant enracinés et fondés dans la charité. (I Corinthiens X, 7) : "Elle supporte tout ; elle croit tout ; elle espère tout ; elle souffre tout ; la charité ne finira jamais." (Cantiq., VIII., 6) : "L’amour est fort comme la mort." Ainsi, de même qu’un arbre sans racines, qu’une maison sans fondements sont facilement jetés à terre, l’édifice spirituel ne saurait durer, s’il n’est enraciné et fondé dans la charité. |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens III, 18 à 21 : L'objet essentiel de la foi |
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SOMMAIRE : Le fruit de la force donnée aux Ephésiens repose dans la foi, qui n’est autre chose que la connaissance de l’humanité et de la divinité de Jésus-Christ. |
[18] ut possitis conprehendere cum
omnibus sanctis quae sit latitudo et longitudo et sublimitas et profundum [19] scire etiam supereminentem
scientiae caritatem Christi ut impleamini in omnem plenitudinem Dei [20] ei autem qui potens est omnia
facere superabundanter quam petimus aut intellegimus secundum virtutem quae
operatur in nobis [21]
ipsi gloria in ecclesia et in Christo Iesu in omnes generationes saeculi
saeculorum amen. |
18. Vous puissiez comprendre
avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la
profondeur de ce mystère; 19. Et connaître l’amour du
Christ envers nous, amour qui surpasse toute connaissance, afin que vous
soyez remplis selon toute la plénitude de Dieu. 20. Que celui qui par la
puissance qui opère en nous, peut faire infiniment plus que tout ce que nous
demandons et tout ce que nous pensons, 21. Soit glorifié dans l’Eglise par le Christ-Jésus, dans la succession de tous les âges et de tous les siècles. Amen. |
[87805] Super Eph., cap. 3 l. 5 Supra ostendit
apostolus petitionis suae pro Ephesiis, et orationis intentum, scilicet
corroborationem spiritus in fide et charitate, hic consequenter ostendit eius
quam petiit corroborationis per fidem et charitatem fructum, qui est quaedam
cognitio. Ideo primo proponit ipsam notitiam; secundo ipsius notitiae et
cognitionis efficaciam, ibi ut impleamini in omnem plenitudinem Dei.
Dicit ergo : ita sitis, charissimi, in charitate radicati et fundati, ut
possitis comprehendere, et cetera. Quod quidem dupliciter legi potest.
Primo modo, ut magis sequamur intentionem apostoli. Sciendum est ergo quod
tam in futuro quam in praesenti cognitio Dei est nobis necessaria; nam in
futuro gaudebimus et de cognitione Dei et de cognitione assumptae
humanitatis. Io. XVII, 3 : haec est vita aeterna, ut, cognoscant, et
cetera. Io. X, 9 : ingredietur, scilicet in contemplatione
divinitatis, et egredietur, scilicet in contemplatione humanitatis, et
pascua inveniet. Et quia fides est inchoatio illius futurae cognitionis,
quia est substantia rerum sperandarum, etc., ut dicitur Hebr. XI,
v. 1 quasi iam in nobis res sperandas per modum cuiusdam inchoationis facit
subsistere. Inde est quod fides nostra in his duobus
consistit, scilicet in divinitate et humanitate Christi. I Cor. II, 2 : non
enim iudicavi me scire aliquid inter vos, nisi Iesum Christum, et cetera.
Secundum hoc ergo primo praemittit eis cognitionem divinitatis; secundo
cognitionem mysteriorum humanitatis, ibi scire etiam supereminentem
scientiae, et cetera. |
Saint
Paul, après avoir établi plus haut quel est le but de sa demande et de sa
prière pour les Ephésiens, c'est-à-dire la force de l’Esprit dans la foi et
dans la charité, indique ensuite le fruit de la force par la foi et par la
charité qu’il a sollicitée. Ce fruit est une certaine connaissance. Il dit
donc d’abord quelle est cette connaissance ; ensuite quelle est l’efficacité
de cette science et connaissance ; (verset 19) : pour que vous soyez
comblés de toute la plénitude de Dieu. I° L’Apôtre dit donc (verset 17) : que vous soyez, mes bien-aimés, tellement enracinés et fondés dans la charité pour que (verset 18) vous puissiez comprendre, etc. Ceci peut s’entendre de deux manières : d’abord en se rapprochant davantage de la pensée de l’Apôtre. Il faut remarquer que, soit dans le temps à venir, soit dans le temps présent, la connaissance de Dieu nous est nécessaire ; en effet dans le futur nous nous réjouirons d’avoir connu Dieu et d’avoir connu son union avec la nature humaine ; (Jean XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à vous connaître, etc." ; et (Jean X, 9) : "[Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé]; il entrera," à savoir dans la contemplation de la divinité, "et il sortira," à savoir par la contemplation de l’humanité, "et il trouvera des pâturages." Comme la foi est le commencement de cette connaissance future, puisqu’elle est "la substance des choses que nous devons espérer" (Hébr., XI, 1), comme si par une sorte d’anticipation, elle les fait déjà comme subsister en nous ; il s’ensuit que notre foi embrasse ces deux objets, à savoir la divinité et l’humanité de Jésus-Christ ; (1 Co II, 2) : "Je n’ai pas fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus crucifié, etc." Ceci supposé, l’Apôtre introduit donc d’abord les Ephésiens dans la connaissance de la divinité ; ensuite dans la connaissance des mystères de la divine humanité ; (verset 19) : et connaître [l’amour de Jésus-Christ envers nous], lequel surpasse toute connaissance, etc. |
Cognitionem autem divinitatis manifestat eis
sub his verbis ut possitis, etc., quasi dicat : corroboramini per
fidem et charitatem, quia si sic estis, pervenietis ad vitam aeternam, ubi
habebitis Deum praesentem et perfecte eum cognoscetis. Quod autem Deus
manifestetur amanti, patet Io. XIV, 21 : qui diligit me, diligetur a patre
meo, et ego diligam eum, et manifestabo ei meipsum; quod vero
manifestetur credenti, patet, prout dicitur Is. VII, 9, secundum aliam
litteram : nisi credideritis, non intelligetis. Oportet enim ut secundum fidem et charitatem
corroboremini, ut possitis comprehendere. Ubi sciendum est quod comprehendere
quandoque ponitur pro includere, et tunc oportet quod comprehendens contineat
in se totaliter comprehensum. Quandoque autem ponitur pro apprehendere, et
tunc dicit remotionem distantiae et insinuat propinquitatem. Primo
autem modo a nullo intellectu creato Deus comprehendi potest. Iob XI, 7 : forsitan
vestigia Dei comprehendes, et usque ad perfectum omnipotentem reperies? Quasi
dicat : non, quia sic posset eum perfecte cognoscere quantum cognoscibilis
est. Et de hac cognitione non intelligitur quod dicitur ut possitis
comprehendere, sed secundo modo. Et est una de tribus dotibus, et de hac
loquitur apostolus, cum dicit ut possitis comprehendere, id est Deum
habere praesentem et praesentialiter cognoscere. Phil. c. III, 12 : sequor
autem si quomodo comprehendam, in quo, et cetera. Et haec comprehensio
est communis omnibus sanctis eius. Ideo subdit cum omnibus sanctis.
Ps. CXLIX, 9 : gloria haec est omnibus sanctis eius. Talibus autem
dicitur illud I Cor. IX, 24 : sic currite ut comprehendatis, et
cetera. Quae sit latitudo, et cetera. Notandum quod verba ista
videntur ortum habere ex verbis Iob XI, 7 : forsan, inquit, vestigia
Dei comprehendes? Quasi dicat : incomprehensibilis est; huius autem
incomprehensibilitatis causam assignat, dicens : excelsior caelo est, et
quid facies? Profundior Inferno est, et unde cognosces? Longior terra mensura
eius, et latior mari. Ex quo videtur quod Iob ostendat eum esse
comprehensibilem, attribuens ei quadruplicem differentiam dimensionum. His
enim verbis alludens apostolus dicit ut possitis comprehendere, quae sit
latitudo, etc.; quasi dicat : habeatis tantam fidem et charitatem, ut
possitis tandem comprehendere quod comprehensibile est. Et hoc modo exponit
Dionysius. Non est tamen aliquo modo intelligendum has dimensiones
corporaliter esse in Deo, quia spiritus est Deus, ut dicitur Io. IV,
24. Sunt tamen in Deo metaphorice. Unde per latitudinem designatur dimensio
seu extensio virtutis, et sapientiae divinae super omnia. Eccli. I, 10 : effudit
illam, scilicet sapientiam, super omnia opera sua. Per
longitudinem designatur aeterna eius duratio. Ps. ci, 13 : tu autem,
domine, in aeternum permanes, et cetera. Ps. XCII, 5 : domum tuam,
domine, decet sanctitudo in longitudinem dierum. Per sublimitatem vel
celsitudinem vero, perfectio et nobilitas naturae eius, quae in infinitum
excedit creaturam. Ps. CXII, 4 : excelsus super omnes gentes dominus. Et
profundum, id est incomprehensibilitas sapientiae eius. Eccle.
VII, 25 : alta profunditas, scilicet sapientiae divinae, quis
inveniet eam? |
I. Il leur manifeste la connaissance de la divinité, quand il leur dit (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc.; comme s’il disait : Fortifiez-vous par la foi et par la charité ; car si vous êtes tels, vous parviendrez à la vie éternelle, où il vous sera donné de jouir de la présence de Dieu, et de le connaître parfaitement. Que Dieu, en effet, se manifeste à celui qui l’aime, cela est évident d’après (Jean. XIV, 21) : "Celui qui m’aime, sera aimé de mon Père et je l’aimerai aussi, et je me découvrirai à lui." Il est également certain qu’il se manifeste à celui qui croit, suivant ce qui est dit au prophète Isaïe d’après une autre version (VII, 9) : "A moins de croire, vous ne comprendrez pas." Car il faut vous fortifier dans la foi et dans la charité pour que vous puissiez comprendre. Remarquez que l’on emploie quelquefois cette expression "comprendre" pour "renfermer," et alors il faut que ce qui comprend contienne intégralement en soi l’objet de la compréhension ; d’autres fois on l’emploie pour "saisir," et dans ce sens elle implique la suppression de la distance et indique le rapprochement. Au premier sens, Dieu ne saurait être compris par aucune intelligence créée ; (Job, XI, 7) : "Prétendez-vous sonder ce qui est caché en Dieu, et connaître parfaitement le tout-Puissant ?" Comme s’il répondait : non ! car alors ce serait pouvoir le connaître parfaitement, autant qu’il peut être connu ; mais ce n’est pas de cette connaissance que l’on entend ce qui est dit ici (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc. Il faut le prendre dans le second sens. C’est là un des trois grands dons, et l’Apôtre veut l’exprimer, quand il dit (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc., c'est-à-dire avoir Dieu présent et le connaître comme présent ; (Philipp., III, 12) : "Je poursuis ma course, pour tacher d’atteindre où, etc." Or cette compréhension est commune à tous les saints de Jésus-Christ, c'est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 18) : avec tous le saints. (Psaume CXLIX, 9) : "Telle est la gloire qui est réservée à tous les saints." C’est à eux qu’il est dit (1 Co IX, 24) : "Courez de telle sorte que vous saisissiez le prix, etc." [Que vous compreniez] (verset 18) quelle est la largeur, etc. Notez que ces paroles paraissent prises de ce passage de Job (XI, 7) : "Prétendez-vous sonder ce qui est caché en Dieu ?" comme s’il voulait dire : Il est insaisissable; et il donne la raison de cette incompréhensibilité, en disant (verset 8) : "Il est plus élevé que le ciel; que ferez-vous pour l’atteindre ? Il est plus profond que l’enfer, comment le connaître ? Sa mesure est plus longue que la terre, elle est plus large que la mer." Il semble par là que Job veuille le montrer comme compréhensible, en lui attribuant la quadruple qualité des dimensions, car l’Apôtre, faisant allusion à ces paroles de Job, dit (verset 18) : vous puissiez comprendre quelle est la largeur, etc. ; comme s’il disait : "Il faut que vous ayez tant de foi et tant de charité, que vous puissiez comprendre enfin ce qui est compréhensible. C’est de cette manière que saint Denis explique ce passage. Il ne faut pourtant, en aucune manière, s’imaginer que ces quatre dimensions existent corporellement en Dieu, car Dieu est esprit ainsi qu’il est dit en saint Jean (IV, 24). Cependant elles sont en lui métaphoriquement. Par la largeur on entend donc la dimension ou l’étendue de la puissance et de la sagesse divine qui surpasse toute chose ; (Ecclesiastique I, 10) : "Il l’a répandue, à savoir cette sagesse, sur toutes ses oeuvres." Par la longueur, on marque sa durée éternelle ; (Psaume CI, 13) : "Pour vous, Seigneur, vous subsistez éternellement" et (Psaume XCII, 5) : "La sainteté doit être l’ornement de votre maison dans toute la suite des siècles." Par l’élévation ou la hauteur, la perfection et la noblesse de sa nature, qui surpasse, dans un degré infini, la créature ; (Psaume CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations." Par la profondeur, l’incompréhensibilité de sa sagesse ; (Ecclesiaste VII, 5) : "combien grande est sa profondeur; - comprenez la sagesse divine - et qui pourra la sonder ?" Il est ainsi évident que la fin de notre foi et de notre charité est de parvenir à la parfaite connaissance des choses de la foi, afin de connaître par elle l’étendue infinie de la puissance de Dieu, sa durée éternelle et infinie, la sublimité de sa toute parfaite nature, la profondeur de sa sagesse, et son incompréhensibilité, dans la mesure où l’on peut les atteindre. |
Sic ergo patet quod finis fidei et charitatis nostrae est ut
perveniamus ad perfectam fidei cognitionem, qua cognoscamus infinitam suae
virtutis extensionem, aeternam et infinitam eius durationem, suae
perfectissimae naturae celsitudinem, suae sapientiae profunditatem et
incomprehensibilitatem, eo modo sicut est attingendum. Consequenter, quia adhuc alia cognitio est
necessaria, scilicet cognitio mysteriorum humanitatis, ideo subdit scire
etiam supereminentem scientiae, et cetera. Ubi
sciendum est quod quidquid est in mysterio redemptionis humanae et
incarnationis Christi, totum est opus charitatis. Nam quod incarnatum est, ex
charitate processit. Supra II, 4 : propter nimiam charitatem suam qua
dilexit nos, et cetera. Quia vero mortuus fuit, ex charitate processit
Io. XV, 13 : maiorem hac dilectionem nemo habet, etc.; infra V, 2 : Christus
dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo.
Propter hoc dicit Gregorius : o inaestimabilis dilectio charitatis. Ut
servum redimeres, filium tradidisti. Et ideo scire charitatem Christi,
est scire omnia mysteria incarnationis Christi et redemptionis nostrae, quae
ex immensa charitate Dei processerunt, quae quidem charitas excedit omnem
intellectum creatum et omnium scientiam, cum sit incomprehensibilis cogitatu.
Et ideo dicit supereminentem scientiae, scilicet naturali et omnem
intellectum creatum excedentem, Phil. IV, 7 : et pax Dei, quae exsuperat
omnem sensum; charitatem Christi, id est, quam Deus pater fecit per
Christum. II Cor. V, 19 : Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi.
Alio modo potest legi, ut referatur ad perfectionem charitatis nostrae, quasi
dicat : corroboramini in charitate radicati et fundati, et hoc ut
possitis comprehendere, non solum cognoscere, cum omnibus sanctis,
quia hoc donum, scilicet charitatis, commune est omnibus, cum nullus possit
esse sanctus sine charitate, ut dicitur Ephes. c. III. Possitis,
inquam, comprehendere quae sit latitudo, scilicet charitatis, quae se
extendit usque ad inimicos. Ps. CXVIII, 96 : latum mandatum tuum nimis.
Lata est enim charitas ad suam diffusionem. Ps. XVII, 20 : eduxit me in
latitudinem dominus. Longitudo
autem eius attenditur quantum ad sui perseverantiam, quia numquam deficit,
sed hic incipit et perficitur in gloria. I Cor. XIII,
v. 8 : charitas numquam excidit. Cant. ult. : aquae multae non
potuerunt extinguere charitatem. Sublimitas autem eius attenditur quantum
ad intentionem caelestium, ut scilicet Deus non diligatur propter temporalia,
quia huiusmodi charitas esset infirma, sed ut diligatur propter se tantum.
Iob XL, v. 5 : in sublime erigere, et esto gloriosus. Profundum vero
attenditur quantum ad originem ipsius charitatis. Nam hoc quod Deum
diligimus, non est ex nobis, sed a spiritu sancto, quia, ut dicitur Rm V, 5, charitas
Dei diffusa est in cordibus nostris per spiritum sanctum, et cetera. |
II. Par la suite, comme une autre connaissance reste nécessaire, à savoir celle des mystères de la nature humaine, l’Apôtre ajoute (verset 19) : et connaître [l’amour de Jésus-Christ envers nous], lequel surpasse toute connaissance. Il faut ici se rappeler que tout ce que renferme le mystère de la rédemption des hommes et de l’incarnation de Jésus-Christ, est tout entier l’oeuvre de l’amour. Car si Jésus-Christ s’est incarné, il l’a fait par amour (ci-dessus, II, 4) : à cause de l’amour extrême dont il nous a aimés, etc.; s’il est mort, c'est aussi par amour ; (Jean, XV, 13) : "Nul ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" ; (ci-après, V, 2) : Jésus-Christ nous a aimés et s’est lui-même livré à Dieu pour nous, comme une oblation et une victime. C’est ce qui fait dire à saint Grégoire : "ô tendresse inestimable de votre amour, pour racheter un serviteur, vous avez livré votre Fils !" Donc connaître l’amour de Jésus-Christ, c'est connaître tous les mystères de son incarnation et de notre rédemption, qui sont l’oeuvre de l’immense charité de Dieu, charité qui surpasse toute intelligence créée et toute science, puisqu’elle est incompréhensible pour la pensée. C’est pourquoi saint Paul dit (verset 19) : qui surpasse toute connaissance naturelle et toute intelligence créée ; (Philipp., IV, 7) : "Et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment." – L’amour de Jésus-Christ, c'est-à-dire celui que Dieu nous a témoigné par Jésus-Christ ; (2 Co V, 19) : "Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde." On peut encore expliquer ce passage d’une autre manière, comme s’il disait, en le rapportant à la perfection de notre charité : Soyez forts, en sorte qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, et non pas seulement connaître, avec tous les saints, puisque le don de la charité est commun à tous, personne ne pouvant être saint sans la charité, comme il est dit ci-après (III) ; vous puissiez, c'est-à-dire comprendre quelle est la largeur, à savoir de la charité qui s’étend jusques aux ennemis ; (Psaume CXVIII, 96) : "Votre commandement est d’une étendue infinie" ; car cette charité est large dans son extension ; (Psaume XVII, 20) : "Le Seigneur m’a retiré et mis au large." Sa longueur peut se reconnaître dans sa persévérance, car elle ne se lasse pas ; elle commence ici-bas et reçoit son complément dans la gloire ; (1 Co XIII, 8) : "La charité ne finira jamais" ; (Cantiq., VIII, 7) : "Les grandes eaux n’ont pu éteindre la charité." On voit son élévation dans le mouvement qui la porte vers les choses célestes, et fait qu’on n’aime pas Dieu pour les avantages temporels, car cet amour serait imparfait, mais qu’il n’est aimé que pour lui-même ; (Job, XL, 5) : "Elevez-vous dans les hauteurs, et recherchez la gloire." Sa profondeur se trouve dans son origine même. Car si nous aimons Dieu, nous ne l’aimons pas de nous-mêmes, mais par le Saint-Esprit, ainsi qu’il est dit (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit, etc." Si donc l’un a une charité étendue en longueur, en largeur, en hauteur, en profondeur, et l’autre non, cela vient par le mystère si profond de la prédestination divine (Ecclesiastique I, 2) : "Qui a mesuré la profondeur de l’abîme ?" Afin donc que vous puissiez comprendre, c'est-à-dire atteindre parfaitement avec tous les saints quelle est la largeur, pour que votre amour s’étende jusqu’aux ennemis ; quelle est la longueur, pour qu’il ne s’affaiblisse pas ; quelle est l’élévation, afin que Dieu soit aimé pour lui seul ; et quelle est la profondeur, à savoir celle de la prédestination, etc." |
Hoc ergo quod unus habet charitatem longam,
latam, sublimem et profundam, et alius non, venit ex profundo divinae
praedestinationis. Eccli. I, 2 : profundum abyssi quis dimensus est.
Ergo, ut possitis comprehendere, id est perfecte consequi cum omnibus
sanctis, quae sit latitudo, ut extendatur charitas vestra usque ad
inimicos, quae sit longitudo, ut scilicet numquam deficiat, quae
sit sublimitas, ut scilicet propter seipsum Deus diligatur, et quid
sit profundum, scilicet praedestinationis, et cetera. Sciendum est autem hic quod Christus, in cuius
potestate fuit eligere genus mortis quod vellet, quia ex charitate mortem
subiit, elegit mortem crucis, in qua praedictae quatuor dimensiones sunt. Ibi
est latitudo, scilicet in ligno transverso, cui affixae sunt manus,
quia opera nostra debent per charitatem dilatari usque ad inimicos. Ps. XVII,
20 : eduxit me in latitudinem dominus. Ibi est longitudo in
ligno erecto, cui innititur totum corpus, quia charitas debet esse
perseverativa, quae sustinet et salvat hominem. Matth. X, 22 : qui autem
perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Ibi est sublimitas
in ligno superiori, cui caput inhaeret, quia spes nostra debet elevari ad
aeterna et divina. I Cor. XI, 3 : caput viri Christus est. Ibi etiam
est profundum in ligno quod latet sub terra et sustinet crucem, et
tamen non videtur, quia profundum amoris divini sustinet nos, nec tamen
videtur; quia ratio praedestinationis ut dictum est excedit intellectum
nostrum. Sic ergo debemus comprehendere virtutem
charitatis nostrae et Christi, et adhuc scire charitatem Christi
supereminentem scientiae, scilicet humanae, quia nullus potest scire quantum
Christus dilexit nos, vel scire etiam charitatem scientiae Christi, quae
habetur cum scientia Christi. Charitatem, dico, supereminentem, scilicet alii
charitati, quae est sine scientia. |
Il faut se rendre compte ici que Jésus-Christ qui eut le pouvoir de choisir le genre de mort qu’il voudrait, puisqu’il la souffrit par amour, préféra la mort de la croix, où l’on retrouve les quatre dimensions dont nous venons de parler. D’abord la largeur, dans la traverse à laquelle furent attachées les mains, parce que nos oeuvres doivent s’étendre, par la charité, jusqu’à, nos ennemis ; (Psaume XVII, 20) : "Le Seigneur m’a retiré et mis au large." La longueur dans la pièce de bois perpendiculaire sur laquelle le corps tout entier fut étendu, parce que la charité doit être persévérante, elle qui soutient et guérit l’homme ; (Matth., X, 22) : "Celui-là sera sauvé, qui persévèrera jusqu’à la fin." La hauteur, dans la partie supérieure sur laquelle s’appuie la tête, parce que notre espérance doit s’élever aux choses divines et éternelles ; (1 Co XI, 3) : "le chef de tout homme, c’est Jésus-Christ." Enfin la profondeur, dans la partie qui est cachée en terre, et soutient la croix, sans qu’on la voie cependant, parce que la profondeur de l’amour divin nous soutient, et toutefois ne se voit pas, puisque la raison de la prédestination, comme il a été dit, surpasse notre intelligence. Ainsi nous devons comprendre l’efficacité de notre charité, et celle de Jésus-Christ, et connaître encore l’amour de Jésus-Christ qui surpasse toute science, c'est-à-dire toute science humaine, car nul ne peut savoir combien Jésus-Christ nous a aimés, ni même connaître sa charité, de cette connaissance que l’on ne peut avoir qu’avec la science de Jésus-Christ, je veux dire cette charité suréminente à toute autre charité qui est sans la science. |
Sed numquid est verum quod charitas quae est
cum scientia superemineat charitati quae est sine scientia? Et videtur quod
non, quia sic malus theologus esset supereminentioris charitatis quam sancta
vetula. Respondeo. Dico quod hoc intelligitur de scientia afficiente : nam ex
vi cognitionis inducitur ad magis diligendum, quia, quanto Deus magis
cognoscitur, tanto et magis diligitur. Propter quod petebat Augustinus : noverim
te, noverim me. Vel hoc dicitur propter quosdam qui habent zelum Dei, sed
non secundum scientiam. Talium enim charitati supereminet charitas, cum
habetur praedicta scientia Christi. |
Mais est-il vrai que la charité qui est avec la science, soit suréminente à celle qui est sans la science. Il semble que non, parce qu’alors un théologien sans vertu aurait une charité plus excellente qu’une pauvre femme qui serait sainte. Je réponds qu’il faut entendre ceci de la science affective. Car l’effet de la connaissance est de porter à aimer davantage, parce que Dieu est d’autant plus aimé qu’il est connu ; c'est pourquoi saint Augustin faisait cette prière : "Seigneur, que je vous connaisse, et que je me connaisse." Ou bien encore ceci est-il dit par rapport à ceux qui ont le zèle de Dieu, mais non selon la science ; car pour ceux-là, leur charité est inférieure à celle qui est unie à cette connaissance de Jésus-Christ. |
Consequenter cum dicit ut impleamini,
etc., ponit cognitionis divinae efficaciam, dicens ut impleamini in omnem
plenitudinem Dei, id est ut habeatis perfectam participationem omnium
donorum Dei, ut scilicet hic habeatis plenitudinem virtutum, et postea
beatitudinis, quae quidem efficit charitas. Eccli. XXIV, 26 : transite ad
me, omnes qui concupiscitis me, et cetera. Consequenter sequitur illa pars ei autem
qui potens, et cetera. In qua apostolus agit Deo gratias de suae
petitionis exauditione. Circa quod tria facit, quia primo ponit potestatem
Dei, qua postulata concedit; secundo potestatis exemplum, ibi secundum
virtutem quae operatur in nobis, etc.; tertio materiam gratiarum
actionis, ibi ipsi gloria, et cetera. |
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 19) : pour que vous soyez comblés, etc. il expose l’efficacité de la connaissance de Dieu, en disant (verset 19) : pour que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu, c'est-à-dire pour que vous entriez en parfaite participation de tous les dons de Dieu, de telle sorte que vous ayez, ici-bas, la plénitude des vertus, et ensuite la plénitude de la béatitude, ce que fait la charité ; (Ecclesiastique XXIV, 26) : "Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, etc." Ensuite vient la seconde partie (verset 20) : à celui qui par la puissance, etc. Ici l’Apôtre rend grâce à Dieu, de ce qu’il a exaucé sa demande; en trois points : I. il rappelle la puissance de Dieu, qui peut accorder ce qu’on lui demande ; II. l’exemple de cette puissance (verset 20) : par la puissance dont il agit en nous, etc.; III. l’objet de l’action de grâce (verset 21) : Gloire soit rendue, etc. |
Potestatem autem Dei describit infinitam,
dicens ei autem, scilicet Deo Christo et Deo patri, qui potens est
omnia facere, et cetera. Ex. XV, 3 : omnipotens nomen eius. Rm ult.
: ei autem qui potens est vos confirmare iuxta Evangelium, et cetera.
Et hoc superabundanter facere in nobis omnia quam sciamus petere per
affectum, aut intelligere per intellectum, et hoc est quod dicit quam
petimus, aut intelligimus. |
I. L’Apôtre dépeint la puissance infinie de Dieu, en disant (verset 20) : à celui donc, c'est-à-dire à Jésus-Christ Dieu et à Dieu le Père, (verset 20) : qui peut faire toutes choses, etc. ; (Exode, XV, 3) : "Son nom est le Tout-Puissant" ; (Rm XVI, 2 : "A celui qui est puissant pour vous affermir dans l’Evangile, etc.", et le faire infiniment plus que nous ne saurions et demander par nos désirs, ou comprendre par notre intelligence ; ce qu’il exprime en disant (verset 20) : que tout ce que nous demandons ou que nous pensons. |
Exemplum autem huiusmodi abundantiae in nobis
exhibitae ostendit, dicens secundum virtutem quam operatur in nobis,
quasi dicat : apparet si attendamus ea quae operatus est in nobis, scilicet
hominibus. Nam nec affectus, nec intellectus humanus potuissent considerare,
vel intelligere, vel petere a Deo quod fieret homo et homo efficeretur Deus
et consors naturae divinae, quae tamen secundum virtutem operatur in nobis,
et hoc in incarnatione filii sui. II Petr. I, 4 : ut per hoc efficiamini
divinae consortes naturae. Unde de his dicitur Eccli. XVIII, 2 : quis
sufficiet enarrare opera illius? Quis enim investigabit magnalia illius,
virtutem autem magnitudinis quis annuntiabit? Vel operatus est in nobis,
scilicet apostolis, quibus dedit gratiam evangelizandi investigabiles
divitias Christi, et illuminare omnes quae sit dispensatio sacramenti
absconditi a saeculis in Deo, ut supra eodem cap. et ibi dictum est. |
II. Il montre ensuite un exemple de cette surabondance qui nous a été accordée, en disant (verset 20) : par la puissance dont il agit en nous, en d’autres termes, cette abondance apparaît si nous donnons quelqu’attention à ce qu’il a opéré en nous, c'est-à-dire dans les hommes ; car ni l’affection ni l’intelligence humaine n’eussent pu ni envisager, ni comprendre, ni demander à Dieu de se faire homme, et de faire de l'homme un Dieu, et de faire entrer l’homme en participation de la nature divine : mystères cependant que Dieu par sa puissance opère en nous, et cela par l’incarnation de son Fils (II Pierre, I, 4) : "pour vous rendre par ces mêmes grâces participants de la nature divine." Aussi est-il dit de cette opération de Dieu (Ecclesiastique XVIII, 2) : "Qui sera capable de compter ses ouvrages ! Qui pourra pénétrer ses merveilles ! Qui représentera la toute-puissance de sa grandeur ? " Ou encore : Sa puissance par laquelle il agit en nous, c'est-à-dire en nous autres apôtres, à qui il a donné la grâce d’annoncer les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, et d’éclairer tous les hommes en leur manifestant quelle est l’économie du mystère caché en Dieu dès le commencement des siècles, comme il est dit plus haut dans ce même chapitre. |
Materia autem gratiarum actionis dicitur esse
duplex beneficium quod nobis contulit Deus. Primum est Ecclesiae institutio;
secundum est filii incarnatio. Dicit ergo ipsi, scilicet Deo patri,
gloria, sit, supple, in Ecclesia, id est pro his quae fecit in
Ecclesia, quam instituit : quo ad primum; in Christo, id
est per Christum, vel pro Christo, quem nobis dedit. Ipsi, inquam, sit
gloria, ut gloriosus appareat, non solum in praesenti sed in omnes
generationes saeculi saeculorum, id est saeculi omnia continentis. I Tim.
I, 17 : regi autem saeculorum immortali, invisibili, soli Deo honor et
gloria in saecula saeculorum. Amen. |
. III. L’objet de son action de grâces, c'est le double bienfait que Dieu nous a accordé. Le premier est l’établissement de l’Eglise ; le second, l’incarnation de son Fils. 1° Il dit donc (verset 21) : à lui, c'est-à-dire à Dieu le Père, la gloire, entendez : soit rendue, dans l’Eglise, c'est-à-dire pour les merveilles qu’il a opérées dans cette Eglise qu’il a établie : voilà pour le premier bienfait. 2° en Jésus-Christ, c'est-à-dire, par
Jésus-Christ ou pour Jésus-Christ qu’il nous a donné. Qu’à lui, dis-je, soit
la gloire, pour qu’il apparaisse glorieux, non seulement dans le temps
présent, niais (verset 21) : dans la succession de tous les âges du siècle
des siècles, c'est-à-dire du siècle qui les contient tous (I Tim., I, 17)
: "Au Roi des siècles immortel, invisible, à l’unique Dieu, soit
honneur et gloire dans les siècles des siècles, Amen." |
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Caput 4 |
CHAPITRE 4 — L’UNITÉ DE L’ÉGLISE ET LE PÉCHÉ |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens IV, 1 à 4 : L'unité de l'Eglise |
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SOMMAIRE : saint Paul exhorte les Ephésiens à ne pas rompre l’unité de l’Eglise, et à vivre d’une manière digne de leur vocation. |
[1] obsecro itaque vos ego vinctus in
Domino ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis [2] cum omni humilitate et
mansuetudine cum patientia subportantes invicem in caritate [3] solliciti servare unitatem
spiritus in vinculo pacis [4] unum corpus et unus spiritus sicut
vocati estis in una spe vocationis vestrae. |
1. Je vous conjure donc, moi qui
suis dans les chaînes pour le Seigneur, de vous conduire d’une manière qui
soit digne de l’état auquel vous avez été appelés, 2. Pratiquant en toutes choses
l’humilité, la douceur et la patience, vous supportant les uns les autres
avec charité, 3. Et travaillant avec soin à
construire l’unité d’un même esprit par le lien de la paix. 4. Vous n’êtes tous qu’un corps, et qu’un esprit, comme vous avez tous été appelés à une même espérance. |
[87806] Super Eph., cap. 4 l. 1 Supra
commemoravit apostolus divina beneficia, per quae unitas Ecclesiae
constituitur et conservatur, hic monet eos apostolus ad permanendum in
Ecclesiae unitate. Circa quod duo facit, quia primo monet eos ut in ipsa
unitate perseverent; secundo instruit eos quomodo in ea permaneant, ibi hoc
ergo dico et testificor in domino, et cetera. Item prima in duas, quia
primo monet eos ad servandam ecclesiasticam unitatem; secundo proponit ipsius
ecclesiasticae unitatis formam, ibi unus dominus, una fides, et
cetera. Prima iterum in tres. Primo praemittit quaedam inductiva ad servandam
ecclesiasticam unitatem; secundo ponit monitionem, ibi cum omni humilitate,
etc.; tertio ostendit monitionis finem, ibi solliciti servare, et
cetera. |
L’Apôtre a rappelé plus haut les bienfaits de Dieu par lesquels l’unité de l’Eglise est établie et conservée ; il avertit ici les Ephésiens de se maintenir dans cette unité de l’Eglise. A ce sujet, il fait deux choses : premièrement il leur recommande de persévérer dans cette unité ; secondement, il leur apprend la manière d’y persévérer (verset 17) : Je vous avertis donc et je vous conjure par le Seigneur, etc. La première partie se subdivise en deux : d’abord l’Apôtre avertit les Ephésiens de conserver l’unité de 1’Eglise ; ensuite il explique la forme même de cette unité (verset 5) : Il n’y a qu’un Dieu, une foi, un baptême, etc. La première subdivision a trois parties : I° d'abord, l’Apôtre pose quelques principes qui déterminent à garder l’unité ; II° il fait une recommandation (verset 2) : pratiquant en toutes choses l’humilité, etc. ; III° il explique le but de sa recommandation (verset 3) : et travaillant avec soin à conserver, etc. |
Inducit autem ex tribus ad servandam
ecclesiasticam unitatem. Primo ex charitatis affectu; secundo ex
commemoratione suorum vinculorum; tertio ex consideratione divinorum.
Charitatis autem affectum insinuat per obsecrationem. Unde dicit itaque,
ex quo tot beneficia a domino recepistis, obsecro vos, cum tamen
imperare possem, sed propter humilitatem non impero, magis autem obsecro. Prov.
XVIII, 23 dicitur : cum obsecrationibus loquitur pauper. Item propter
charitatem, quae magis movet ad opus, quam timor. Phil. I, 8 : fiduciam
multam habens in Christo imperandi tibi quod ad rem pertinet, propter
charitatem magis obsecro, et cetera. |
I° Il engage les Ephésiens conserver l’unité de l'Eglise par trois motifs : I. par un sentiment de charité ; II. par le souvenir de chaînes ; III. par la considération des bienfaits de Dieu. I. Le sentiment de charité, il l’inspire on les suppliant, c'est pourquoi il dit (verset 1) : Ainsi donc, puisque vous avez reçu de Dieu tant de bienfaits, je vous conjure, bien que cependant je puisse vous commander, mais par humilité je ne le fais pas, j’aime mieux prier ; (Proverbes XVIII, 23) : "Le pauvre ne parle que par des supplications." Ensuite en leur témoignant de l’amour, qui plus que la crainte porte à agir ; (Philémon, 8) : "Encore que je puisse prendre, en Jésus-Christ, une grande liberté de vous ordonner une chose qui est de votre devoir, néanmoins l’amour que j'ai pour vous fait que j’aime mieux vous supplier, etc. " |
Ex commemoratione vero suorum vinculorum
inducit eos, dicens ego vinctus in domino. Ex quibus inducit eos ad
servandam sic unitatem, propter tria. Primo quia amicus magis compatitur
amico afflicto, et nititur in pluribus facere voluntatem suam, ut vel sic eum
consoletur. Eccli. XII, 8 s. : non agnoscetur in bonis amicus,
et non abscondetur in malis inimicus. In bonis viri, inimici illius in
tristitia, et in malitia illius, amicus agnitus est. |
II. Il les exhorte ensuite par le rappel de ses chaînes, en disant (verset 1) : Moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur. Et il en tire trois raisons pour les engager à conserver l’unité. 1° D’abord parce qu’un ami compatit davantage à son ami quand il est affligé et redouble d’efforts pour faire ce qu’il veut, afin de lui donner ainsi de la consolation ; (Ecclesiastique XII, 8) : "L’ami ne se connaît pas dans la prospérité, et l’ennemi ne se peut cacher dans l’adversité. Quand un homme est heureux ses ennemis sont tristes, et quand il est malheureux, on connaît son ami." |
Secundo quia apostolus ipse vincula patiebatur
pro ipsorum utilitate, et ideo inducit eos ad memoriam, quasi volens eos
obligare. II Cor. I, 6 : sive autem tribulamur pro vestra exhortatione et
salute, sive consolamur pro vestra consolatione, sive exhortamur pro vestra
exhortatione et salute; quae operatur tolerantiam earumdem passionum, quas et
nos patimur. |
2° Ensuite, parce que l’Apôtre lui-même portait ces chaînes pour leur utilité. Il les invite donc à s’en souvenir, afin de leur constituer par là une sorte d’obligation ; (2 Co I, 6) : "Soit que nous soyons affligés, c'est pour votre consolation et pour votre salut; soit que nous soyons consolés, c'est aussi pour votre consolation ; soit donc que nous soyons encouragés, c'est pour votre consolation et pour votre salut, qui s’accomplit dans la souffrance des mêmes maux que nous souffrons." |
Tertio quia, ut supra dictum est cap. III in
illa parte : quae est gloria vestra, huiusmodi erant eis ad magnam
gloriam, dum Deus pro eis amicos et electos suos exposuit tribulationibus pro
ipsorum salute. Et ideo addit in domino, id est, propter dominum. Vel
ideo dicit hoc, quia erat ad gloriam apostoli, quod non ut fur, aut homicida,
sed ut Christianus et propter dominum nostrum Iesum Christum vinculatus erat,
iuxta illud Ezech. III, 25 : ecce data sunt super te vincula,
et ligabunt te in eis, et cetera. |
3° Enfin, comme il a été dit, plus haut, (III) sur ce passage : qui sont votre gloire, les souffrances de saint Paul étaient pour les Ephésiens un grand sujet de gloire, puisque Dieu éprouvait pour eux ses amis et ses élus, afin de préparer leur salut. Voilà pourquoi il dit (verset 1) : dans le Seigneur, c'est-à-dire à cause de lui. Ou encore, l’Apôtre s’exprime peut-être ainsi, parce que c'était pour lui-même une gloire d’être chargé de chaînes, non comme un voleur et un homicide, mais comme chrétien et pour Notre Seigneur Jésus-Christ, suivant cette parole d’Ezéchiel (III, 25) : "Voilà qu'ils vous préparent des chaînes ; ils vous en lieront, etc." |
Ex consideratione vero divinorum beneficiorum
inducit eos, dicens ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis, id
est attendentes dignitatem ad quam vocati estis, ambuletis secundum quod ei
convenit. Si enim quis vocatus esset ad nobile regnum, indignum esset quod
faceret opera rusticana. Sic monet Ephesios apostolus, quasi dicat : vocati
estis ut sitis cives sanctorum et domestici Dei, ut dictum est supra cap. II,
19, non est ergo dignum ut faciatis opera terrena, nec ut de mundanis
curetis. Ideo dicit digne, et cetera. Col. I, 10 : ambuletis digne,
Deo per omnia placentes. Phil. I, 27 : digne Evangelio Christi
conversamini. Et quare? Quia vocavit vos de tenebris in admirabile
lumen suum, I Petr. II, 9. |
III. Saint Paul les engage ensuite par la considération des bienfaits divins, en disant (verset 1) : de vous conduire d’une manière qui soit digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés, c'est-à-dire de penser à la dignité à laquelle vous avez été élevés, afin de vous conduire d’une manière digne d'elle. Si quelqu’un, en effet, était appelé à un noble royaume, il serait indigne de lui de se livrer à des occupations rustiques. C’est dans ce sens que l’Apôtre exhorte le Ephésiens, comme s’il leur disait : vous avez été appelés à être les concitoyens des saints et les serviteurs de Dieu, comme il a été dit (ci dessus II, 19), il n’est donc pas convenable que vous vous livriez à des soins terrestres, et que vous vous inquiétiez des choses du monde. Voilà pourquoi il dit : dignement ; (Col 1, 10) : "Afin que vous vous conduisiez d’une manière digne de Dieu, lui plaisant en toutes choses" ; (Philipp., I, 27) : "Ayez soin de vous conduire d’une manière digne de l’Evangile de Jésus-Christ." Et pourquoi ? C’est qu’il "vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière!" (I Pierre, II, 9). |
Consequenter cum dicit cum omni humilitate,
etc., ponit modum suae monitionis, docens quomodo digne poterunt ambulare.
Ponit ergo quatuor virtutes, et excludit quatuor vitia eis opposita. |
II° Lorsque saint Paul dit ensuite (verset 2) : pratiquant en toute chose l’humilité, etc., il explique la manière dont il faut pratiquer sa recommandation, en enseignant comment ils pourront se conduire dignement. Il indique donc à cet effet quatre vertus, et condamne quatre vices qui leur sont opposés. |
Primum autem vitium quod excludit est
superbia. Dum enim unus superbiens vult alii praeesse et alius similiter
superbus non vult subesse, causatur dissensio in societate et tollitur pax.
Unde Prov. XIII, 10 : inter superbos semper iurgia sunt. Ad quod
excludendum dicit cum omni humilitate, scilicet interiori et
exteriori. Eccli. III, 20 : quanto magnus es, humilia te in omnibus,
et cetera. Phil. II, 3 : in humilitate superiores invicem arbitrantes.
Iac. IV, 6 : Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. |
I. Le premier de ces vices qu’il proscrit, c'est l’orgueil. Lorsqu’en effet un orgueilleux veut l’emporter sur un autre, et qu’un autre orgueilleux ne veut pas se soumettre, il y a cause de dissension dans la société, et la paix est troublée. Aussi est-il dit (Proverbes XIII, 10) : "Il y a toujours des querelles entre les superbes." Pour les prévenir, l’Apôtre dit (verset 2) : pratiquant en toute chose l’humilité, extérieure et intérieure ; (Ecclesiastique III, 20) : "Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses, etc." ; (Philipp., II, 3) : "Que chacun, par humilité, croie les autres au-dessus de soi" ; (Jacques IV, 6) : "Dieu résiste aux superbes; il donne sa grâce aux humbles." |
Secundum est ira. Iracundi enim sunt propinqui
ad iniuriam inferendam verbis vel factis, ex quo turbationes oriuntur. Prov.
XV, v. 18 : vir iracundus provocat rixas; qui patiens est, mitigat
suscitatas. Ad hoc excludendum dicit et in mansuetudine, quae
mitigat rixas, et pacem conservat. Prov. III, 34 : mansuetis dabit gratiam.
Ps. XXXVI, 11 : mansueti autem haereditabunt terram. Eccli. III, 19 : fili,
in mansuetudine opera tua perfice, et super gloriam hominum diligeris. |
II. Le second de ces vices, c'est la colère. Ceux qui s’y livrent sont, en effet, prompts à faire injure, soit par leurs paroles, soit par leurs actes : de là des troubles ; (Proverbes XV, 18) : "L’homme en colère provoque des querelles, celui qui est patient, apaise celles qui étaient nées." Contre ces désordres, l’Apôtre dit (verset 2) : et dans la douceur, qui apaise les querelles, et conserve la paix ; (Prov. III., 34) : "Il donnera sa grâce à ceux qui sont doux" ; (Psaume XXXVI, 11) : "La terre tombera en héritage à ceux qui sont doux" ; (Ecclesiastique III, 19) : "Mon fils, accomplissez vos œuvres dans la douceur, et vous vous attirerez non seulement l’estime mais encore l’amour des hommes." |
Tertium est impatientia. Quandoque enim
aliquis humilis est et mansuetus in se, abstinens a molestiis inferendis, non
tamen patienter sustinet molestias sibi illatas, vel attentatas. Ideo
subdit cum patientia, scilicet adversorum. Iac. I, 4 : patientia
autem opus perfectum habet. Eccli. II, 4 : in humilitate tua patientiam
habet. Hebr. X, 36 : patientia vobis necessaria est, ut voluntatem Dei
facientes, et cetera. |
III. Le troisième vice, c'est l’impatience. Quelquefois, en effet, on est doux et humble en soi-même, on s’abstient de molester en quoi que soit, et toutefois on ne supporte avec patience ceux qui molestent, ou qui cherchent à molester. Voilà pourquoi saint Paul ajoute (verset 2) : et la patience, à l’égard de ceux qui s’opposent à vous ; (Jacques I, 4) : "La patience doit être parfaite dans ses œuvres" ; (Ecclesiastique II, 4) : "Au temps de votre humiliation, conservez la patience" ; (Hébreux X, 36) : "La patience vous est nécessaire, afin qu’en faisant la volonté de Dieu, etc. " |
Quartum inordinatus zelus. Cum enim inordinate
zelantes, omnia quae vident iudicant, nec tempus, nec locum servantes,
concitatur turbatio in societate. Gal. V, 15 : si mordetis invicem et
comeditis, videte ne ab invicem consumamini. Et ideo dicit supportantes
invicem in charitate, scilicet mutuo sustinentes defectus aliorum, et hoc
ex charitate. Quia quando deficit aliquis, non debet statim corrigi, nisi
adsit locus et tempus, sed misericorditer expectari, quia charitas omnia
sustinet, I Cor. XIII, 7. Non autem debent huiusmodi defectus supportari
ex negligentia vel ex consensu et familiaritate, vel carnali amicitia, sed ex
charitate. Gal. VI, 2 : alter alterius onera portate, et cetera. Rm XV,
1 : debemus nos firmiores imbecillitates infirmorum sustinere. |
IV. Le quatrième vice, c'est le zèle immodéré. En effet ceux qui ont un zèle semblable, jugent tout ce qu’ils voient, sans tenir compte ni des temps, ni des lieux, et il y a trouble dans la société ; (Galat., V, 15) : "Si vous vous mordez, et si vous vous dévorez les uns les autres, prenez garde de vous entre-détruire." Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 2) : vous supportant les uns les autres avec charité, c'est-à-dire supportant réciproquement les défauts les uns des autres, et cela par charité, car si l’un de nos frères manque, on ne doit pas immédiatement le reprendre, à moins que le temps et le lieu ne soient convenables, mais il faut patienter miséricordieusement "car la charité supporte tout" (1 Co XIII, 7). On ne doit pas cependant supporter de semblables défauts par faiblesse, par amitié ou connivence, ou encore par quelque amitié selon la chair, mais par charité ; (Galates VI, 2) : "Portez les fardeaux les uns des autres, etc." ; (Rm XV, 1) : "Nous devons nous qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des infirmes." |
Consequenter cum dicit solliciti servare,
etc., ostendit monitionis finem, qui quidem est ut servetur unitas inter
fideles. Circa quod tria facit. Primo ponit ipsam unitatem, quae est finis;
secundo describit modum unitatis, ibi in vinculo pacis; tertio ponit
rationem servandae unitatis, ibi sicut vocati estis, et cetera. Dicit
ergo primo : dico quod digne ambuletis, etc., et hoc faciatis solliciti
servare unitatem spiritus. Est autem duplex unitas. Una ad malefaciendum,
quae est mala, et potest dici unitas carnis. Eccli.
XI, 34 : a scintilla una augetur ignis, et ab uno doloso augetur sanguis.
Alia est unitas spiritus, quae est bona ad
faciendum bonum. Ps. CXXXII, 1 : ecce quam bonum et quam iucundum, et
cetera. Io. XVII, 11 : ut sint unum, sicut et nos unum sumus. |
III° En ajoutant (verset 5) : et travaillant avec soin à conserver,
etc., l’Apôtre indique la fin de sa recommandation, qui est de
conserver l'unité parmi les fidèles. Trois points : I.
Il rappelle cette unité qui est cette fin ; II.
il explique la forme de cette unité (verset 5) : par le lien de la
paix ; III. il donne la raison de
conserver l’unité (verset 4) : comme vous avez été appelés, etc. I. Il dit donc : Vous devez vous conduire d’une manière digne, etc. de votre vocation, et vous le ferez en travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit, etc. Or il y a deux espèces d’unité : l’une dans le but de faire le mal ; elle est mauvaise et peut s’appeler l’unité de la chair ; (Ecclesiastique XI, 30) : "Une étincelle seule allume un grand feu, etc." "un seul trompeur multiplie les meurtres." L’autre est l’unité d’esprit : elle est bonne et veut faire le bien ; (Psaume CXXXII, 1) : "Qu’il est bon, qu’il est doux, etc." ; (Jean, XVII, 11) : "Qu’ils soient un, comme nous sommes un." |
Modus autem servandae unitatis est in vinculo
pacis. Charitas enim est coniunctio animorum. Nulla autem rerum materialium
coniunctio stare potest, nisi ligetur aliquo vinculo. Eodem modo nec
coniunctio animorum per charitatem stare potest, nisi ligetur; huiusmodi
autem verum ligamen est pax, quae est, secundum Augustinum, tranquillitas
modi, speciei et ordinis, quando scilicet unusquisque habet quod suum est.
Propter quod dicit in vinculo pacis. Ps. CXLVII, v. 14 : qui posuit
fines tuos pacem, et cetera. Quae quidem
pax servatur per iustitiam. Is. XXXII, v. 17 : opus iustitiae pax. Eccli.
VI, 26 : ne acedieris vinculis eius. Et quare? Quia certe, ut dicitur
ibidem, vincula illius alligatura salutis. Nunc autem, quia in homine est duplex unitas,
una scilicet membrorum ad invicem simul ordinatorum, alia corporis et animae
tertium constituentium, apostolus autem loquitur hic de unitate Ecclesiae ad
modum unitatis quae est in homine, ideo subiungit unum corpus, quasi
dicat : ligemini vinculo pacis, ut sitis unum corpus, quantum ad primam
unitatem, ut scilicet omnes fideles sint ordinati ad invicem, sicut membra
unum corpus constituentia. Rm XII, 5 : multi unum corpus sumus in Christo,
et cetera. Et unus spiritus, quantum ad secundum, ut videlicet unum
habeatis spiritualem consensum per unitatem fidei et charitatis. Vel : unum
corpus quoad proximum, et unus spiritus quoad Deum; quia qui adhaeret Deo,
unus spiritus est, I Cor. VI, 17. |
II. La manière de conserver l’unité, c'est par le lien de la paix. La charité, en effet, est l’union des âmes. Or nulle union ne peut être durable dans les choses matérielles, si elle n’est maintenue par quelque lien ; de même l’union des âmes, par la charité, ne peut subsister sans un lien qui la maintienne ; or le lien véritable de cette union, c'est la paix, qui est, suivant saint Augustin, la tranquillité du mode, de l’espèce et de l’ordre, ce qui a lieu quand chacun obtient ce qui est sien. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 3) : par le lien de la paix ; (Psaume CXLVII, 14) : "Il vous a donné pour limites la paix, etc." Cette paix se conserve par la justice ; (Isaïe XXXII, 17) : "le produit de la justice sera la paix". (Ecclesiastique VI, 26) : "Ne vous ennuyez pas de ses liens." Et pourquoi ? c'est que véritablement, ainsi qu'il est dit au même endroit (verset 53) : "Ses liens sont des bandages qui guérissent." Mais parce qu’il y a dans l’homme une double unité, l’une des membres coordonnés entre eux, l’autre du corps et de l’âme, qui en constituent une troisième, l’Apôtre parle ici de l’unité de l’Eglise, qu’il compare à l’unité qu’on trouve dans l'homme, et donc il ajoute (verset 4) : Vous êtes un seul corps comme s’il disait : Unissez-vous par le lien de la paix, afin que vous soyez un seul corps, par similitude avec la première espèce d’unité, en sorte que tous les fidèles soient disposés entre eux comme les membres qui constituent un corps ; (Rom, XII, 5) : "En Jésus-Christ nous sommes plusieurs qui ne formons qu’un seul corps, etc. " ; (verset 4) : et un seul esprit, par similitude avec la seconde espèce, afin qu y ait un accord spirituel, par l’unité de la foi et de la charité. Ou encore : un seul corps par rapport au prochain, et un seul esprit par rapport à Dieu, car "celui qui demeure attaché au Seigneur, est un même esprit avec lui " (1 Co VI, 17). |
Deinde cum dicit sicut vocati estis,
etc., subdit rationem huius unitatis. Quia, sicut videmus, quod quando aliqui
sunt vocati simul ad aliquid pariter habendum et mutuo percipiendum, solent
simul etiam manere et simul ire, ita spiritualiter dicit : quia vos estis
vocati ad unum, scilicet finale praemium, ideo debetis simul cum unitate
spiritus ambulare in una spe vocationis vestrae, id est in unam spem
speratam, quae est effectus vocationis. Hebr. III, 1 : fratres, facti
vocationis caelestis participes. I Cor. I, 26 : videte vocationem
vestram, et cetera. |
III. Enfin quand saint Paul dit (verset 4) : comme vous avez été appelés à une même espérance, etc., il donne la raison de cette imité. C’est que, comme l'on voit ordinairement marcher ou demeurer ensemble ceux qui sont appelés à posséder au même titre et à partager mutuellement, ainsi dit-il au sens spirituel : puisque vous êtes appelés à un même terme, la récompense finale, vous devez donc marcher ensemble dans l’unité de l’Esprit, dans la même espérance de votre vocation, c'est-à-dire dans une seule et unique espérance que vous avez tous, et qui est l’effet de votre vocation ; (Hébreux III, 1) : "Vous donc, saints frères qui avez part à la vocation céleste," ; (1 Co I, 26) : "Considérez votre vocation, etc." |
Sed posset aliquis dicere : quis vocabit nos,
et ad quid? Respondetur I Petr. V, 10 : Deus autem omnis gratiae, qui
vocavit nos in aeternam gloriam suam, etc., ubi est beatitudo vestra.
Apoc. XIX, 9 : beati qui ad coenam nuptiarum agni vocati sunt. |
Mais
l’on pourrait dire : Qui nous a appelés, et à quoi sommes-nous appelés ? On
répond (I Pierre, V, 10) : "Je prie le Dieu de toute grâce qui nous a
appelés à son éternelle gloire, etc.", là est votre béatitude
(Apocal, XIX, 9) : "Heureux ceux qui ont été appelés aux noces de l’agneau." |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens IV, 5 et. 6 : L'unité de l'Eglise |
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SOMMAIRE. - L’unité de l’Eglise se voit en ce qu’il n’y a qu’un Dieu, une foi, un baptême. |
[5] unus Dominus
una fides unum baptisma [6] unus Deus et Pater omnium qui
super omnes et per omnia et in omnibus nobi. |
5. Il n’y a qu’un Seigneur,
qu’une foi, qu’un baptême 6. Qu’un Dieu Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui étend sa providence sur tous et qui réside en nous tous. |
[87807] Super Eph., cap. 4 l. 2 Posita
eorum exhortatione pro servanda ecclesiastica unitate, in hac parte apostolus
formam dictae unitatis ipsis Ephesiis insinuat. Ubi
sciendum est, quod cum Ecclesia Dei sit sicut civitas, est aliquod unum et
distinctum, cum non sit unum sicut simplex, sed sicut compositum ex diversis
partibus. Et ideo apostolus duo facit. Primo ostendit id quod est commune
Ecclesiae; secundo ostendit id quod est distinctum in ipsa, ibi unicuique
autem nostrum data est gratia, et cetera. In qualibet autem civitate, ad
hoc ut sit una, quatuor debent esse communia, scilicet unus gubernator, una
lex, eadem insignia, et idem finis : haec autem quatuor dicit apostolus esse
in Ecclesia. |
Après avoir exhorté les Ephésiens à conserver l’unité de l’Eglise, l’Apôtre, dans cette partie de son Epître, leur fait entrevoir la forme de cette unité. Il faut ici remarquer que l’Eglise de Dieu, étant semblable à une cité, a quelque chose de l’unité et quelque chose de la diversité, puisqu’elle n’est pas unie comme ce qui est simple, mais comme un tout de diverses parties. Saint Paul traite donc deux points : il explique d’abord ce qui dans l’Eglise est commun, ensuite ce qui en elle est divers (verset 7) : Car la grâce a été donnée à chacun de nous, etc… Or, dans toute cité, qui possède l’unité, il doit y avoir quatre choses communes : I° un seul chef ; II° une seule loi; III° les mêmes signes de ralliement; IV° une même fin. Saint Paul montre que ces quatre caractères se trouvent dans l’Eglise. |
Dicit ergo : dico quod debetis habere unum
corpus et unum spiritum, quia estis in unitate Ecclesiae, quae est una.
Primo, quia habet ducem unum, scilicet Christum, et quantum ad hoc dicit unus
dominus, non plures, pro quorum diversis voluntatibus oporteat vos
discordare. Dicitur enim Hebr. III, 6 : Christus est tamquam filius in
domo sua. Act. II, 36 : certissime ergo sciat omnis domus Israel, quia
et dominum eum et Christum Deus fecit hunc Iesum, quem vos crucifixistis.
I Cor. VIII, 6 : unus dominus noster Iesus Christus. Zach. c. XIV, 9 :
in illa die erit dominus unus, et nomen eius unum. Secundo
quia lex eius est una. Lex enim Ecclesiae est lex fidei. Rm III, v. 27 : ubi
est ergo nunc gloriatio tua? Exclusa est. Per quam legem? Factorum? Non, sed
per legem fidei. Sed fides quandoque sumitur pro ipsa re credita, secundum
illud : haec est fides Catholica, etc., id est, ista debent credi.
Quandoque vero sumitur pro habitu fidei, quo creditur in corde. Et de utroque
hoc potest dici. De primo, ut sit sensus una est fides, id est, idem
iubemini credere et eodem modo operari, quia unum et idem est quod creditur a
cunctis fidelibus, unde universalis seu Catholica dicitur. Unde I
Cor. I, 10 : idipsum dicatis, id est sentiatis, omnes, et
cetera. Alio modo una est fides, id est unus habitus fidei quo
creditur; una, inquam, non numero, sed specie, quia idem debet esse in corde
omnium; et hoc modo idem volentium dicitur una voluntas. |
I° Il dit donc : vous devez être un seul corps et avoir un même esprit, car
vous êtes dans l’unité de l’Eglise qui est une. En effet, elle a d’abord un
seul chef qui est Jésus-Christ (verset 5) : Il n’y a qu’un seul Seigneur, et
non pas plusieurs, dont les volontés diverses deviendraient pour vous un
sujet de discorde ; (Hébreux III, 6) : "Jésus-Christ comme Fils
a autorité sur sa maison" ; (Actes II, 36) : "Que
toute la maison d’Israël sache donc très certainement que Dieu a fait
Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié" ; (1
Co VIII. 6) : "Il n’y a qu’un seul Seigneur Jésus-Christ" ;
(Zacharie, XIV, 9) : "En ce jour là, le Seigneur sera unique, et son
seul nom sera révéré." II° Sa loi est une, car la loi de l’Eglise, c'est la loi de la foi (Rm III, 27) : "Où est donc, ô Juif, le sujet de votre gloire ? Il est exclu. Et par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres ? non mais par celle de la foi." Or la foi se prend quelquefois pour la vérité que l’on croit, selon cette parole : "Ceci est la foi catholique, etc. " (Symbole de saint Athanase), c'est-à-dire : on doit croire ces vérités. On peut aussi l’entendre de l’habitude de la foi, par laquelle on croit de coeur. L’on peut expliquer ce passage dans les deux sens. Au premier, en disant : Il n’y a qu’une foi, c'est-à-dire vous avez reçu le commandement de croire et d’agir suivant la même règle, parce que ce que tous les fidèles doivent croire est un seul et même symbole. C’est de là que l’Eglise est appelée universelle ou catholique. De la aussi (2 Co I, 10) : "Ayez tous le même langage, etc." c'est-à-dire soyez tous unis de sentiment. Au second sens : Il n’y a qu’une foi, veut dire l’habitude de la foi par laquelle on croit, est une ; une, c'est-à-dire non quant au nombre, mais dans sa nature, parce que le même sentiment doit se trouver dans le coeur de tous. On dit de même de ceux qui veulent une même chose ils n’ont qu’une volonté. |
Tertio eadem sunt insignia Ecclesiae, scilicet
sacramenta Christi, inter quae primum Baptisma, quod est ianua omnium
aliorum. Et ideo dicit unum Baptisma. Dicitur autem unum triplici
ratione. Primo quia Baptismata non differunt secundum baptizantes; quia a
quocumque conferantur, uniformem virtutem habent, quia qui baptizat interius,
unus est, scilicet Christus. Io. I, v. 33 : super quem videris spiritum
descendentem, et manentem super eum, hic est qui baptizat in spiritu sancto.
Secundo dicitur unum, quia datur in nomine
unius, scilicet Trinitatis. Baptizantes eos in nomine patris, et filii, et
spiritus sancti. Tertio quia iterari non potest. Poenitentia autem,
matrimonium, Eucharistia, et extrema unctio, iterari possunt, non autem
Baptismus. Hebr. VI, 4 : impossibile est eos qui semel sunt illuminati,
scilicet per Baptismum, gustaverunt autem donum caeleste, et participes
facti sunt spiritus sancti, gustaverunt nihilominus bonum Dei verbum
virtutesque saeculi venturi, et prolapsi sunt, scilicet per peccatum, renovari
rursus ad poenitentiam. Non iteratur autem vel propter characterem, vel
quia causa eius non iteratur. Rm VI, 4 : consepulti enim sumus cum illo
per Baptismum in mortem, et cetera. Nunc autem Christus semel pro
peccatis mortuus est, ut dicitur I Petr. III, 18. |
III° L’Eglise a les mêmes signes de ralliement, je veux dire : les sacrements de Jésus-Christ, parmi lesquels le baptême tient le premier rang, parce qu’il est la porte de tous les autres. Aussi l’Apôtre dit-il (verset 5) : Il n’y a qu’un baptême. Un seul, disons nous, pour une triple raison. D’abord parce que les baptêmes rie subissent aucune différence à raison de ceux qui baptisent, car ils ont la même efficacité, quel que soit celui qui les confèrent, car celui qui baptise intérieurement est unique, à savoir Jésus-Christ ; (Jean, I, 53) : "Celui sur lequel vous verrez descendre et demeurer le Saint-Esprit, est celui qui baptise dans le Saint-Esprit." Ensuite il est appelé un, parce qu’il est donné au nom d’un seul, à savoir la Sainte Trinité ; [(Matth., XXVIII, 19)] : "Les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." Enfin parce qu’il ne saurait être réitéré. La Pénitence, le Mariage, l’Eucharistie, l’Extrême-onction peuvent l’être; le Baptême jamais ; (Hébreux IV, 4) : "Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés," par le baptême s’entend, "qui ont goûté le don du ciel, et sont devenus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris encore de la sainte parole de Dieu et des grandeurs du monde à venir, et qui après cela sont tombés," à savoir par le péché, "se renouvellent une seconde fois par la pénitence," Le baptême ne se répète pas, soit à cause du caractère, soit parce que la cause pour laquelle il est donné ne se renouvelle pas ; (Rm VI, 4) : "Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir, etc." Or Jésus Christ "est mort une fois pour les péchés", ainsi qu’il est dit (I Pierre III, 18). |
Quarto in Ecclesia est idem finis, qui est
Deus. Filius enim ducit nos ad patrem. I Cor. XV, 24 : cum
tradiderit regnum Deo et patri, cum evacuaverit omnem principatum, et
potestatem, et virtutem, oportet autem illum regnare, et cetera. Et
quantum ad hoc subiungit, dicens unus Deus, etc., ubi primo, ponit
apostolus eius unitatem; secundo eius dignitatem, ibi qui est super omnes,
et cetera. |
IV° Enfin dans l’Eglise, il n’y a qu’une même fin qui est Dieu, car le Fils nous conduit au Père ; (I corinth., XV, 24) : "Lorsqu’il aura remis son royaume à Dieu et au Père, et qu’il aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance, Jésus-Christ doit régner, etc." C’est ce qui fait ajouter à saint Paul (verset 6) : Il n’y a qu’un Dieu, etc., parole dans laquelle l’Apôtre exprime I. l’unité de Dieu ; II. sa grandeur (verset 6) : qui est au-dessus de tous, etc. |
Circa primum duo dicit : primum pertinet ad
naturam divinam; unde dicit unus Deus. Deut. VI, 4 : audi, Israel,
dominus Deus tuus unus est. Aliud pertinet ad eius benevolentiam ad nos
et ad pietatem; unde dicit et pater omnium. Is.
LXIII, 16 : tu, domine, pater noster, et redemptor noster. Mal. II, 10
: numquid non pater unus omnium nostrum? Numquid non Deus creavit nos?
Dignitatem autem eius commendat ex tribus. Ex
altitudine divinitatis, cum dicit qui est super omnes. Ps. CXII, 4 : super
omnes gentes dominus, et cetera. Ex amplitudine eius potestatis, cum
dicit per omnia. Ier. c. XXIII, 24 : caelum et terram ego impleo,
et cetera. Ps. VIII, 8 : omnia subiecisti sub pedibus, et cetera. Lc.
X, 22 : omnia mihi quippe tradita sunt, quippe quia omnia per ipsum
facta sunt, Io. I, 3. Sed modo quo dicitur Sap. XI, 21 : omnia in
numero, et pondere, et mensura disposuisti. Ex largitate gratiae, cum
dicit et in omnibus nobis, scilicet per gratiam. Ier. XIV, 9 : tu
autem in nobis es, domine, et cetera. |
I. A l’égard de l’unité, saint Paul remarque deux
choses : 1° la première a rapport à la nature
divine (verset 6) : il n’y a qu’un Dieu ; (Deut., VI, 4) : "Ecoutez,
ô Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul et l’unique." - 2° la seconde se rapporte à son bon vouloir et à sa
bonté pour nous. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 6) : et Père de tous.
(Isaïe, LXIII, 16) : "Vous êtes, Seigneur, notre Père et notre
rédempteur" ; (Malach., II, 10) : "N’est-ce pas lui qui
est le Père de nous tous ? N’est-ce pas lui seul qui nous a créés ?" II. Saint Paut exalte ensuite la grandeur de Dieu en disant : 1° la hauteur de la divinité (verset 6) : qui est au-dessus de tous ; (Psaume CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au dessus de toutes les nations, etc." 2° l’étendue de sa puissance (verset 6) : qui est sur tous ; (Jérémie XXIII, 24) : "N’est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ?" ; (Psaume VIII, 8) : "Vous avez mis toutes choses sous ses pieds, etc. " ; (Luc X, 22 ; Matth., XI, 27) : "Mon Père m’a mis toutes choses entre les mains, car toutes choses ont été faites par lui" (Jean, I, 3) ; mais de la manière expliquée au livre de la Sagesse (XI, 21) : "Vous réglez toutes choses avec nombre, avec poids, avec mesure." – 3° le don de la grâce (verset 6) : et en nous tous, à savoir par la grâce ; (Jér., XIV, 9) : "Pour vous, Seigneur, vous êtes en nous, etc." |
Sed primum appropriatur patri, qui est fontale
principium divinitatis et omnes creaturas excellit. Secundum filio, qui est
sapientia attingens a fine usque ad finem fortiter, Sap. VIII, 1.
Tertium vero spiritui sancto, qui replet orbem terrarum, Sap. I, 7. |
Mais le premier de ces titres appartient au Père, qui est le principe et la source de la divinité, et domine au-dessus de toutes les créatures ; le second au Fils, qui est la sagesse, "qui atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec force " (Sagesse, VIII, 1) ; le troisième au Saint-Esprit "qui remplit l’univers" (Sagesse, I, 7). |
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Lectio 3 |
Leçon 3 — Ephésiens IV, 7 à 10 : L'unité de l'Eglise |
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SOMMAIRE : Saint Paul démontre l’unité de l'Eglise par ce qui est propre et particulier à chaque fidèle. |
[7] unicuique autem nostrum data est
gratia secundum mensuram donationis Christi [8] propter quod dicit ascendens in
altum captivam duxit captivitatem dedit dona hominibus [9] quod autem ascendit quid est nisi
quia et descendit primum in inferiores partes terrae [10] qui descendit ipse est et qui
ascendit super omnes caelos ut impleret omnia. |
7. Or la grâce a été donnée à
chacun de nous, selon la mesure du don du Christ. 8. C’est pourquoi l’Ecriture dit,
qu’étant monté en haut, il a mené captive une multitude de captifs, et a
répandu ses dons sur les hommes. 9. Mais pourquoi est-il dit
qu’il est monté, sinon parce qu’il était descendu auparavant dans les parties
les plus basses de la terre ? 10. Celui qui est descendu, est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. |
[87808] Super Eph., cap. 4 l. 3 Supra ostendit
apostolus ecclesiasticam unitatem quantum ad id quod in Ecclesia est commune,
hic idem ostendit quantum ad hoc quod singulis fidelibus membris Ecclesiae
est proprium et speciale. Circa quod tria facit : primo proponit
distinctionem; secundo inducit ad hoc auctoritatem, ibi propter quod dicit,
etc.; tertio ponit auctoritatis expositionem, ibi quod autem ascendit,
et cetera. Dicit ergo : habemus in Ecclesia unum Deum, unam fidem, etc., sed
tamen diversas gratias diversis particulariter collatas habemus, quia unicuique
nostrum data est gratia, quasi dicat : nullus nostrum est qui non sit
particeps divinae gratiae et communionis. Io. I, 16 : de plenitudine eius
omnes accepimus gratiam pro gratia. Sed certe ista gratia non est data
omnibus uniformiter seu aequaliter, sed secundum mensuram donationis
Christi, id est secundum quod Christus est dator, et eam singulis
mensuravit. Rm XII, 6 : habentes donationes secundum gratiam quae data est
nobis differentes. Haec differentia non est ex fato, nec a casu, nec ex
merito, sed ex donatione Christi, id est secundum quod Christus nobis
commensuravit. Ipse enim solus recepit spiritum non ad
mensuram, Io. III, 34, caeteri autem sancti ad mensuram recipiunt. Rm XII,
3 : unicuique sicut Deus divisit mensuram fidei. I Cor. III, 8 : unusquisque
propriam mercedem accipiet, et cetera. Matth. XXV, 15 : unicuique
secundum propriam virtutem, et cetera. Quia sicut in potestate Christi
est dare vel non dare, ita dare tantum vel minus. |
L’Apôtre,
dans ce qui précède, a démontré l’unité de l’Eglise au point de vue de ce
qui, en elle, est commun à tous ; il l’établit ici par ce qui est propre et
spécial à chacun de ses membres en particulier. I° Il expose la destination des
dons ; II°
il s’appuie d'une autorité (verset 8) : C’est pourquoi l’Ecriture dit,
etc…; III°
il donne l’explication du passage qu’il a cité (verset 9) : Mais pourquoi
est-il dit qu’il est monté, etc. I° Il dit donc : Dans l’Eglise, nous n’avons qu’un seul Dieu, une seule foi, etc…, toutefois nous avons aussi des grâces diverses, accordées en particulier aux divers fidèles, (verset 7) : car la grâce a été donnée à chacun de nous ; en d’autres termes : Il n’est aucun de nous qui ne participe à la grâce divine et à la communion ; (Jean, I, 16) : "Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce." Or cette grâce n’est assurément pas donnée à tous uniformément et également, mais selon la mesure du don de Jésus-Christ, c'est-à-dire comme Jésus-Christ a voulu la donner, et l’a mesurée à chacun ; (Rm XII, 6) : "Nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été donnée. Cette différence ne vient ni du destin, ni du hasard, ni du mérite, mais du don de Jésus-Christ, c'est-à-dire selon que Jésus-Christ nous l’a mesurée. Car lui seul reçoit l’Esprit Saint sans mesure (Jean, I, 52), tandis qu’aux autres saints, quels qu’ils soient, elle est mesurée ; (Rm XII, 3) : "Selon la mesure de la foi que Dieu a départie à chacun" ; (1 Co III, 8) : "Chacun recevra sa récompense, etc."; (Matth., XXV, 15) : "A chacun selon sa capacité, etc." Car, de même qu’il est en la puissance de Jésus-Christ de donner ou de ne pas donner, ainsi l’est-il de donner autant ou moins. |
Sequitur propter quod dicit, et cetera.
Hic ponit quamdam auctoritatem assumptam de Ps. LXVII, 19, et refertur ad hoc
quod dixit secundum mensuram donationis Christi; ubi tria facit. Primo
commemorat Christi ascensionem; secundo humani generis liberationem; tertio
ponit donorum spiritualium collationem. Partes consequuntur se. Ostendit ergo
primum, dicens sic : propter quod, scilicet significandum, dicit,
scilicet propheta David in Ps. LXVII, 19 : ascendens Christus in altum,
et cetera. Mich. II, 13 : ascendit ante eos pandens iter, et cetera.
Iob XXXIX, 18 : in altum alas erigit, et cetera. Ascendens, inquam,
sed non solus, quia captivam duxit captivitatem, eos scilicet quos
Diabolus captivaverat. Humanum enim genus captivatum erat, et sancti in
charitate decedentes, qui meruerant gloriam, in captivitate Diaboli
detinebantur quasi captivi in Limbo. Is. V, 13 : ductus est captivus
populus meus, et cetera. |
II° L’Apôtre ajoute (verset 8) : C’est pourquoi il dit, etc. Il cite ici un passage tiré du psaume (LXVII, verset 19), et il en fait l’application à ce qu’il vient de dire (verset 7) : "Selon la mesure du don de Jésus-Christ.", en trois points : I. Il rappelle l’ascension de Jésus-Christ ; II. la délivrance du genre humain ; III. le don des grâces spirituelles. Ces parties se suivent. I. Il établit la première en disant (verset 8) : C’est pourquoi, c'est-à-dire pour marquer ce que nous avons dit ; il dit, à savoir le prophète David au psaume LXVII, 19 : "Le Christ étant monté au ciel, etc." ; (Michée, II, 13) : "Celui qui doit leur montrer le chemin, marchera devant eux" et (Job, XXXIX, 18) : "Il élève les ailes, etc." Etant donc monté, dis-je, mais non pas seul, car il a mené avec lui, captifs de son amour, une multitude de captifs, c'est-à-dire ceux que le démon avait rendus captifs ; car le genre humain était captif, et les saints, qui mouraient dans la charité, après avoir mérité la gloire, étaient retenus, sous la servitude du démon, comme autant de captifs, dans les Limbes ; (Isaïe, V, 13) : "Mon peuple a été emmené captif, etc." |
Hanc ergo captivitatem Christus liberavit, et
secum duxit in caelum. Is. XLIX, 24 s. : numquid tolletur a forti praeda,
aut quod captum fuerit a robusto salvabitur, ac salvum poterit esse? Quia
haec dicit dominus : equidem et captivitas a forti tolletur, et quod ablatum
fuerit a robusto, salvabitur. Sed certe hoc non verificatur solum quantum
ad iam mortuos, sed etiam quantum ad viventes, qui captivi tenebantur sub
peccato, quos, a peccato liberans, servos fecit iustitiae, ut dicitur Rm VI,
18, et sic quodammodo eos in captivitatem duxit, non ad perniciem sed ad
salutem. Lc. V, 10 : ex hoc iam homines eris capiens. |
II. Jésus-Christ a donc délivré ces captifs et les a menés avec lui dans les cieux ; (Isaïe, XVx, 24) : "Peut-on ravir au puissant sa proie, et enlever à un homme fort ceux qu’il a faits captifs ? Voilà ce que dit le Seigneur. Les captifs du puissant lui seront enlevés, et ceux que le fort avait pris seront sauvés." Sans aucun doute, ceci se vérifie, non seulement à l’égard de ceux qui sont morts, mais encore par rapport aux vivants qui étaient retenus captifs par le péché, et que Jésus-Christ, en les délivrant de ce péché, a rendus captifs de la justice, comme il est dit (Rm VI, 18) ; et de cette manière il les a conduits en captivité, non pour leur perte, mais pour leur salut ; (Luc, V, 10) : "Votre emploi sera désormais de prendre des hommes." |
Non solum autem homines a Diaboli captivitate
eripuit, et suae servituti subiecit, sed etiam eos spiritualibus bonis
dotavit. Unde subditur dedit dona hominibus, scilicet gratiae et
gloriae. Ps. LXXXIII, 12 : gratiam et gloriam dabit dominus. II Petr.
I, 4 : per quem et pretiosa nobis promissa donavit, et cetera. Nec est
contrarium quod in littera praecedenti dicitur accepit dona in hominibus,
quia certe ipse dedit ut Deus et accepit ut homo in fidelibus, sicut in
membris suis. Dedit in caelo sicut Deus, et accepit in terra secundum modum
loquendi quo dicitur Matth. c. XXV, 40 : quod uni ex minimis meis
fecistis, mihi fecistis. |
III. Jésus-Christ a non seulement délivré les hommes de la captivité du démon et les a soumis à sa propre servitude, mais il les a dotés des biens spirituels. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 8) : Il a répandu sur les hommes ses dons, c'est-à-dire les dons de la grâce et de la gloire ; (psaume LXXXIII, 12) : "Le Seigneur donnera la grâce et la gloire" ; (II Pierre. I, 4) : "Il nous a par lui communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises, etc." Ceci n’est pas opposé à ce qu’on lit dans le texte qui précède : Il a répandu ses dons sur les hommes, car il est certain qu’il les a lui-même accordés comme Dieu, mais comme homme il les a reçus dans les fidèles qui sont ses membres. Il les a donnés dans le ciel comme Dieu, et il les a reçus sur terre, selon cette façon de parler (Matth., XXV, 40) : "Ce que vous avez fait à l'un des moindres de mes frères, c'est à moi-même que vous l’avez fait." |
Deinde cum dicit quod autem ascendit,
etc., exponit propositam auctoritatem, et primo quantum ad ascensionem;
secundo quantum ad materiam donationis, ibi et ipse dedit, et cetera.
Circa primum duo facit. Primo ostendit quomodo descendit, ibi qui
descendit; secundo quomodo ascendit, ibi qui ascendit, et cetera. |
III° Quand saint Paul dit (verset 9) : [Mais pourquoi est-il dit] qu’il est monté au ciel, etc., il explique le passage qu’il a cité, d’abord, par rapport à l’ascension ; ensuite quant à l’objet des dons (verset 11) : Lui-même donc a donné, etc. Sur la première division il montre I. comment Jésus-Christ est descendu : qui est descendu, II. comment il est monté : qui est monté, etc. |
Circa primum considerandum, quod cum Christus
vere sit Deus, inconveniens videbatur quod sibi conveniret descendere, quia
nihil est Deo sublimius. Et ideo ad hanc dubitationem excludendam subdit
apostolus quod autem ascendit quid est, nisi quia et descendit primum,
et cetera. Ac si diceret : ideo postea dixi quod ascendit, quia ipse primo
descenderat, ut ascenderet : aliter enim ascendere non potuisset. Quomodo
autem descendit, subdit, dicens quia in inferiores partes terrae. Quod
potest intelligi dupliciter. Uno modo ut per inferiores partes terrae
intelligantur istae partes terrae, in quibus nos habitamus, quae dicuntur
inferiores, eo quod sunt infra caelum et aerem. In has
autem partes terrae dicitur descendisse filius Dei, non motu locali, sed
assumptione inferioris et terrenae naturae, secundum illud Phil. II, 7 : exinanivit
semetipsum, et cetera. Alio modo potest intelligi de Inferno, qui
etiam infra nos est. Illuc enim descendit dominus secundum animam, ut inde
sanctos liberaret. Et sic videtur hoc eis convenire quod dixerat : captivam
duxit captivitatem. Zach. IX, 11 : tu quoque in sanguine testamenti
tui eduxisti vinctos tuos de lacu, in quo non erat aqua. Apoc. X, 1 : vidi
alium Angelum fortem descendentem de caelo, et cetera. Ex. III, 7 : vidi
afflictionem populi mei qui est in Aegypto, etc.; et sequitur : et
descendi liberare eum. |
I. Sur le premier point, il faut remarquer que Jésus-Christ étant véritablement Dieu, il semble qu’il y ait inconvenance à ce qu’il consentit à descendre car personne n’est plus élevé que Dieu. L’Apôtre donc, afin de prévenir cette difficulté, ajoute (verset 9) : Mais pourquoi est-il dit qu’il est monté, sinon parce qu’il était descendu auparavant, etc.? Comme s’il disait : J’ai ajouté qu’il est monté, parce que d’abord ce même Jésus était descendu, afin de monter, puisque autrement il n’eût pu le faire. Il dit ensuite comment il est descendu, quand il ajoute (verset 9) : dans les parties les plus basses de la terre. Or ceci peut s’entendre de deux manières. D’abord, en ce sens que les « parties les plus basses de la terre » doivent s’entendre de celles que nous habitons, auxquelles on donne le nom d’inférieures, parce qu’elles sont au-dessous du ciel et de la région de l’air. Nous disons que le Fils de Dieu est descendu dans ces parties de la terre, non par un changement de lieu matériel, mais parce qu’il s’est uni la nature inférieure et terrestre, suivant ces paroles (Philipp., II, 7) : "Il s’est anéanti lui-même, etc." On peut encore, d’une autre manière, l’entendre des enfers, qui sont aussi au-dessous de nous, car le Seigneur y est descendu, par son âme, pour en libérer les saints. Ce que l’Apôtre a dit plus haut paraîtrait ainsi leur convenir : il a emmené captifs, les captifs qu’il a délivrés ; (Zacharie, IX, 11) : "C’est vous aussi, qui par le sang de votre alliance avez fait sortir vos captifs du fond du lac qui était sans eau" ; (Ap X, 1) : "Et je vis un autre ange fort, qui descendait du ciel, etc." ; (Exode, III, 7) : "J’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, etc.", et à la suite (verset 8) : "Je suis descendu pour le délivrer." |
Deinde cum dicit qui descendit, etc.,
manifestat eius ascensionem quantum ad tria. Primo quantum ad personam
ascendentis, cum dicit qui descendit, ipse est qui ascendit, et
cetera. In quo designatur unitas personae Dei et hominis. Descendit enim,
sicut dictum est, filius Dei assumendo humanam naturam, ascendit autem filius
hominis secundum humanam naturam ad vitae immortalis sublimitatem. Et sic est
idem filius Dei qui descendit et filius hominis qui ascendit. Io. c. III, 13
: nemo ascendit in caelum, nisi qui descendit de caelo filius hominis, qui
est in caelo. Ubi notatur quod humiles, qui voluntarie descendunt,
spiritualiter Deo sublimante ascendunt, quia qui se humiliat, exaltabitur,
Lc. XIV, 11. |
II. En disant (verset 10) : Or celui qui est descendu, etc., l’Apôtre explique l’Ascension de Jésus Christ en faisant ressortir trois choses : 1° la personne de celui qui monte aux cieux, lorsqu’il dit (verset 10) : Or, celui qui est descendu est le même qui est monté, etc. paroles par lesquelles il désigne l’unité de personne de Dieu et homme. Car, ainsi qu’il a été dit, le Fils de Dieu est descendu, en s’unissant la nature humaine ; et le Fils de l’homme est monté, dans la nature humaine, à la sublimité d’une vie immortelle. Ainsi donc, le Fils de Dieu qui est descendu et le Fils de l’homme qui est monté, c'est la même personne ; (Jean, III, 13) : "Personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel." Sur quoi il faut remarquer que les humbles, qui descendent volontairement, montent spirituellement, élevés par Dieu lui-même," parce que celui qui s’élève sera abaissé" (Luc, XIV, 11). |
Secundo ostendit terminum ascensionis, cum
dicit super omnes caelos. Ps. LXVII, 34 : qui ascendit super omnes
caelos ad orientem. Nec solum intelligendum est quod ascenderit super omnes
caelos corporales, sed etiam super omnem spiritualem creaturam. Supra c. I,
20 : constituens illum ad dexteram suam in caelestibus super omnem
principatum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen quod
nominatur, et cetera. Tertio ponit ascensionis fructum, cum dicit ut
adimpleret omnia, id est omne genus hominum spiritualibus donis repleret.
Ps. LXIV, 5 : replebimur in bonis domus tuae. Eccli. XXIV, 26 : a
generationibus meis adimplemini. Vel adimpleret, id est ut ad
effectum perduceret, omnia quae de ipso erant scripta. Lc.
ult. : oportet impleri omnia quae scripta sunt in lege et prophetis et
Psalmis de me. |
2° L’Apôtre fait voir le terme de l’ascension, lorsqu’il dit (verset 10) : au-dessus de tous les cieux ; (Psaume LXVII, 34) : "Celui qui monte au-dessus des cieux, vers l’Orient." Il ne faut pas entendre seulement qu’il est monté au-dessus des cieux corporels, mais encore au-dessus de toute créature spirituelle (ci-dessus, 1, 20) : le faisant asseoir à sa droite, dans le ciel, au-dessus de toutes les Principautés et des Puissances, et de tous les noms qui peuvent être, etc. - Enfin saint Paul exprime les effets de l’ascension, quand il dit (verset 10) : afin de remplir toutes choses, c'est-à-dire afin de combler de dons spirituels tout le genre humain ; (Psaume LXIV, 5) : "Nous serons remplis des biens de votre maison" ; (Ecclesiastique XXIV, 26) : "Remplissez vous des biens que je porte." Ou encore : afin de remplir toutes choses, c'est-à-dire pour accomplir tout ce qui a été écrit de lui : (Luc, XXIV, 44) : "Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été dit de moi dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes". |
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Lectio 4 |
Leçon 4 — Ephésiens IV, 11 à 13 : L'unité des grâces |
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SOMMAIRE. L’Apôtre énumère les grâces particulières accordées aux différents membres de l’Eglise, et explique l’utilité de ces grâces. |
[11] et ipse dedit quosdam quidem
apostolos quosdam autem prophetas alios vero evangelistas alios autem
pastores et doctores [12]
ad consummationem sanctorum in opus ministerii in aedificationem corporis
Christi [13] donec occurramus omnes in
unitatem fidei et agnitionis Filii Dei in virum perfectum in mensuram aetatis
plenitudinis Christi. |
11. Lui-même donc a donné à son
Eglise quelques-uns pour être Apôtres, d’autres pour être Prophètes, d’autres
pour être Evangélistes, d’autres pour être pasteurs et docteurs, 12. Afin que les uns et les
autres travaillent à la perfection des saints, aux fonctions de leur
ministère, à l’édification du corps du Christ, 13. Jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité d’une même foi et d’une connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’un homme parfait, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle le Christ doit être formé en nous ; |
[87809] Super Eph., cap. 4 l. 4 Hic exponit
apostolus quod supra dixerat de donatione donorum. Circa quod duo facit.
Primo ostendit quod dominus singulis fidelibus dedit donorum diversitatem;
secundo ostendit illorum donorum fructum et utilitatem, ibi ad
consummationem sanctorum, et cetera. Et quia per dona Christi diversi
status et munera in Ecclesia designantur, considerandum est quod, inter dona
Christi, primo ponit apostolos. Unde dicit et ipse dedit quosdam quidem
apostolos. Lc. VI, 13 : elegit ex ipsis quos et apostolos nominavit.
I Cor. XII, 28 : quosdam quidem posuit in
Ecclesia : primum apostolos, secundo prophetas, tertio doctores, quarto
virtutes. Apostoli primo loco ponuntur, quia ipsi privilegiati fuerunt in
omnibus donis Christi. Habuerunt enim plenitudinem gratiae et sapientiae,
quidam quantum ad revelationem divinorum mysteriorum. Lc.
ult. : aperuit eis sensum ut intelligerent, et cetera. Mc. c. IV, 11 :
vobis datum est nosse mysterium regni Dei, et cetera. Io. XV,
15 : omnia quae audivi a patre meo, nota feci vobis. Habuerunt etiam
copiam eloquentiae ad annuntiandum Evangelium. Lc. XXI, 15 : dabo vobis os
et sapientiam, cui non poterunt resistere, et contradicere omnes adversarii
vestri. Mc. ult. : euntes in mundum universum, praedicate, et
cetera. Habuerunt etiam praerogativam auctoritatis et potentiae quantum ad
curam dominici gregis. Io. ult. : pasce oves meas. II Cor., XIII, 10 :
de potestate nostra quam dedit nobis Deus in aedificationem, non in
destructionem vestram, et cetera. Ideo apostolus subiungit hic tres
gradus ecclesiasticos secundum participationem singulorum praemissorum. Nam
quantum ad revelationem divinorum mysteriorum, subdit quosdam autem
prophetas, qui praenuntiatores fuerunt incarnationis Christi, de quibus
dicitur I Petr. I, 10 : prophetae qui de futura in vobis gloria
prophetaverunt. Matth. XI, 13 : omnes enim prophetae, et lex usque ad
Ioannem prophetaverunt. Sed apostoli prophetantes fuerunt post
adventum Christi gaudia vitae futurae. Apoc. I, 3 : beatus qui legit et
qui audit verba prophetiae huius, et cetera. Item fuerunt exponentes
antiquorum prophetarum prophetias. I Cor. XIV, 1 : aemulamini spiritualia;
magis autem ut prophetetis. Matth. XXV : ecce ego mitto ad vos
prophetas et sapientes, et cetera. Quantum vero ad annuntiandum Evangelium,
subdit alios vero Evangelistas, qui scilicet habent officium
praedicandi Evangelium, vel etiam conscribendi, quamvis non essent de
principalibus apostolis. Rm X, 15 : quam speciosi pedes
evangelizantium pacem, et cetera. Is. XLI, 27 : dabo Ierusalem
Evangelistam. Quantum vero ad curam Ecclesiae subdit alios autem
pastores, curam scilicet dominici gregis habentes. Et sub eodem addit et
doctores, ad ostendendum quod proprium officium pastorum Ecclesiae est
docere ea quae pertinent ad fidem et bonos mores. Dispensare
autem temporalia non pertinet ad episcopos, qui sunt apostolorum successores,
sed magis ad diaconos. Act. VI, 2 : non est aequum nos derelinquere verbum
Dei, et ministrare mensis. Tit. I, 9 : amplectentem eum qui secundum
doctrinam est, fidelem sermonem. Dicitur de episcopis Ier. III, 15 : dabo
vobis pastores iuxta cor meum, et pascent vos scientia et doctrina. |
Saint Paul développe ici ce qu’il avait dit plus haut du don des grâces. Il montre d’abord que le Seigneur a accordé à chacun des fidèles des dons distincts. Il explique ensuite le fruit et l’utilité de ces dons (verset 12) : [afin que les uns et les autres travaillent] à la perfection des saints, etc. I° Comme c'est par les dons de Jésus-Christ que les états divers et les ministères sont distingués dans l’Eglise, il faut remarquer que l’Apôtre place au premier rang parmi ces dons, les apôtres. C’est pourquoi il dit (verset 14) : Lui-même a donc donné à son Eglise, quelques-uns pour être apôtres. (Luc, VI, 13) : "Il choisit douze d’entre eux qu’il nomma apôtres" ; (1 Co XII, 28) : "Car Dieu a établi dans son Eglise, premièrement des apôtres ; secondement des Prophètes ; troisièmement des docteurs ; ensuite ceux qui ont la vertu de faire…" Les apôtres sont placés au premier rang, parce que dans la distribution des dons de Jésus-Christ, ils furent privilégiés ; ils eurent, en effet, la plénitude de la grâce et de la sagesse, et quelques-uns la révélation plus complète des mystères divins ; (Luc, XXIV, 45) : "En même temps il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils entendissent, etc." ; (Marc, IV, 11) : "Il vous est donné à vous, de connaître le mystère du royaume de Dieu, etc. " ; (Jean, XV, 15) : "Je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père." Ils eurent aussi la force de l’éloquence pour annoncer l’Evangile ; (Luc, XXI, 15) : "Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister, et qu’ils ne pourront contredire" ; (Marc, XV, 15) : "Allez partout le monde, prêchez, etc." Ils eurent encore la prérogative de l’autorité et de la puissance, pour prendre soin du troupeau de Jésus-Christ ; (Jean XXI, 17) : "Paissez mes brebis" ; (2 Co X, 8) : "La puissance que le Seigneur m’a donnée pour votre édification et non pour votre destruction, etc." Saint Paul place donc ici trois ministères ecclésiastiques dans l’ordre de leurs rapports avec les grâces que nous avons énumérées. Quant à la révélation des mystères de Dieu, il ajoute (verset 11) : d’autres Prophètes, qui ont été les messagers de l’incarnation de Jésus-Christ, et dont il est dit (I Pierre, I, 10) : "Les Prophètes, qui ont prédit la gloire que vous deviez recevoir" ; (Matth., XI, 13) : "Jusqu'à Jean, tous les Prophètes aussi bien que la Loi ont prophétisé." Mais les apôtres ont prophétisé, après l’avènement le Jésus-Christ, les joies de la vie future ; (Ap I, 3) : "Bienheureux celui qui lit et qui écoute les paroles de cette prophétie, etc." Ils ont aussi expliqué les prophéties des anciens prophètes ; (1 Co XIV, 1) : "Désirez les dons spirituels, surtout celui de prophétiser" ; (Matth., XXV, 34) : "Je vais vous envoyer des Prophètes et des sages, etc." Quant à la prédication de l’Evangile, il dit (verset 11) : d’autres prédicateurs de l'Evangile, à qui est confié le ministère d’annoncer l’Evangile, ou de l’écrire, bien qu’ils ne fussent pas du nombre des premiers apôtres ; (Rm X, 15) : "Qu’ils sont beaux, les pieds de ceux qui annoncent l'Evangile de la paix, etc." ; (Isaïe, XLI, 27) : "Je donnerai à Jérusalem un évangéliste." Quant au soin de l’Eglise, il ajoute (verset 12) : et d’autres pasteurs, à qui est confiée la garde du troupeau du Seigneur. Il ajoute immédiatement (verset 12) : et docteurs, afin de montrer que l’office propre des pasteurs de l’Église est d’enseigner ce qui appartient à la foi et aux bonnes moeurs. Pour l’administration des choses temporelles, elle n’est pas spécialement l’oeuvre des Evêques, qui sont les successeurs des apôtres, mais plutôt celle des diacres ; (Actes VI, 2) : "Il n’est pas juste que nous laissions la parole de Dieu, pour avoir soin des tables" ; (Tite, I, 9) : "Qu’il soit (l'Evêque) fortement attaché à la parole sûre, telles qu’on la lui a enseignée" et (Jérémie, III, 15) il est dit des Evêques : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, et ils vous nourriront de la doctrine et de la science." |
Deinde cum dicit ad consummationem
sanctorum, etc., ostendit fructum praedictorum donorum seu officiorum. Et
circa hoc duo facit, quia primo assignat fructum; secundo ostendit qualiter
fideles ad hunc fructum possent advenire, ibi ut iam non simus parvuli,
et cetera. Prima iterum in duas. Primo proponit effectum proximum; secundo
ostendit fructum ultimum, ibi donec occurramus omnes, et cetera. |
II° En disant (verset 12) : [afin que les uns et les autres travaillent] à la perfection des saints, etc., saint Paul explique les effets des dons ou des ministères dont il vient de parler. Premièrement il indique ces effets ; secondement il montre comment les fidèles peuvent y arriver (verset 14) : afin que nous ne soyons plus des enfants, etc." La première partie se subdivise en deux : I. L’Apôtre fait voir les effets prochains de ces dons ; II. les effets éloignés (verset 15) : jusqu’à ce que nous arrivions tous à l’unité, etc. |
Effectus autem proximus praedictorum donorum
seu officiorum, potest attendi quantum ad tria. Uno modo quantum ad ipsos qui
sunt in officiis constituti, quibus ad hoc sunt collata dona spiritualia, ut
ministrarent Deo et proximis. Et quantum ad hoc dicit in opus ministerii,
per quod scilicet procuratur honor Dei, et salus proximorum. I Cor. IV, 1 : sic
nos existimet homo ut ministros Christi, et cetera. Is. LXI, 6 : ministri
Dei, dicetur vobis. |
I. Les effets prochains de ces dons ou ministères peuvent se considérer sous trois points de vue : 1° Quant à ceux qui ont été revêtus de ces ministères et à qui ont été accordés à cette fin les dons spirituels, pour les faire servir aux intérêts de Dieu et du prochain. Quant à cet effet, l’Apôtre dit (verset 12) : aux fonctions de leur ministère, par lequel on procure l’honneur de Dieu et le salut du prochain ; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ, etc." ; (Isaïe, LXI, 6) : "Vous serez nommés les ministres de notre Dieu." |
Alio modo quantum ad perfectionem iam
credentium, cum dicit ad consummationem, id est perfectionem, sanctorum,
id est eorum qui iam sunt sanctificati per fidem Christi. Etenim
specialiter debent intendere praelati ad subditos suos, ut eos ad statum
perfectionis perducant; unde et ipsi perfectiores sunt, ut dicit Dionysius in
ecclesiastica hierarchia. Hebr. VI, 1 : ad perfectionem feramur, et
cetera. Is. X, 22-23 : consummatio abbreviata inundabit iustitiam. Consummationem
enim, et abbreviationem dominus Deus exercituum faciet, et
cetera. |
2° Par rapport à la perfection de ceux qui croient déjà, quand il dit (verset 12) : pour mener à leur fin les saints," c'est-à-dire pour la perfection de ceux qui sont déjà sanctifiés par la foi de Jésus-Christ. Les supérieurs en effet, doivent porter tout spécialement leur attention sur leurs inférieurs, afin de les conduire à l’état de perfection, et de devenir par là plus parfaits eux mêmes, comme saint Denis le dit dans sa Divine Hiérarchie ; (Hébreux VI, 1) : "Portons-nous à ce qui est plus parfait, etc." ; (Isaïe, X, 22-23) : "La justice se répandra comme un fleuve sur le petit nombre qui sera sauvé, car le Seigneur, le Dieu des armées réduira son peuple, etc." |
Tertio quantum ad conversionem infidelium; et
quantum ad hoc dicit in aedificationem corporis Christi, id est ut
convertantur infideles, ex quibus aedificatur Ecclesia Christi, quae est
corpus eius. I Cor. XIV, 3 : ad aedificationem, et exhortationem, et
consolationem. Et sequitur ibidem : nam maior est qui prophetat quam
qui linguis loquitur, nisi forte interpretetur, ut Ecclesia aedificationem
accipiat, et ibidem, omnia ad aedificationem fiant. |
3° Enfin, par rapport à la conversion des infidèles, ce qui fait dire à l'Apôtre (verset 12) : à l’édification du corps de Jésus Christ, c'est-à-dire pour que les infidèles qui entrent dans la construction de l’Eglise de Jésus-Christ, qui est son corps, se convertissent ; (1 Co XIV, 3) : "pour les édifier, les exhorter et les consoler" ; et à la suite (verset 5) : "car celui qui prophétise est préférable à celui qui parle en langues,à moins qu’il n’ interprète ce qu’il dit, afin que l’Eglise en soit édifiée" ; et encore (verset 26) : "Que tout se fasse pour l’édification." |
Deinde cum dicit donec occurramus,
etc., assignat fructum ultimum, et potest intelligi dupliciter. Uno
modo de fructu simpliciter ultimo, qui erit in resurrectione sanctorum. Et, secundum hoc, duo declarantur. Primo quidem congregatio resurgentium et
corporalis et spiritualis. Corporalis quidem erit congregatio in hoc,
quod omnes sancti congregabuntur ad Christum. Matth. XXIV, 28 : ubicumque
fuerit corpus, illuc congregabuntur et aquilae. Et quantum ad hoc dicit donec
occurramus omnes, etc., quasi dicat : usque ad hoc extenditur praedictum
ministerium et consummatio sanctorum et aedificatio Ecclesiae, donec in
resurrectione occurramus Christo. Matth. XXV, 6 : ecce sponsus venit, exite
obviam ei. Amos IV, 12 : praeparare in occursum Dei tui, Israel,
et cetera. Et etiam occurramus nobis invicem. I Thess.
IV, 17 : simul rapiemur cum illis in nubibus obviam Christo in aera. Phil.
III, 11 : si quo modo occurram ad resurrectionem, quae est ex mortuis.
Spiritualis autem congregatio attenditur
quantum ad meritum, quod est secundum eamdem fidem, et quantum ad hoc dicit in
unitatem fidei. Supra eodem : unus dominus, una fides.
Item supra in eodem : solliciti servare unitatem spiritus, et cetera.
Et quantum ad praemium, quod est secundum Dei perfectam visionem et
cognitionem, de qua I Cor. XIII, 12 : tunc cognoscam sicut et cognitus sum.
Et quantum ad hoc dicit et agnitionis filii Dei. Ier. XXXI,
34 : omnes enim cognoscent me. |
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 15) : jusqu'à ce que nous parvenions, etc., il indique les effets ultérieurs. Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. 1° De l’effet simplement ultérieur, qui sera produit à la résurrection des saints. Dans ce sens deux choses sont manifestes. A) La première est l’assemblée des ressuscités, assemblée à la fois corporelle et spirituelle. - a) Elle est d’abord corporelle, en ce sens que tous les saints se réuniront auprès de Jésus-Christ ; (Matth., XXIV, 28) : "Partout où sera le corps, les aigles s’assembleront." Sur quoi l’Apôtre dit (verset 15) : jusqu’à ce que nous parvenions tous, etc.; en d’autres termes : le ministère dont nous avons parlé, le travail de perfection des saints et l’édification de l’Eglise s’étendront jusqu’à ce que, au jour de la résurrection, nous allions à la rencontre de Jésus-Christ ; (Matth., XXV, 6) : "Voici l’Epoux qui vient, allez au-devant de lui" ; (Amos, IV, 12) : "Préparez-vous, ô Israël, à aller au-devant de votre Dieu ! etc." Nous irons aussi à la rencontre les uns des autres ; (I Thess., IV, 17) : "Nous serons emportés avec eux dans les nues, pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l’air" ; (Philipp., III, 11) : "afin que je puisse, en quelque manière que ce soit, aller à la résurrection des morts." - b) En second lieu l’assemblée sera spirituelle à raison des mérites qui ont pour base la même foi, ce dont l’Apôtre dit (verset 15) : à l’unité d’une même foi ; (ci-dessus, IV, 5) : Il n’y a qu’un Seigneur, une foi ; et encore (ci-dessus, IV, 3) : en travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit, etc. A raison aussi de la récompense, qui consiste dans la parfaite vision et connaissance de Dieu, dont il est dit (1 Co XIII, 12) : "Je connaîtrai alors comme je suis moi-même connu." Sur ceci l’Apôtre dit (verset 13) : et de la connaissance du Fils de Dieu ; (Jérémie XXXI, 34) : "Tous me connaîtront." |
Secundo declarat praedictum fructum quantum ad
perfectionem resurgentium. Et primo ponit ipsam perfectionem, cum dicit in
virum perfectum. Ubi non est intelligendum, sicut quidam intellexerunt,
quod scilicet foeminae mutentur in sexum virilem in resurrectione, quia
uterque sexus permanebit non quidem ad commixtionem sexuum, quae tunc de
caetero non erit, secundum illud Matth. XXII, 30 : in resurrectione enim
non nubent, neque nubentur, sed sunt sicut Angeli, sed ad perfectionem
naturae et gloriae Dei, qui talem naturam condidit. Dicit ergo virum
perfectum, ad designandum omnimodam perfectionem illius status. I Cor.
XIII, 10 : cum venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est.
Et propter hoc vir magis sumitur secundum quod dividitur contra puerum, quam
secundum quod dividitur contra foeminam. Secundo ostendit exemplar huius perfectionis,
cum dicit in mensuram aetatis plenitudinis Christi. Ubi
considerandum est, quod corpus Christi verum est exemplar corporis mystici :
utrumque enim constat ex pluribus membris in unum collectis. Corpus
autem Christi fuit perductum ad plenam aetatem virilem, scilicet triginta
trium annorum, in qua mortuus fuit. Huiusmodi ergo aetatis
plenitudini conformabitur aetas sanctorum resurgentium, in quibus nulla erit
imperfectio, nec defectus senectutis. Phil. III, 21 : reformabit corpus
humilitatis nostrae, configuratum corpori claritatis suae. |
B) Secondement, saint Paul indique ces effets, par rapport à l’état parfait de ceux qui ressuscitent. - a) Et d’abord il indique cette perfection même, lorsqu’il dit (verset 13) : à l’état d’un homme parfait. Il faut ici se garder de comprendre comme quelques-uns, qui ont compris qu’à la résurrection, les femmes seraient changées en sexe fort, car l’un et l’autre demeureront, non toutefois pour s’unir, attendu que l’union conjugale n’existera plus ; (Matth., XXII, 30) : "Car après la résurrection, les hommes n’auront pas de femmes, ni les femmes de maris ; ils seront comme des anges" ; mais pour la perfection de la nature, et la plus grande gloire de celui qui l’a créée si grande. L’Apôtre dit donc : à l’état de l’homme parfait, pour marquer la perfection complète de cet état ; (1 Co XIII, 10) : "Lorsque nous serons dans l’état parfait, ce qui est imparfait sera aboli". En sorte que cette expression : l’homme est prise ici dans le sens de « contraire à », plutôt par opposition à enfant, que par opposition à femme. - b) L’Apôtre montre ensuite le modèle de cette perfection en disant (verset 13) : à la mesure de la stature parfaite de Jésus-Christ. Remarquez ici que le corps véritable de Jésus-Christ est le modèle de son corps mystique. Car l’un et l’autre sont composés de plusieurs membres, réunis en un tout. Or le corps de Jésus-Christ arriva à la plénitude de l’âge viril, à savoir trente trois ans, âge où il mourut. C’est donc à la plénitude de cet âge que sera conformé l’âge des saints qui ressusciteront, et dans lesquels il n’y aura ni imperfection, ni défaillance aucune par la vieillesse ; (Philipp., III, 1) : "Il transformera notre corps, si misérable, afin de le rendre conforme à son corps glorieux." |
Alio modo potest intelligi de fructu ultimo
praesentis vitae, in qua quidem sibi occurrent omnes fideles ad unam fidem et
agnitionem veritatis. Io. X, 16 : alias oves habeo, quae non sunt de hoc
ovili, et cetera. In qua perficitur etiam corpus Christi
mysticum spirituali perfectione, ad similitudinem corporis Christi veri. Et
secundum hoc totum corpus Ecclesiae dicitur corpus virile, secundum illam
similitudinem qua utitur apostolus Gal. IV, 1 : quanto tempore haeres
parvulus est, nihil differt a servo, et cetera. |
2° On peut encore entendre ce passage du fruit
ultérieur de la vie présente dans laquelle les fidèles se rencontreront tous
pour une même foi, une même connaissance de la vérité ; (Jean X, 16) : "J’ai
encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, etc." Dans
ce sens encore, le corps mystique de Jésus-Christ forme sa perfection
spirituelle à la ressemblance du corps véritable de Jésus-Christ ; et
suivant cette explication, le corps entier de l’Eglise est appelé un corps
viril, suivant cette comparaison dont se sert l’Apôtre (Galates IV, 1) : "Tant
que l’héritier est enfant, il n’est pas différent d’un serviteur, etc." |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens IV, 14 à 16 : la méchanceté et la faiblesse |
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SOMMAIRE : Saint Paul écarte deux obstacles, qui sont cause que nous ne pouvons parvenir aux effets des grâces : la méchanceté des hommes et la faiblesse de l’intelligence. |
[14] ut iam non simus parvuli
fluctuantes et circumferamur omni vento doctrinae in nequitia hominum in
astutia ad circumventionem erroris [15] veritatem autem facientes in
caritate crescamus in illo per omnia qui est caput Christus [16] ex quo totum corpus conpactum et
conexum per omnem iuncturam subministrationis secundum operationem in
mensuram uniuscuiusque membri augmentum corporis facit in aedificationem sui
in caritate. |
14. Afin que nous ne soyons plus
comme des enfants, comme des personnes flottantes, et qui se laissent
emporter à tous les vents des opinions humaines, par la tromperie des hommes,
et par l’adresse qu’ils ont à engager artificieusement dans l’erreur 15. Mais pratiquant la vérité
par la charité, nous croissions en toutes choses dans le Christ qui est notre
chef et notre tête, 16. De qui tout le corps, dont les parties sont jointes et unies entre elles avec une si juste proportion, reçoit par tous les vaisseaux et toutes les liaisons qui portent l’esprit et la vie, l’accroissement par l’efficacité de la mesure d’influence qui est propre à chacun des membres, afin qu’il se forme ainsi et s’édifie par la charité. |
[87810] Super Eph., cap. 4
l. 5 Posita donorum spiritualium diversitate et fructu
eorum, hic ostendit apostolus quomodo ad fructum illum perveniamus. Circa
quod duo facit. Primo duo impedimenta removet; secundo modum veniendi docet,
ibi veritatem facientes, et cetera. Dicit ergo : bene dictum est, quod
hic est fructus ultimus istorum donorum, quod scilicet occurramus domino in
virum perfectum, etc., ergo oportet nos videre ut iam non simus parvuli,
sed certe viri perfecti; quia quamdiu aliquis est puer, non est perfectus
vir. Oportet ergo quod deserat pueritiam, qui domino debet occurrere. Sic
faciebat apostolus. I Cor. XIII, 11 : quando autem factus sum vir,
evacuavi quae erant parvuli. Conditio autem pueri est,
quod non est fixus vel determinatus in aliquo, sed credit omni verbo. Si ergo
volumus exhibere nos ut viros perfectos, oportet quod deseramus cogitationem
fluctuantem, id est instabilem. Et hoc est quod dicit fluctuantes. I
Cor. XIV, v. 20 : nolite pueri effici sensibus, sed malitia parvuli estote.
Dicuntur autem fluctuantes a fluctu, quia tales ad modum fluctus non sunt
firmi in fide. Iac. I, 6 : qui enim haesitat, similis est fluctui maris,
qui a vento movetur et circumfertur. Nunc autem necesse est nos stabiles
esse et non fluctuare. Et quia ventus est prava doctrina, de qua merito
dicitur Prov. XXV, 23 : ventus Aquilo dissipat pluvias. Matth. VII, 25
: descendit pluvia, venerunt flumina, flaverunt venti, et irruerunt in
domum illam, et cecidit, et fuit ruina eius magna ideo dicit et non
circumferamur omni vento doctrinae, etc.; quasi dicat : nulla doctrina
perversa perflante ad commotionem cordis et ruinam spiritualis aedificii
debemus moveri, quia non est bona doctrina; quod patet ex tribus. Primo ex eius principio, quod est in
nequitia hominum; ideo non est bona doctrina, sed falsa et nequam, quam
dogmatizat aliquis ad perditionem animarum, ut obtineat principatum, sicut
doctrina Arrii nequissimi, qui crepuit medius, ut de ipso possit exponi illud
Eccli. XXXI, 29 : testimonium nequitiae eius verum est. Item, talis
doctrina perversa est quod patet. Secundo, ex eius processu, qui est astutia,
quia cum dolo, id est unum intendit et aliud simulat; propter quod apostolus
dicit II Cor. XI, 3 : timeo ne sicut serpens Evam seduxit astutia sua :
ita ut corrumpantur sensus vestri et excidant a simplicitate, quae est in
Christo Iesu. Tertio patet hoc idem ex effectu, quia effectus talis
doctrinae est ad circumventionem erroris, non ad denarios vel alia
temporalia acquirenda, sed ad seminandos errores seducunt et circumveniunt
tales doctores; de quibus dicitur II Tim. III, 13 : mali homines et
seductores proficient in peius errantes, et in errorem alios mittentes. |
Après avoir exposé la diversité des dons spirituels, et leurs effets, l’Apôtre indique ici comment nous pouvons parvenir à ces effets. Il écarte d’abord deux obstacles ; il enseigne ensuite le moyen d’arriver (verset 15) : pratiquant la vérité, etc. I° Il dit : c'est avec vérité que j’ai avancé que l’effet ultime de ces dons est de nous faire parvenir à l’état d’homme parfait dans le Seigneur, etc. ; il faut donc que nous voyions (verset 14) à n’être plus désormais le enfants, mais certainement des hommes parfaits, car tant qu’on est enfant, on n’a pas encore atteint la perfection de l’homme mûr. Donc quiconque doit parvenir à Dieu, est dans l’obligation de sortir de l'enfance. Ainsi le pratiquait saint Paul (1 Co XIII, 11) : "Lorsque je suis devenu homme, je me suis défait de tout ce qui tenait de l'enfant." Or le caractère de l’enfant n’a rien de fixé, rien de déterminé sur n’importe quel point ; il croit à tout ce qu’on lui dit. Si donc nous voulons nous montrer comme des hommes parfaits, il faut nous défaire de la fluctuation de nos pensées, c'est-à-dire de leur instabilité. C’est ce que dit saint Paul (verset 14) : comme des personnes flottantes." (1 Co XIV, 20) : "Mes frères, ne soyez pas enfants pour n’avoir pas de sagesse, mais soyez enfants pour être sans malice." L’Apôtre dit "flottantes," par comparaison avec les flots, car ils sont semblables aux flots, ceux qui ne sont pas fixés dans l’unité de la foi ; (Jacques I, 6) : "Celui qui hésite, ressemble au flot de la mer, qui est agité et emporté çà et là par le vent." Pour nous, il nous est maintenant nécessaire d’être stables, et de ne pas flotter au gré des vents. Et comme les vents ce sont les doctrines mauvaises, dont il est dit avec raison (Proverbes XXV, 25) : "Le vent d’aquilon dissipe la pluie" ; (Matth., VII, 25) : "Et la pluie est tombée, les fleuves ont débordé, les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison ; elle a été renversée, et la ruine en a été grande", l’Apôtre dit (verset 14) : qui se laissent emporter à tous les vents des opinions, etc.; en d’autres termes, nulle doctrine perverse, qui souffle pour émouvoir notre coeur, et jeter en bas notre édifice spirituel, ne doit avoir prise sur nous, car ce n’est pas une bonne doctrine, et on peut le reconnaître à trois caractères. D’abord, à son principe qui est (verset 14) la tromperie des hommes. Elle n’est donc pas une doctrine salutaire, mais fausse et funeste, et semée par son auteur dans le but de perdre les âmes et d’obtenir des dignités ; comme cette doctrine du détestable Arius qui creva par le milieu du ventre, en sorte qu’on peut lui appliquer cette parole (Ecclesiastique XXXI, 29) : "Et le témoignage qu’on rendra à sa méchanceté sera véritable" ; de plus cette doctrine est perverse : c'est de toute évidence. En second lieu, on la reconnaît à sa marche, qui est la duplicité, car elle ne s’avance qu’à l’aide de la ruse, c'est-à-dire elle veut une chose, elle en simule une autre, ce qui fait dire à l’Apôtre (2 Co XI, 3) : "J’appréhende qu’ainsi que le serpent séduisit Eve par ses artifices, vos esprits aussi ne se corrompent et ne perdent leur simplicité à l’égard de Jésus-Christ." Troisièmement, on la reconnaît par ses effets, car l’effet d’une semblable doctrine est (verset 14) : d’engager artificieusement dans l’erreur ; non pour obtenir de l’argent ou d’autres avantages temporels ; mais ces indignes docteurs séduisent et circonviennent pour semer leurs erreurs, eux, dont il est dit (II Tim., III, 15) : "Mais les hommes méchants et les imposteurs se fortifieront de plus en plus dans le mal, étant dans l’erreur, et y faisant tomber les autres." |
Deinde cum dicit veritatem autem facientes,
etc., ostensis impedimentis per quae a fructu donorum spiritualium impeditur
quis, hic ostendit qualiter ad fructum debitum pervenitur. Et arguit sic :
statim dictum est quod si volumus ad spiritualium donorum fructum pervenire,
oportet ut iam non simus parvuli, et cetera. Sed tamdiu sumus parvuli,
quamdiu virilem statum non attingimus, nec crescimus : ergo nobis necessarium
est, ut crescamus. Et hoc est quod dicit veritatem autem facientes, et
cetera. Duo ergo facit. Primo ostendit in quo debemus crescere;
secundo per quem, ibi in illo per omnia, et cetera. |
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 15) : mais que pratiquant la vérité par la charité, etc., après avoir indiqué les empêchements qui font obstacle aux effets des dons spirituels, il montre de quelle manière on peut obtenir ces effets légitimes. Il argumente donc ainsi. Il vient d’être dit que si nous voulons arriver aux effets des dons spirituels, il faut cesser d’être enfants, etc… ; or nous demeurons enfants aussi longtemps que nous n’avons pas atteint l’âge mûr et que nous ne croissons pas. Il nous est donc nécessaire de croître ; c'est ce que dit saint Paul (verset 15) : mais que pratiquant la vérité, etc. Il fait voir ici d’abord ce en quoi nous devons croître ; ensuite par qui nous le devons faire (verset 15) : nous croissions en toutes choses en Jésus-Christ, etc. |
Dicit ergo quantum ad primum veritatem facientes crescamus, et
hoc in duobus, scilicet in bono opere et forma boni operis, quae duo sunt
veritas et charitas. Veritas autem quandoque dicitur omne opus
bonum, ut Tob. I, 2 : in captivitate tamen positus viam veritatis non
deseruit. Faciamus ergo veritatem, scilicet omne opus bonum, vel
veritatem doctrinae : quia non sufficere nobis debet audire vel docere
veritatem, sed oportet facere; propter hoc dicebat apostolus I Tim. IV, 16 : hoc
enim faciens, et teipsum salvum facies, et eos qui te audiunt. Estote ergo
factores, etc., ut dicitur Iac. I, 22; quia factores iustificabuntur,
ut habetur Rm c. II, 13. Et hoc si fiat in charitate, quae est forma boni
operis. I Cor. XVI, 13 s. : viriliter agite, et confortetur cor vestrum,
et omnia opera vestra in charitate fiant : quia certe aliter nihil
valerent. I Cor. XIII, 3 : si tradidero corpus meum, ita ut ardeam,
charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest. |
I. Il dit donc quant au premier de ces points (verset 15) : mais que pratiquant la vérité, nous croissions, etc., dans les bonnes oeuvres, et dans la forme de ces oeuvres, ce qui comprend la vérité et la charité. On donne quelquefois le nom de vérité à l’ensemble des bonnes oeuvres, comme dans ce passage (Tobie I, 2) : "Dans sa captivité même, il n’abandonna pas la voie de la vérité." Pratiquons donc la vérité, c'est-à-dire tout ce qui est bon, ou la vérité de la doctrine, car il ne doit pas nous suffire d’entendre ou d’enseigner la vérité, mais il faut en pratiquer les œuvres, ce qui fait dire à saint Paul (I Timoth., IV, 16) : "Car agissant de la sorte, vous vous sauverez vous-mêmes, et ceux qui vous écoutent" ; (Jacques 1, 22) : "Ayez soin de mettre cette parole en pratique, etc." - Car "ceux qui gardent la loi seront justifiés", comme il est dit (Rm II, 13) ; si toutefois ces oeuvres s’accomplissent dans la charité, qui est la forme de toute bonne œuvre, (1 Co XVI, 13) : "Agissez courageusement, soyez pleins de forces ; faites avec amour tout ce que vous faites," car autrement ces oeuvres n’auraient aucune valeur ; (1 Co XIII, 3) : "Quand j’aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n’avais pas la charité, tout cela ne me servirait de rien." |
Sed quia in via Dei non progredi, est regredi,
ideo subdit apostolus ut crescamus in illo, etc., ubi tria facit.
Primo ostendit auctorem nostri augmenti; secundo eius veritatem; tertio modum
augmenti. Secunda, ibi ex quo totum corpus. Tertia, ibi secundum
operationem in mensuram uniuscuiusque membri. |
II. Cependant comme, dans les voies de Dieu, ne pas avancer, c'est reculer, l’Apôtre ajoute (verset 15) : nous croissions en toutes choses dans Jésus-Christ, etc., voulant montrer trois choses : 1° celui qui est l’auteur de notre progrès ; 2° sa vérité ; 3° et la manière dont il nous faut progresser. Le second point, à ces mots (verset 16) : de qui tout le corps ; le troisième, à ces autres (verset 16) : par une influence proportionnée à chacun des membres. |
Dicit ergo crescamus in illo,
scilicet in Christo, de quo I Petr. II, 2 : in eo crescatis in salutem. In
illo, inquam, qui est caput nostrum Christus et in
Ecclesia, quae est corpus ipsius, ut dicitur Col. I, 24. Crescamus, inquam,
non in possessionibus, sicut dicitur Iob I, 10 : possessio eius crevit in
terra, sed in spiritualibus. Nec in uno tantum, sed per omnia, id
est in omni bono, fructificantes et crescentes. I Cor. X, 31 :
omnia in gloriam Dei facite, et cetera. Et ibi sequitur : sicut et
ego per omnia omnibus placeo. De hoc commendat Corinthios apostolus,
dicens I Cor. XI, 2 : laudo vos, fratres, quod per omnia mei memores
estis, et sicut tradidi vobis, omnia praecepta mea tenetis. |
1° Saint Paul dit (verset 15) : afin que nous croissions en lui, c'est-à-dire en Jésus-Christ dont il est dit (I Pierre, II, 2) : "afin qu’en lui vous croissiez pour le salut." En lui, c'est-à-dire : en Jésus-Christ, qui est notre chef, et dans l’Eglise qui est son corps, ainsi qu’il est dit (Col I, 24) : Croissons, c'est-à-dire : non par l’étendue des possessions, et suivant cette parole (Job, II, 40) : "Tout ce qu’il possède sur la terre ne s’y multiplie-t-il pas ?" mais dans les choses spirituelles. Non pas seulement en un point, mais (verset 15) : en toutes choses, c'est-à-dire croissant et portant des fruits dans toutes sortes de bonnes œuvres ; (1 Co X, 31) : "Faites tout pour la gloire de Dieu, etc. " Saint Paul ajoute (verset 33) : "comme je tâche moi-même de plaire à tous en toutes choses." L’Apôtre donne cet éloge aux Corinthiens quand il dit (1 Co XI, 2) : "Je vous loue, mes frères, de ce que vous vous souvenez de moi en toutes choses, et que vous gardez les préceptes que je vous ai donnés." |
Consequenter cum dicit ex quo totum corpus,
etc., ostendit veritatem Christi per quem crescere debeamus. Ubi sciendum
est, quod corpus naturale tria habet, scilicet compactionem membrorum ad
invicem, ligationem per nervos et mutuam subministrationem. I Cor. XII, 16 s.
: si dixerit pes : quoniam non sum manus, non sum de corpore; num ideo non
est de corpore? Et si dixerit auris : quoniam non sum oculus, non sum de
corpore, et cetera. Si totum corpus est odoratus, ubi auditus?
Spiritualiter ergo, sicut unum corpus efficitur ex multis his tribus modis,
scilicet per compactionem seu adunationem, per ligationem et per mutuam
operationem et subventionem : ita et omnia, quae sunt a capite corporali,
scilicet compactio, nervorum ligatio, ad opus motio, fluunt a capite nostro
Christo in corpore Ecclesiae. |
2° Quand saint Paul dit à la suite (verset 16) : de qui tout le corps, etc., il fait voir la vérité de Jésus-Christ par qui nous devons croître. Il faut ici savoir qu’on distingue dans le corps naturel, d’abord le rapport des membres entre eux ; ensuite leur assemblage par les nerfs et enfin leurs services réciproques ; (1 Co XII, 15) : "Si le pied disait : ‘puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps’, en serait-il moins du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : ‘puisque je ne suis pas œil, je ne suis pas du corps, etc. ‘ ; si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe ?" Spirituellement donc, comme l’unité du corps se forme de plusieurs parties selon ces trois manières : par le rapport ou l’union, par l’assemblage et par l’action ou l’office réciproque des membres, de même tout ce qui procède du chef corporel, c'est-à-dire l’union, l’assemblage des nerfs et le mouvement nécessaire à produire l’action, découle de Jésus-Christ notre chef dans son corps qui est l’Église. |
Et, primo, compactio per fidem; unde dicit ex
quo, scilicet Christo, qui est caput nostrum, ut modo dictum est, totum
corpus compactum est, id est, coadunatum. Ps. CXLVI, 2 : dispersiones
Israel congregabit. Abac. II, 5 : congregabit ad se omnes gentes, et
coacervabit ad se omnes populos. De hoc dicitur Col. II, 19 : caput ex
quo totum corpus per nexus et coniunctiones subministratum et constructum
crescit in augmentum Dei. |
- A) Et d’abord l’union par la foi. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 16) : de qui, à savoir de Jésus-Christ qui est notre chef, comme il vient d’être dit, a tout le corps, dont les parties sont unies et jointes ensemble, c'est-à-dire rassemblées en un tout ; (Psaume CXLVI, 2) : "Il rassemblera tous les enfants d’Israël qui sont dispersés" ; (Habac., II, 5) : "Il réunira auprès de lui toutes les nations ; il s’assujettira tous les peuples." Il est dit de cette union (Col II, 19) : "La tête dont tout le corps recevant l’influence, par les vaisseaux qui en joignent et en lient toutes les parties, s’entretient et augmente par l’accroissement que Dieu lui donne." |
Secundo, fluit a Christo capite in corpus
Ecclesiae suae mysticum connexio et colligatio, quia oportet adunata aliquo
nexu vel vinculo necti, vel colligari. Et propter hoc dicit et connexum
per omnem iuncturam subministrationis, id est per fidem et charitatem,
quae connectunt et coniungunt membra corporis mystici ad mutuam
subministrationem. Eccli. XXXIX, 39 : omnia opera domini bona,
et omne opus hora sua subministrabit. Unde ipse apostolus, confidens de
ista mutua subministratione quae est inter membra Ecclesiae per divinam
coniunctionem, dicebat Phil. I, 19 : scio enim, quia hoc proveniet in
salutem per vestram orationem et subministrationem spiritus Iesu Christi.
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- B) En second lieu, c'est de Jésus-Christ que découle aussi dans le corps mystique de son Eglise, la connexion et l’assemblage, car il est nécessaire que les choses qu’on assemble soient retenues ou rassemblées par quelque noeud, ou quelque lien. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 16) : dont les parties sont jointes et unies ensemble dans une juste proportion, c'est-à-dire par la foi et par la charité, qui assemblent et unissent les membres du corps mystique, pour leurs offices réciproques ; (Ecclesiastique XXXIX, 39) : "Tous les ouvrages du Seigneur sont bons, et il met chaque chose en usage quand l’heure est venue." C’est de là que saint Paul lui-même, plein de confiance dans cette assistance réciproque qui est établie entre les membres de l’Eglise par l’assemblage divin, disait (Philipp., I, 19) : "Car je sais que l’événement m’en sera salutaire par vos prières, et par l’infusion de l’Esprit de Jésus-Christ." |
Tertio, a capite Christo in membris, ut
augmententur spiritualiter, influitur virtus actualiter operandi. Unde dicit secundum
mensuram uniuscuiusque membri, augmentum corporis facit; quasi dicat :
non solum a capite nostro Christo est membrorum Ecclesiae compactio per
fidem, nec sola connexio, vel colligatio per mutuam subministrationem
charitatis, sed certe ab ipso est actualis membrorum operatio sive ad opus
motio, secundum mensuram et competentiam cuiuslibet membri. Unde dicit, quod facit
augmentum corporis secundum operationem et mensuram uniuscuiusque membri,
debite mensurati; quia non solum per fidem corpus mysticum compaginatur, nec
solum per charitatis subministrationem connectentem augetur corpus; sed per
actualem compositionem ab unoquoque membro egredientem, secundum mensuram
gratiae sibi datae, et actualem motionem ad operationem, quam Deus facit in
nobis. Unde Is. XXVI, 12 : omnia opera nostra operatus es in nobis.
Idem vero Deus, qui operatur omnia in omnibus, ut dicitur I Cor. XII,
6. Et haec expositio concordat glossatori. Sed ad
quid augmentat Deus unumquodque membrum? Ut corpus aedificet. Supra II, 21 : in
quo omnis aedificatio constructa crescit in templum sanctum in domino, in quo
et vos coaedificamini, et cetera. Unde I Cor. III, 9 : Dei aedificatio
estis. Et haec omnia fiunt in charitate, quia, ut dicitur I Cor. c. VIII,
1 : charitas aedificat. Vel in charitate facit Deus haec omnia, id est
ex mera dilectione. Ier. XXXIII, 3 : in charitate perpetua
dilexi te, ideo attraxi te miserans. Rursusque : aedificabo, et aedificaberis.
Hoc est ergo quod dicit in aedificationem sui in charitate. |
3° Enfin, de Jésus-Christ, notre chef, découle,
dans tous les membres, afin qu’ils prennent l’accroissement spirituel, la
vertu d’agir actuellement. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 16) : reçoit
l’accroissement du corps, par une influence proportionnée à chaque
membre", comme s’il disait : non seulement notre chef Jésus-Christ
produit dans les membres de l’Eglise l’union par la foi, l’assemblage et le
lien par la communication mutuelle de la charité, mais il y a de plus, de sa
part, opération actuelle dans les membres, ou impulsion pour agir, dans la
mesure et la convenance déterminée pour chacun de ces membres. C’est ce qui
lui fait dire que Jésus-Christ produit l’accroissement de son corps
d’après l’influence et la juste mesure accordée à chaque membre, car le
corps mystique est non seulement uni par la foi, non seulement augmenté par
l’influence de la charité qui unit, mais formé par le concours actuel de
chacun des membres, d’après l’influence de la grâce et l’impulsion actuelle
qui lui a été accordée pour agir, impulsion que Dieu produit en nous. De là ce
mot d’Isaïe (XXVI, 12) : "C’est vous qui avez fait en nous toutes nos
oeuvres." - Il n’y a qu’un même Dieu "qui opère tout en
tout," ainsi qu’il est dit (1 Co XII, 6). Cette explication
s’accorde avec l’auteur de la Glose. Mais pour quoi Dieu produit-il dans
chaque membre l’accroissement ? afin d’édifier le corps (ci-dessus, II, 21) :
sur lequel tout l’édifice étant posé, s’élève et s’accroît dans ses
proportions pour être un saint temple consacré au Seigneur, et vous-mêmes
aussi vous entrez dans la structure de cet édifice, etc. C’est de là
qu’il est dit (1 Co III, 9) : "Vous êtes l’édifice que Dieu
bâtit." Et tout cela se fait dans la charité, parce que, ainsi qu’il
est dit (1 Co VIII, 1) : "La charité édifie." Ou encore :
Dieu fait toutes ces choses dans la charité, c'est-à-dire sans autre motif
que son amour ; (Jérémie XXXI, 3) : "Je vous ai aimée d’un amour
éternel, dit le Seigneur ; c'est pourquoi je vous ai attirée à moi par la
compassion que j’ai eue de vous. Et je vous édifierai encore, et vous serez
édifiée." C’est là ce que dit saint Paul (verset 16) : afin qu’il se forme, et qu’il s’édifie par la charité. |
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Lectio 6 |
Leçon 6 — Ephésiens IV, 17 à 19 : Demeurer dans l'unité de l'Eglise |
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SOMMAIRE : L’Apôtre détourne les Ephésiens d’imiter dans leur conduite les Gentils. Il leur apprend à demeurer dans l’unité de l’Eglise. |
[17] hoc igitur dico et testificor in
Domino ut iam non ambuletis sicut gentes ambulant in vanitate sensus sui [18] tenebris obscuratum habentes
intellectum alienati a vita Dei per ignorantiam quae est in illis propter
caecitatem cordis ipsorum [19]
qui desperantes semet ipsos tradiderunt inpudicitiae in operationem
inmunditiae omnis in avaritia. |
17. Je vous avertis donc, et je
vous conjure par le Seigneur, de ne plus vivre comme les Gentils, qui suivent
dans leur conduite la vanité de leurs pensées ; 18. Qui ont l’esprit plein de
ténèbres ; qui sont entièrement éloignés de la vie de Dieu, à cause de
l’ignorance où ils sont, et de l’aveuglement de leur cœur ; 19. Qui ayant perdu tout espoir, s’abandonnent à la dissolution, et se plongent arec une ardeur insatiable dans toutes sortes d’impuretés. |
[87811] Super Eph., cap. 4 l. 6 Supra
monuit apostolus Ephesios ut manerent in ecclesiastica unitate, describendo
modum eius et formam, in hac parte docet eos viam per quam possint manere in
ecclesiastica unitate. Et circa hoc duo facit. Primo proponit
praecepta, per quae possunt manere in ecclesiastica unitate; secundo ostendit
potestatem hanc ad implenda praecepta in fine epistolae, ibi de caetero,
fratres, confortamini, et cetera. Prima in duas. Primo proponit praecepta
ad omnes; secundo pertinentia ad singulos gradus Ecclesiae, ibi mulieres
viris suis subditae sint, et cetera. Prima
in duas. Primo ponit quaedam praecepta generalia ad quae reducuntur omnia
alia; secundo ponit specialia, ibi propter quod deponentes mendacium,
et cetera. Prima iterum in duas, quia cum intentio
apostoli sit eos revocare a vetere consuetudine ad novam Christi doctrinam,
primo ostendit doctrinam Christi esse contrariam antiquae perversitati
gentilitatis; secundo inducit eos, ut eam deponant et eam, quae Christi est
assumant, ibi deponite vos secundum pristinam, et cetera. Prima in duas, quia primo describit
conversationem gentilium; secundo ostendit, quod ei contrariatur doctrina
Christi, ibi vos autem non ita, et cetera. Prima in tres. Primo
hortatur eos, ut declinent conversationem gentilium; secundo describit eam
quantum ad interiorem animum, ibi tenebris obscuratum, etc.; tertio
quantum ad exteriorem modum, ibi qui desperantes, et cetera. |
Dans ce qui précède, saint Paul a recommandé aux Ephésiens de demeurer dans l’unité de l’Eglise, en expliquant le mode et la forme de cette unité ; dans cette partie de son épître, il leur apprend le rester dans cette unité. Premièrement donc il donne des préceptes, par lesquels ils pourront demeurer dans cette unité ; secondement, à la fin de son épître, il fait voir qu’ils ont le pouvoir d’observer ces préceptes (VI, 10) : Enfin, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, etc. La première partie se subdivise en deux. D’abord l’Apôtre donne des préceptes qui s’étendent à tous ; ensuite des préceptes qui conviennent aux différents degrés des fidèles dans l’Eglise (V, 22) : Que les femmes soient soumises à leurs maris, etc. La première subdivision se partage encore en deux. L’Apôtre d’abord donne des préceptes généraux, auxquels viennent se rapporter tous les autres ; il en donne ensuite de spéciaux (verset 25) : C’est pourquoi, en vous éloignant de tout mensonge, etc. Les préceptes généraux sont de deux sortes, car saint Paul ayant l’intention de les ramener de leur ancien mode de vie à la nouvelle doctrine de Jésus-Christ., établit d’abord que cette doctrine est opposée à l’ancienne perversité des Gentils ; en second lieu, il les engage à déposer cette perversité et à recevoir la doctrine de Jésus-Christ (verset 22) : Pour vous, dépouillez [le vieil homme], selon lequel vous viviez autrefois, etc. La première proposition se subdivise. L’Apôtre décrit d’abord la manière de vivre des Gentils ; il montre ensuite que la doctrine de Jésus-Christ lui est opposée (verset 20) : mais vous, ce n’est pas ainsi, etc. La première subdivision a trois parties : I° saint Paul exhorte les Ephésiens à s’éloigner de la manière de vivre des Gentils ; II° il dépeint cette vie, dans ses effets intérieurs sur l’âme (verset 18) : qui ont l’Esprit plein de ténèbres, etc.; III° il la dépeint dans ses effets extérieurs (verset 19) : qui ayant perdu tout espoir, etc. |
Dicit ergo : ad hoc quod possitis implere ea, quae dicta sunt, dico,
id est non obsecro, ut prius, sed dico, et testificor, hoc quod dixi. Gal. V,
3 : testificor autem omni homini rursum circumcidenti se, quoniam debitor
est universae legis faciendae. II Tim. IV, 1 : testificor coram Deo et
Christo Iesu, et cetera. |
I° L’Apôtre dit donc : Pour que vous puissiez accomplir ce qui vous a été recommandé, Je vous avertis, c'est-à-dire je ne supplie plus comme je le faisais, je vous avertis (verset 17) : et je vous conjure que je prends à témoin de ce que je dis (Galates V, 3) : "Et de plus je déclare à tout homme qui se fait circoncire, qu’il est obligé de garder toute la Loi" ; (II Timoth., IV, 1) : "Je vous conjure donc devant Dieu, et devant Jésus-Christ, etc." |
Et quid? Ut iam, scilicet tempore fidei
et conversionis ad Christum, quia iam vos mundi estis, Io. XIII, 10, non
ambuletis, id est vivatis. Gal. V, 25 : si spiritu vivimus, spiritu et
ambulemus, et cetera. Et hoc sicut et gentes ambulant. I Cor. XII,
2 : scitis, quoniam cum gentes essetis, ad simulacra muta prout ducebamini
euntes, et cetera. Non sic igitur ambuletis. Prov. I, 15 : fili mi, ne
ambules cum eis, prohibe pedem tuum a semitis eorum, et cetera. |
I. Et sur quoi ? (verset 17) : que dès ce moment, c'est-à-dire au temps de votre foi et de votre conversion au Christ, car déjà vous êtes purs ; (Jean, XIII, 10) "vous ne marchiez plus," c'est-à-dire vous ne viviez plus ; (Galates V, 25) : "Si nous vivons par l’Esprit, conduisons-nous donc aussi par l’Esprit, etc." - comme vivent les Gentils ; (1 Co XII, 2) : "Vous vous souvenez bien que lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner selon qu’on vous menait vers les idoles muettes, etc.". Ne vous conduisez donc plus de la sorte ; (Proverbes I, 15) : "Mon fils, n’allez pas avec eux ; gardez-vous bien de marcher dans leurs sentiers, etc." |
Consequenter cum dicit in vanitate sensus
sui, reddit causam huius prohibitionis. Ubi notandum est, quod cum
ambulare spiritualiter sit proficere, secundum illud Is. c. XXVI, 7 : rectus
callis iusti ad ambulandum, et cetera. Gen. XVII, 1 : ambula coram me,
et esto perfectus, dicitur Abrahae, ad hoc ergo ut homo iuste ambulet, id
est spiritualiter proficiat, oportet tria, quae in ipso sunt, regulari et
ordinari. In homine enim est ratio iudicans de particularibus agendis; item,
intellectus universalium principiorum, qui est synderesis; tertio, lex divina
seu Deus. Quandocumque ergo aliquis secundum ista tria sibi invicem ordinata
dirigitur, ita quod actio ordinetur secundum iudicium rationis, et haec, scilicet
ratio, iudicet secundum intellectum rectum, vel synderesim, et haec, scilicet
synderesis, ordinetur secundum legem divinam, tunc actio est bona et
meritoria. Sed vita gentilium non est talis, imo deficit
in praedictis tribus; quia, primo, deficit a ratione iudicante, quia ambulant
in vanitate sensus sui. Sensus autem est vis apprehensiva, per quam iudicamus
singularia. Unde aliquis homo rectus dicitur quando bene iudicat de agendis.
Sed sensus iste quandoque est rectus, quandoque est vanus. Rectus dicitur,
quando debita regula regitur, qua venit ad debitum finem; vanus autem quando,
indebita regula ductus, non venit ad debitum finem. Sap. c.
XIII, 1 : vani sunt omnes homines in quibus non subest scientia Dei,
et cetera. Rm I, 21 : evanuerunt in cogitationibus suis, et cetera.
Ier. II, v. 5 : ambulaverunt post vanitates suas, et vani facti sunt. |
II. Quant l’Apôtre dit ensuite (verset 17) : qui suivent dans l'inconduite la vanité de leurs pensées, il donne la raison de cette défense. Remarquez ici que « marcher selon l’Esprit » signifiait « faire des progrès », suivant cette parole (Isaïe XXVI, 7) : "Le chemin du juste le conduira droit dans sa voie, etc." ; et (Genes., XVII, 1) : "Marchez devant moi, et soyez parfait" est-il dit à Abraham. Pour que l'homme marche dans la justice, c’est-à-dire fasse des progrès spirituels, il faut qu’il règle et dispose en lui trois choses : il y a, dans l’homme, d’abord la raison qui juge des actes particuliers à accomplir ; en second lieu, l’intelligence des préceptes universels, ou la conscience ; enfin la loi divine, ou Dieu. Quelquefois, l’homme se dirige d’après ces trois principes, qui sont réciproquement en rapport l’un avec l’autre, de telle sorte que l’action s’accomplit d’après l’appréciation de la raison, et celle-ci juge à son tour d’après l’intelligence droite ou la conscience, qui elle-même est déterminée d’après la loi divine : dans ce cas cette action est bonne et méritoire. Or la conduite des païens n’est pas telle : il y a plus, elle est défectueuse à l’égard de ces mêmes trois principes ; car elle s’écarte d’abord du jugement de la raison, puisque (verset 17) ils suivent la vanité de leur sens. Or le sens est une force appréhensive au moyen de laquelle nous jugeons de chaque chose. C’est de là que l’on dit de celui qui juge bien de ce qui est à faire, que c'est un homme droit. Mais ce sens est quelquefois droit, quelquefois vain. Il est droit quand il se détermine par la règle convenable, qui conduit à la fin légitime ; il est vain, quand détourné par une règle fausse, il ne parvient pas à cette fin ; (Sagesse, XIII, 1) : "Tous les hommes qui n’ont pas la connaissance de Dieu, ne sont que vanité, etc. " ; (Rm I, 21) : "Ils se sont égarés dans leurs pensées, etc." ; (Jérémie II, 5) : "Ils ont suivi la vanité, et ils sont devenus vains eux-mêmes." |
Quare? Quia certe ratio istorum in agendis non
dirigebatur ab intellectu illuminato, sed erroneo. Et hoc est quod ait tenebris
obscuratum habentes intellectum. Rm I, 21 : obscuratum est insipiens
cor eorum. Ps. LXXXI, 5 : nescierunt, neque intellexerunt, in tenebris
ambulant. Et ratio est, quia tales non sunt participes divini luminis,
seu legis divinae illuminantis et regulantis; propter quod subdit alienati
a vita Dei, id est a Deo, qui est vita animae. Io. XIV, 6 : ego sum
via, veritas, et vita. Vel, a vita Dei, id est a charitate et
gratia spirituali, qua anima vivit formaliter. Rm VI, 23 : gratia autem
Dei vita aeterna. Isti autem erant sine spe vitae aeternae, quia ponebant
mortalitatem animae contra fidem et spem. Sap. II, 22 : nescierunt
sacramenta Dei, neque speraverunt mercedem iustitiae, neque iudicaverunt
honorem animarum sanctarum, et cetera. Vel a vita Dei, id est a
vita sancte vivendi, quae est per fidem. Gal. II, 20 : vivo ego, iam non
ego, et cetera. Iustus autem ex fide vivit, ut dicitur Rm I, 17.
Vel quae est per charitatem. I Io. III, 14 : nos scimus, quia translati
sumus de morte ad vitam, quoniam diligimus fratres, et cetera. Non sic
autem isti, sed magis alienati. |
II° Pourquoi ? parce que leur raison, dans ces actes, n’était pas dirigée par une intelligence éclairée, mais erronée. C’est ce que dit saint Paul (verset 18) : qui ont l’esprit plein de ténèbres ; (Rm I, 21) : "Leur coeur insensé a été rempli de ténèbres" ; (Psaume LXXXI, 5) : "ils sont dans l’ignorance ; ils ne comprennent pas ; ils marchent dans les ténèbres." Le motif en est que ceux qui sont tels ne participent pas à la divine lumière, ou à la loi divine qui est la lumière et la règle. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 18) : qui sont éloignés de la vie de Dieu, c'est-à-dire de Dieu qui est la vie de l'âme ; (Jean XIV, 6) : "Je suis la voie, la vérité et la vie." Ou encore : de la vie de Dieu, c'est-à-dire de la charité et de la grâce spirituelle, qui sont formellement la vie de l’âme ; (Rm VI, 23) : "La grâce de Dieu, c'est la vie éternelle." Or les païens étaient sans espérance de la vie éternelle, puisqu’ils admettaient que l’âme était sujette à la mort, ce qui est contre la foi et l’espérance ; (Sagesse, II, 22) : "Ils ont ignoré les secrets de Dieu; ils n’ont pas cru qu’il y eût de récompense pour les justes, et ils n’ont fait aucun état de la gloire qui est réservée aux âmes saintes, etc. ". Ou : de la vie de Dieu, c'est-à-dire de la vie qui se déroule dans la sainteté, ce qui se fait par la foi ; (Galat. II, 20) : "Et je vis, ou plutôt ce n’est plus moi qui vis, etc." Or le juste vit de la foi, comme il est dit (Rm I, 17). Cette vie s’obtient encore par la charité ; (I Jean. III, 14) : "Nous reconnaissons à l’amour que nous avons pour nos frères que nous sommes passés de la mort à la vie, etc. " Tels ne sont pas les païens; ils sont plutôt éloignés de la vie de Dieu. |
Modum autem huius alienationis tangit,
scilicet per ignorantiam non stellarum vel cursus siderum, sed naturae
divinae, I Cor. c. XV, 34 : ignorantiam quidem Dei quidam habent, quia
certe tunc solum in Iudaea notus erat Deus, sed modo, ut dicitur Act. XVII,
v. 30 : tempora huius ignorantiae despiciens Deus, nunc annuntiat
hominibus, ut omnes ubique poenitentiam agant, et cetera. Huius autem
ignorantiae Deus non erat causa quantum de se erat, ut dicitur Rm I, v. 19 : Deus
enim illis revelavit, sed certe causa erat illis propter caecitatem
cordis ipsorum. Et vere dicit caecitatem eo quod ex creaturis non
poterant venire in notitiam creatoris, quia, ut dicitur Sap. II, 21, excaecavit
eos malitia eorum; et sequitur : et nescierunt sacramenta Dei, neque
mercedem speraverunt iustitiae. Et hoc est quod sequitur qui
desperantes, etc., ubi ostendit apostolus quales erant in exteriori
conversatione, quoniam sine spe, et hoc quia alienati a vita. Iob VII, v. 16
: desperavi, nequaquam ultra iam vivam, et cetera. Ier. XVIII, 12 : desperavimus,
post cogitationes enim nostras ibimus, et unusquisque post pravitatem cordis
sui malefaciemus. Et hoc est quod sequitur tradiderunt
semetipsos impudicitiae, et cetera. Et hoc legi potest dupliciter, vel
separatim, ut dicatur in avaritia, quia avari erant. Rm I, 29 : repletos
omni iniquitate et malitia, fornicatione, avaritia. Hebr. XIII, 5 : sint
mores sine avaritia, etc., quia, ut dicitur Eccli. X, 9 : avaro nihil
est scelestius. Propter quod Hab. c. II, 9 : vae qui congregat
avaritiam malam domui suae, et cetera. Potest
etiam legi coniunctim cum praecedentibus, ut dicatur in avaritia, id est
avare, ita ut sit modificans praecedentia. |
III° L’Apôtre indique comment se fait cet éloignement, c'est par l’ignorance, non par les étoiles, ou le cours des astres, mais de la nature divine ; (1 Co XV, 34) : "Il y en a quelques-uns qui ne connaissent pas Dieu," car certainement alors Dieu n’était connu qu’en Judée, mais maintenant, ainsi qu’il est dit (Act., XVII, 30) : "Dieu, ne tenant pas compte de ces temps d’ignorance, fait annoncer à tous les hommes et en tous les lieux, qu’ils fassent pénitence, etc." Mais Dieu, pour ce qui est de lui, n’est pas la cause de cette ignorance, comme il est dit (Rm I, 19) : "Dieu même le leur avait fait connaître." La cause véritable était l’aveuglement de leur coeur. Aussi est-ce avec raison que l’Apôtre dit : l’aveuglement, car au moyen des créatures ils ne pouvaient arriver à la connaissance du Créateur, parce que, comme il est dit (Sagesse II, 21) : "Leur propre malice les a aveuglés", et à la suite (verset 22) : "Ils ont ignoré les secrets de Dieu, et ils n’ont pas cru qu’il y eût de récompense à espérer pour les justes." C’est là ce qui suit (verset 19) et ayant perdu tout espoir, etc… : paroles où l’Apôtre fait voir comment ils se comportaient dans leur vie extérieure, sans espérance, et cela parce qu’ils étaient éloignés de la vie ; (Job, VII, 16) : "J’ai perdu toute espérance de vivre davantage, etc.", et (Jérémie XVIII, 12) : "Nous avons perdu toute espérance ; nous nous abandonnerons à nos pensées, et chacun de nous trouvera l’égarement et la dépravation de son coeur." C’est aussi ce que dit saint Paul (verset 19) : Ils s’abandonnent à la dissolution, etc. Ce passage peut être expliqué de deux manières. En divisant le texte et en disant : à la cupidité, parce qu’ils étaient avares ; (Rm 1, 29) : "Remplis de toute sorte d’injustice, de méchanceté, de fornication, d’avarice, etc." ; (Hébr., XIII, 5) : "Que votre vie soit exempte d’avarice, etc." car, ainsi qu’il est dit (Ecclesiastique X, 9) : "Rien de plus détestable que l’avare" ; (Habacuc, II, 9) : "Malheur à celui qui amasse une avarice criminelle pour sa maison, etc." On peut aussi lier ces paroles à ce qui précède, en disant (verset 19) : par l’avarice, c'est-à-dire en avare, ce qui modifie en quelque sorte ce qui précède. |
Et secundum hoc aggravat eorum vitam
tripliciter; quia, primo, peccaverunt non ex passione, sed potius ex
electione, unde dicit tradiderunt semetipsos impudicitiae; quasi dicat
: non passionibus, vel infirmitate peccaverunt, sed semetipsos tradiderunt,
et cetera. Iudith VII, 15 : sponte tradamus nos omnes populo Holofernis,
et cetera. II Cor. XII, 21 : non egerunt poenitentiam super immunditia
quam gesserunt, et cetera. Secundo, ex actuali effrenatione. II Petr. II,
v. 10 : post carnem in concupiscentiam immunditiae ambulant, et
cetera. Et ideo dicit in operationem omnis immunditiae. Ez. XIV, 3 : isti
posuerunt immunditias suas in cordibus suis, et cetera. Tertio, aggravatur eorum peccatum ex
continuatione, quia incessanter peccabant. Os. IV, v. 10 : fornicati sunt,
et non cessaverunt, quoniam dominum reliquerunt. Unde dicit in
avaritiam, id est ardenter, et appetitu continuo, et insatiabili. II
Petr. II, 14 : oculos habentes plenos adulterii et incessabilis delicti,
pellicientes animas instabiles, cor exercitatum in avaritia habentes, maledictionis
filii, et cetera. |
Dans ce sens l’Apôtre fait ressortir la corruption de leur vie, par trois circonstances : d’abord en ce qu’ils ont fait le mal non par passion mais bien plutôt par choix. C’est pourquoi il dit (verset 19) : Ils se sont abandonnés à la dissolution, en d’autres termes : S’ils ont péché, ce n’est ni par entraînement des passions ni par faiblesse, mais en s’abandonnant d’eux mêmes au péché ; (Judith., VII, 15) : "afin que nous nous rendions tous volontairement au peuple d’Holopherne, etc." ; (2 Co XII, 21) : "Ils n’ont pas fait pénitence des impudicités dans lesquelles ils sont tombés, etc." Ensuite par leur dépravation actuelle ; (II Pierre, II, 10) : "pour satisfaire leurs désirs impurs, ils suivent les mouvements de la chair, etc." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) : en se plongeant dans toutes sortes d’impuretés ; (Ezéch., XIV, 3) : "Ceux-là ont dans le coeur leurs impuretés, etc." Enfin leur iniquité est encore aggravée par sa durée, car ils péchaient sans interruption ; (Osée, IV, 10) : "Ils sont tombés dans la fornication, et il ne se sont pas mis en peine de s’en retirer ; parce qu’ils ont abandonné le Seigneur." C’est pourquoi l’Apôtre dit : par cupidité, c'est-à-dire avec ardeur, poussés par un désir continuel, insatiable ; (II Pierre, II, 14) : " Ils ont les yeux pleins d’adultère et d’un péché qui ne cesse pas. Ils attirent à eux les âmes inconstantes. Ils ont le coeur modelé par l’avarice, ce sont des enfants de malédiction, etc. " |
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Lectio 7 |
Leçon 7 — Ephésiens IV, 20 à 24 : L'Evangile s'oppose à la vie dissolue |
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SOMMAIRE : La doctrine de Jésus-Christ est opposée à la vie des Gentils. - Conditions de cette doctrine. |
[20] vos autem non ita
didicistis Christum [21] si tamen illum audistis et in
ipso edocti estis sicut est veritas in Iesu [22] deponere vos secundum pristinam
conversationem veterem hominem qui corrumpitur secundum desideria erroris [23] renovamini autem spiritu mentis
vestrae [24] et induite novum hominem qui
secundum Deum creatus est in iustitia et sanctitate veritatis. |
20. Mais pour vous, ce n’est pas
ainsi que vous avez été instruits dans l’école du Christ, 21. Puisque vous y avez entendu
prêcher et y avez appris selon la vérité de sa doctrine, 22. A dépouille le vieil homme,
selon lequel vous avez reçu dans votre première vie, qui se corrompt en
suivant l’illusion de ses passions. 23. A vous renouveler dans
l’intérieur de votre âme, 24. Et à vous revêtir de l'homme nouveau qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable. |
[87812] Super Eph., cap. 4 l. 7 Ostensa
perversitate gentilis conversationis, hic ostendit apostolus quod doctrina
Christi totaliter contraria est isti conversationi et statui. Et quia
pervertentes quidam doctrinam Christi dixerunt non esse aliam vitam post
istam, sed animam mori cum corpore, ut animalia, ideo apostolus ostendit,
primo doctrinam Christi contrariam esse vitae et statui praecedenti; secundo
ostendit conditiones debitas doctrinae Christi, ibi deponite vos, et
cetera. Dicit ergo : ita dictum est, quod illi desperantes, etc., vos
autem non ita didicistis Christum, scilicet esse imitandum. Quomodo ergo?
Ipsi enim vos a Deo didicistis ut diligatis invicem. II Thess. II, 15 : itaque,
fratres, state et tenete traditiones quas credidistis. Et quomodo tenebimus? I Thess. c. II, 13 : quoniam
cum accepissetis a nobis verbum auditus Dei, accepistis illud non ut verbum
hominum, sed sicut est vere, verbum Dei, et cetera. Col. II, 7 : radicati
et superaedificati in ipso, et confirmati in fide, sicut didicistis
abundantes in illo in gratiarum actione. Et hoc certe, si tamen illum
audistis, quia auditus deservit disciplinae. Si, pro quia. Quia haec est
Annuntiatio quam audistis, ut dicitur I Io. I, 5. Et hoc quantum ad
praedicationem fidei. Eccli. XXIV, 30 : qui audit me, non confundetur.
Prov. XV, 31 : auris quae audit increpationes vitae, in medio sapientium
commorabitur, et cetera. Et in illo edocti estis, scilicet quomodo
pertinentia ad fidem sunt custodienda et adimplenda. Matth. ult. : fecerunt
sicut erant edocti, et cetera. Et hoc sicut est veritas in Iesu, quasi
dicat : si audivistis fidem Christi praedicari et quomodo praedicata debeant
adimpleri, estis edocti, sicut Iesus, de quo praedicatur vobis, qui est
veritas. Vos autem non ita, scilicet oportet ambulare, sicut aliqui
desperantes. |
Après
avoir rappelé la perversité de la vie des Gentils, l’Apôtre établit ici que
la doctrine de Jésus-Christ est totalement opposée à cette vie et à cet état.
Et parce que quelques-uns dénaturant la doctrine de Jésus-Christ avaient
avancé qu’après cette vie il n’y en a pas d’autre, et, que l’âme meurt avec
le corps, comme chez les animaux, l’Apôtre fait voir I° que la doctrine de
Jésus-Christ est opposée à la vie et à l’état qui ont précédé ; II°
quelles sont les conditions véritables de la doctrine de Jésus-Christ (verset
22) : Quant à vous, dépouillez le vieil homme, etc. I° Il dit donc : Nous avons montré que les Gentils perdaient tout espoir, etc. (verset 20) : mais pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez été instruits à propos de Jésus-Christ, c'est-à-dire de celui que vous devez imiter. Comment donc ? C’est que vous-mêmes vous avez appris de Dieu que vous devez vous aimer les uns les autres ; (Thess., II, 15) : "C’est pourquoi, frères, soyez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises." Et comment les garderons nous ? (I Thess., II, 13) : "Ayant entendu la parole de Dieu, que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle est véritablement, la parole de Dieu, etc." ; (Colos., II, 7) : "Etant attachés à lui comme à votre racine, et édifiés sur lui comme sur votre fondement, vous affermissant dans la foi qui vous a été enseignée, croissant de plus en en Jésus-Christ par de continuelles actions de grâce." Ceci aura très certainement lieu, (verset 21) : si toutefois vous avez bien compris sa doctrine, car ce que l’on entend sert à régler la vie. « Si » pour « parce que » ; parce que c'est là ce que nous vous annonçons et ce que vous avez entendu, comme le dit saint Jean (I Jean, 1, 5). Ce qui se rapporte à la prédication de la foi ; (Ecclesiastique XXIV, 30) : "Celui qui m’écoute ne sera pas confondu" ; (Proverbes XV, 31) : "L’oreille qui écoute les réprimandes salutaires demeurera au milieu des sages, etc." Et (verset 21) parce que vous avez été instruits en lui, à savoir comment on doit garder et accomplir ce qui tient à la foi ; (Matth., XXVIII, 15) : "Ils firent ce qu’on leur avait appris." Instruits selon la vérité de la doctrine de Jésus ; en d’autres termes : Puisque vous avez entendu prêcher la foi de Jésus-Christ, et que vous avez aussi appris comment devait être pratiqué ce qui était prêché, vous êtes instruits, selon Jésus, que l’on vous annonce et qui est la vérité. Vous devez donc ne pas marcher ainsi, c'est-à-dire comme ceux qui ont perdu tout espoir. |
Sed quomodo? Subdit deponite vos, et
cetera. Quae quidem littera potest legi dupliciter. Uno modo, ut dicatur
deponere, et tunc construitur cum praecedentibus sic : ita est veritas in qua
edocti estis in Iesu, deponere vos, et cetera. Si autem dicatur deponite,
quae littera communius habetur, dicemus quod quia contraria est et vita et
doctrina gentilium, vitae et doctrinae Iesu, in qua edocti estis, restat ut
deponatis, et cetera. Duo ergo facit. Quia cum primo extirpanda sint vitia
quam inserantur virtutes, primo docet eos statum pristinae ac veteris
conversationis deponere; secundo novum statum Iesu assumere, ibi renovamini
autem spiritu, et cetera. |
II° Mais comment ? L’Apôtre ajoute (verset 22) : Dépouillez donc, etc. Ce passage, quant à la lettre, peut s’expliquer de deux manières. D’abord, en lisant : "dépouiller" et alors on construit avec ce qui précède, et voici le sens : Telle est la vérité, dans laquelle vous avez été instruits en Jésus-Christ, qu’il vous faut dépouiller, etc. Si au contraire on lit : "dépouillez", qui est la version la plus commune, nous dirons que la vie et la doctrine des Gentils étant opposées à la vie et à la doctrine de Jésus, selon laquelle vous avez été instruits, la conséquence est celle-ci : Dépouillez-vous, etc… L’Apôtre fait donc deux choses : comme il faut extirper les vices avant de planter les vertus, il apprend d’abord aux Ephésiens à se dépouiller de leur ancienne et vieille vie, ensuite à revêtir le nouvel état de Jésus-Christ (verset 25) : à vous renouveler dans l’intérieur de votre âme, etc. |
Dicit ergo : deponite, et cetera. Ubi
tria sunt consideranda. Primo quid intelligatur per veterem hominem. Dicunt
aliqui, quod hic homo vetus exterior, novus vero dicitur interior. Sed
dicendum est quod homo vetus dicitur tam interior quam exterior, qui
subiicitur vetustati quantum ad animam per peccatum et quantum ad corpus,
quia membra corporis sunt arma peccati. Et sic, subiectus homo peccato
secundum animam et corpus, dicitur vetus homo, secundum quod illa vetusta
sunt, quae sunt in via corruptionis, vel in ipso corrumpi; quia quod
antiquatur et senescit, prope interitum est, ut dicitur ad Hebr. VIII,
13. Et sic homo subiectus peccato dicitur vetus, quia est in via
corruptionis; propter quod subdit qui corrumpitur secundum desideria
erroris. Nam unumquodque corrumpitur, cum recedit ab ordine naturae suae.
Natura autem hominis est, ut desiderium eius tendat ad id quod est secundum
rationem. Perfectio autem et bonum rationis est veritas. Quando ergo ratio
tendit ad errorem, et desiderium ex hoc errore corrumpitur, tunc vetus homo
dicitur. |
I. Il dit donc : Dépouillez, etc. Sur quoi trois choses sont à examiner. 1° Ce que l’on entend par le vieil homme. Suivant quelques commentateurs, ce vieil homme est l’homme extérieur ; l’homme nouveau est l’homme intérieur. Mais il faut dire qu’on appelle vieil homme, l’homme tant intérieur qu’extérieur, qui est soumis à la vétusté dans l’âme par le péché et dans le corps par les membres du corps qui sont les armes de ce péché même. Donc l’homme soumis au péché par le corps et par l’âme, est appelé du nom de vieil homme, en ce sens que ce qui est dans la voie de la corruption est vieux, ou qu’il est lui-même dans un état de corruption, car " ce qui passe et vieillit est proche de sa fin" comme il est dit (Hébreux, VII, 13). L’homme soumis au péché est donc appelé le vieil homme, parce qu’il est dans la voie de la corruption. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 22) qui se corrompt en suivant les désirs de son erreur, car tout être se corrompt, dès qu’il s’écarte de l’ordre de sa nature ; or la nature de l’homme est de tendre par désir à ce qui est selon la raison ; et la perfection et le bien de la raison est la vérité. Quand donc la raison tend à l’erreur, et quand par cette erreur le désir se corrompt, c'est ce que nous appelons le vieil homme. |
Dicit autem secundum desideria,
scilicet mala. Rm XIII, 14 : carnis curam ne feceritis in desideriis.
I Tim. VI, 9 : desideria multa, et nociva, et inutilia, quae mergunt
hominem in interitum et perditionem, et cetera. Quia autem haec desideria
in quibusdam trahuntur ex infirmitate, in quibusdam vero ex malitia, sicut in
illis qui dicunt Deum providentiam non habere, ideo dicit erroris; quia
in talibus sic errantibus corrumpitur intellectus et affectus. Vel secundum
desideria erroris, id est quae homines faciunt errare, secundum illud
Sap. II, 21 : haec cogitaverunt et erraverunt, et cetera. Prov. XIV, 8
: imprudentia stultorum errans. Sed quomodo deponendus sit, docet apostolus,
dicens Col. III, 9 : expoliantes vos veterem hominem cum actibus suis,
et cetera. Non ergo substantialiter debet deponi vel expoliari, sed solum
quoad opera mala, vel conversationem. I Petr. II, 12 : conversationem
vestram inter gentes habentes bonam. I
Tim. IV, 12 : exemplum esto fidelium in verbo et conversatione. |
2° saint Paul dit : les désirs, à savoir mauvais (Rm XIII, 14) : "Ne prenez pas de votre chair un soin qui aille jusqu’à contenter ses désirs" ; (I Timoth., VI, 9) : "Divers désirs, inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l’abîme de la perdition et de la damnation, etc. " Mais parce que les désirs, chez certains, proviennent de la faiblesse, et chez d’autres, de la malice, dans ceux-là, par exemple, qui prétendent qu’en Dieu il n’y a pas de providence, l’Apôtre dit (verset 22) : de son erreur, parce que, dans ceux qui s’égarent ainsi, l’intelligence et le sentiment sont également corrompus. Ou encore : selon les désirs de son erreur, c'est-à-dire qui jettent l’homme dans l’erreur, suivant cette parole (Sagesse, II, 21) : "Les impies ont eu ces pensées, et ils se sont égarés, etc." ; (Proverbes XIV, 8) : "L’imprudence des insensés est toujours errante." Or l’Apôtre (Col III, 9) enseigne à faire ce dépouillement : "Dépouillez," dit-il, "le vieil homme avec ses actes, etc. " Ce n’est donc pas quant à la substance qu’il faut le déposer ou s’en défaire, mais seulement quant à la conduite de la vie ou aux oeuvres mauvaises ; (I Pierre, II, 12) : "Conduisez-vous parmi les Gentils d’une manière bonne" ; (I Timoth., IV, 12) : "Soyez l’exemple et le modèle des fidèles dans les entretiens, dans la manière d’agir, etc." |
Deinde cum dicit renovamini, etc.,
ostendit, quod debemus novum statum induere. Circa quod tria facit. Primo
ostendit per quid consequi possumus hanc novitatem; secundo in quo haec
novitas consistat; tertio quae sit. |
II. Quand saint Paul ajoute (verset 23) : Renouvelez-vous, etc., il montre que nous devons revêtir un état nouveau. Sur ce point il fait trois choses. Il montre d’abord comment nous pouvons arriver à ce renouvellement ; ensuite en quoi il consiste ; enfin quel il est. |
Quantum ad primum dicit renovamini spiritu,
et cetera. Ubi notandum est quod licet spiritus multipliciter dicatur in
homine, tamen triplex spiritus invenitur, scilicet spiritus sanctus, I Cor.
c. III, 16 : nescitis quod templum Dei estis, et spiritus Dei habitat in
vobis? Item, spiritus rationalis, Gal. V, 17 : caro concupiscit
adversus spiritum. Item, spiritus phantasticus. Os. IX, 7 : scitote
Israel stultum prophetam, insanum virum, spiritualem, id est
phantasticum. Hoc ergo quod dicit spiritu mentis, sumitur pro spiritu
sancto. Dicit autem causam renovationis esse spiritum
sanctum, qui habitat in mente nostra. Gal. IV, 6 : misit Deus spiritum
filii sui in corda, et cetera. Ps. CIII, v. 30 : emitte spiritum tuum,
et creabuntur, et cetera. Vel potest accipi spiritus pro spiritu
rationali, et tunc spiritus idem est quod mens nostra, et est simile huic
quod dicitur Col. II, v. 11 : in expoliatione corporis carnis, id est
corporis, quae est caro; ita hic spiritu mentis, id est spiritu, qui
est mens; hoc autem dicit, quia in nobis est alius spiritus, qui non est
mens, qui scilicet est communis nobis et brutis. Dicit autem renovamini
spiritu mentis, quia illud quod non est corruptum est novum, nec
renovatione indiget. Nam si Adam corruptus non fuisset, renovatione non
indiguisset, nec nos etiam. Sed quia corruptus fuit, renovatione indiguit et
eius posteriores. Et ideo oportet renovari nos in praesenti
secundum animam, et in futuro secundum corpus, quando corruptibile hoc induet
incorruptionem, et mortale immortalitatem, ut dicitur I Cor. XV, 53. Dicit
ergo renovamini spiritu, hic scilicet, quia nisi in praesenti spiritus
renovetur, numquam corpus eius innovabitur. Vel potest exponi spiritu mentis,
id est mente vestra spirituali facta; et in idem redit. |
1° Sur le premier de ces points, il dit (verset 25) : Renouvelez-vous, etc. Il faut ici remarquer que, bien qu’en parlant de l’homme on puisse se servir de cette expression : « Esprit », on distingue toutefois trois sortes d’esprits ; à savoir : l’Esprit Saint (1 Co III, 16) : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?", l’âme raisonnable (Galates V, 17) : "Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit", l’esprit fantastique (Osée, IX, 7) : "Sachez, ô Israël que vos prophètes sont des fous, et vos hommes d’esprit en délire," c'est-à-dire ceux qui n’ont qu’un esprit fantastique, "des insensés." Ce que l’Apôtre dit ici (verset 23) : dans l’esprit de votre âme, « esprit » est pris pour l’Esprit Saint. Saint Paul enseigne que le principe de notre renouvellement est cet Esprit Saint, qui habite dans notre âme (Galates IV, 6) : "Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils, etc." ; (Psaume CIII, 30) : "Vous enverrez votre esprit, et ils seront créés, etc." Ou bien encore l’on peut prendre « esprit » pour l’esprit rationnel, et alors « esprit » est la même chose que notre âme. Nous avons quelque chose de semblable, dans ce passage (Col II, 11) : "Dans le dépouillement de ce corps de chair", c'est-à-dire du corps qui est chair ; de même ici, dans l’esprit de l’âme, c'est-à-dire dans l’esprit qui est âme. L’Apôtre s’exprime ainsi, parce qu’il y a en nous un autre esprit, qui n’est pas l'âme, je veux dire celui qui nous est commun à nous et aux animaux sans raison. Si saint Paul dit (verset 25) : Renouvelez-vous dans l’intérieur, etc., c'est que ce qui n’est pas corrompu est nouveau, et n’a pas besoin de renouvellement. Si en effet Adam n’eût pas été corrompu, il n’eût pas eu besoin de renouvellement, et nous-mêmes pas davantage. Mais parce qu’il fut corrompu, il lui fallut et il faut, à ses descendants comme à lui, un renouvellement. Il est donc nécessaire que ce renouvellement s’opère, pour notre âme, dans le temps présent; et, pour notre corps, dans le temps à venir, quand ce corps corruptible sera revêtu de l’incorruptibilité, et ce corps mortel de l’immortalité, comme il est dit dans (1 Co XV, 53). L’Apôtre dit donc : Renouvelez-vous dans l’intérieur, c'est-à-dire : ici-bas, car si le renouvellement de l’esprit n’a pas lieu dans la vie présente, jamais le corps qu’il habite ne sera renouvelé. On peut encore entendre par « l’esprit de l’âme » : dans votre âme devenue spirituelle, ce qui revient au même. |
In quo autem haec renovatio consistat, quantum
ad secundum, subdit cum dicit et induite novum hominem, et cetera. Hic
advertendum est quod sicut uniuscuiusque rei primum vetustatis principium
fuit Adam, per quem peccatum in omnes intravit, ita principium primum
novitatis et renovationis Christus est; quia sicut in Adam omnes
moriuntur, ita et in Christo omnes vivificabuntur. Unde
Gal. ult. : in Christo Iesu neque circumcisio, neque praeputium aliquid
valet, sed nova creatura. Induimini ergo dominum nostrum Iesum Christum, Rm c.
XIII, 14. |
2° L’Apôtre explique ensuite ce second point : en quoi ce renouvelle ment consiste, en disant (verset 24) : Et revêtez-vous de l’homme nouveau, etc. Il faut ici observer que de même que le premier principe de vétusté, en toutes choses, fut Adam, par qui le péché est entré dans tous les hommes, de même le premier principe du renouvellement et de la nouveauté c'est Jésus-Christ, car, de même que tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. C’est de à qu’il est dit (Galates VI, 15) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature." - "Revêtez-vous donc de Notre Seigneur Jésus-Christ " (Rm XIII, 14). |
Quae autem sit renovatio ostendit, cum dicit qui
secundum Deum creatus est, et cetera. Hoc autem potest intelligi
tripliciter. Uno modo sic, ut ly qui, referatur ad spiritum, id est :
spiritus, qui est mens nostra, creatus est a Deo, scilicet in originali
iustitia, scilicet in sui novitate; vel recreatus nova creatione, ut esset
iustus. Supra II, 10 : creati in Christo Iesu in
operibus bonis. Vel ly qui, potest referri ad novum hominem,
scilicet Christum. Et tunc construetur sic : qui creatus est,
id est formatus in utero virginis secundum Deum, id est non semine
humano, sed spiritu sancto. Vel creatus est secundum esse gratiae et
plenitudinis, et hoc in iustitia, quoad homines, et sanctitate,
quoad Deum, et hoc veritatis, non falsitatis. Lc.
I, 75 : in sanctitate et iustitia. Vel ut sanctitas sit in corde,
veritas in ore, iustitia in opere. |
3° L’Apôtre montre aussitôt quel est ce renouvellement, lorsqu’il dit (verset 24) : qui est créé selon Dieu, etc. Ces paroles peuvent être entendues de trois manières : d’abord en rapportant le « qui » à l’esprit, c'est-à-dire l’esprit qui est notre âme, a été créé de Dieu, à savoir dans la justice originelle, c'est-à-dire dans sa propre nouveauté. Ou : a été recréé d’une création nouvelle, afin qu’il fût revêtu de la justice (ci-dessus, II, 10) : créés en Jésus-Christ dans les bonnes oeuvres. Ou encore, le « qui » peut se rapporter à l’homme nouveau, c'est-à-dire Jésus-Christ, et alors on construit ainsi : qui a été créé, formé dans le sein de la Vierge, selon Dieu, c'est-à-dire non par le concours d’une semence humaine, mais par le Saint-Esprit. Ou enfin : qui a été créé, selon l’être de la grâce, à son état de plénitude ; et cela dans la justice, par rapport aux hommes, et la sainteté, par rapport à Dieu, "pleine de vérité" et non supposée ; (Luc 1, 75) : "dans la sainteté et la justice." Ou afin que la sainteté soit dans le coeur, la vérité sur les lèvres, et la justice dans les oeuvres. |
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Lectio 8 |
Leçon 8 — Ephésiens IV, 25 et 26 : Les péchés |
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SOMMAIRE. - Les péchés intérieurs sont condamnés, parce qu’ils cor rompent l’âme. Parmi ces péchés, au premier rang, se trouvent le mensonge et la colère. |
[25] propter quod deponentes mendacium
loquimini veritatem unusquisque cum proximo suo quoniam sumus invicem membra [26] irascimini et nolite peccare sol
non occidat super iracundiam vestram. |
25. C’est pourquoi en vous
éloignant de tout mensonge, que chacun parle à son prochain dans la vérité,
parce que nous sommes membres les uns des autres. 26. Si vous vous mettez en colère, gardez-vous de pécher : que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas de lieu au diable. |
[87813] Super Eph., cap. 4 l. 8 Supra
posita generali monitione, ut novitatem induerent, hic apostolus ponit
praecepta specialia. Circa quod duo facit. Primo
inhibet eis peccata interiora corrumpentia spiritum; secundo peccata
exteriora, quae corrumpunt carnem, ibi fornicatio autem, et cetera.
Prima in duas. Primo prohibet peccata, quae in deordinatione propria
consistunt; secundo peccata, quae consistunt in deordinatione alterius, ibi omnis
sermo malus, et cetera. Prima iterum in tres, quia primo prohibet
peccatum corrumpens rationalem; secundo peccatum deordinans irascibilem, ibi irascimini,
et nolite peccare, etc.; tertio peccatum pertinens ad concupiscibilem,
ibi qui furabatur, et cetera. |
Après la recommandation générale de se revêtir de l’homme nouveau, l’Apôtre donne ici des préceptes spéciaux, sur deux points. Il interdit aux Ephésiens d’abord les péchés intérieurs qui corrompent l’âme; ensuite les péchés extérieurs qui souillent la chair (V, verset 3) : [Qu’on n’entende pas seulement parler parmi vous,] ni de fornication, etc. Le premier de ces points se subdivise en deux. L’Apôtre condamne d’abord les péchés qui consistent dans un désordre personnel ; en second lieu, ceux qui consistent dans le désordre des autres ; (verset 29) : Que nul mauvais discours, etc. La première subdivision a trois parties. L’Apôtre condamne I° le péché qui pervertit le jugement de la raison ; II° celui qui porte au désordre l’appétit irascible (verset 26) : Si vous vous mettez en colère, gardez-vous de pécher ; III° le péché qui appartient au concupiscible ; (verset 28) : Que celui qui dérobait, etc. |
Circa primum tria facit. Primo quia unum istorum
prohibet; secundo inducit ad aliud; tertio rationem assignat. Prohibet ergo
illud primo quod ad veterem hominem pertinet, ita ut ista littera sit
expositiva huius, quod praedixerat : induite novum hominem, ad quem
induendum primo prohibet mendacium, quia per hoc peccatum oris corrumpitur
veritas rationis. Unde dicit propter quod, scilicet novum
hominem induendum, sitis supple, deponentes mendacium, quia, ut
dicitur in Ps. V, 7 : perdes omnes qui loquuntur mendacium, scilicet
perniciosum. |
I° Sur la première partie, saint Paul fait trois choses : I. il détourne de l’un de ces vices ; II. il porte à une pratique différente ; III. il en donne la raison. I. Il détourne d’un vice, qui appartient au vieil homme, en sorte que ce passage est explicatif de ce qui précède (verset 24) : Revêtez-vous de l’homme nouveau. Pour qu’on s’en revête, l’Apôtre défend d’abord de mentir, parce que ce péché de parole corrompt, à l’égard de la raison, la vérité ; c'est ce qui lui fait dire (verset 25) : C’est pourquoi, suppléez « afin de vous revêtir de l’homme nouveau », en vous éloignant de tout mensonge, parce que, comme dit le Psalmiste (V, verset 7) : "Vous perdrez tous ceux qui profèrent le mensonge," c'est-à-dire le mensonge pernicieux. |
Et postea inducit ad novitatem, dicens Zac. c.
VIII, 16 : loquimini veritatem unusquisque cum proximo suo. Et quare? Quoniam
sumus invicem membra. Membra enim se invicem diligunt et se iuvant mutuo
in veritate. Rm XII, 5 : unum corpus sumus in
Christo, singuli autem alter alterius membra. Sequitur
irascimini, et cetera. Ubi prohibet peccatum, corrumpens irascibilem.
Circa quod tria facit. Primo ponit monitionem; secundo eam exponit, ibi sol
non occidat, etc.; tertio rationem reddit, ibi nolite locum, et
cetera. |
II. Il porte au renouvellement, en disant (Zach.,
VIII, 16) : "Que chacun parle à son prochain dans la vérité." III. Et pourquoi ? (verset 25) : parce que nous sommes membres les uns des autres. Les membres, en effet, s’aiment les uns les autres et s’entraident mutuellement dans la vérité ; (Rm XII, 5) : "Nous ne sommes qu’un corps, dans le Christ, tous réciproquement les membres les uns des autres." |
Monitionem autem ponit, cum dicit irascimini,
et cetera. Quod potest exponi dupliciter, quia duplex est species irae,
quaedam bona, quaedam mala. Mala quidem quando inordinate tendit in
vindictam, scilicet contra iustitiam; bona vero quando in vindictam debitam,
quando scilicet quis irascitur quando oportet, cum quibus, et quantum
oportet. Et de utraque potest exponi. |
II° L’Apôtre dit à la suite (verset 26) : Si vous vous mettez en
colère, etc., condamnant par ces paroles le péché qui déprave l’appétit
irascible. Sur ce point il fait trois choses : I.
il fait une recommandation ; II. il l’explique (verset 26) : Que le soleil ne se couche
pas, etc.; III. il en donne la raison
(verset 27) : Ne donnez pas lieu, etc. |
Si de mala, sic est sensus : non praecipit,
sed permittit; quasi dicat : si sic est, quod motus irae insurgat, quod
humanum est, nolite peccare, id est nolite perducere ad effectum per
consensum. I Cor. X, 13 : tentatio vos non apprehendat nisi humana.
Quia certe, qui aliter irascitur fratri suo, reus erit iudicio, ut
dicitur Matth. V, 22. De hac ira monebat Ioseph fratres suos Gen. XLV, 24 : ne
irascimini in via. |
I. Il fait sa recommandation, quand il dit (verset 26) : Si vous vous mettez en colère, etc. On peut expliquer ces paroles de deux manières, car il y a deux espèces de colère, l’une bonne, l’autre mauvaise. La colère est mauvaise, lorsqu’elle tend d’une manière désordonnée à la vengeance, c'est-à-dire contre la justice. Elle est bonne, quand elle tend à une vengeance légitime, c'est-à-dire lorsqu’on se livre à la colère quand il convient, contre qui il convient, et dans la mesure qui convient. Or ce passage peut s’entendre de l’une et de l’autre de ces colères. |
Si autem exponatur de bona, sic tenetur non
solum permissive, ut primo, sed imperative, irascimini, scilicet contra
peccata vestra, quoniam duplex est vindicta, quam homo appetit. Una de seipso
peccante, et sic poenitentia est quaedam vindicta, quam homo facit et capit
de seipso. Et haec est bona ira, et de hac dicitur imperative irascimini,
scilicet contra peccata vestra, et nolite peccare, scilicet de
caetero, nec talia committere, contra quae iterum oporteat irasci. |
1° Si on l’entend de la mauvaise, voici le sens : l’Apôtre ne commande pas, il permet, comme s’il disait : s’il arrive qu’un mouvement de colère s’élève, ce qui est humain, gardez-vous de pécher, c'est-à-dire ne vous laissez pas aller, par votre consentement, jusqu’à l’effet ; (1 Co X, 13) : "Qu’il ne vous arrive que des tentations qui tiennent à l’humanité" car assurément celui qui se met autrement en colère contre son frère, "méritera d’être condamné par le jugement." (Matth., V, 22). C’est sur cette espèce de colère que Joseph donnait à ses frères cet avertissement (Gén XLV, 24 : "Ne vous mettez pas en colère sur le chemin." |
Modo credunt aliqui quod homo secure possit
sibi ipsi irasci propter peccata sua, sed non proximo suo propter sua; sed
non est ita : sicut enim contra seipsum quis irascitur propter peccata
propria, ita proximo suo propter sua; ergo irascimini contra vitia
aliena, et hoc cum zelo. Num. XXV, 11 : Phinees avertit iram meam a filiis
Israel, quia zelo meo commotus est contra eos. Sic Helias III Reg. XIX,
10 : zelo zelatus sum pro domino Deo exercituum, quia dereliquerunt pactum
domini filii Israel, et cetera. Et nolite peccare praeveniendo
rationem, sed potius sequendo. Iac. I, 19 : sit autem omnis homo velox ad
audiendum, tardus autem ad loquendum, et tardus ad iram, et cetera. |
2° Si on l’explique de la bonne colère, il faut entendre qu’il n’y a plus permission seulement, comme tout à l’heure, mais que l’Apôtre dit impérativement : Mettez-vous en colère, à savoir contre vos péchés, car il y a aussi deux sortes de vengeance que l’homme peut chercher. L’une contre soi-même en sa qualité de pécheur, et dans ce sens la pénitence est une sorte de vengeance, que l’homme conçoit, et exécute contre lui-même. Cette colère est bonne, et c'est d’elle que l’Apôtre dit impérativement : Mettez-vous en colère, c'est-à-dire contre vos péchés, et gardez-vous de pécher à l’avenir et de commettre de semblables fautes, contre lesquelles il vous faudrait de nouveau vous irriter. Quelques-uns s’imaginent que l’on peut, en toute sécurité, se livrer à la colère contre soi-même pour ses propres péchés, mais non pas contre le prochain pour les siens : c'est une erreur. De même que l’on se met en colère contre soi-même pour ses propres fautes, ainsi peut-on s’y mettre contre le prochain pour ses péchés. Mettez-vous donc en colère contre les vices d’autrui, et faites-le avec zèle ; (Nombres., XXV, 11) : "Phinées a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël par ce qu’il a été animé de mon zèle contre eux." Ainsi encore Elie (III Rois, XIX, 10) : "Je brûle de zèle pour vous, Seigneur, Dieu des armées, parce que les enfants d’Israël ont abandonné votre alliance, etc." - Et gardez-vous de pécher, non pas en prévenant la raison, mais plutôt en la suivant ; (Jacques I, 19) : "Que chacun de vous soit prêt à écouter, mais lent à parler, lent à se mettre en colère, etc. " |
Sequitur sol non occidat, et cetera.
Ubi exponit quod dixerat, et, secundum tres praedictas expositiones, potest
tripliciter exponi, quia si de mala ira, tunc sic : sol, etc., id est
: non persistatis in ira concepta sed ante solis occasum deponatis, quia
licet permittatur motus, propter fragilitatem, non permittitur mora. Si de
bona, et hoc contra peccata propria, tunc sic : sol, id est Christus,
Mal. IV, 2 : orietur vobis timentibus nomen meum sol iustitiae, etc., non
occidat super iracundiam vestram, id est super peccata vestra, pro quibus
iterum oporteat vos irasci, et vosmetipsos punire. Si contra peccata aliena,
sic accipitur sol, scilicet rationis. Eccle. XII, 1 : memento creatoris
tui in diebus iuventutis tuae, antequam veniat tempus afflictionis, et
appropinquent anni, de quibus dicas : non mihi placent, antequam tenebrescat
sol, et cetera. Sol non occidat super iracundiam vestram, id est
non obtenebretur dictamen rationis. Iob V, 2 : virum stultum interficit
iracundia. |
II. L’Apôtre continue (verset 26) : Que le soleil ne se couche pas, etc. ; c'est l’explication de ce qu’il vient de dire. On peut entendre ces paroles de trois manières, suivant les trois explications précédentes. Si on a adopté celle de la mauvaise colère, le sens sera : Que le soleil, etc., c'est-à-dire ne persistez pas dans la colère que vous avez conçue, mais déposez-la avant que le soleil se couche, car bien que le premier mouvement soit excusable, à raison de notre fragilité, s’y arrêter n’est pas permis. Si l’on applique ces paroles à la bonne colère et contre ses propres fautes, voici alors le sens : Que le soleil, c'est-à-dire Jésus-Christ, (Malachie, IV, 2) : "Pour vous, qui avez la crainte de mon nom, se lèvera le soleil de justice, etc.", - ne se couche point sur votre colère, c'est-à-dire sur vos péchés, contre lesquels il faudrait de nouveau exciter cette colère, et vous punir vous-mêmes. Si on l’entend des péchés des autres, il faut dire : Que le soleil, à savoir de la raison (Eccli. XII, 1) : "Souvenez-vous de votre créateur dans les jours de votre jeunesse, avant que le temps de l’affliction soit arrivé, et que vous approchiez des années dont vous direz : ‘ce temps me déplait’, avant que le soleil s’obscurcisse pour vous, etc." – Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, c'est-à-dire avant que s’assombrisse le langage de la raison (Job, V, 2) : "Certes, la colère fait mourir l’insensé" |
Sequitur nolite locum dare Diabolo, ubi
assignat rationem monitionis. Diabolus enim habet locum in nobis per
peccatum, vel per consensum. Io. XIII, 2 : cum Diabolus iam misisset in
cor, ut traderet eum Iudas, et cetera. Et sequitur ibid., quod post
buccellam introivit in eum Satanas. Nunc autem huiusmodi passiones multum
inclinant ad consensum et maxime quando pervertunt iudicium rationis, et hoc
specialiter facit ira, quae consistit in accensione sanguinis, quae quidem
ratione velocitatis sui motus praecedit iudicium rationis. Et quia, sic nobis
perturbatis, Diabolus incipit locum habere in nobis, ideo dicit nolite
locum dare Diabolo, quasi dicat : non perseveretis in ira, quia per hoc
datis locum Diabolo, quia totus Diabolus iracundus est. Ps. XVII, 48 : liberator
meus de inimicis meis iracundis. Intrat autem hominem cum furore et ira.
Apoc. XII, 12 : descendit Diabolus ad vos, habens iram magnam. Hoc
autem non potest facere saltem in anima, quamdiu homo iustus est. Haec autem
iustitia per iram amittitur, quia ira viri iustitiam Dei non operatur,
ut dicitur Iac. I, 20. Si ergo non vultis locum dare Diabolo, saltem in
anima, sol non occidat super iracundiam vestram. Eccle. XI, 10 : aufer
iram a corde tuo. |
III. A la suite (verset 26) : et ne donnez pas
de lieu au diable. L’Apôtre donne ici la raison de la recommandation.
Nous donnons lieu au diable par le péché, ou par notre consentement (Jean,
XIII, 2) : "Le diable ayant déjà mis dans le coeur de Judas Iscariote
de trahir Jésus, etc." ; et on lit plus loin (verset 27) : "dès
que Judas eut pris le morceau, Satan entra en lui." Or les passions
dont parle saint Paul poussent l’homme à donner son consentement, surtout
quand elles pervertissent le jugement de la raison. C’est ce que fait
particulièrement la colère, qui consiste dans l’inflammation du sang, en
sorte que par la rapidité de son mouvement, le jugement de la raison se
trouve prévenu. Aussi lorsque nous sommes ainsi troublés, le diable obtenant
pouvoir sur nous, l’Apôtre ajoute (verset 26) : et ne donnez pas lieu au
diable", en d’autres termes : Gardez-vous de persister dans la
colère, parce que vous donnez ainsi gain de cause au diable, car il est tout
entier colère ; (Psaume XVII, 48) : "Dieu qui me délivre de la
fureur de mes ennemis." En effet, quand le diable entre dans l’homme,
c'est avec la colère de la fureur ; (Apoc., XII, 12) : "Le
diable est descendu en vous, plein de colère." Or il ne peut
produire ces effets, dans l’âme du moins, tant que l’homme est juste, mais
cette justice se perd par la colère, "car la colère de l’homme
n’accomplit pas la justice de Dieu" est-il dit (Jacques I, 20). Si
donc vous ne voulez pas donner accès au diable, au moins dans votre âme, que
le soleil ne se couche pas sur votre colère ; (Ecclesiastique XI, 10) : "Bannissez
la colère de votre cœur." |
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Lectio 9 |
Leçon 9 — Ephésiens IV, 27 et 28 : Rejeter le péché |
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SOMMAIRE : Il faut rejeter la vétusté du péché, pour opérer le renouvellement de l’âme. |
[27] nolite locum dare diabolo [28] qui furabatur iam non furetur
magis autem laboret operando manibus quod bonum est ut habeat unde tribuat
necessitatem patienti. |
27. Que celui qui dérobait ne
dérobe plus; mais qu'il s'occupe en travaillant de ses mains à quelqu'ouvrage
bon pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans l’indigence 28, Que nul mauvais discours ne sorte de votre bouche, mais qu'il n'en sorte que de bons et de Propres à nourrir la foi, afin qu’ils inspirent la piété à ceux qui les écoutent. |
[87814] Super Eph., cap. 4
l. 9 Exclusa supra vetustate hominis quantum ad vim
rationalem et irascibilem, hic prohibet eam quantum ad concupiscibilem
provenientem ex rerum inordinata concupiscentia. Circa quod duo facit. Primo
prohibet concupiscibilis vetustatem; secundo hortatur ad eius novitatem, ibi magis
autem laboret, et cetera. |
I° Après avoir rejeté, dans ce qui précède, la vieillesse de l’homme sur le plan de ses deux facultés intellective et irascible, l’Apôtre la condamne ici dans l’appétit concupiscible qui provient des convoitises immodérées pour les choses. Sur quoi I. il condamne la vétusté de l'appétit concupiscible ; II. il exhorte à travailler à son renouvellement (verset 28) : Mais qu'il s'occupe lui-même en travaillant, etc. |
Ad vetustatem autem concupiscibilis pertinet
furtum, quod provenit ex corrupto et inordinato appetitu rei temporalis. Ideo
dicit qui furabatur, iam non furetur, etc., quasi dicat : qui habebat
concupiscibilem corruptam et vetustam ex corrupto appetitu rerum temporalium,
iam non furetur, scilicet si vult concupiscibilem renovare, quia, ut dicitur
Eccli. V, 17 : super furem confusio; propter hoc dicitur Ex. XX, 15 : non
furtum facies. |
I. A la vétusté de l’appétit concupiscible appartient le vol, qui provient du désir dépravé et désordonné des biens temporels. C'est pourquoi l’Apôtre dit (verset 27) : Que celui qui dérobait ne dérobe plus etc.; en d’autres termes : que celui qui avait la faculté concupiscible vieillie et corrompue par le désir dépravé des biens temporels ne dérobe plus à l’avenir, à savoir : s’il veut renouveler cette faculté ; car ainsi qu'il est dit (Ecclesiastique V, 17) : "Le voleur tombe dans la confusion", en raison de cette défense (Exod., XX, 15) : "Vous ne déroberez pas." |
Et quia aliquis posset se excusare prae
paupertate, ideo dicit magis autem laboret, et cetera. Sicut ipse
fecit apostolus, ut dicitur Act. XX, 33 : argentum et aurum nullius
concupivi, aut vestem, vos ipsi scitis, quoniam ad ea quae mihi opus erant,
et his qui mecum sunt, ministraverunt manus istae. Item II Thess. III, 7
: ipsi enim scitis quemadmodum oporteat vos imitari nos, quoniam non
inquieti fuimus inter vos, neque gratis panem manducavimus ab aliquo, sed in
labore et fatigatione, nocte ac die laborantes, ne quem vestrum gravaremus,
et cetera. Unde notandum est, quod opus manuale ad
tria inducitur. Primo ad necessitatem victus acquirendam. Gen.
III, 19 : in sudore vultus tui vesceris pane tuo. Et ideo qui non
habet unde licite vivat, tenetur manibus laborare. II Thess. III, 10 : si
quis non vult operari, non manducet; quasi dicat : sicut qui non comedit
in necessitate peccat, ita et si non laborat. Et sic ponitur hic ad
excludendum furtum. Quandoque vero inducitur contra otium, quia multa mala
docuit otiositas, Eccli. XXXIII, v. 29. Et ideo qui habent vitam otiosam,
tenentur manibus laborare. II Thess. III, 11 s. : audivimus quosdam inter
vos ambulare in quiete nihil operantes, sed curiose agentes. His autem, qui
huiusmodi sunt, denuntiamus et obsecramus in domino Iesu Christo, ut cum
silentio operantes suum panem manducent. Quandoque enim inducitur ad
carnis macerationem et domationem. Unde ponitur inter alia opera continentiae
II Cor. VI, 5 : in laboribus, in vigiliis, in ieiuniis, et cetera.
Triplex ergo est ratio iniungendi laborem corporalem; sed prima omnibus
necessaria est, et hoc de necessitate praecepti, quia aliis modis potest
excludi otium, similiter et lascivia carnis potest alio modo domari et
refrenari, et sufficit quomodocumque fiat. Sequitur quod bonum est, quod
dupliciter potest intelligi. Vel in vi accusativi, et sic construetur : magis
autem laboret operando manibus, et quidem non illicita, sed quod bonum
est. Gal. ult. : bonum autem facientes, non deficiamus. Is. I, 16
s. : quiescite agere perverse, discite bene facere. Vel potest
intelligi in vi nominativi : laboret, etc., quod bonum est,
quasi haec sit ratio quare laborandum est; quasi dicat : non solum est
necessarium laborare, immo etiam bonum est laborare, ut laborans possit
vivere, et ut habeat unde tribuat necessitatem patienti. Eccli. XXIX,
2 : foenerare proximo tuo in tempore necessitatis illius, et cetera. |
II. Et parce que quelqu’un pourrait se justifier en raison de sa pauvreté, l’Apôtre dit (verset 27) : Qu’il s’occupe plutôt en travaillant de ses propres mains, etc., comme saint Paul l’a pratiqué lui-même (Actes XX, 33) : "Je n’ai désiré recevoir de personne ni argent, ni or, ni vêtements ; et vous-même vous savez que ces mains que voici ont fourni à tout ce qui nous était nécessaire, à moi et à ceux qui étaient avec moi" ; et encore (II Thess, III, 7) : "Car vous savez vous-mêmes ce qu’il faut faire pour nous imiter, puisqu’il n’y a rien eu de déréglé dans la manière dont nous avons vécu parmi vous. Et nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne, mais nous avons travaillé jour et nuit pour n’être à charge à aucun de vous, etc. " Remarquez que le travail des mains est ici demandé pour trois fins. D’abord pour acquérir ce qui est nécessaire à la vie ; (Genes., III, 19) : "Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, etc." Celui-là donc qui n’a pas de quoi vivre licitement, est tenu de travailler se ses mains ; (2 Thess., III, 10) : "Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger" ; en d’autres termes : De même que celui qui ne mange pas quand il a un impérieux besoin de nourriture, est répréhensible, ainsi en est-il s’il ne travaille pas. Le travail est donc ici demandé dans le but d’éloigner le vol. Il l’est en second lieu pour prévenir l’oisiveté, car "l’oisiveté a enseigné beaucoup de mal" (Ecclesiastique XXXIII, 29) ; ceux dont la vie serait oisive sont donc tenus de travailler de leurs mains (II Thess., III, 11) : "Nous apprenons qu’il y a parmi vous quelques gens inquiets qui ne travaillent pas, mais qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Or, nous ordonnons à ces personnes, et nous les conjurons par le Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain en travaillant en silence." Enfin le travail sert quelque fois pour dompter et macérer la chair. C’est pour cette raison qu’on le range parmi les autres oeuvres qui sauvegardent la continence ; (2 Co VI, 5 ou XI, 27) : "J’ai souffert les travaux, les fatigues, les veilles, etc." ; il y a donc une triple raison d’enjoindre le travail corporel, mais la première est seule de nécessité pour tous, et même de nécessité de précepte, car il y a d’autres moyens de prévenir l’oisiveté ; de même pour dompter et mortifier les passions de la chair : du moment qu’on atteint le but proposé, de quelque façon qu’on l’obtienne, cela suffit. Il est dit à la suite (verset 27) : ce qui est bon. Ce mot peut s’entendre de deux manières. A l’accusatif, et alors on construira ainsi : Qu’il s’occupe plutôt lui-même en faisant de ses propres mains, non pas quelque chose d’illicite, mais ce qui est bon ; (Galat., VI, 9) : "Ne nous lassons donc pas de faire le bien" ; (Isaïe, I, 16) : "Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien." Ou en prenant le nominatif : Qu’il s’occupe, etc.ce qui est bon, comme si c'était la raison pour laquelle on doit travailler ; et comme si l‘Apôtre voulait dire : Non seulement il est nécessaire de travailler, il est même bon de le faire, afin que celui qui travaille puisse vivre, et aussi (27) : pour avoir de quoi donner à celui qui est dans l’indigence ; (Ecclesiastique XXIX., 2) : "Prêtez à votre prochain au temps de sa nécessité, etc. " |
Deinde cum dicit omnis sermo malus, etc.,
ponit pertinentia ad veterem hominem in deordinatione ad alium; et facit duo
: quia primo prohibet vetustatem, et inducit novitatem; secundo inducit
exemplum, in principio V cap., ibi estote ergo, et cetera. Ad
proximum autem potest quis male se habere dupliciter. Uno modo laedendo eum
verbis malis; alio modo malis exemplis. Primo prohibet primum; secundo
secundum, ibi et nolite contristare, et cetera. Prima iterum in duas.
Primo prohibet vetustatem; secundo inducit ad novitatem, ibi sed si quis,
et cetera. |
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 28) : Que nul mauvais discours, etc., il en vient à ce qui appartient au vieil homme au point de vue du désordre qui touche les autres. Il fait ici deux choses : il condamne la vétusté, et engage au renouvellement ; en second lieu, il propose un exemple, (V, verset 1) : Soyez donc, etc. On peut mal se comporter vis-à-vis du prochain de deux manières : Premièrement, en le blessant par des paroles mauvaises ; secondement par des mauvais exemples. Saint Paul condamne d’abord les paroles mauvaises ; ensuite les exemples (verset 30) : et n’attristez pas, etc. La première partie se subdivise en deux : l’Apôtre condamne la vétusté ; puis il exhorte au renouvellement (verset 29) : Mais qu’il n’en sorte que de bons, etc. |
Dicit ergo omnis sermo malus, et
cetera. Sermo oris praetendit et annuntiat quae sunt in anima, quia voces
sunt earum, quae sunt in anima, passionum notae. Ille est bonus sermo, qui
indicat bonam dispositionem interiorem, malus vero qui malam. Tripliciter
autem homo ordinatur interius, scilicet ad se, ut scilicet omnia sint rationi
subiecta; ad Deum, ut ratio sit ei subdita; ad proximum, quando diligit eum
ut seipsum. Est ergo quandoque sermo malus, quando indicat hominem
inordinatum in se, et hic est sermo falsus eius, qui aliud loquitur et aliud
intendit : et similiter sermo inutilis et vanus. Item, est sermo malus qui
indicat hominem inordinatum contra Deum : sicut periuria, blasphemiae, et
huiusmodi. Item, etiam est sermo malus, quando est contra proximum suum :
sicut iniuriae, doli, et fallaciae. Et ideo dicit omnis sermo malus ex ore
vestro non procedat. Omnis non vero aequipollet huic signo, nullus. Sap.
I, 11 : custodite ergo vos a murmuratione, quae nihil prodest, et a
detractione parcite linguae, quia sermo obscurus in vacuum non ibit; quia
certe Deum non praeterit omnis cogitatus et non abscondit se ab eo ullus
sermo, ut dicitur Eccli. XLII, 20. Nunc autem deponite et vos omnia,
iram, indignationem, malitiam, blasphemiam, turpem sermonem de ore vestro,
Col. III. |
I. Il dit donc (verset 28) : Que nul mauvais discours, etc. Le discours donne à entendre et exprime ce qui est dans l'âme, car les paroles sont les signes des passions qui s’y trouvent. Un discours est bon, lorsqu’il indique une bonne disposition intérieure ; il est mauvais, lorsqu’il en annonce une mauvaise. Or l’homme doit observer l’ordre, intérieurement, de trois manières, d’abord par rapport à lui-même, en soumettant toutes choses à la raison ; ensuite par rapport à Dieu, en lui soumettant sa raison elle-même ; enfin, par rapport au prochain, en l’aimant comme soi-même. Le discours est donc mauvais, lorsqu’il indique que l’homme, par rapport à lui-même, n’est pas selon l’ordre : tel est le discours empreint de fausseté, qui exprime une chose et en veut une autre ; ou encore le discours vain et inutile. Il est mauvais encore quand il montre l’homme en dehors de l’ordre, par rapport à Dieu : tel est le parjure, les blasphèmes, ou tout autre chose semblable. Il est mauvais enfin, quand il est contre le prochain comme l’injure, la tromperie ou l'équivoque. C’est, ce qui fait dire à saint Paul (verset 29) : Que nul mauvais discours ne sorte de votre bouche. Cette expression « tout », avec la négation, est l’équivalent de « nul » ; (Sagesse I, 11) : "Gardez-vous donc des murmures qui ne peuvent servir de rien, et ne souillez pas votre langue par la médisance, parce que la parole la plus secrète ne sera pas impunie". Car assurément il n’y a pas pour Dieu "de pensées secrètes, et rien ne se dérobe à lui" ainsi qu’il est dit (Eccli, XLII, 20). "Mais maintenant quittez aussi vous-mêmes tous ces péchés, la colère, l’animosité, la méchanceté, le blasphème ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche" (Coloss. III, 8). |
Sequitur sed si quis bonus est, et
cetera. Inducit ad novitatem, quia sermo bonus benedicendus est pro loco et
tempore. Prov. c. XV, 23 : sermo opportunus est optimus. Si quis ergo
loquitur, quasi sermones Dei, I Petr. c. IV, 11. Et
ad quid? Subdit ad aedificationem fidei, id est ut corroboretur fides
in cordibus infirmorum. I Cor. XIV, 26 : omnia ad aedificationem fiant.
Et hoc ut det gratiam audientibus, scilicet si talis bonus sermo sit
probatus, vel talis sermo est conferens : quia frequenter homo ex bono
sermone et per virtutem boni sermonis auditi, compunctus disponitur ad
gratiam. Act. X, 44 : adhuc loquente Petro verba haec,
cecidit spiritus sanctus super omnes qui audiebant verbum. Sic loquebatur
dominus, de quo dicitur Lc. IV, 22 : mirabantur ex verbis gratiae, quae
procedebant de ore ipsius. Eccle. X, 12 : verba oris sapientis gratia. |
II. Dans ce qui suit (verset 28) : mais qu’il
n’en sorte que de bons, etc., l’Apôtre engage au renouvellement spirituel
; car la bonne parole doit être dite en temps et lieu ; (Proverbes XV,
23) : "Ce qu’on doit estimer, est la parole dite à propos."
"Si quelqu’un parle, que ce soient comme des paroles de Dieu"
(Pierre, IV, 11). Et pourquoi ? Saint Paul ajoute (verset 28) : afin
de nourrir la foi, c'est-à-dire pour fortifier cette foi dans le cœur des
faibles ; (1 Co XIV, 26) : "Que tout se fasse pour
l’édification" ; et cela (verset 28) : afin qu’ils inspirent
la piété à ceux qui les écoutent", à savoir si cette bonne parole
est approuvée, ou ce discours opportun. Souvent, en effet, par une bonne
parole, et la bonne impression qu’elle produit quand on l’écoute, on est
touché et préparé pour recevoir la grâce ; (Actes X, 44) : "Pierre
parlait encore, lorsque le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui
écoutaient sa parole." Ainsi parlait le Sauveur, dont il est dit
(Luc, IV, 22) : "Ils étaient dans l’étonnement des paroles pleines de
grâce qui sortaient de sa bouche" ; (Ecclesiastique X, 12) : "Les
paroles qui sortent de la bouche du sage sont pleines de grâce." |
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Lectio 10 |
Leçon 10 — Ephésiens IV, 29 à 31 : Ne pas contrister l'Esprit |
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SOMMAIRE : L’Apôtre avertit les Ephésiens de ne pas forcer, par le péché, le Saint-Esprit à s’éloigner d’eux. |
[29] omnis sermo malus ex ore vestro
non procedat sed si quis bonus ad aedificationem oportunitatis ut det gratiam
audientibus [30] et nolite contristare Spiritum
Sanctum Dei in quo signati estis in die redemptionis [31] omnis amaritudo et ira et
indignatio et clamor et blasphemia tollatur a vobis cum omni malitia. |
29. Et n’attristez pas l’Esprit
Saint de Dieu, dont vous avez été marqués comme d’un sceau pour le jour de la
rédemption. 30. Que toute aigreur, tout
emportement, toute colère, toute crierie, toute médisance, enfin que toute
malice soit bannie d’entre vous. 31. Mais soyez bons les uns envers les autres, pleins de compassion, vous entre pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné dans le Christ. |
[87815] Super Eph., cap. 4 l. 10 Supra monuit
apostolus abstinere a verbis malis et nocivis, hic monet abstinere a verbis
et factis turbativis seu contristativis proximorum. Circa
quod duo facit. Primo prohibet quod pertinet ad vetustatem; secundo persuadet
quod pertinet ad novitatem, ibi estote autem invicem benigni, et
cetera. Prima iterum in duas, quia primo prohibet quod ad vetustatem pertinet
in generali; secundo in speciali, ibi omnis amaritudo, et cetera. |
Après
avoir recommandé de s’abstenir de toute parole mauvaise et nuisible, saint
Paul avertit ici de s’abstenir de toute parole et de toute action capable de
troubler ou d’attrister le prochain. I° Il condamne ce qui appartient au vieil homme
; II°
il engage à travailler à son renouvellement (verset 32) : mais soyez bons
les uns envers les autres, etc. I° La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre condamne I. en général ce qui tient au vieil homme ; II. en particulier (verset 30) : Que toute aigreur, etc. |
Dicit ergo nolite contristare spiritum,
et cetera. Contra : spiritus sanctus est Deus, in quo non cadit passio
aliqua, nec tristitia. Respondeo. Spiritus sanctus dicitur contristari,
quando contristatur ille, in quo est spiritus sanctus. Lc. X, 16 : qui vos
spernit, me spernit. Is. LXIII, 10 : ipsi autem ad iracundiam
provocaverunt eum, et afflixerunt spiritum sanctum eius, et conversus est eis
in inimicum. Vel dicendum est quod est metaphorica locutio. Sicut enim
Deus dicitur irasci propter similitudinem effectus, ita etiam dicitur
contristari; quia sicut quando aliquis contristatur recedit a contristante,
ita spiritus sanctus a peccante. Et sic est sensus nolite contristare
spiritum sanctum Dei, id est nolite eum fugare, vel expellere per
peccatum. Sap. I, 5 : spiritus sanctus enim disciplinae effugiet fictum,
et auferet se a cogitationibus, quae sunt sine intellectu, et corripietur a
superveniente iniquitate. Igitur non est contristandus spiritus sanctus,
et hoc propter beneficium signi salutaris. Ideo subiungit in quo signati
estis, id est reformati estis, et ab aliis distincti. Qui autem habebit
hoc signum secum, habebit vitam aeternam. Ideo ergo est custodiendus et nullo
modo contristandus, quia sine eo non est vita aeterna. II Cor. I, 22 : qui
signavit nos Deus, et dedit nobis pignus spiritus. Et quando? In die
redemptionis, id est Baptismi. Io. III, 5 : nisi quis renatus fuerit
ex aqua et spiritu sancto, et cetera. Act.
I, 5 : vos autem baptizabimini spiritu sancto, non post multos hos dies.
Dicit autem redemptionis, quia in Baptismo fit homo particeps
redemptionis factae per Christum. |
I. (verset 29) : N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, etc. dit d'abord saint Paul. On objecte : L’Esprit Saint est Dieu ; or, en Dieu, il ne saurait y avoir ni passion ni tristesse. Nous répondons que l’on dit du Saint-Esprit qu’il est attristé, quand est attristé celui dans lequel il habite ; (Luc, X, 16) : "Celui qui vous méprise, me méprise" ; (Isaïe, I, 10) : "Cependant, ils ont irrité sa colère, et ils ont affligé son Esprit Saint ; et il est devenu leur ennemi." Ou bien l’on peut dire que c'est une locution métaphorique. De même, en effet, que l’on dit de Dieu qu’il s’est mis en colère, par une sorte d’analogie de sentiment, on dit aussi qu’il est attristé ; car comme celui qui est dans la tristesse, s’éloigne de celui qui l’a causée, ainsi l’Esprit Saint s’éloigne de celui qui pèche. Le sens est donc : Et n’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, c'est-à-dire prenez garde de le forcer à se retirer, ou de le chasser par le péché ; (Sagesse, I, 5) : "L’Esprit Saint, l’éducateur [des hommes], fuit le déguisement; il se retire des pensées qui sont sans intelligence, et l’iniquité survenant le bannit de l’âme." Il faut donc se garder d’attrister l’Esprit Saint, et cela en vue du signe du salut ; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 29) : dont vous avez été marqués comme d’un sceau, c'est-à-dire renouvelés et séparés des autres. Or celui qui conservera ce sceau obtiendra la vie éternelle. Il faut donc conserver le Saint-Esprit, et ne le contrister en quoi que ce soit, car sans lui il n’y a plus à espérer de vie éternelle ; (2 Co I, 22) : "II nous a marqué de son sceau, et pour arrhes, il nous a donné le Saint-Esprit." Et quand avons-nous été marqués du sceau de l’Esprit Saint ? "Au jour de la rédemption," c'est-à-dire de notre baptême ; (Jean, III, 5) : "Si un homme ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, etc." ; (Actes I, 5) : "Pour vous, dans peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit." L’Apôtre dit : de la rédemption, parce que dans le baptême l’homme entre en participation de la rédemption opérée par Jésus-Christ. |
Sequitur omnis amaritudo, et cetera. Ubi
ostendit in speciali quae pertinent ad vetustatem. Quandoque enim homo contristat
amicum suum ex ira, aliquando ex industria. Sed in ira est triplex gradus,
quia aliquando retinetur et manet solum in corde, sicut qui tantum interius
irascitur. Aliquando vero exprimitur in voce, sine tamen
contumeliae prolatione, sicut qui dicit racha. Aliquando fit etiam addita
contumeliae prolatione, sicut qui dicit fatue. Primo
ergo ponit quod pertinet ad iram cordis; secundo quod pertinet ad inordinatam
prolationem; tertio quod pertinet ad contumeliam. |
II. Dans ce qui suit (verset 30) : Que toute aigreur, etc., saint Paul désigne d’une manière spéciale ce qui appartient au vieil homme. En effet, on contriste un ami quelquefois par colère, quelquefois par calcul. Or, dans la colère, il y a trois degrés, car elle peut être réprimée, et elle reste dans le coeur, comme lorsqu’on s’irrite seulement à l’intérieur. Elle peut aussi se manifester en paroles, sans toutefois aller jusqu’aux injures, comme dans celui qui dit Raca. Enfin on y ajoute quelquefois l’injure, comme lorsqu’on dit : "Vous êtes un fou" . L’Apôtre indique donc d’abord ce qui appartient à la colère du cœur ; ensuite ce qui appartient aux paroles peu mesurées ; enfin ce qui appartient à l’injure. |
In ira autem cordis ista se consequuntur.
Primo, quod ira est effectus tristitiae, et haec in sacra Scriptura dicitur
amaritudo. I Reg. c. I, 10 : cum esset Anna amaro animo, et oraret Deum
flens, et cetera. Et ideo dicit omnis amaritudo, etc., quae est
per memoriam iniuriae praeteritae. Eccli. XXI, 15 : non est sensus ubi
abundat amaritudo. Secundo, quod statim appetit vindictam; ideo dicit et
ira, quae est appetitus vindictae. Iac. I, 20 : ira enim viri Dei
iustitiam non operatur. Tertio, quod iratus indignum reputat, quod ei
parcat, et indignum esse, quod sine punitione transeat; ideo sequitur et
indignatio. |
1° Dans la colère du coeur, voici comment les effets s'enchaînent. D’abord la colère est une conséquence de la tristesse, et celle-ci, dans le langage de l’Ecriture, est appelée amertume ; (I Rois, I, 10) : "Anne, qui avait le coeur plein d’amertume, vint prier le Seigneur, en répandant beaucoup de larmes" ; c'est pourquoi saint Paul dit (verset 30) : que toute amertume, etc., qui naît du souvenir d’une injure reçue antérieurement ; (Ecclesiastique XXI, 15) : "Le bon sens n’est plus où est l’amertume du coeur." En second lieu, elle demande soudain la vengeance ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 31) : tout emportement, qui est le désir de la vengeance ; (Jacques I, 20) : "La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu." Troisièmement, celui qui est irrité regarde comme indigne de lui de pardonner et de laisser l’injure sans châtiment. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 30) : toute indignation. |
Sed quantum ad inordinatam prolationem sic est
clamor. Is. V, 7 : expectavi ut faceret iudicium, et ecce iniquitas, et
iustitiam, et ecce clamor. Ideo dicit et clamor. Similiter et blasphemia est vel contra Deum,
vel contra sanctos. Lev. XXIV, 16 : quicumque blasphemaverit nomen domini,
morte moriatur. Ideo dicit et blasphemia. Et addit tollatur a
vobis cum omni malitia, scilicet operis. I Petr. c. II, 1 : deponentes
omnem malitiam, et omnem dolum et simulationem. |
2° Parmi les paroles désordonnées, viennent les cris ; (Isaïe, V, 7) : "J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes, et je ne vois qu’iniquité. J’attendais la justice, et je n’entends que des clameurs." L’Apôtre dit donc (verset 30) : toute crierie. 3° Ensuite le blasphème, qui est ou contre Dieu, ou contre les saints ; (Lévitiq., XXIV, 16) : "Que celui qui aura blasphémé le nom du Seigneur soit puni de mort" ; saint Paul dit donc (verset 30) : tout blasphème. Et il ajoute (verset 30) : Enfin que toute malice soit bannie d’entre vous, c'est-à-dire la malice des actions ; (I Pierre, II, 1) : "Vous étant donc dépouillés de toute sorte de malice, de tromperie, de dissimulation, etc." |
Deinde cum dicit estote autem, etc.,
ponit pertinentia ad novitatem contrariam passionibus praemissis : contra
amaritudinem, benignitatem. Unde dicit estote autem invicem benigni.
Quia benignus est spiritus sapientiae, et cetera. Contra iram,
misericordiam; unde dicit misericordes. Lc. VI, 36 : estote ergo
misericordes, sicut et pater vester misericors est. Contra indignationem,
condonationem; unde dicit donantes invicem, et cetera. Col. III, 13 : donantes
vobismetipsis si quis adversus aliquem habet querelam, sicut et dominus
donavit nobis, ita et vos. Rm c. VIII, 32 : qui etiam proprio filio
suo non pepercit; et paulo post sequitur : quomodo non etiam cum illo
nobis omnia donavit? |
II° Enfin quand saint Paul ajoute (verset 31) : Mais soyez bons les uns envers les autres, etc., il explique ce qui s’applique au renouvellement contraire aux passions dont il a parlé. A l’amertume il oppose la bonté, ce qui lui fait dire (verset 31) : Soyez bons les uns envers les autres ; "L’Esprit de sagesse est plein de bonté." [(Sagesse, I, 6)]. A la colère il oppose la miséricorde et dit (verset 31) : Soyez pleins de compassion ; (Luc, VI, 36) : "Soyez donc pleins de miséricorde, comme votre Père est plein de miséricorde". A l’indignation, le pardon ; c'est pourquoi il dit (verset 31) : "Vous entre-pardonnant mutuellement, si quelqu’un a vis-à-vis d’un autre un sujet de querelle, comme Dieu vous a aussi pardonné en Jésus-Christ" (Col III, 13). (Rm VIII, 32) : "Puisque Dieu n’a pas même épargné son propre Fils," et un peu plus loin "comment avec lui ne nous donnera-t-il pas toutes choses ?" |
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Caput 5 |
CHAPITRE 5 — FUIR LE PÉCHÉ, IMITER LE CHRIST |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens V, 1 et 2 : L'imitation de Jésus Christ |
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SOMMAIRE : Saint Paul propose à notre imitation Jésus-Christ comme notre modèle, particulièrement dans l’amour du prochain. |
[1] estote ergo
imitatores Dei sicut filii carissimi [2] et ambulate in dilectione sicut et
Christus dilexit nos et tradidit se ipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo
in odorem suavitatis |
1. Soyez donc les imitateurs de
Dieu, comme étant ses enfants bien-aimés. 2. Et marchez dans l’amour et la charité, comme le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous, en s’offrant à Dieu, comme une oblation et une victime d’agréable odeur. |
[87816] Super Eph., cap. 5 l. 1 Posita
exhortatione ad benignitatem et misericordiam, quae sunt effectus charitatis,
hic ostendit eis exemplum. Circa quod duo facit. Primo inducit eos ad
imitationem exemplaris, scilicet Dei; secundo ostendit in quo debent ipsum
imitari, ibi et ambulate, et cetera. Dicit ergo : dixi quod debetis
donare invicem, sicut et Deus in Christo donavit vobis, ergo estote
imitatores Dei, quia hoc necessarium est, licet difficile sit. Eccle. II,
v. 12 : quid est, inquam, homo, ut possit sequi regem factorem suum?
Numquam tamen perficietur natura humana, nisi in coniunctione ad Deum. Unde
Iob XXIII, 11 : vestigia eius secutus est pes meus. Ergo imitandus
est, taliter quomodo habemus possibilitatem, quia ad filium pertinet patrem
imitari. Et ideo subdit sicut filii, patrem
scilicet per creationem. Deut. XXXII, 6 : nonne ipse est pater tuus qui
possedit, et fecit, et creavit te? Et addit charissimi, quos
scilicet elegit ad participationem sui ipsius. |
Après
avoir exhorté à la bonté et à la miséricorde, qui sont les effets de la
charité, saint Paul propose aux Ephésiens un modèle. A ce sujet, il fait deux
choses : Il les engage d’abord à imiter ce modèle, à savoir Dieu ; en second
lieu il explique en quoi ils doivent l’imiter (verset 2) : Et marchez,
etc. I° Il dit donc : J’ai établi que vous deviez vous pardonner mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné en Jésus-Christ, (verset 1) : soyez donc les imitateurs de Dieu, car c'est pour nous une nécessité, bien que ce soit difficile ; (Ecclesiastique II, 12) : "Qu’est ce que l’homme pour pouvoir suivre le roi qui l’a créé ?" Jamais cependant la nature humaine n’atteindra autrement sa perfection, que par son union avec Dieu. C’est de là que Job disait (XXIII, 11) : "Mon pied à suivi ses traces." Il faut donc l’imiter autant qu’il nous est possible de le faire, car c'est le devoir du fils d’imiter son père. C’est pourquoi saint Paul dit (verset 1) : comme étant ses enfants, à savoir en vertu de notre création ; (Deuté., XXXII, 6) : "N’est ce pas lui qui est votre Père, qui vous a possédés comme son héritage, qui vous a faits, et qui vous a créés ?" L’Apôtre ajoute : bien-aimés, c'est-à-dire qu’il a choisis pour le posséder lui-même. |
Sequitur et ambulate, et cetera. Ubi
primo ponit imitandi modum, quia in charitate; secundo ostendit immensae
charitatis signum, ibi et tradidit, et cetera. Quod ergo simus filii
charissimi, hoc facit charitas Dei. Rm VIII, 15 : non enim accepistis spiritum
servitutis iterum in timore, sed accepistis spiritum adoptionis filiorum, in
quo clamamus : abba, pater. Ipse enim spiritus testimonium reddit
spiritui nostro, quod sumus filii Dei.
Debemus ergo ipsum in dilectione imitari. Et
dicit ambulate, id est semper proficite. Gen. XV : ambula coram me,
et esto perfectus. Et hoc in dilectione, quia dilectio est tale
bonum in quo debet homo proficere, et tale debitum quod debet homo semper
solvere. Rm XIII, 8 : nemini quidquam debeatis, nisi ut invicem diligatis.
Vel in dilectione, quae est via sequendi Deum magis de propinquo. I
Cor. XII, 31 : adhuc excellentiorem viam vobis demonstro. I Cor. XIII,
v. 1 : si linguis hominum loquar et Angelorum, et cetera. Col. III, 4
: super omnia haec charitatem habentes, et cetera. Et hoc exemplo
Christi. Unde subdit sicut et Christus dilexit nos. Io. XIII, 1 : cum
dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos. |
II° Dans ce qui suit (verset 2) : Et marchez, etc., saint Paul indique d’abord la manière d’imiter Dieu : par la charité ; il donne ensuite la preuve de l’immense charité de Dieu (verset 2) : et il s’est livré, etc. I. Si donc nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu, c'est la charité de Dieu qui l’opère ; (Rm VIII, 15) : "Car vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba, Père ! Puisque l’Esprit de Dieu rend lui-même témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu" Nous devons donc l’imiter par la charité. L’Apôtre dit (verset 2) : et marchez, c'est-à-dire avancez toujours ; (Gen., XV, 1) : "Marchez devant moi, et soyez parfait." - Et marchez dans l’amour, parce que la charité est un bien dans lequel nous devons nous perfectionner toujours, et une dette qu’il faut payer sans cesse ; (Rm XIII, 8) : "Ne demeurez redevables à personne, si ce n’est de l’amour qu’on se doit les uns aux autres." Ou encore : dans l’amour, parce que c'est par cette voie qu’on peut suivre Dieu de plus près ; (1 Co XII, 31) : "Je vais vous montrer une voie encore beaucoup plus excellente." (1 Co XIII, 1) : "Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, etc." ; (Col III, 4) : "Mais surtout revêtez-vous de la charité, etc. " Et marchez ainsi à cause de l’exemple de Jésus-Christ ; c'est pourquoi il ajoute (verset 2) : Comme Jésus-Christ nous a aimés lui-même ; (Jean. XIII, 1) : "Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin." |
Et quia, secundum Gregorium, probatio
dilectionis, exhibitio est operis, ideo subdit et tradidit semetipsum pro
nobis. Apoc. I, 5 : dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris.
Gal. II, 20 : in fide vivo filii Dei, qui dilexit me et tradidit in mortem
seipsum pro me. Is. LIII, 12 : tradidit in mortem animam suam, et
cetera. Haec autem mors fuit nobis utilis et necessaria, ideo subdit oblationem
et hostiam, et cetera. Loquitur autem hic apostolus more veteris
legis, in qua, ut dicitur Lev. IV, 25 ss., quando quis peccaverat, offerri debebat
pro eo hostia et oblatio, quae dicitur pro peccato. Item, quando quis agebat
gratias Deo, vel aliquid consequi volebat, oportebat offerri hostiam
pacificam, ut dicitur Lev. III, 9, quae quidem erat in oblationem suavissimi
odoris domino, ut dicitur ibidem. Haec autem facta sunt per Christum, quia,
ut a peccatis mundaremur et gloriam consequeremur, tradidit semetipsum pro
nobis in oblationem per ea quae in vita gessit. Is.
LIII, 7 : oblatus est, quia ipse voluit, et cetera. Et hostiam Deo
pro peccato. Et hoc in odorem suavitatis. Alludit autem hic, quod
dicitur Lev. III, 5 s. Sed certe ille odor non erat tunc Deo acceptus
secundum se, sed secundum suam significationem, inquantum significabat
oblationem odoriferam corporis Christi filii Dei. Gen. XXVII, 7 : ecce
odor filii mei, sicut odor agri pleni. Cant. I, 3 : trahe me post te,
curremus in odorem unguentorum tuorum. Sic autem debemus nos sacrificare
Deo spiritualiter. Ps. l, v. 19 : sacrificium Deo spiritus, et cetera. |
II. Et parce que, suivant saint Grégoire (Homélie I sur saint Jean), la preuve de l’amour, c'est l’accomplissement des œuvres, saint Paul ajoute (verset 2) : et il s’est livré pour nous. (Apoc., I, 5) : "Il nous a aimés, et nous a lavés de nos péchés." ; (Galates II, 20) : "Je vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré lui-même à la mort pour moi" ; (Isaïe, LIII, 12) : "Il a livré son âme à la mort, etc." Or cette mort a été pour nous utile et nécessaire ; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 2) : comme une oblation et une victime, etc. L’Apôtre s’exprime ici à la manière de l’ancienne loi, dans laquelle (Lévitique IV, 2) on devait offrir pour celui qui s’était rendu coupable, une victime et une oblation pour le péché, ainsi qu’on l’appelait. De même aussi quand on rendit grâce à Dieu, ou quand on voulait obtenir une faveur, il fallait offrir (Levit., III, 9) une hostie pacifique qui était pour le Seigneur, comme il est dit au même endroit, une oblation d'agréable odeur. Or toutes ces prescriptions ont été accomplies par Jésus-Christ, car, pour que nous soyons purifiés de nos péchés et que nous obtenions la gloire, il s’est livré lui-même pour nous en oblation, par tout ce qu’il a fait pendant sa vie ; (Isaïe, LIII, 7) : "Il a été offert, parce que lui même l’a voulu, etc." - et comme une victime devant Dieu pour le péché ; et ce en odeur de suavité. L’Apôtre fait ici allusion à ce qui est dit au ch. III, 5 du Lévitique. Toutefois il est certain qu’alors cette odeur n’était pas agréable à Dieu pour ce qu’elle était en elle-même, mais pour sa signification, en tant qu’elle marquait l’oblation pleine de suavité du corps de Jésus-Christ ; (Gen., XXVII, 27) : "L’odeur qui sort de mon fils est semblable à celle d’un champ plein de fleurs" ; (Cantiq., I, 3) : "Entraînez-moi après vous, nous courrons à l'odeur de vos parfums." Ainsi devons-nous nous immoler à Dieu spirituellement ; (Psaume L, 19) : "Un esprit [brisé de douleur] est un sacrifice devant Dieu." |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens V, 3 et 4 : Le péché de la chair |
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SOMMAIRE : L’Apôtre condamne, dans le vieil homme, le péché de la chair, pour que les Ephésiens se renouvellent dans la pureté de la vie. |
[3] fornicatio autem et omnis
inmunditia aut avaritia nec nominetur in vobis sicut decet sanctos [4] aut turpitudo aut stultiloquium
aut scurrilitas quae ad rem non pertinent sed magis gratiarum actio. |
3. Qu’on n’entende pas seulement
parler parmi vous ni de fornication, ni de quelque impudicité que se soit, ni
d’avarice, comme on ne doit pas en entendre parler parmi les saints : 4. Qu'on n’y entende pas de paroles déshonnêtes, ni de folles, ni de bouffonnes, ce qui ne convient pas à votre vocation ; Mais plutôt de paroles d’actions de grâces. |
[87817] Super Eph., cap. 5 l. 2 Supra,
posita monitione, apostolus docuit ut deposita vetustate Ephesii novitatem
assumerent prohibendo vitia spiritualia, hic prohibet eisdem vitia etiam
carnalia. Dividitur autem in duas. Primo enim prohibet vetustatem vitiorum
carnalium; secundo inducit ad novitatem, ibi videte itaque, fratres, et
cetera. Prima iterum dividitur in tres. Primo excludit vetustatem vitiorum;
secundo proponit poenam eorum, ibi hoc autem scitote, etc.; tertio
excludit fallaciam, ibi nemo vos seducat, et cetera. Prima
iterum in duas. Primo excludit quaedam vitia principalia; secundo excludit
quaedam adiuncta, ibi aut turpitudo, et cetera. |
Saint Paul, dans la recommandation qui précède, a enseigné aux Ephésiens à dépouiller le vieil homme, pour pratiquer ensuite le renouvellement, en repoussant les vices de l’esprit ; il leur défend ici de se livrer aux vices de la chair. Or sa proposition se subdivise en deux parties. Dans la première, il défend de se livrer aux vices charnels. Dans la seconde, il porte à pratiquer le renouvellement (verset 15) : Ayez donc soin, mes frères, etc. La première partie se subdivise encore en trois : premièrement il condamne les vices du vieil homme ; secondement il en annonce le châtiment (verset 5) : Or, sachez que, etc. ; troisièmement il proscrit les fausses doctrines, (verset 6) : Que personne ne vous séduise, etc. La première subdivision se partage de nouveau en deux parties. L’Apôtre condamne I° quelques vices principaux ; II° quelques autres qui s’y joignent (verset 4) : Qu’on n’entende pas non plus de paroles déshonnêtes, etc. |
Excludit autem tria vitia, scilicet luxuriam
naturalem, quae est cum non sua, unde dicit fornicatio. Os.
IV, 12 : spiritus enim fornicationum decepit eos. I Cor. VI, v. 18 : fugite
fornicationem. Sic faciebat Iob c. XXXI, 1 : pepigi foedus
cum oculis meis, ut nec cogitarem de virgine. Dicitur autem fornicatio a
fornice, id est arcu triumphali, iuxta quem erant lupanaria. Prov. XX : intravit
super eos fornicatio, et cetera. Et omnis immunditia, id est omnis
pollutio contra naturam, scilicet quae non ordinatur ad generationem. Gal. V,
19 : manifesta sunt opera carnis, quae sunt fornicatio, immunditia,
luxuria, et cetera. |
I° Les vices principaux qu’il condamne sont au nombre de trois, à savoir la luxure naturelle, avec une femme qui n’est pas l’épouse. Il dit donc (verset 3) : Qu’on n’entende donc parler parmi vous, ni de fornication ; (Osée, IV, 12) : "L’esprit de fornication les a trompés" ; (1 Co VI, 18) : "Fuyez la fornication." Ainsi se conduisait Job (XXXI, 1) : "J’ai fait un accord avec mes yeux pour ne penser même pas à une vierge." Le terme fornication vient de "Fornix" c'est-à-dire « arc de triomphe » près duquel se trouvait les lieux de débauche ; (Proverbes XX, 1) : "La fornication est venue parmi eux, etc." - (verset 3) : ni de quelque impureté que ce soit, c'est-à-dire toute souillure contre nature, opposée à l’ordre de la génération ; (Galates V, 19) : "Les oeuvres de la chair sont bien connues, ce sont la fornication, l’impureté, la luxure, etc." |
Tertio excludit avaritiam, dicendo aut
avaritia. Sed quare hoc? Numquid est idem cum peccatis carnalibus?
Respondeo. Dicendum est quod non, nec totaliter est divisa, sed medium inter
spiritualia et carnalia peccata : quod patet sic. In peccato sunt duo,
scilicet obiectum peccati, et delectatio in obiecto. Quaedam ergo sunt
peccata quorum obiectum et delectatio est spiritualis, sicut ira. Nam
vindicta, quae est obiectum irae, et delectatio eius, est quid spirituale, et
similiter inanis gloria. Quaedam vero sunt omnino carnalia et obiectum et
delectatio; sicut gula et luxuria. Sed avaritia tenet medium, quia eius
obiectum est carnale, scilicet pecunia, sed delectatio est spiritualis, quia
animo quiescit quis in pecunia. Et ideo connumeratur avaritia cum peccatis
carnalibus ratione obiecti, cum spiritualibus vero ratione delectationis.
Hebr. ult. : sint mores sine avaritia. Vel dicendum est, quod avaritia opponitur
iustitiae, unde ponitur pro specie luxuriae, quae est adulterium, quod est
iniustus usus mulieris alterius : sicut avaritia iniustus usus pecuniae. |
Enfin il condamne l’avarice, en disant (verset 3) : ni d’avarice. Mais pourquoi donc ? Est-ce que l’avarice se confond avec les péchés de la chair ? Il faut répondre que non, et toutefois elle n’en est pas complètement distincte, car elle tient une sorte de milieu entre les péchés de l’esprit et les péchés de la chair. Ce que l’on peut expliquer ainsi : dans le péché, il y a deux choses : son objet et la délectation que l’on cherche dans cet objet. Or, il y a certains péchés, à l’égard desquels l’objet et la délectation appartiennent à l’esprit, la colère par exemple. Car la vengeance, qui est l’objet de la colère, et la délectation qu’on y prend, ont quelque chose de spirituel, il en est de même de la vaine gloire. D’autres péchés sont totalement charnels, soit par l’objet, soit par la délectation, par exemple la gourmandise et la luxure. Mais l’avarice tient le milieu ; car son objet, c'est-à-dire l’argent, est charnel ; la délectation qu’on y prend, au contraire, est spirituelle, car c'est par l’esprit que l’avare se complaît dans son argent. Voilà pourquoi l’avarice est comptée parmi les péchés de la chair à raison de son objet ; parmi ceux de l’esprit, à raison de la délectation ; (Hébreux XIII, 5) : "Que votre vie soit exempte d’avarice." Ou bien encore faut-il dire que l’avarice est opposée à la justice, ce qui la fait regarder comme une sorte de luxure, qui est l’adultère, ou l’abus injuste de la femme d’autrui, ainsi que l’avarice est l’injuste abus de l’argent. |
Sed supra dixit : qui furabatur, etc.,
hic autem dicit quod nec nominetur, etc., quia in pugna spirituali
vitia carnalia primo occurrunt vincenda : quia frustra pugnat quis contra
intrinseca, nisi primo vincat extrinseca, scilicet carnalia, contra quae
semper remanet bellum. Et ideo dicit nec nominetur in vobis, sicut decet
sanctos, scilicet abstinere a factis, a cogitationibus, et a dictis. Is.
XIV : perdam Babylonis nomen, et reliquias, et progeniem et germen.
Eccli. c. XLI, 15 : curam habe de bono nomine, quia hoc decet sanctos.
II Cor. VI, 4 : in omnibus exhibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros,
et cetera. |
Cependant l’Apôtre a dit plus haut (IV, 28) : Que celui qui dérobait, etc. ; il dit ici : Qu’on n’entende pas seulement parler , etc. C’est que dans le combat spirituel, les vices qu’il faut vaincre d’abord, ce sont les vices de la chair ; car ce serait en vain que l’on combattrait contre les ennemis du dedans, si d’abord on n’a triomphé des ennemis du dehors, c'est-à-dire des vices de la chair contre lesquels la guerre subsiste toujours. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 3) : comme on ne doit pas en entendre parler parmi les saints, c'est-à-dire : il faut s’abstenir des actes, des pensées et des paroles de cette espèce ; (Isaïe, XIV, 22) : "Je perdrai le nom de Babylone, j’en exterminerai les rejetons, les descendants et toute la race" ; (Ecclesiastique XLI, 15) : "Avez soin de vous procurer une bonne réputation, car cela convient aux saints" ; (2 Co VI, 4) : "Conduisons- nous en toutes choses comme de dignes ministres de Dieu, etc." |
Sequitur aut turpitudo, et cetera. Ubi
ponit quaedam vitia adiuncta. Circa quod duo facit. Primo adiuncta vitia
excludit; secundo ad contraria eorum inducit, ibi sed magis gratiarum
actio, et cetera. Tria ergo vitia excludit, scilicet
turpitudinem, quae est in tactibus turpibus et amplexibus et osculis
libidinosis. Prov. VI, 32 : qui autem adulter est, propter cordis inopiam,
perdet animam suam, et turpitudinem, et ignominiam congregat sibi. Item,
stultiloquium, id est verba provocantia ad malum. Eccli. IX, 11 : colloquium
illius quasi ignis exardescit, scilicet malae mulieris. Et scurrilitatem,
id est verbum ioculatorium, per quod aliqui volunt inde placere aliis. Matth.
XII, v. 36 : de omni verbo otioso quod locuti fuerint homines, reddent
rationem de eo in die iudicii. Et haec omnia sunt mortalia, inquantum ad
mortalia peccata ordinantur, quia aliquid etiam si bonum sit ex genere,
inquantum ad mortale ordinatur, est mortale. |
II° A la suite (verset 4) : ni quoi que ce soit le honteux, etc. L’Apôtre en vient à quelques vices qui tiennent à ces premiers. Il condamne d’abord ces seconds vices ; il engage ensuite à pratiquer les vertus opposées (verset 4) : mais plutôt des actions de grâce, etc. I. Il proscrit trois vices, à savoir l’impudeur qui se livre à des touchers, à des embrassements et autres familiarités coupables ; (Proverbes VI, 32) : "Celui qui est adultère, perdra son âme par la folie de son cœur ; il s’attire de plus en plus l’opprobre et l’ignominie." En second lieu, les paroles folles, c'est-à-dire celles qui provoquent au mal ; (Ecclesiastique IX, 11) : "Son entretien," celui de la femme corrompue, "brûle comme un feu." Et (verset 4) les bouffonneries, c'est-à-dire les plaisanteries, par lesquelles on cherche à se rendre agréable aux autres ; (Matth., XII, 36) : "Au jour du jugement les hommes rendront compte de toutes les paroles inutiles qu’ils auront dites." Tous ces défauts sont mortels, dès qu’ils peuvent conduire aux péchés mortels, car même ce qui est bien en soi devient mortel du moment qu’il conduit à une faute mortelle. |
Deinde inducit ad contraria, scilicet
gratiarum actiones. Unde dicit sed magis gratiarum actio. Is. LI, 3 : gaudium,
et laetitia invenietur in ea, gratiarum actio, et vox laudis. |
II. L’Apôtre exhorte ensuite à une pratique opposée, à savoir celle de l’action de grâces. C’est pourquoi il dit (verset 4) : mais plutôt des paroles d’action de grâces. (Isaïe, LI, 3) : "On y verra la joie et l’allégresse ; on y entendra les actions de grâces et les cantiques de louanges." |
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Lectio 3 |
Leçon 3 — Ephésiens V, 5 à 7 : La damnation |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre indique quel est le châtiment des vices : l'exclusion de la vision de Dieu. - Il avertit les Ephésiens de ne pas laisser séduire. |
[5] hoc enim scitote intellegentes
quod omnis fornicator aut inmundus aut avarus quod est idolorum servitus non
habet hereditatem in regno Christi et Dei [6] nemo vos seducat inanibus verbis
propter haec enim venit ira Dei in filios diffidentiae [7] nolite ergo effici participes
eorum. |
5. Car sachez que nul fornicateur,
nul impudique, nul avare, ce qui est une idolâtrie, ne sera héritier du
royaume du Christ et de Dieu. 6. Que personne ne vous séduise
de vains discours ; car pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les
hommes rebelles à la vérité. 7. N’ayez donc rien de commun avec eux. |
[87818] Super Eph., cap. 5 l. 3 Supra
prohibuit apostolus peccata carnalia, hic comminatur poenam damnationis, quae
peccatoribus infligitur. Circa quod duo facit. Primo enim de hoc eos
certificat; secundo sigillatim peccata recitat, ibi quod omnis fornicator,
et cetera. Dicit ergo hoc scitote intelligentes,
id est actualiter, non solum habitualiter, pro certo habete. I Io. V, 13 : haec
scripsi vobis, ut sciatis, et cetera. Et quid? Quod omnis fornicator,
aut immundus, aut avarus, quod est idolorum servitus, non habet haereditatem
in regno Christi et Dei. Nota quod vocat hic avaritiam idololatriam,
quoniam idololatria est, quando honor soli Deo debitus, impenditur creaturae.
Nunc autem Deo dupliciter honor debetur, scilicet ut in eo finem nostrum
constituamus, et ut in eo fiduciam nostram finaliter ponamus; ergo qui hoc in
creaturis ponit, reus est idololatriae. Hoc autem facit avarus, qui finem
suum in re creata ponit, et etiam totam suam fiduciam. Os. VIII, 4 : argentum
suum et aurum suum fecerunt sibi idola, ut interirent. Et hoc, quia, ut
dicitur Prov. XI, 28 : qui confidit in divitiis suis, corruet. |
Saint Paul, dans ce qui précède a condamné les péchés de la chair, il menace ici de la peine de la damnation, qui est infligée aux pécheurs : I° Il assure qu’il en sera ainsi ; II° Il énumère successivement ces divers péchés (verset 5) : que nul fornicateur, etc. I° Il dit donc (verset 5) : Sachez donc et comprenez-le, c'est-à-dire que cette pensée vous soit présente, et non pas comme un souvenir ; tenez comme certaine cette vérité ; (I Jean, V, 13) : "Je vous écris ces choses, afin que vous sachiez, etc." Quoi donc ? (verset 5) : nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est une idolâtrie, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Remarquez que l'Apôtre appelle ici l’avarice une idolâtrie, parce qu’il y a idolâtrie quand l’honneur qui n’est dû qu’à Dieu seul est transféré à la créature. Or Dieu a droit, de notre part, à un double honneur, à savoir que nous mettions en lui notre fin, et que nous placions en lui, en dernier ressort, notre confiance. Celui-là donc, qui met sa fin ou sa confiance dans les créatures est coupable d’idolâtrie. C’est ce que fait l’avare, qui met sa fin et même sa confiance toute entière dans une créature ; (Osée, VIII, 4) : "Ils se sont fait des idoles de leur argent et de leur or, et c'est ce qui les a perdus." Et cela parce que, comme il est dit au livre des Proverbes (XI, 28) : "Celui qui se fie en ses richesses tombera." |
Sed cum in aliis peccatis ponat homo finem
suum in creatura, cui amore inhaeret, quare etiam in illis non dicitur
peccator idololatra? Respondeo. Idololatrare est aliquid exterius indebite
colere. Nunc autem in aliis peccatis ponitur finis in interioribus quasi in
propria exaltatione. Sed qui ponit finem in divitiis, ponit in
eis finem ut in re exteriori, sicut idololatra. Sed numquid avari honorem Deo
debitum exhibentes creaturae, realiter sunt idololatrae, et per se? Dico
quod non, quia in moralibus actus seu opera iudicantur ex fine. Ille
ergo per se est idololatra, qui intendit per se cultum exhibere creaturae. Hoc
autem non intendit avarus per se, sed per accidens hoc facit, inquantum
superflue et inordinate diligit. Et quid de tali? Non habebit haereditatem,
quippe quia filii et haeredes, ut dicitur Rm VIII, 17. Nunc autem tales non
sunt filii, qui sic carnales sunt; ergo haereditatem non habent, quia, ut
dicitur I Cor. c. XV, 50 : caro et sanguis regnum Dei non possidebunt,
id est Deum, qui dicit Ez. XLIV, v. 28 : ego haereditas eorum. |
Cependant, puisque l’homme, dans les autres péchés, met aussi sa fin dans la créature, à laquelle il s’attache par amour, pourquoi n’appelle-t-on pas idolâtre celui qui s’en rend coupable ? On peut répondre qu’être idolâtre c'est rendre extérieurement à quelque objet un culte illégitime. Or, dans les autres péchés on met sa fin dans quelque chose d’intérieur, comme dans sa propre élévation. Mais celui qui met cette fin dans les richesses, met sa fin dans un objet extérieur, ainsi que fait l'idolâtre. Toutefois, est-il vrai que les avares, en rendant à la créature l'honneur qui est dû à Dieu, devient réellement et dans la nature des choses idolâtres ? Je réponds que non, parce que dans l’appréciation morale les actes ou les oeuvres se caractérisent par la fin. Celui-là donc est de soi idolâtre, qui en soi même aussi entend rendre un culte à la créature. Or, en soi, l’avare n’a pas cette intention, il ne le fait qu’accidentellement, en tant qu’il aime [l’argent] d’une manière excessive et désordonnée. Mais que lui arrivera-t-il ? (verset 5) : Il n’obtiendra pas l’héritage. Et la raison, c'est que "si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers," comme il est dit (Rm VIII, 17). Or ces gens-là ne sont pas des enfants, car ils sont charnels. Ils ne sont donc pas héritiers, puisque ainsi qu’il est dit (1 Co XV, 50) : "La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu," c'est-à-dire Dieu lui-même, qui dit (Ezech., XLIV, 28) : "Je suis moi-même leur héritage." |
Sed posset quaeri : si haereditas ista est
ipse Deus, cum sit indivisibilis et impartibilis, quare dicit in regno
Christi et Dei divisive, ac si haereditas ista sit divisibilis?
Respondeo. Haereditas nostra consistit in fruitione Dei, nunc autem Deus
aliter se fruitur, et nos eo; quia Deus seipso perfecte fruitur, quia seipsum
perfecte cognoscit et totaliter diligit quantum cognoscibilis et diligibilis
est. Non autem sic nos, quia licet ipsum perfecte cognoscamus in patria, et
per consequens diligamus, quia qui aliquid simplex attingit, ipsum totum
cognoscit, etsi non totaliter, sicut lux solis si esset punctalis, humanus
oculus ipsam totam apprehenderet, non totaliter, oculus vero aquilae ipsam
totaliter comprehenderet. Sic et si Deum perfecte cognoscimus in patria et perfecte
diligimus, sed ipsum totaliter non comprehendimus, ideo videtur ibi esse
quaedam imperfectio et particularitas. Et ideo dicit Christi et Dei
coniunctim, quasi partem cum parte ponendo, id est quia per Christum et non
per alium habetur haereditas. |
On peut encore demander ici : si cet héritage est Dieu lui-même, Dieu étant indivisible et impartageable, pourquoi saint Paul dit-il : dans le royaume de Jésus-Christ et de Dieu, en distinguant, comme si cet héritage était divisible ? On répond que notre héritage consiste dans la jouissance de Dieu. Or autre est la manière dont Dieu jouit de lui-même, autre celle dont nous jouissons de Dieu. Car Dieu jouit de lui-même d’une manière parfaite, puisqu’il a de lui-même une connaissance parfaite, et qu’il s’aime avec toute la plénitude dont il peut être et connu et aimé. Mais il n’en est pas de même pour nous, car bien que nous le connaissions parfaitement dans la patrie [céleste], et que par suite nous l’aimions, cependant comme celui qui atteint un être simple, le connaît tout entier, quoiqu’il ne le connaisse pas dans toute l’étendue possible : ainsi par exemple la lumière du soleil, si elle consistait en un point, serait saisie tout entière par l’oeil de l’homme, bien qu’il ne la pénétrât pas totalement, comme ferait l’oeil de l’aigle ; de même, quoique nous connaissions Dieu parfaitement dans la patrie [céleste] et que nous l’aimions aussi parfaitement, cependant nous ne le comprenons pas tout entier, d’où il semble qu’il y ait encore, même dans la patrie [céleste], comme une sorte d’imperfection, et de partage. Voilà pourquoi l’Apôtre dit : du royaume de Jésus-Christ et de Dieu, en les réunissant, comme pour mettre une partie avec l’autre, c'est-à-dire indiquer que c'est par Jésus-Christ et non par un autre, que l’on possède l’héritage. |
Deinde cum dicit nemo vos seducat, hic
excludit fallaciam seductorum. Et circa hoc duo facit. Primo enim ponit
admonitionem; secundo subiungit ipsius rationem, ibi eratis enim aliquando
tenebrae, et cetera. Prima iterum in duas, quia primo monet eos, ut non
seducantur verbis, eis credendo; secundo ut non communicent eis mala
faciendo, ibi nolite ergo effici, et cetera. Prima adhuc in duas, quia
primo removet seductiones; secundo ostendit seductionis signum, ibi propter
hoc enim venit ira, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 6) : Que personne ne vous séduise, etc., il condamne les tromperies des séducteurs. Ici, d’abord, il fait une recommandation ; ensuite il en donne la raison (verset 8) : car vous étiez autrefois ténèbres, etc. La première partie se subdivise. L’Apôtre avertit d’abord les Ephésiens de ne pas se laisser séduire par les discours, en ajoutant foi aux séducteurs ; ensuite de ne pas communiquer avec eux, en faisant le mal (verset 11) : et ne prenez pas de part, etc. La première subdivision se partage encore en deux : I. l’Apôtre prévient la séduction ; II. il donne une preuve de ses effets (verset 6) : C’est pour ces choses que la colère de Dieu, etc. |
Notandum est ergo quod in vitiis carnalibus solum docuit cavere
seductionem, quia a principio, ut homines possent libere frui
concupiscentiis, cogitaverunt invenire rationes, quod fornicationes et
huiusmodi venerea non essent peccata. Et ideo dicit inanibus
verbis, quia sine ratione sunt talia verba, quae dicunt quod huiusmodi
non sint peccata, nec excludant a regno Dei et Christi. Col.
II, 8 : videte ne quis vos seducat per prophetiam et inanem fallaciam.
Et quod tales sint seductores et talia verba seducentia, ostendit, quia nisi
peccata carnalia essent peccata, non punirentur a Deo, quia cum Deus sit
iustus, non infligit poenam sine culpa. Nunc autem talia puniuntur a Deo,
ergo peccata sunt. |
I. Il faut remarquer qu’à l’égard des vices de la chair, saint Paul s’est borné à enseigner de se garder de la séduction, parce que, dans les commencements, afin de pouvoir s’abandonner en toute liberté à leurs convoitises, les hommes ont imaginé de trouver des raisons pour établir que la fornication et les autres désordres de ce genre n’étaient pas des péchés. Voilà pourquoi il a dit (verset 6) : par de vaines paroles. Car c'est proférer des paroles dépourvues de raison, que d’avancer que de telles actions ne sont pas des péchés et n’excluent pas du royaume de Jésus-Christ et de Dieu ; (Col II, 8) : "Prenez garde que personne ne vous surprenne par la philosophie et par des raisonnements trompeurs." Maintenant il fait voir que ceux qui parlent ainsi sont des séducteurs, et leurs paroles des séductions, puisque si les désordres de la chair n’étaient pas des péchés, ils ne seraient pas punis de Dieu. Car Dieu étant juste, il n’inflige pas de châtiment s’il n’y a pas faute ; or ces désordres sont punis de Dieu ; donc ce sont de fautes. |
Minorem probat, cum dicit propter haec enim
venit ira Dei, scilicet propter peccata carnalia, in filios
diffidentiae, ut patuit in diluvio; item in Sodomitis; item tribus
Beniamin fere tota consumpta fuit propter haec. Dicit autem filios
diffidentiae, quia sic peccantes diffidunt de vita aeterna; quia si sic
faciens speraret vitam aeternam, magis esset praesumptio, quam spes, quae est
certa expectatio futurae beatitudinis ex meritis, et cetera. Unde
supra IV, 19 : qui desperantes semetipsos tradiderunt impudicitiae in
operationem immunditiae omnis, in avaritiam. Sap.
II, 8 : nullum pratum sit quod non pertranseat luxuria nostra, et
cetera. Et sequitur in fine capitis : quia tales non speraverunt mercedem
iustitiae, et cetera. Dicit ergo, quod in filios diffidentiae, id
est qui non confidunt de gaudiis aeternis, venit ira Dei, scilicet
propter peccata. Vel diffidentiae, id est de quibus non est
confidendum, quantum est ex parte meritorum. Et ideo concludit nolite ergo
effici participes eorum, communicando scilicet eis in talibus operibus.
II Cor. VI, 14 s. : quae enim participatio iustitiae cum iniquitate, aut
quae societas lucis ad tenebras, aut quae communicatio Christi ad Belial, aut
quae pars fidelis cum infideli? |
II. L’Apôtre prouve la mineure, en disant (verset
6) : C’est pour ces choses, c'est-à-dire pour les péchés de la chair, que
la colère de Dieu tombe sur les hommes de défiance, comme on l’a vu au
déluge [(Gen., VI)], à l’égard des habitants de Sodome [(Gen., XIX)], de la
tribu de Benjamin qui fut presque détruite pour des crimes semblables [(Jug.,
XX)]. Saint Paul dit : sur les hommes de défiance, parce que ceux qui
pèchent ainsi ne comptent plus sur la vie éternelle. Si, en effet, celui qui
agit de la sorte espérait la vie éternelle, ce serait de la présomption
plutôt que de l’espérance ; car l’espérance, c'est l’attente certaine de la
future béatitude d’après les mérites, etc. De là il a été dit plus haut (IV,
19) : Ayant perdu tout espoir, ils s’abandonnent à la dissolution, et se
plongent dans toutes sortes d’impuretés, avec une ardeur insatiable,
etc. ; (Sagesse, II, 8) : "Qu’il n’y ait pas de pré où notre
intempérance ne se signale, etc. " ; et à la fin de ce même
chapitre (verset 22) : "Ils n’ont pas cru qu’il y eût de récompense à
espérer pour les justes, etc. " Saint Paul dit donc : sur ces
hommes de défiance, c'est-à-dire qui n’ont plus de confiance dans les
joies éternelles, est tombée la colère de Dieu, à savoir à cause de
leurs péchés. Ou encore sur ces hommes de défiance, c'est-à-dire à
l’égard desquels il n’y a rien à espérer, quant aux mérites. C’est pourquoi
l’Apôtre conclut (verset 7) : N’ayez donc rien de commun avec eux, c'est-à-dire
ne communiquez pas avec eux pour de telles œuvres ; (2 Co VI, 14) : "Quelle
union peut il y avoir entre la justice et l’iniquité ? Quel commerce entre la
lumière et les ténèbres ? Quel accord entre Jésus-Christ et Bélial ? Quelle
société entre le fidèle et l’infidèle ?" |
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Lectio 4 |
Leçon 1 — Ephésiens V, 8 à 11 : Ne pas retourner au péché |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre avertit les Ephésiens de ne pas retourner aux vices, après avoir été initiés aux vertus. |
[8] eratis enim aliquando tenebrae
nunc autem lux in Domino ut filii lucis ambulate [9] fructus enim lucis est in omni
bonitate et iustitia et veritate [10] probantes quid sit beneplacitum
Deo [11] et nolite communicare operibus
infructuosis tenebrarum magis autem et redarguite. |
8. Car vous étiez autrefois
ténèbres, mais maintenant vous vous êtes lumière dans le Seigneur marchez
comme des enfants de lumière. 9. Or le fruit de la lumière
consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. 10. Recherchez avec soin ce qui
est agréable à Dieu 11. Et ne prenez pas de part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, mais, contraire condamnez-les. |
[87819] Super Eph., cap. 5 l. 4 Supra
prohibuit apostolus peccata carnalia, comminando poenam et removendo fallaciam,
hic assignat rationem sumptam ex eorum conditione, et duo facit. Proponit
enim primo eorum conditionem; secundo ex eis duas conclusiones inducit, ibi ut
filii lucis sitis, et cetera. Ponit autem duas conditiones : primo
praeteritam, secundo conditionem praesentem, ibi nunc autem lux, et
cetera. Dicit ergo eratis aliquando tenebrae, id est excaecati
ignorantia et errore. Supra IV, 18 : tenebris obscuratum habentes
intellectum. Ps. LXXXI, 5 : nescierunt, neque intellexerunt, in
tenebris ambulant. Item, tenebrosi per peccatum. Prov. IV, 19
: via impiorum tenebrosa, nesciunt ubi corruant. Sed
notandum est, quod indeterminate non dicit tenebrosi, sed tenebrae,
quia sicut quilibet videtur esse quod principaliter est in eo, sicut tota
civitas videtur esse rex et quod rex facit, civitas dicitur facere : ita
quando peccatum regnat in homine, tunc totus homo dicitur peccatum et
tenebrae. |
Saint
Paul, dans ce qu’on a vu, a défendu de se livrer aux péchés de la chair, en
menaçant du châtiment, et en prévenant contre la séduction. Il en donne ici
la raison, tirée de la condition même des Ephésiens. Il fait alors deux
choses : il rappelle d’abord cette condition ; il en déduit ensuite deux
conséquences (verset 8) : Marchez, comme des enfants de lumière, etc. I° Cette condition, il la considère I.
dans leur état passé ; II. dans leur état
présent (verset 8) : Mais maintenant vous êtes lumière, etc. I. Il dit donc (verset 8) : Car vous étiez autrefois ténèbres, c'est-à-dire aveuglés par l’ignorance et l’erreur (ci-dessus, IV, 18) : qui ont l’esprit plein de ténèbres ; (Psaume LXXXI, 5) : "Ils sont dans l’ignorance, ils ne comprennent pas, ils marchent dans les ténèbres." De même dans les ténèbres par le péché ; (Proverbes IV, 19) : "La voie des pécheurs est pleine des ténèbres ; ils ne savent où il tombent." Notez cependant que l’Apôtre ne dit pas, d’une manière indéterminée, « plongés dans les ténèbres », mais ténèbres même, parce que de même que chacun parait être ce qui est principalement en lui, comme le roi paraît être toute la cité, en sorte que ce que le roi fait, la cité est réputée le faire ; ainsi quand le péché règne dans l’homme, l’homme tout entier est réputé péché et ténèbres. |
Sequitur nunc autem lux, et cetera. Ubi
ponit conditionem praesentem; quasi dicat : nunc autem habetis lucem fidei.
Phil. II, 15 : inter quos lucetis sicut luminaria in mundo. Matth. V,
14 : vos estis lux mundi. |
II. On lit à la suite (verset 8) : mais maintenant vous êtes lumière, etc. L’Apôtre rappelle ici leur condition présente. Il semble dire : « mais maintenant vous avez la lumière de la foi » ; (Philipp., II, 15) : "Brillez au milieu d’eux, comme des astres dans le monde" ; (Matth., V, 14) : "Vous êtes la lumière du monde." |
Sed contra dicitur de Ioanne Baptista : non
erat ille lux; quomodo ergo fideles alii lux dicuntur? Respondeo. Non
dicuntur lux per essentiam, sed per participationem. |
On objecte qu’il est dit de Jean Baptiste [(Jean, I, 8)] : "il n’était pas lui-même la lumière" ; comment donc les autres fidèles sont- ils appelés : « lumière » ? On répond qu’ils ne sont pas ainsi appelés parce qu’ils sont la lumière par essence, mais par participation. |
Deinde cum dicit ut filii lucis ambulate,
etc., concludit duas conclusiones. Dixerat enim, quod tenebrae fuerunt et
quod nunc sunt lux. Et ideo primo concludit, ut se conforment ei, quod nunc
sunt; secundo ut vitent ea quae prius fuerunt, ibi et nolite communicare.
Prima in duas. Primo ponit admonitionem;
secundo eam exponit, ibi fructus enim lucis, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 8) : marchez comme des enfants de
lumière, il déduit deux conclusions. Il avait dit des Ephésiens
qu’ils étaient autrefois ténèbres, et que maintenant ils sont lumière ; il
conclut donc en premier lieu, qu’ils doivent vivre d’une manière conforme à
ce qu’ils sont maintenant ; en second lieu, qu’ils aient à éviter ce qu’ils
ont été autrefois (verset 11) : et ne prenez pas part, etc. I. La première partie se subdivise : 1° L’Apôtre fait une recommandation ; 2° il la développe (verset 9) : Or le fruit de la lumière, etc. |
Dicit ergo : quia nunc lux estis, faciatis
opera lucis, ergo ut filii lucis ambulate. Io. XII, 35 : ambulate
dum lucem habetis, et cetera. |
1° Il dit donc : Puisque maintenant vous êtes lumière, faites donc des oeuvres de lumière, et marchez comme des enfants de lumière ; (Jean, XIII, 55) : "Marchez tant que vous avez la lumière, etc. " |
Hoc autem exponit, cum dicit fructus enim,
et cetera. Ambulat autem quis ut filius lucis dupliciter. Primo
quantum ad substantiam, vel genus operis; secundo quantum ad modum, vel
intentionem facientis. Primo ergo ponit opera, quae oportet facere; secundo
qua debent fieri intentione, ibi probantes, et cetera. |
2° Il explique sa recommandation, en disant (verset 9) : Or le fruit de la lumière, etc. On peut marcher en enfant de lumière, de deux manières : d’abord quant à la substance, ou le genre des œuvres ; ensuite quant à leur mode, ou à l’intention de celui qui les fait. L’Apôtre indique donc d’abord les oeuvres qu’il faut faire ; ensuite avec quelle intention on doit les faire ; (verset 10) : recherchant avec soin, etc. |
Dicit ergo : dixi ut ambuletis ut filii lucis,
fructus autem lucis sunt opera fructifera et clara. Eccli. XXIV, 23 : flores
mei fructus honoris, et cetera. Et hoc in omni bonitate, et
cetera. Ubi advertendum est, quod omnis actus virtutis ad tria reducitur. Nam
oportet, quod agens ordinetur in se, ad proximum, et ad Deum. In se,
ut sit bonus in seipso et propter hoc dicit in omni bonitate. Ps.
CXVIII, 66 : bonitatem et disciplinam et scientiam doce me, et cetera.
Item, ad proximum per iustitiam. Ideo dicit in
iustitia. Ps. CXVIII, 121 : feci iudicium et iustitiam, et cetera.
Ad Deum per cognitionem et confessionem veritatis. Et ideo dicit et
veritate. Zach. VIII, 19 : veritatem enim et pacem diligite. Vel
aliter, ut bonitas referatur ad cor, iustitia ad opus, veritas ad os. Supra
IV, 25 et Zach. VIII, 16 : loquimini veritatem unusquisque cum proximo suo.
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A) Il dit : Je vous ai recommandé de marcher comme des enfants de lumière ; or les fruits de la lumière sont les oeuvres fécondes et lumineuses ; (Ecclesiastique XXIV, 23) : "Mes fleurs sont des fruits de gloire, etc." Et (verset 9) en toute sorte de bonté, etc. Remarquez ici que tout acte de vertu comprend trois conditions. Il faut que celui qui agit soit dans l’ordre par rapport à lui-même, au prochain et à Dieu. Par rapport à lui lui-même, de telle sorte qu’il soit bon par lui-même ; c'est pourquoi saint Paul dit : en toute sorte de bonté ; (Psaume CXVIII, 66) : "Enseignez-moi la bonté, la discipline et la science, etc." A l’égard du prochain, par la justice ; il dit donc : de justice ; (Psaume CXVIII, 121) : "J’ai été équitable dans mes jugements, et j’ai pratiqué la justice, etc." A l’égard de Dieu, par la connaissance et la confession de la vérité ; c'est pourquoi l’Apôtre dit : et de vérité ; (Zacharie VIII, 19) : "Aimez seulement la vérité et la paix." Ou autrement en rapportant la bonté au coeur, la justice à l’oeuvre, la vérité aux paroles (ci-dessus IV, 25) et (Zach., VIII, 16) : "Que chacun parle à son prochain dans la vérité." |
Deinde cum dicit probantes, etc.,
ostendit qua intentione debeant operari, quia non ex abrupto, sed probantes,
id est, ratione discernentes. Opus suum probet unusquisque, ut dicitur
Gal. VI, 4. Et hoc quid sit beneplacitum Deo, id est ut intendatis
facere, quod placet Deo. Rm XII, 2 : probetis quae sit voluntas Dei bona,
et beneplacens et perfecta. |
B) Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 10) : "Recherchez avec soin, etc., il fait voir avec quelle intention ils doivent agir, à savoir, non pas avec précipitation, mais en examinant avec soin, c'est-à-dire en discernant par la raison : "Que chacun examine bien ses actions", ainsi qu’il est dit (Galates VI, 4). Ce qu’il faut examiner, c'est ce qui est agréable à Dieu, c'est-à-dire il faut vous appliquer à faire ce qui plaît à Dieu ; (Rm XII, 2) : "Afin que vous reconnaissiez quelle est la volonté de Dieu ; ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux et ce qui est parfait." |
Deinde cum dicit et nolite communicare,
etc., hortatur eos ne redeant ad statum quem reliquerunt, quia, ut dicitur
Gal. c. II, 18 : si enim, quae destruxi, haec iterum reaedifico,
praevaricatorem me constituo; II Petr. II, 22 : canis reversus ad suum
vomitum, et sus lota in volutabro luti. Dividitur autem ista pars in
duas. Primo ponit monitionem; secundo assignat rationem, ibi quae autem in
occulto, et cetera. Prima iterum in duas. Primo monet eos ne malefaciant;
secundo ut mala reprehendant, ibi magis autem redarguite, et cetera. |
II. En ajoutant (verset 11) : Et ne prenez pas de part, etc., il engage les Ephésiens à ne pas retourner à l’état qu’ils ont abandonné, parce que, comme il est dit aux Galates (II, 18) : "Si je rétablis de nouveau ce que j’ai détruit, je me fais voir moi-même prévaricateur" ; (II Pierre, II, 22) : "Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi, et le pourceau, après avoir été lavé, s’est vautré de nouveau dans la boue." Cette partie se subdivise. D’abord l’Apôtre fait une recommandation ; ensuite il en donne la raison ; (verset 12) : Car ce qu’ils font en secret, etc. La première subdivision se partage encore. L’Apôtre recommande en premier lieu aux Ephésiens de ne pas faire le mal ; en second lieu, de condamner ceux qui le font (verset 14) : Au contraire, condamnez-les, etc. |
Dicit ergo probantes quid sit beneplacitum
Deo, et nolite communicare operibus infructuosis tenebrarum, id est
operibus carnalibus ducentibus ad tenebras perpetuas : quae quidem sunt
infructuosa, quia non habent nisi momentaneam delectationem citissime
transeuntem. Rm VI, 21 : quem ergo fructum habuistis tunc in illis, in
quibus nunc erubescitis? Iud. I, 12 : arbores autumnales infructuosae,
bis mortuae, eradicatae, fluctus feri maris, despumantes suas confusiones,
et cetera. Item, tenebrosa loca quaerunt propter turpitudinem, quia
communicant in eis cum brutis. Iob XXIV, 15 : oculus adulteri observat
caliginem, dicens : non me videbit oculus, et operiet vultum suum, perfodit
in tenebris domos, et cetera. Istis ergo nolite
communicare, imitando, coadiuvando, consentiendo. Eccli. XIII, 22 : quae
communicatio homini sancto ad canem? |
1° Il dit donc : recherchant avec soin ce qui peut plaire à Dieu, (verset 11), ne prenez donc pas de part aux oeuvres infructueuses des ténèbres, c'est-à-dire aux oeuvres de la chair, qui conduisent aux ténèbres sans fin ; aux oeuvres infructueuses, parce quelles ne donnent qu’une délectation d’un instant, et qui passe très rapidement ; (Rm VI, 21) : "Car quel fruit tiriez-vous alors de ces désordres, dont vous rougissez maintenant ?" ; (Jude, I, 12) : "Ce sont des arbres qui ne fleurissent qu’en automne, des arbres stériles, doublement morts et déracinés. Ce sont des vagues furieuses de la mer, d’où sortent, comme d’une écume sale, leurs infamies, etc. " Ils cherchent aussi des lieux ténébreux, afin de cacher leur honte, car ils s’en servent pour voiler leurs abominations ; (Job, XXIV, 15) : "L’oeil de l’adultère épie l’obscurité ; il dit : ‘personne ne me verra’ et il couvre son visage. Il perce les maisons dans les ténèbres, etc." Gardez-vous donc de communiquer avec eux, en les imitant, en les aidant, en donnant à leur oeuvre votre assentiment ; (Ecclesiastique XIII, 22) : "Quel rapport un homme saint peut-il avoir avec un chien ?" |
Sed certe hoc non sufficit, nisi etiam eos
reprehendatis, quia, ut dicit Augustinus, aliquando Deus punit communicantes
insontes, quia aliqui boni non reprehendunt malos. Eccli. XVII, 12 : mandavit
autem unicuique de proximo suo. Et ideo dicit magis autem autem
redarguite. II Tim. IV, 2 : argue, obsecra, increpa, et cetera. |
2° Toutefois cela ne suffit certainement pas, si vous ne les condamnez pas, car, remarque saint Augustin, Dieu quelquefois punit, tout innocents qu’ils soient, ceux qui communiquent avec les méchants, parce parfois les bons ne reprennent pas les méchants ; (Ecclesiastique XVII, 12) : "Et il a ordonné à chacun d’eux d’avoir soin de son prochain." L’apôtre dit donc (verset 41) : au contraire condamnez-les ; (II Timoth., IV, 2) : "Pressez à temps, à contre temps, reprenez, etc." |
Sed numquid semper peccamus si non
reprehendimus? Respondet Augustinus : quod enim non reprehendis ex timore
charitatis, ne scilicet peior efficiatur et scandalizatus affligat bonos, non
peccas. Si autem ex timore cupiditatis, ne scilicet indignetur et perdas
beneficia tua, sic peccas. |
Péchons-nous donc toujours, quand nous ne reprenons pas ? Saint Augustin répond : si vous ne reprenez pas, par une crainte charitable, de peur que l’on de devienne pire, et que le scandale n’afflige les bons, vous ne péchez pas ; mais si c'est par une crainte cupide, c'est-à-dire de peur qu’il ne vienne à s’indigner et que vous perdiez de vos avantages, vous péchez. |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens V, 12 à 14 : Les œuvres des païens |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre donne la raison qui doit empêcher de prendre part aux oeuvres des Gentils, c'est qu’elles sont honteuses à dire. |
[12] quae enim in occulto fiunt ab
ipsis turpe est et dicere [13] omnia autem quae arguuntur a
lumine manifestantur omne enim quod manifestatur lumen est [14] propter quod dicit surge qui
dormis et exsurge a mortuis et inluminabit tibi Christus. |
12. Car la pudeur ne permet pas
seulement de dire ce que ces personnes font en secret. 13. Or tout ce qui mérite d’être
repris se découvre par la lumière, n’y ayant que la lumière qui découvre
tout. 14. C’est pourquoi il est dit : Levez-vous, vous qui dormez, sortez d’entre les morts, et le Christ vous éclairera. |
[87820] Super Eph., cap. 5 l. 5 Supra posuit
apostolus monitiones, hic assignat rationes earum. Duas autem monitiones
posuit. Prima ut non communicarent operibus tenebrarum; secunda ut
redarguerent peccatores. Secundum hoc ergo duo facit. Primo ponit rationem
primae monitionis; secundo rationem secundae, ibi omnia enim quae
arguuntur, et cetera. Dicit ergo : bene dixi : nolite communicare, immo
debetis et tales increpare et redarguere. Quare?
Quia quae in occulto fiunt ab ipsis, turpe est dicere. Hoc
autem est de vitiis carnalibus in quibus est turpitudo magna, quia minimum
est ibi de bonis rationis, cum huiusmodi actus communes sint nobis et brutis. |
Saint
Paul a fait ses recommandations, il en donne ici les raisons. Ces
recommandations étaient au nombre de deux : la première de ne pas prendre
part aux oeuvres des ténèbres ; la seconde, de reprendre les pécheurs.
Corrélativement, il fait deux choses : il donne d’abord la raison de la
première recommandation ; ensuite celle de la seconde (verset 13) : Or,
tout ce qui mérite d’être repris, etc." I° Il dit donc : Je vous ai recommandé avec raison de ne pas prendre part à leurs oeuvres. Vous devez même et reprendre et corriger ceux qui se conduisent ainsi. Pourquoi ? (verset 12) : C’est que la pudeur ne permet pas seulement de dire ce que ces personnes font en secret. Ce passage doit s’entendre des vices de la chair, qui portent avec eux une grande honte, car c'est à peine s’il s’y trouve un reste de raison, puisque ces actes sont communs à l’homme et aux animaux sans raison. |
Sequitur omnia quae arguuntur, et
cetera. Hic ponit apostolus rationem secundae monitionis, et facit duo. Primo
enim ponit rationem; secundo assignat confirmationem, ibi propter quod
dicit, et cetera. Quantum ergo ad primum, vult probare quod eos deceat
delinquentes arguere, et hoc probat sic : quidquid ostenditur malum esse
redarguitur, omnis enim redargutio manifestatio quaedam est; sed omnis
manifestatio fit per lumen, vos autem estis lux; ergo decet vos arguere et
eos manifestare. Ponit autem huius rationis maiorem, ibi omnia autem quae
arguuntur, et cetera. Minorem autem ponit, ibi omne quod, et
cetera. Quasi dicat : ideo decet eos arguere, quia, ut dicitur I Cor. II, 15
: spiritualis iudicat omnia, et ipse a nemine iudicatur. Unde Glossa
sic exponit : omnia, scilicet peccata quae arguuntur a lumine,
id est, a bonis et sanctis hominibus, qui sunt filii lucis, manifestantur,
scilicet per confessionem. Prov. XXVIII, 13 : qui autem confessus fuerit
et reliquerit ea, misericordiam consequetur. Omne autem, scilicet malum, quod
manifestatur per confessionem, lumen est, id est in lumine
vertitur. |
II° A la suite (verset 15) : Or, tout ce qui mérite d’être repris,
etc., l’Apôtre donne la raison de la seconde recommandation. I. Il exprime cette raison, II. il en donne la confirmation ; (verset 14) : C’est
pourquoi il est dit, etc. I. Sur la première partie, saint Paul veut prouver qu’il faut reprendre ceux qui font mal. Il établit ainsi sa preuve : Tout ce qui est démontré mauvais mérite répression ; toute répression est une sorte de manifestation. Mais toute manifestation se fait par la lumière ; or vous-mêmes vous êtes lumière ; il convient donc que vous les repreniez et que vous les montriez à découvert. L’Apôtre pose donc d’abord la majeure de ce raisonnement ; (verset 15) : Or tout ce qui mérite d’être repris, etc. et la mineure (verset 15) : tout ce qui, etc. Comme s’il disait : Il est dans l’ordre que vous les repreniez, car, ainsi qu’il est dit (1 Co II, 15) : "L’homme spirituel juge de tout, et n’est jugé par personne." C’est pourquoi la Glose explique ainsi ce passage : toutes choses, c'est-à-dire les péchés, qui sont reprises par la lumière, c'est-à-dire par ceux d’entre les hommes qui étant bons et saints, sont les enfants de lumière, sont manifestées, à savoir par la confession ; (Proverbes XXVIII, 13) : "Celui qui confesse ses crimes, et qui s’en retire, obtiendra miséricorde" ; or toutes choses mauvaises, manifestées par la confession, deviennent lumière, c'est-à-dire, sont changées en lumière. |
Deinde confirmat hoc per auctoritatem, dicens propter
quod dicit : surge, et cetera. Glossa sic exponit : propter hoc quod sit
lumen, dicit, scilicet spiritus sanctus : o tu qui dormis, surge, et cetera.
Sed haec non est consuetudo Pauli. Et ideo dicendum est, quod apostolus
introducit figuram positam Is. LX, 1 : surge, illuminare, Ierusalem,
etc., dicens propter quod dicit, scilicet Scriptura, surge a
negligentia boni operis, tu scilicet qui dormis. Prov. VI, 9 : usquequo,
piger, dormies? Ps. XL, 9 : numquid qui dormit, non adiiciet, ut
resurgat? Et exurge a mortuis, id est, ab operibus mortuis, seu mortificantibus.
Hebr. IX, 14 : emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, et
cetera. Is. XXVI, 19 : vivent mortui tui, interfecti mei resurgent. Exurge
ergo, et illuminabit te Christus. Ps. XXVI, 1 : dominus illuminatio
mea, et cetera. Idem XII, 4 : illumina oculos meos, ne unquam
obdormiam in morte. |
II. L’Apôtre confirme ensuite sa preuve par une autorité, en disant (verset 14) : C’est pourquoi il est dit : Levez-vous, etc." ce que la Glose explique ainsi : C’est pourquoi, c'est-à-dire, parce que les choses mauvaises sont devenues lumières, il est dit, à savoir par le Saint-Esprit : O vous qui dormez, levez-vous. Mais tel n’est pas le style habituel de saint Paul. Il faut donc dire que l’Apôtre emploie ici la figure que nous trouvons en Isaïe (LX, 1) : "Levez vous, Jérusalem, soyez toute brillante de clarté, etc.", lorsqu’il dit (verset 14) : C’est pourquoi il dit, à savoir l'Ecriture : Levez-vous de la négligence que vous apportez aux bonnes oeuvres, vous qui dormez ; (Proverbes VI, 9) : "Jusqu’à quand dormirez-vous ! Paresseux ! " ; (Psaume XL, 9) : "Celui qui dort, ne pourra-t-il pas ressusciter ?" - (verset 14) Et sortez d’entre les morts, c'est-à-dire des oeuvres mortes ou des oeuvres qui donnent la mort ; (Hébr., IX, 14) : "Il purifiera notre conscience des oeuvres mortes, etc." ; (Isaïe, XXVI, 19) : "Vos morts revivront, ceux que j’ai tués ressusciteront." – Sortez donc, et Jésus-Christ vous éclairera ; (Psaume XXVI, 1) : "Le Seigneur est ma lumière, etc." et (Psaume XII, 4) : "Eclairez mes yeux, afin que je ne m’endorme pas dans la mort." |
Sed numquid possumus per nos resurgere a
peccato, quia dicit : surge, et illuminabit te Christus? Respondeo.
Dicendum est, quod ad iustificationem impii duo requiruntur, scilicet liberum
arbitrium cooperans ad resurgendum et ipsa gratia. Et certe hoc ipsum habet
liberum arbitrium a gratia praeveniente, et postea meritorie operari a gratia
subsequente. Unde dicitur Thren. ult. : converte nos, Deus, et convertemur. |
Pouvons-nous
donc par nous-mêmes ressusciter du péché, attendu que l’Apôtre dit : Levez-vous,
et Jésus-Christ vous éclairera ? Il faut dire que pour la justification
du pécheur deux choses sont nécessaires, à savoir le libre arbitre coopérant
pour ressusciter, et la grâce elle-même. La force nécessaire pour se lever
d’abord, sans aucun doute le libre arbitre l’obtient de la grâce prévenante,
et ensuite de la grâce subséquente le pouvoir de faire des oeuvres
méritoires. C’est pourquoi il est dit (Lament., V, 21) : "Convertissez-nous
à vous, Seigneur, et nous nous convertirons." |
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Lectio 6 |
Leçon 6 — Ephésiens V, 15 à 17 : Veiller |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre veut que les Ephésiens se conduisent avec circonspection, ainsi que font les sages, et qu’ils rachètent le temps, parce que les jours sont fugitifs et mauvais. |
[15] videte itaque fratres quomodo
caute ambuletis non quasi insipientes sed ut sapientes [16] redimentes tempus quoniam dies
mali sunt [17] propterea nolite fieri
inprudentes sed intellegentes quae sit voluntas Domini. |
15. Ayez soin, mes frères, de
vous conduire arec une grande circonspection, non comme des personnes
imprudentes, 16. Mais comme des hommes sages,
rachetant le temps parce que les jours sont mauvais. 17.. Ne soyez donc pas indiscrets, mais sachez discerner quelle est la volonté du Seigneur. |
[87821] Super Eph., cap. 5 l. 6 Supra
prohibuit fallaciarum carnalium vetustatem, hic hortatur ad contrariam
novitatem. Et primo hortatur ad novitatem contrariam fallaciae; secundo ad
novitatem contrariam luxuriae, ibi et nolite inebriari, et cetera.
Prima in tres. Primo inducit ad cautelam contrariam fallaciae; secundo
ostendit novitatem cautelae, ibi redimentes tempus, etc.; tertio docet
modum cautelae, ibi propterea nolite fieri, et cetera. |
Saint Paul, après avoir défendu de se laisser aller aux séductions charnelles du vieil homme, exhorte ici au renouvellement qui est opposé à ces séductions. Et d’abord il engage à ce renouvellement opposé à la séduction ; ensuite à celui qui est opposé aux dissolutions (verset 18) : Ne vous enivrez pas de vin, etc. La première partie se subdivise en trois : I° il recommande la vigilance, contraire à la séduction ; II° il enseigne en quoi cette vigilance est un renouvellement (verset 16) : rachetant le temps, etc. III° il indique le modo de la vigilance même, (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets, etc. |
Dicit ergo itaque, scilicet ex praemissis, videte quomodo
caute ambuletis. Cautio est quaedam conditio prudentiae, per quam aliquis
vitat impedimenta agendorum, et hanc cautelam debent omnes habere. Prov.
c. IV, 23 : oculi tui videant recta, et palpebrae tuae praecedant gressus
tuos. Hoc autem pertinet ad sapientes, et ideo dicit non quasi
insipientes, qui scilicet nesciunt vitare impedimenta. Ps. LXXV, 6 : turbati
sunt omnes insipientes corde. Sed ut sapientes. Eccle. II, 14 : sapientis
oculi in capite eius : stultus in tenebris ambulat. Quidam dicunt : si
non caste, tamen caute. Sed sic non accipit apostolus, sed dicit caute,
ac si diceret : cavete ab hominibus contrariis castitati. |
I° Il dit donc : vous devez avoir soin, après ce qui vous a été expliqué, de marcher avec circonspection. La circonspection est une de conditions de la prudence, par laquelle on évite, dans sa conduite, les obstacles qu’on rencontre ; or tous doivent avoir cette circonspection ; (Proverbes IV, 23) : "Que vos yeux regardent droit, et que vos paupières devancent vos pas." Ces précautions conviennent aux sages. Aussi saint Paul dit-il (verset 15) : non comme des personnes imprudentes, c'est-à-dire qui ne savent pas éviter les obstacles ; (Psaume LXXV, 6) : "Tous ceux dont le coeur était insensé, ont été remplis de trouble." - (verset 16) mais comme des hommes sages ; (Ecclesiastique II, 14) : "Les yeux du sage sont à sa tête; l’insensé marche dans le ténèbres." Quelques commentateurs disent : Sinon chastement, du moins prudemment. Telle n’est pas la pensée de saint Paul ; il dit avec circonspection, en d’autres termes : Gardez-vous de quiconque est opposé à la chasteté. |
Necessitatem autem huius cautelae ostendit,
cum dicit redimentes tempus, etc.; quod potest exponi dupliciter.
Redimit enim aliquis quandoque rem suam, dando enxenia vel aliquid pro ea,
sicut dicitur aliquis redimere vexationem suam dando enxenia, vel pecuniam,
vel quando dimittit de iure suo. Dicit ergo : totum tempus hoc est tempus
calumniae, et ideo sitis redimentes tempus, quoniam dies mali sunt. Ex
quo peccavit Adam, ex tunc semper paratae sunt insidiae impellentes ad
peccatum. Non sic autem in statu innocentiae, in quo non oportebat hominem ab
aliquo licito abstinere, quia in eius voluntate non erat impellens aliquid ad
peccatum. Modo autem oportet nos tempus redimere, quoniam dies mali sunt,
id est debemus malitiam dierum vitare, diem malum praecavere, ut dicitur
Eccle. VII, 15, et etiam a quibusdam licitis abstinere. I Cor. c. X, 23 : omnia
mihi licent, sed non omnia aedificant. In hunc autem modum dicitur
aliquis vexationem suam redimere, quia dimittit aliquid de iure suo perire.
Vel aliter : redimentes tempus, et cetera. Contingit quandoque quod
aliquis per magnum tempus vitae vivit in peccato, et hoc est tempus perditum.
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II° L’Apôtre montre la nécessité de cette circonspection, lorsqu’il dit (verset 16) : rachetant le temps, ce qui peut être expliqué de deux manières. Quelqu’un rachète quelquefois ce qui lui appartient, au moyen de la reconnaissance, ou d’autres objets que l’on donne en échange. C’est ainsi que l’on dit, se racheter de vexations au moyen de gages d’argent, ou en acceptant de se défaire de ses droits. L’Apôtre dit donc : Tout ce temps est le temps de la calomnie, rachetez-le donc, (verset 16) parce que les jours sont mauvais. Du jour qu’Adam a péché, des embûches nous ont été préparées et sont sans cesse tendues, pour nous porter au péché ; il n’en était pas ainsi dans l’état d’innocence ; alors il n’était pas besoin que l’homme s’abstint de ce qui était licite, car il n’y avait rien dans sa volonté qui le poussât au mal. Mais maintenant il nous faut racheter le temps, parce que les jours sont mauvais, c'est-à-dire : nous devons nous garder de la malice de ces jours, "et nous tenir prêts pour ceux qui sont mauvais," comme il est dit (Ecclesiastique VII, 15), nous abstenir même de certaines choses qui sont permises ; (1 Co X, 23) : "Tout m’est permis, mais tout n’est pas expédient." C’est de cette manière que l’on dit de quelqu’un qu’il rachète une vexation, parce qu’il laisse, sans en user, quelque chose de son droit. Ou autrement : rachetant le temps, etc. : il arrive quelquefois que l’on vit longtemps dans l’état du péché, et c’est un temps perdu. |
Sed quomodo redimet, cum homo non sufficiat ad
debita persolvenda? Respondeo. Dicendum est quod tanto magis debet vacare
operibus bonis, quanto prius instetit malis. I Petr. I : sufficit enim
praeteritum tempus ad voluntatem gentium consumendam his, qui ambulaverunt in
luxuriis, vinolentiis, desideriis, et cetera. Sed prima expositio est
melior. |
Mais comment racheter ce temps, quand déjà l’homme ne peut suffire à payer sa dette ? Il faut dire que le pécheur doit d’autant plus vaquer aux bonnes oeuvres, qu’il s’est auparavant livré davantage aux mauvaises ; (I Pierre, IV, 1) : "Car il doit suffire que dans le temps de votre vie passée vous vous soyez abandonnés aux mêmes passions que les païens, vivant dans les impudicités, dans les mauvais désirs, dans les ivrogneries, etc." Mais la première explication est préférable. |
Deinde cum dicit propterea nolite fieri,
etc., docet modum cautelae, dicens : propterea, scilicet ut possitis
tempus redimere, nolite fieri imprudentes. Nota
quod differentia est inter sapientiam et prudentiam. Prudentia enim est
quaedam sapientia, sed non universalis sapientia. Prov. c. X, 23 : sapientia
autem est viro prudentia. Sapiens enim simpliciter dicitur, qui habet de
omnibus ordinare : sapiens autem secundum quid dicitur, qui habet ordinare de
his de quibus est sapiens. I Cor. III, 10 : ut sapiens architectus
fundamentum posui. Quia sapientis est ordinare, ut dicitur I
methaphysicae. Omnis autem ordinator respicit finem; ille ergo simpliciter
est sapiens, qui cognoscit finem, vel qui agit propter finem universalem,
scilicet Deum. Deut. IV, 6 : haec est enim sapientia vestra, et
cetera. Sapientia enim est divinarum rerum cognitio, ut dicit Augustinus, IV
de Trinitate. Prudentia vero est particularis rei
providentia, quando scilicet quis ordinat facta sua. Et ideo sapientia est
viro prudentia. Propter hoc ergo dicit : nolite fieri imprudentes, sed
intelligentes, et cetera. Sicut ratio speculativa ordinat de agendis et
iudicat : oportet autem conclusiones habere et iudicare per principia, et
similiter in operabilibus. Istud autem primum principium, per quod debemus
iudicare omnia et regulare, est voluntas Dei; et ideo intellectus in
moralibus et divinis debet habere pro principio voluntatem Dei, quia, si hanc
habeat pro principio, fit prudens intellectus. Deut. c. XXXII, 29 : utinam
saperent et intelligerent, et cetera. Hoc autem docuit dominus, Matth. c.
XXVI, 42 : fiat voluntas tua. |
III° Quand saint Paul dit (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets etc., il indique le mode de la vigilance. C’est pourquoi, dit-il, c'est-à-dire pour que vous puissiez racheter le temps, il ne faut pas être indiscrets ; remarquez la différence entre la sagesse et la prudence. Celle-ci est une sorte de sagesse, mais ce n’est pas toute la sagesse ; (Prov. X, 23) : "La sagesse est la prudence de l’homme." On est sage dans le sens absolu, quand on règle toutes choses avec ordre ; on est sage dans le sens relatif, quand on règle avec ordre celles-là seulement à l’égard desquelles ou est sage ; (1 Co III, 10) : "J’ai posé le fondement comme un sage architecte," car il est d’un homme sage de disposer les choses avec ordre, comme il est dit au 1er livre de la Métaphysique. Or quiconque veut l’ordre, considère la fin ; celui-là donc est sage, dans le sens absolu du terme, qui connaît la fin, ou qui agit pour la fin universelle, c'est-à-dire pour Dieu même ; (Deutér., IV, 6) : "C’est en cela que vous ferez paraître votre sagesse [devant les peuples], etc." Car la sagesse, c'est la connaissance des choses divines, comme dit saint Augustin (de la Trinité, IV). Mais la prudence est la prévoyance particulière sur tel ou tel point, quand on ordonne correctement ses actions ; c'est pourquoi la sagesse est la prudence de l’homme. Voilà pourquoi aussi l’Apôtre dit (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets, mais sachez discerner, etc. De même que la raison spéculative détermine selon l’ordre et juge ce qui est à faire ; aussi est-il nécessaire de tirer des conséquences et de juger d’après des principes : de même pour les actes. Or le premier principe d’après lequel nous devons juger de toutes choses et les régler, c'est la volonté de Dieu. Donc l’intellect, dans les choses morales et dans les choses divines, doit avoir pour principe la volonté de Dieu, parce que, s’il en est ainsi, l’intellect se détermine par la prudence ; (Deut., XXXII, 29) : "Ah s’ils avaient de la sagesse et s’ils comprenaient, etc." C’est d’ailleurs ce que le Seigneur a enseigné (Matth., XXVI, 42) : "Que votre volonté soit faite." |
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Lectio 7 |
Leçon 7 — Ephésiens V, 18 à 21 : L'usage du vin |
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SOMMAIRE : L’Apôtre donne l’avis de s’abstenir de vin d’où naît la dissolution. - Si les Ephésiens veulent s’enivrer, qu’ils s’enivrent du Saint-Esprit |
[18] et nolite inebriari vino in quo
est luxuria sed implemini Spiritu [19] loquentes vobismet ipsis in
psalmis et hymnis et canticis spiritalibus cantantes et psallentes in
cordibus vestris Domino [20] gratias agentes semper pro
omnibus in nomine Domini nostri Iesu Christi Deo et Patri [21]
subiecti invicem in timore Christi. |
18. Et ne voies laissez pas
aller aux excès du vin, d’où naissent les dissolutions, mais remplissez-vous
du Saint Esprit. 19. Vous entretenant de psaumes,
d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos
cœur à la gloire du Seigneur," 20. Rendant grâces en tout temps
et pour toutes choses, à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur,
Jésus-Christ, 21. Et vous soumettant les uns aux autres dans la crainte du Christ. |
Supra induxit ad
novitatem contra vetustatem fallaciae, hic hoc idem facit contra vetustatem
vitiorum carnalium. Vel dicamus quod
prius reprehenderit peccata carnalia quantum ad luxuriam, hic autem quantum
ad gulam. Duo autem facit. Primo enim prohibet vetustatem; secundo inducit
statum ad novitatem, ibi sed impleamini, et cetera. |
L’Apôtre vient d’engager à travailler au renouvellement par rapport à la séduction dans les doctrines, il agit ici de même, pour ce qui est de vices de la chair. Ou bien disons qu’il a d’abord réprouvé parmi ces vices la luxure, et qu’il réprouve ici l’intempérance. Deux points : I° Il condamne le vieil homme ; II° il indique quel doit être l’état de ce renouvellement ; (verset 18) : Mais remplissez-vous, etc. |
Dicit ergo : dixi quod fornicatio et omnis
immunditia non nominetur in vobis; sed ad hoc cavendum debetis a vino
superfluo abstinere, quia cibus et potus superfluus est causa luxuriae, et
praecipue vinum, quod calefacit et movet. Prov. XX, 1 : luxuriosa res
vinum, et tumultuosa ebrietas. Esth. c. I, 10 : cum esset rex
hilarior, et post nimiam potationem incaluisset mero, et cetera. Os. c.
IV, 11 : fornicatio, et vinum, et ebrietas auferunt cor. Unde
Hieronymus : quem Sodoma non vicit, vina vicerunt Lot. Nolite ergo, et
cetera. |
I° II dit donc : on ne doit pas même entendre parler parmi vous de fornication ni de quelque impureté que ce soit ; or pour l’éviter, vous devez vous abstenir de tout excès de vin, car le manger et le boire, pris avec excès, sont une cause de dissolution, et particulièrement s’il s’agit du vin, qui échauffe et excite ; (Proverbes XX, 1) : "Le vin est une source d’intempérance, et l’ivrognerie est pleine de désordres" ; (Esther, I, 10) : "Lorsque le roi était plus gai, et dans la chaleur du vin qu’il avait bu avec excès, etc." ; (Osée IV, 11) : "La fornication, le vin et l’énivrement enlèvent le sens." C’est ce qui a fait dire à saint Jérôme : "Loth que Sodome n’a pu vaincre, le vin l’a vaincu." Ne vous laissez donc pas aller, etc. |
Sed impleamini spiritu sancto. Inter omnia quae multos spiritus generant est vinum,
unde generat animositatem et facit homines per talenta loqui, ut
dicitur III Esd. III, 21. Et ideo convenienter docet eos contra hoc repleri
spiritu sancto, qui generat fervorem devotionis. Rm XII, 11 : spiritu ferventes. Item, etiam
generat gaudium et laetitiam spiritualem. Rm
XIV, 17 : iustitia, et pax, et gaudium in spiritu sancto. Item, facit
audacter loqui. Act. II, 4 : repleti sunt omnes spiritu sancto, et
coeperunt loqui, etc., et ideo qui eos loquentes audiebant, credebant eos
ebrios. |
II° (verset 16) : mais remplissez-vous du Saint-Esprit. Parmi les choses qui multiplient les esprits vitaux, il faut compter le vin ; aussi cause-t-il l’excitation de la partie irascible, et fait-il parler inconsidérément les hommes comme il est dit au 3ème livre d’Esdras, III, 21. C’est donc avec raison que l’Apôtre recommande aux Ephésiens, contre cet excès, de se remplir du Saint-Esprit qui produit la ferveur de la dévotion ; (Rm XII, 11) : "Conservez-vous dans la ferveur de l’Esprit." Le Saint-Esprit produit aussi la joie et l’allégresse spirituelle ; (Rm XIV, 17) : "Dans la justice, dans la paix, et dans le joie que donne le Saint-Esprit." Il fait de plus parler avec courage ; (Actes, II, 4) : "Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et commencèrent à parler, etc." C’est pour cela que ceux qui les entendaient, les croyaient ivres. |
Sed numquid habemus
spiritum sanctum in nostra potestate? Respondeo et dico quod habere spiritum
sanctum est dupliciter : vel receptive, et sic non est in nostra potestate
eum recipere, sed ex dono Dei eum recipimus. Rm
V, 5 : charitas Dei diffusa est in cordibus nostris, et cetera. Vel
dispositive, et sic adhuc non sumus sufficientes eum recipere, id est nos
disponere sine gratia Dei. II Cor. III, 5 : non sumus sufficientes cogitare
aliquid a nobis quasi ex nobis, sed sufficientia nostra ex Deo est. Vel
aliquis dicitur recipere spiritum sanctum, non tamen plenus esse spiritu
sancto, quando scilicet habet gratiam spiritus sancti quantum ad aliquam et
non quantum ad omnem hominis operationem. Tunc autem dicitur plenus spiritu
sancto, quando eo utitur generaliter. |
Mais avons-nous donc le Saint-Esprit en notre pouvoir ? Il faut répondre qu’on peut entendre de deux manières l’expression : "avoir le Saint-Esprit." Ou quant à sa réception ; et dans ce sens, il n’est pas en notre pouvoir de le recevoir : c'est par un don de Dieu que nous le recevons ; (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, etc." Ou quant à la disposition avec laquelle on le reçoit, et même dans ce sens nous ne sommes pas capables sans la grâce de Dieu de le recevoir, c'est-à-dire de nous disposer à le recevoir ; (2 Co III, 5) : "Car nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune pensée comme de nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous rend capables." Ou bien encore, on dit de quelqu’un qu’il reçoit le Saint-Esprit, mais qu’il n’est pas rempli du Saint-Esprit, quand il a obtenu la grâce du Saint-Esprit pour certains de ses actes et non pas pour tous les actes humains. On le dit rempli du Saint-Esprit quand il l’a reçu pour toutes les circonstances de la vie. |
Modus autem repletionis est in dilectione Dei et
proximi. Et ideo cum dicit loquentes, etc., primo tangit modum
repletionis ex parte Dei; secundo ex parte proximi, ibi subiecti invicem,
et cetera. Circa primum tria facit. Primo ponitur spiritualis meditatio;
secundo spiritualis exultatio, ibi cantantes, etc.; tertio gratiarum
actio, ibi gratias agentes, et cetera. |
III° Le mode de cette plénitude consiste dans l’amour de Dieu et du prochain ; aussi quand saint Paul dit (verset 19) : vous entretenant, etc., il indique le mode de cette plénitude d’abord par rapport à Dieu, ensuite par rapport au prochain, d’où : vous soumettant les uns aux autres, etc. . Sur la première partie, l’Apôtre désigne I. la méditation spirituelle ; II. la joie spirituelle (verset 19) : chantant, etc.; III. l’action de grâces, (verset 20) : rendant grâces, etc. |
Prima in duas, quia primo
ponit modum meditationis, secundo materiam eius, ibi in Psalmis, et
cetera. Dicit ergo loquentes vobis,
et cetera. |
I. La première partie se subdivise, car l’Apôtre expose d’abord le mode de méditation ; et ensuite sa matière (verset 19) : de psaumes, etc. - Il dit donc : (verset 19) : vous entretenant ensemble, etc. |
Est autem duplex
locutio. Una exterior, hominis ad homines; alia interior, hominis ad seipsum.
Talis autem debet esse compunctiva. Iob X, 1 : loquar in amaritudine
animae meae. Item, debet fieri in secreto. Matth. VI, v. 6 : tu autem
cum oraveris, intra in cubiculum tuum, et clauso ostio, ora patrem tuum.
Et Sap. VIII, 16 : intrans in domum meam, conquiescam cum illa. |
1° Il y a deux manières de s’entretenir : l’une extérieure, d’homme à homme ; l’autre intérieure, de l’homme à lui-même. Tel doit être le langage de la componction (Job X, 1) : "Je parlerai dans l’amertume de mon âme." Il doit aussi se faire dans le secret ; (Matth., VI, 6) : "Mais pour vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre et après en avoir fermé la porte, priez votre Père" et (Sagesse VIII, 16) : "Entrant dans ma maison, je trouverai mon repos avec elle." |
Materiam vero meditationis tangit, cum dicit in
Psalmis, et cetera. Psallere est uti Psalterio. Et sic in Psalmis,
id est bonis operationibus. Ps. LXXX, 3 : sumite Psalmum, et date
tympanum, Psalterium iucundum, et cetera. Et hymnis, id est
laudibus divinis. Ps. CXLVIII, 14 : hymnus omnibus sanctis eius, et
cetera. Et canticis spiritualibus, scilicet de spe aeternorum. Rm XII,
12 : spe gaudentes. Ps. XCI, 4 : in
decachordo Psalterio cum cantico in cithara. Ps. XCVII, 1 : cantate
domino canticum novum, et cetera. Meditemur ergo de recta
operatione quid faciendum, de divina laudatione quid imitandum, de caelesti
iucundatione quid et quomodo serviendum. Sic ergo effectus spiritus sancti
primus est sacra meditatio, secundus spiritualis exultatio, quia ex frequenti
meditatione ignis charitatis in corde accenditur. Ps. XXXVIII, 4 : concaluit cor meum intra me, et in
meditatione mea exardescet ignis, et cetera. |
2° Saint Paul indique la matière de la méditation, quand il dit (verset 19) : de Psaumes, etc. Psalmodier, c'est se servir de l’instrument destiné aux psaumes. Ainsi donc dans les psaumes signifie « pendant vos bonnes œuvres » ; (Psaume LXXX, 3) : "Entonnez le cantique, et faits entendre le tambour, l’instrument harmonieux, etc." - (verset 19) : et d’hymnes, c'est-à-dire des divines louanges ; (Psaume CXLVIII, 14) : "Qu’il soit loué par tous les saints, etc. " ; (verset 19) : et de cantiques spirituels, c'est-à-dire des éternelles récompenses ; (Rm XII, 12) : "Réjouissez-vous dans l’espérance" ; (Psaume XCI, 4) : "Sur l’instrument à dix cordes, avec des cantiques sur la harpe" ; et (Psaume XCVII, 1) : "Chantez au Seigneur un nouveau cantique, etc." Méditons donc dans les oeuvres de justice ce que nous avons à faire, par les divines louanges ce que nous avons à imiter ; par les joies célestes ce que nous avons à faire comme serviteurs et la manière de le faire. Ainsi donc, le premier effet du Saint-Esprit, c'est la sainte méditation ; le second, la joie spirituelle, parce que de la méditation fréquente naît dans le coeur le feu de la charité ; (Psaume XXXVIII, 4) : "Mon coeur s’est échauffé au dedans de moi, et tandis que je méditais, un feu s’y est embrasé, etc." |
Et hinc generatur laetitia spiritualis in corde. Et
ideo dicit cantantes et psallentes, id est ut affectus nostri
afficiantur gaudio spirituali ad operanda bona. I Cor. XIV, 15 : psallam
spiritu, psallam et mente. Col. III, 16 : in omni sapientia docentes
et commonentes vosmetipsos in Psalmis et hymnis et canticis spiritualibus, in
gratia cantantes et psallentes in cordibus vestris domino. Ex hoc error haereticorum confunditur dicentium quod
vanum est cantare domino cantica vocalia sed spiritualia tantum. Nam in
laudibus Ecclesiae est aliquid per se considerandum, et hoc est quod
apostolus dicit in cordibus. Aliquid vero propter duo, scilicet
propter nos, ut mens nostra incitetur ad devotionem interiorem; sed si ex hoc
aliquis commoveatur ad dissolutionem, vel in gloriam inanem, hoc est contra
intentionem Ecclesiae. Item, propter alios, quia per hoc rudes efficiuntur
devotiores. IV Reg. III, 15 : cumque caneret psaltes, facta est super eum
manus domini. |
II. Ce feu produit dans le coeur la joie spirituelle ; c'est pourquoi saint Paul dit (verset 19) : chantant et psalmodiant, comprenez : afin que nos affections s’animent d’une joie toute spirituelle pour faire le bien ; (1 Co XIV, 15) : "Je chanterai avec l’esprit des cantiques, mais je les chanterai avec intelligence" et (Col III, 16) : "Que la parole de Jésus-Christ vous comble de sagesse. Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, sous l’inspiration de la grâce chantant de coeur les louanges du Seigneur." Ce passage confond les hérétiques, qui prétendent c'est une puérilité de chanter au Seigneur des cantiques, de la voix, et que les cantiques spirituels suffisent. Car il y a, dans les chants de l’Eglise, quelque chose à considérer en soi ; c'est ce que l’Apôtre donne à entendre lorsqu'il dit : du fond de vos coeurs, et cela pour deux raisons : pour nous d’abord, pour que notre âme soit portée par là à la dévotion intérieure. Que si quelqu’un prend de là occasion de se laisser aller au désordre, ou à la vaine gloire, c'est contre l’intention de l’Eglise. Ensuite pour les autres ; car c'est un moyen d’amener à plus de dévotion les natures incultes ; (IV Rois, III, 15) : "Pendant que le joueur de harpe chantait sur son instrument, la main du Seigneur fut sur Elisée." |
Tertius effectus est gratiarum actio : quia ex hoc quod
aliquis sic affectus est ad Deum, recognoscit se omnia habere a Deo. Quanto
enim aliquis magis afficitur ad Deum, et ipsum cognoscit, tanto videt eum
maiorem et se minorem; imo prope nihil, in comparatione ad Deum. Iob XLII, 5
: oculus meus videt te, idcirco me reprehendo, et cetera. Et ideo
dicit gratias agentes semper pro omnibus, scilicet donis, vel
prosperis, vel adversis. Ps. XXXIII, 1 : benedicam dominum in omni tempore,
et cetera. Quia haec etiam sunt
nobis dona in via. Iac. I, 2 : omne gaudium existimate, etc., Act. V,
41 : ibant apostoli gaudentes, et cetera. I Thess. V, 18 : in
omnibus gratias agite. Sed hoc in nomine domini nostri Iesu Christi,
quia omnia bona proveniunt per eum. Rm
V, 1 : pacem habemus ad Deum per dominum nostrum Iesum Christum, per quem
accessum, et cetera. Sed addit Deo, inquantum actor noster est per
creationem, et patri, inquantum misit nobis Christum, per quem
regeneravit nos. Et sic gratias Deo, quantum ad bona naturae; patri, quantum
ad bona gratiae. Sed quantum ad proximum, ponit modum repletionis, dicens subiecti
invicem in timore Christi, id est non propter timorem humanum, sed
Christi. |
III. Le troisième effet, c'est l’action de grâces. Car par le fait que l’affection se porte vers Dieu, on reconnaît qu’on tient tout de lui. En effet, plus on tend vers Dieu et plus on le connaît, plus aussi on voit en lui de grandeur, et en soi de faiblesse. Disons mieux, on se voit presqu’un néant, en comparaison de Dieu ; (Job, XLII, 5) : "Maintenant je vous vois de mes yeux, c'est pourquoi je m’accuse moi-même, etc." Saint Paul dit donc (verset 20) : rendant grâces en tout temps, et pour toutes choses, c'est-à-dire pour tous les dons, soit dans la prospérité, soit dans l’adversité ; (Psaume XXXIII, 2) : "Je bénirai le Seigneur en tout temps, etc.", car les adversités, pendant que nous sommes en chemin, sont aussi des dons ; (Jacques I, 1) : "Considérez comme le sujet d’une extrême joie, etc." ; (Act., V, 41) : "Alors les Apôtres sortirent du conseil tout remplis de joie, etc." ; (1 Thess., V, 18) : "Rendez grâces à Dieu en toutes choses." Mais tout au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, parce que tous les biens nous viennent par lui ; (Rm V, 1) : "Ayons la paix avec Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui aussi nous avons accès par la foi, etc." L’Apôtre ajoute (verset 20) : à Dieu, comme notre auteur par la création, et notre Père, comme nous ayant envoyé Jésus-Christ par lequel il nous a régénérés. Ainsi donc, grâce à Dieu, pour les dons de la nature ; à Dieu comme Père, pour les dons de la grâce. Saint Paul dit ensuite comment nous sommes remplis des dons de l’Esprit Saint, par rapport au prochain, quand il ajoute (verset 21) : et vous soumettant les uns aux autres, dans la crainte de Jésus-Christ, c'est-à-dire non pour quelque crainte humaine, mais par la crainte de Jésus-Christ. |
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Lectio 8 |
Leçon 8 — Ephésiens V, 22 à 28 : Analogie du couple et du Christ-Eglise |
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SOMMAIRE : L’Apôtre recommande aux femmes d’être soumises à leurs maris, qui doivent les aimer comme Jésus-Christ a aimé l’Eglise |
[22] mulieres viris suis subditae sint
sicut Domino [23] quoniam vir caput est mulieris
sicut Christus caput est ecclesiae ipse salvator corporis [24] sed ut ecclesia subiecta est
Christo ita et mulieres viris suis in omnibus [25] viri diligite uxores sicut et
Christus dilexit ecclesiam et se ipsum tradidit pro ea [26] ut illam sanctificaret mundans
lavacro aquae in verbo [27] ut exhiberet ipse sibi gloriosam
ecclesiam non habentem maculam aut rugam aut aliquid eiusmodi sed ut sit
sancta et inmaculata [28] ita et viri debent diligere
uxores suas ut corpora sua qui suam uxorem diligit se ipsum diligit |
22. Que les femmes soient
soumises à leurs maris, comme au Seigneur; 23. Parce que le mari est le
chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Eglise, qui est son corps
dont il est aussi le Sauveur, 24. Comme donc l'Eglise est
soumise au Christ, les femmes aussi doivent être soumises en tout à leurs
maris. 25. Et vous, maris, aimez vos
femmes comme le Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle, 26. Afin de la sanctifier, après
l’avoir purifié dans le baptême de l’eau par la parole de vie, 27. Pour la faire paraître
devant lui pleine en gloire, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable,
mais étant sainte et irrépréhensible. 28. Ainsi les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. |
[87823] Super Eph., cap. 5 l. 8 Supra
apostolus posuit praecepta generalia ad omnes, hic ponit ea quae pertinent ad
speciales quasdam personas et status. Et quia secundum philosophum
in politicis domus habet tres connexiones, sine quibus non est perfecta,
scilicet viri et mulieris, patris et filii, domini et servi; ideo, haec tria
prosequens, instruit : primo mulierem et virum; secundo patrem et filium,
cap. VI, ibi filii, obedite, etc.; tertio servos et dominos, ibi servi,
obedite, et cetera. Prima in duas. Primo enim monet mulieres de
subiectione; secundo viros de dilectione, ibi viri, diligite, et
cetera. |
L’Apôtre a donc donné plus haut des préceptes généraux qui s’adressent à tous, il donne ici ceux qui appartiennent spécialement à certaines personnes et à divers états. Et comme suivant le Philosophe, dans son livre de la Politique, une maison a trois liens sans laquelle elle ne peut subsister, à savoir celui de l’époux et de l’épouse, celui du père et du fils, et celui du maître et du serviteur, saint Paul instruit successivement ces trois classes de personnes. D’abord la femme et le mari ; ensuite le père et le fils ; (VI, 1) : Vous, enfants, obéissez, etc. ; et enfin les serviteurs et les maîtres, vous serviteurs, obéissez, etc. La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre fait d’abord une recommandation aux femmes d’être soumises ; ensuite aux maris d’aimer leurs femmes (verset 25) : et vous, maris, aimez, etc. |
Prima in duas. Primo ponit admonitionem;
secundo eius rationem, ibi quoniam vir caput est, et cetera. Dicit
ergo mulieres viris suis subditae sint, quia certe mulier, si
primatum habeat, contraria est viro suo, ut dicitur Eccli. c. XXV, 30. Et
ideo specialiter monet eas de subiectione. Et hoc sicut domino, quia
proportio viri ad uxorem quodammodo est sicut servi ad dominum, quantum debet
regi mandato domini; sed differentia est in hoc, quod dominus utitur servis
suis quo ad id quod est sibi utile : sed vir utitur uxore et liberis ad
utilitatem communem. Et ideo dicit sicut domino; non quod vere sit
dominus, sed sicut dominus. I Petr. III, 1 : mulieres subditae sint viris
suis, et cetera. |
I° La première subdivision se partage encore en deux. I. Saint Paul recommande ; II.
il donne la raison de la recommandation (verset 23) : parce que le mari
est le chef de la femme, etc. I. Il dit donc (verset 22) : Que les femmes
soient soumises à leurs maris, car sans aucun doute, si la femme
a l’autorité principale, elle s’élève contre son mari, ainsi qu’il est
dit (Ecclesiastique XXV, 30). Voilà pourquoi saint Paul avertit, spécialement
les femmes d’être soumises ; et d’être soumises comme au Seigneur,
parce que les rapports du mari à la femme ont quelque ressemblance avec les
rapports du maître au serviteur, en ce que celui-ci doit se conduire par
l’ordre du maître ; avec cette différence que le maître emploie ses
serviteurs pour son utilité propre, au lieu que le mari fait concourir sa femme
et ses enfants à l’utilité commune. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 22) :
comme au Seigneur, non pas qu’il en soit véritablement le seigneur,
mais comme le Seigneur ; (I Pierre, III, 1) : "Vous
aussi, femmes, soyez soumises à vos maris, etc." II. L’Apôtre donne ensuite la raison de la recommandation. 1° Il l’énonce ; 2° il cite un exemple (verset 23) : comme Jésus-Christ ; 3° il tire de cet exemple sa conclusion (verset 2) : comme l’Eglise, etc. |
Deinde subdit rationem suam. Circa quod tria
facit. Primo eam proponit; secundo exemplum inducit, ibi sicut Christus,
etc.; tertio ex exemplo intentum concludit, ibi sed sicut, et cetera.
Ratio autem haec est, quoniam vir est caput mulieris, in capite autem viget
sensus visus, Eccle. II, 14 : sapientis oculi in capite eius, et ideo
vir debet gubernare mulierem ut caput eius. I Cor. XI, 3 : caput quidem
mulieris vir. |
1° La raison que donne saint Paul c'est que le mari est le chef de la femme ; or c'est dans le chef que réside le sens de la vue ; (Ecclesiastique II, 14) : "Les yeux du sage sont à sa tête." ; le mari doit donc gouverner la femme, comme étant son chef ; (1 Co XI, 3) : "L’homme est le chef de la femme." |
Deinde ponit exemplum, cum dicit sicut
Christus caput est Ecclesiae. Supra I, 22
s. : ipsum dedit caput supra omnem Ecclesiam, quae est corpus ipsius,
et hoc non ad utilitatem suam, sed Ecclesiae, quia ipse est salvator
corporis eius. Act. IV, 12 : non est enim aliud nomen sub
caelo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri. Is. c. XII, 2 : ecce
Deus salvator meus, et cetera. |
2° L’Apôtre cite un exemple, lorsqu’il dit (verset 25) : comme Jésus-Christ est le chef de l’Eglise" ; (ci-dessus, I, 22) : Il l’a donné pour chef à toute l’Eglise, qui est son corps. Ce n’est pas pour son avantage propre, mais pour celui de l'Eglise, car (verset 23) : il en est aussi le Sauveur ; (Act.., IV, 12) : "car aucun autre nom n’a été donné aux hommes, sous le Ciel, par lequel nous devions être sauvés" ; (Isaïe, XII, 2) : "Voici mon Dieu, qui est mon Sauveur, etc." |
Ex hoc autem concludit intentionem, cum dicit sed
sicut, et cetera. Quasi dicat : non est conveniens, quod membrum repugnet
ipsi capiti in aliquo; nunc autem, sicut Christus caput est Ecclesiae, suo
modo, ita vir est caput mulieris : non debet ergo mulier inobediens esse
viro, sed sicut Ecclesia subiecta est Christo, Ps. LXI, 2 : nonne
Deo subiecta erit anima mea, etc., ita et mulieres viris suis.
Gen. III, v. 16 : sub viri potestate eris. Et hoc in omnibus,
scilicet quae non sunt contra Deum; quia dicitur Act. V, 29 : obedire
oportet Deo magis, quam hominibus. |
3° saint Paul déduit sa conclusion, quand il dit (verset 24) : Mais comme l’Eglise, etc., en d'autres termes : Il est contre toute convenance qu’un membre soit en désaccord avec son chef, en quoi que ce soit ; or de même que Jésus-Christ est le chef de l’Eglise à sa manière, ainsi le mari est le chef de la femme. La femme ne doit donc pas désobéir à son mari, (verset 24) mais de même que l'Eglise est soumise à Jésus-Christ ; (Psaume LXI, 2) : "Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu, etc." – Ainsi les femmes doivent être soumises à leurs maris ; (Genès., III, 16) : "Vous serez sous la puissance de votre mari." - et soumises en toutes choses, c'est-à-dire en tout ce qui n’est pas contre Dieu, car il est dit (Actes V, 29) : "Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes." |
Deinde cum dicit viri, diligite uxores
vestras, etc., monet viros ad dilectionem uxorum. Et primo facit hoc,
secundo assignat rationem huius, ibi sicut Christus, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 25) : Et vous, maris, aimez vos femmes, il recommande aux maris l’attachement pour leurs femmes. Et d’abord, il fait cette recommandation ; ensuite, il en donne la raison (verset 25) : comme Jésus-Christ, etc." |
Dicit ergo viri, diligite uxores vestras,
quia certe ex amore, quem habet vir ad uxorem, magis caste vivit et pacifice
uterque se habet. Si autem vir aliam magis diligit, quam suam, se et suam
discrimini exponit. Col. III, 19 : viri, diligite uxores vestras, et
nolite amari esse ad illas. Tangit autem rationem huius triplicem. Primam
sumit ex exemplo Christi, cum dicit sicut et Christus, etc.; secundam
ex parte viri, ibi qui suam uxorem diligit, etc.; tertiam ex parte
mandati divini, ibi propter hoc relinquet, et cetera. |
I. Il dit donc (verset 25) : Et vous, maris, aimez vos femmes, car sans aucun doute l’amour que le mari a pour sa femme, le fait vivre davantage dans la chasteté, et ils sont l’un et l’autre en paix. Si au contraire le mari aime un autre femme plus que la sienne, il s’expose lui-même, et expose sa femme au danger ; (Col III, 19) : "Maris, aimez vos femmes, et ne les traitez pas avec aigreur." L’Apôtre donne ici une triple raison à sa recommandation. Il déduit la première de l’exemple de Jésus-Christ (verset 25) : comme Jésus-Christ, etc. ; la seconde est prise du côté du mari (verset 28) : Celui qui aime sa femme, etc.; et la troisième du précepte divin (verset 34) : C’est pourquoi l’homme abandonnera, etc. Sur la première raison, l’Apôtre fait trois choses, 1° il propose l’exemple de l’amour de Jésus-Christ ; 2° la marque qu’il en a donnée (verset 25) : Il s’est livré lui-même, etc.; 3° il en déduit la proposition (verset 28) : C’est ainsi que les maris, etc. |
Circa primum tria facit. Primo proponit exemplum
dilectionis Christi; secundo signum, ibi et tradidit, etc.; tertio
concludit intentum ita et viri, et cetera. |
1° Il dit donc : de même que Jésus-Christ a aimé l’Eglise. (ci-dessus, V, 1) : Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien aimés, etc. |
Dicit ergo : sicut et Christus dilexit
Ecclesiam. Supra eodem : estote imitatores Dei sicut filii charissimi,
et cetera. Signum autem dilectionis Christi ad
Ecclesiam ostenditur, quia tradidit semetipsum pro ea. Gal.
II, 20 : dilexit me, et tradidit semetipsum pro me, et cetera. Is.
LIII, 12 : tradidit in mortem animam suam, et cetera. Sed ad quid? Ut
illam sanctificaret. Hebr. c. ult. : Iesus ut sanctificaret
per suum sanguinem populum, et cetera. Io. XVII, 17 : sanctifica eos
in veritate. Iste est effectus mortis Christi. Effectus autem
sanctificationis est mundatio eius a maculis peccatorum. Ideo subdit dicens mundans
eam lavacro aquae. Quod quidem lavacrum habet virtutem a passione
Christi. Rm VI, 3 : quicumque baptizati sumus in Christo Iesu, in morte
ipsius baptizati sumus, consepulti enim sumus cum illo per Baptismum in
mortem. Ez. XXXVI, 25 : effundam super vos aquam mundam, et
cetera. Zac. XIII, 1 : erit fons patens domui David, et cetera. Et
hoc in verbo vitae, quod adveniens aquae dat ei virtutem abluendi. Matth.
c. ult. : euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine
patris, et filii, et spiritus sancti. Finis autem sanctificationis est puritas
Ecclesiae. Ideo dicit ut exhiberet sibi gloriosam
Ecclesiam; quasi dicat apostolus : indecens est quod immaculatus sponsus
sponsam duceret maculatam. Et ideo sibi exhibet eam immaculatam : hic per
gratiam sed in futuro per gloriam. Unde dicit gloriosam,
scilicet per claritatem animae et corporis. Phil. III, v. 21 : reformabit
corpus humilitatis nostrae, et cetera. Et ideo addit non habentem
maculam. Ps. c, 6 : ambulans in via immaculata, et cetera. Ps.
CXVIII, 1 : beati immaculati in via, et cetera. Neque rugam, id
est, sine defectu passibilitatis; quia, ut dicitur Apoc. VII, 16 : non esurient,
neque sitient amplius. Aut aliquid huiusmodi, sed ut sit sancta, per
confirmationem gratiae, et immaculata ab omni immunditia. Et haec omnia intelligi possunt de
exhibitione, quae erit in futuro per gloriam. Si autem de exhibitione per
fidem, tunc diceretur : ut exhiberet sibi, scilicet per fidem, Ecclesiam
gloriosam, quia gloria magna est sequi dominum, ut dicitur Eccli.
XXIII, 38, non habentem maculam, scilicet criminis mortalis. Maculata
es in iniquitate tua, Ier. II, v. 22. Neque rugam, id est
duplicitatem intentionis, quam non habent qui recte coniuncti sunt Christo et
Ecclesiae. Iob XVI, 9 : rugae meae testimonium dicunt contra me, et
cetera. Sed magis sanctam per intentionem, et
immaculatam per omnimodam puritatem. |
2° Or la marque de l’amour de Jésus-Christ pour l’Eglise est facile à voir (verset 25) : C’est qu’il s’est livré lui-même pour elle ; (Galates II, 20) : "Il m’a aimé, et il s’est livré lui-même à la mort pour moi" ; (Isaïe, LIII, 12) : "Il a livré son âme à la mort, etc." Et à quelle fin ? (verset 26) : afin de la sanctifier ; (Hébr., XIII, 12) : "pour sanctifier son peuple par son propre sang, etc." ; (Jean, XVII, 17) : "Sanctifiez-les dans la vérité." Tel est le fruit de la mort de Jésus-Christ. Or l’effet de la sanctification, c'est de purifier l’Eglise des taches du péché. Aussi l’Apôtre l’indique, en ajoutant (verset 26) : en la purifiant dans le baptême de l’eau, baptême qui tire son efficacité des souffrances de Jésus-Christ ; (Rm VI, 3) : "Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ; car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir" ; (Ezéch., XXXVI, 25) : "Je répandrai sur vous de l’eau pure, etc." ; (Zach., XIII, 1) : "Il y aura une fontaine ouverte à la maison de David, etc." Cet effet est produit (verset 26) : par la parole de vie, qui reposant sur l’eau, lui donne vertu de purifier ; (Matth., XXVIII, 19) : "Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit." La fin de la sanctification c'est la pureté de l’Eglise ; l’Apôtre dit donc (verset 27) : pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, comme s’il voulait dire : L’époux immaculé ne peut sans inconvenance prendre une épouse souillée ; voilà pourquoi il la rend, pour lui-même tout immaculée ; dès ici-bas par la grâce, et dans le siècle futur par la gloire. C’est ce qui fait dire à saint Paul : pleine de gloire, à savoir par l’éclat de l’âme et du corps ; (Philipp., III, 21) : "Il transformera notre corps, tout vil et abject qu’il soit, etc." Aussi l’Apôtre ajoute-t-il (verset 27) : n’ayant ni tache. (Psaume C, 6) : "… que celui qui marche dans une voie innocente, etc." ; (Psaume CXVIII, 1) : "Bien heureux ceux qui se conservent sans tache dans la voie, etc." - (verset 27) : ni ride, c'est-à-dire sans aucune des misères de la nature passible, parce que, ainsi qu’il est dit (Ap VII, 16) : "Ils n’auront plus ni faim ni soif " - (verset 27) : ou rien de semblable, mais étant sainte, par la confirmation en grâce et immaculée, par l’absence de toute souillure. Tout ceci peut s’entendre de l’état du siècle futur par la gloire ; que si on l’entend de l’état tel qu’il est par la foi, il faudrait dire : afin de se former, à savoir par la foi, une Eglise glorieuse, car "c'est une grande gloire de suivre le Seigneur" comme il est dit (Ecclesiastique XXIII, 38) ; - et sans tache, à savoir de faute mortelle ; (Jérémie II, 22) : "Vous demeurez souillée devant moi dans votre iniquité," - ni ride, c'est-à-dire de duplicité d’intention, qui ne se trouve pas dans ceux qui sont légitimement unis à Jésus-Christ et à l’Eglise ; (Job, XVI, 9) : "Les rides qui paraissent sur ma peau, rendent témoignage contre moi" ; et plus sainte encore par l’intention, et immaculée par une pureté parfaite. |
Ex hoc tertio concludit intentum, dicens ita
et viri debent diligere uxores suas, ut corpora sua. |
3° L’Apôtre déduit ensuite sa conclusion, en disant
(verset 28) : Ainsi les hommes doivent aimer leurs femmes, comme leur
propre corps. |
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Lectio 9 |
Leçon 9 — Ephésiens V, 28 à 30 : Analogie Eglise et corps humain |
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SOMMAIRE : L’Apôtre établit que les époux doivent se porter un mutuel amour, puisqu’ils ne font presque plus qu’un seul corps. |
[28] ita et viri debent diligere
uxores suas ut corpora sua qui suam uxorem diligit se ipsum diligit [29] nemo enim umquam carnem suam odio
habuit sed nutrit et fovet eam sicut et Christus ecclesiam [30] quia membra sumus corporis eius
de carne eius et de ossibus eius. |
28. Celui qui aime sa femme,
s’aime soi-même. 29. Car nui ne haït sa propre
chair; mais il la nourrit et l’entretient; comme le Christ fait à l’égard de
l’Eglise; 30. Parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. |
[87824] Super Eph., cap. 5 l. 9 Supra induxit
viros ad dilectionem uxorum, ex parte Christi, vel exemplo dilectionis quam
habet Christus ad Ecclesiam, hic ostendit idem ex parte ipsiusmet viri. Et
facit duo : primo ponit rationem; secundo confirmat eam per exemplum, ibi sicut
et Christus, et cetera. |
Saint Paul a exhorté plus haut les maris à aimer leurs femmes, par une raison prise du côté de Jésus-Christ, c'est-à-dire par l’exemple de l’amour que Jésus-Christ a pour l’Eglise ; il établit ici le même de voir par une autre raison prise du côté du mari lui-même. Il fait ici deux choses : I° Il énonce cette raison ; II° il la confirme par un exemple (verset 29) : comme Jésus-Christ fait pour l’Eglise, etc. |
Ratio est talis : vir et mulier sunt
quodammodo unum; unde sicut caro subditur animae, ita mulier viro; sed nullus
unquam habuit carnem suam odio : ergo nec uxorem. Dicit ergo qui suam
uxorem diligit, seipsum diligit. Matth. XIX, 6 : itaque non sunt duo,
sed una caro. Et ideo sicut peccaret contra naturam qui seipsum odio
haberet, ita qui uxorem. Eccli. XXV, 1 s. : in tribus beneplacitum est
spiritui meo, quae sunt probata coram Deo et hominibus : concordia fratrum,
amor proximorum, et vir et mulier bene sibi consentientes. Quod autem sic
debeant se diligere, probat dicens nemo enim carnem suam unquam odio habuit;
quod patet per effectum, quia probatio dilectionis exhibitio est operis.
Nam id quod pro viribus conservamus, diligimus. Sed quilibet nutrit
et fovet carnem suam propter conservationem. I Tim. ult. : habentes
autem alimenta et quibus tegamur, et cetera. |
I° Voici son raisonnement : Le mari et la femme, dans un certain sens, ne forment plus qu’un même corps ; de même donc que le corps est soumis à l’âme, la femme doit être soumise à son mari ; mais (verset 29), personne n’a jamais eu sa propre chair en haine ; donc aucun mari qui puisse haïr sa femme. L’Apôtre dit donc (verset 28) : Celui qui aime sa femme, s’aime soi-même ; (Matth., XIX, 6) : "Ils ne seront plus deux, mais une même chair." Ainsi si c'est pécher contre la nature que de se haïr soi-même, également il pèche contre nature le mari qui haït son épouse ; (Ecclesiastique XXV, 1) : "Trois choses plaisent à mon Esprit, lesquelles choses sont approuvées de Dieu et des hommes : l’union des frères, l’amour des proches, un mari et une femme qui s’accordent ensemble." Que le mari et la femme doivent s’entr’aimer ainsi, l’Apôtre le prouve en disant (verset 29) : car nul ne hait sa propre chair, ce qui est évident par les effets ; car la preuve de l’amour, est l’œuvre que l’on montre. Nous aimons tout ce que nous conservons de toutes nos forces ; mais chacun (verset 29) : nourrit et entretient sa chair, afin de la conserver ; (I Timoth., VI, 8) : "Ayant donc de quoi nous nourrir et nous couvrir, etc. " |
Sed contra Lc. XIV, 26 : qui non odit
uxorem, etc., non potest esse meus discipulus. Respondeo. Dicendum
est quod, ut apostolus dicit, sic homo uxorem debet diligere sicut se; se
autem debet homo diligere infra Deum; sic ergo uxorem debet diligere,
scilicet infra Deum. Dicit autem qui non odit uxorem, non quia
praecipiat eam odire, quod esset peccatum mortale praecipere, sed praecipit
eam ita ut se diligere; nunc autem minor dilectio est quasi quoddam odium
respectu eius quod summe et plus diligitur, scilicet respectu Dei; ita nemo
carnem suam odit, et cetera. |
On objecte ce qu’on lit en saint Luc (XIV, 26) : "Celui qui ne hait pas sa femme, etc., ne peut être mon disciple. Il faut dire que, comme l’enseigne saint Paul, le mari doit aimer sa femme comme lui-même, et s’aimer lui-même moins que Dieu ; il doit donc aimer sa femme moins que Dieu. Le Sauveur a dit : "Celui qui ne hait pas sa femme," non pas qu’il ordonne de la haïr, ce qui serait péché mortel, mais il prescrit de l’aimer comme soi-même. Or un amour moindre est comme une sorte de haine par rapport à ce qu’on aime davantage et souverainement, c'est-à-dire part rapport à Dieu ; (verset 29) : ainsi personne ne hait sa propre chair, etc. |
Sed contra : qui diligit aliquem, non vult,
nec appetit ab eo separari; sed sancti volunt a carne separari. Rm VII, 24 : infelix
ego homo, quis me liberabit de corpore mortis huius? Phil. I, 23 : desiderium
habens dissolvi, et cetera. Praeterea, nullus affligit quod diligit, sed
sancti affligunt carnem suam in hoc mundo. I Cor. IX, 27 : castigo corpus
meum, et cetera. Praeterea, quidam occidunt se, sicut auditum est
frequenter. Item de Iuda. Respondeo. Caro potest considerari in se : et sic
non habetur odio, sed naturaliter quilibet appetit eam esse et fovet eam ut
sit. Vel potest considerari caro inquantum est alicuius impeditiva quod
volumus, et sic odio quodammodo habetur per accidens. Nam omne quod volumus,
aut est bonum, aut malum : si bonum, vel est ut finis ultimus, scilicet vita
aeterna, a qua impedimur per carnem. II Cor. V,
6 : quamdiu sumus in hoc corpore, peregrinamur a domino. Et quia
naturaliter appetimus finem nostrum et bene esse, nec hoc possumus quamdiu in
hac carne sumus, ideo vellemus eam abiicere; non sicut malum odio habitum sed
sicut bonum minus dilectum, impediens maius bonum. Et sic exponendae sunt auctoritates supra
inductae : infelix, et cetera. Item : desiderium habens, etc.;
vel consimiles. Vel illud quod volumus est bonum non ut finis sed disponens
ad finem, sicut sunt habitus virtutum; hoc autem bonum impeditur per carnis
lasciviam. Et ideo sancti affligunt et macerant carnem suam, ut subdatur
spiritui ad repressionem concupiscentiarum, quia caro concupiscit impediens
acquisitionem virtutum nos disponentium ad bonum ultimum. Et ideo qui sic
affligit carnem suam, ut subdatur spiritui, non odit eam, sed procurat bonum
eius, quia bonum eius est quod subiiciatur spiritui, sicut bonum hominis est
quod subiiciatur Deo. Ps. LXXII, 28 : mihi autem adhaerere Deo bonum est.
Et sic intelligitur : castigo corpus meum, etc., et consimiles. Unde
hoc non oportebat fieri in statu innocentiae, quamdiu homo subditus fuit Deo,
et caro totaliter subdita fuit spiritui, in qua quidem mutua subiectione
consistebat donum originalis iustitiae. Sed aliquando illud quod volumus est
malum, et ideo, sicut boni carnem affligunt vel deponere volunt, inquantum
impeditiva est boni quod appetunt, ita mali, inquantum caro est impeditiva
mali quod appetunt, eam occidunt et se suspendunt, sicut Iudas. |
On objecte de nouveau que celui qui aime un autre, ne désire ni ne veut en être séparé ; or les saints veulent être séparés de leur corps ; (Rm VII, 24) : "Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ?" ; (Philipp., I, 23) : "Je désire être dégagé des liens du corps, etc." De plus, nul n’afflige ce qu’il aime ; or les saints, dans ce monde, affligent leur chair ; (1 Co IX, 27) : "Je traite rudement mon corps, etc." Enfin quelques-uns se donnent la mort, ainsi qu’il est souvent rapporté, par exemple Judas. Il faut répondre que la chair peut être considérée en soi, et dans ce sens nul n’a de haine pour elle, mais chacun, naturellement, désire sa conservation, et la soigne pour la conserver. On peut ensuite la considérer comme un obstacle à ce que nous voulons et alors la chair devient par accident, et dans un certain sens, un objet de haine. Car tout ce que nous voulons est soit bon, soit mauvais. Si l’objet de notre désir est bon, il est ici comme fin dernière, c'est-à-dire pour la vie éternelle, que la chair nous empêche d’atteindre ; (2 Co V, 6) : "Pendant que nous sommes dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur." Et parce que nous tendons naturellement à notre fin et à notre bien-être, et que nous ne pouvons l’atteindre tant que nous habitons dans cette chair, nous voudrions nous en dépouiller, non pas comme d’une chose mauvaise qui serait l’objet de notre haine, mais comme d’un bien moins aimé, qui fait obstacle à un bien plus grand. On doit donc entendre dans ce sens les passages cités : "Malheureux, etc." ; "Je désire être dégagé, etc.", et autres semblables. Ce que nous voulons peut encore être bon, non comme fin dernière, mais comme y conduisant. Tel est par exemple, l’habitude de la vertu. Or ce bien trouve un obstacle dans les mauvais penchants de la chair. Les saints châtient donc et macèrent cette chair, afin de la soumettre à l’esprit, et de réprimer ainsi ses convoitises ; car la chair, et ses convoitises, devient un empêchement à l’acquisition des vertus, qui nous disposent à posséder le bien suprême. Celui-là, donc, qui afflige sa chair, dans le but de la soumettre à l’esprit, ne la hait pas, mais procure son bien, car le bien, pour elle, c'est d’être soumise à l’esprit, comme le bien de l’homme est d’être soumis à Dieu ; (Psaume LXXII, 28) : "Pour moi, mon avantage est de demeurer attaché à Dieu." Ainsi doit-on entendre : Je châtie mon corps, etc., et autres passages analogues. Concluez qu’il ne devait pas en être ainsi dans l’état d’innocence, tant que l’homme fut soumis à Dieu, et sa chair complètement soumise à l’esprit, mutuelle dépendance qui constituait le don de la justice originelle. Quelquefois ce que nous voulons est mauvais, et alors, de même que les justes affligent leur chair et en désirent la délivrance, en tant qu’elle est un empêchement au bien vers lequel ils aspirent, ainsi les méchants, en tant que la chair est un obstacle au mal qu’ils convoitent, la détruisent et se pendent comme fit Judas. |
Deinde ostendit quod virum oportet uxorem
diligere, et hoc per exemplum. Unde dicit sicut et Christus Ecclesiam,
scilicet dilexit, sicut aliquid sui, quia membra sumus corporis. Supra
IV, 25 : sumus enim invicem membra. Dicit autem de carne eius
propter eamdem participationem naturae. Lc. ult. : spiritus autem carnem
et ossa non habet, et cetera. Vel dicit de carne, mystice, quantum
ad debiles qui sunt carnei, et de ossibus eius, quantum ad fortes qui
sunt ossei. |
II° Saint Paul établit ensuite, par un exemple, que le mari doit aimer a
femme ; c'est ce qui lui fait dire (verset 29) : comme Jésus-Christ
le fait pour l'Eglise, c'est-à-dire ainsi qu’il l’a aimé, comme quelque
chose de lui-même, car (verset 30) : nous sommes les membres de son
corps ; (ci-dessus, IV, 25) : nous sommes membres les uns des
autres. L’Apôtre ajoute (verset 30) : de sa chair, à cause de la
participation à la même nature ; (Luc XXIV, 39) : "Un esprit n’a
ni chair ni os, etc." Ou bien encore, il dit : de sa chair, etc., dans un sens mystique, quant aux faibles qui sont charnels ; et de ses os, quant au forts qui ont la solidité. |
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Lectio 10 |
Leçon 10 — Ephésiens V, 31 à 33 : Jésus et l'Eglise : image du mariage |
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SOMMAIRE : L’Apôtre exhorte le mari à aimer sa femme, par l’autorité de l'Ecriture, qu’il applique, dans un sens mystique, à Jésus-Christ et à l’Eglise. |
[31] propter hoc relinquet homo patrem
et matrem suam et adherebit uxori suae et erunt duo in carne una [32]
sacramentum hoc magnum est ego autem dico in Christo et in ecclesia [33] verumtamen et vos singuli
unusquisque suam uxorem sicut se ipsum diligat uxor autem ut timeat virum. |
31. C’est pourquoi l’homme
abandonnera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme; et tous les deux
ne seront qu’une seule et même chair. 32. Ce sacrement est grand, je
dis dans le Christ et dans l’Eglise. 33. Que chacun de vous donc aime aussi sa femme comme lui-même et que la femme craigne son mari. |
[87825] Super Eph., cap. 5 l. 10 Supra
exhortatus est apostolus Ephesios ad amorem uxorum dupliciter, scilicet
exemplo dilectionis Christi ad Ecclesiam, item ex amore hominis ad seipsum,
hic tertio hortatur eos per auctoritatem Scripturae. Et circa hoc tria facit
: primo auctoritatem inducit; secundo eam mystice exponit, ibi sacramentum
hoc, etc.; tertio adaptat eam secundum litteralem sensum ad propositum
suum, ibi verumtamen et vos, et cetera. |
Saint Paul, dans ce qui précède, a exhorté les Ephésiens à aimer leurs femmes, par un double motif ; d’abord l’exemple de l’amour de Jésus-Christ pour l'Eglise ; en second lieu, l’amour de l’homme pour lui-même. Troisièmement, il les y exhorte ici par l’autorité de 1’Ecriture. Il fait donc trois choses : I° Il cite un sage ; II° il l’explique dans un sens mystique (verset 32) : Ce sacrement est grand, etc.; III° il l’applique, dans le sens littéral, à ce qu’il veut établir (verset 33) : Que chacun de vous aime donc aussi sa femme, etc. |
Auctoritas haec dicitur Gen. II, 24 dicta est
ab Adam vidente uxorem, scilicet de costa sua formatam. |
I° Le passage cité est tiré du livre de la Genèse (II, 24), c'est la parole proférée par Adam, en voyant la femme formée d’une de ses côtes. |
Sed contra dicitur Matth. XIX, 4 s. quod Deus
hoc dixit. Respondeo : Adam ut a Deo inspiratus hoc dixit; Deus autem ut Adam
inspirans et docens. Nos autem hoc idem dicimus et multa alia, quae dixit
dominus, spiritu Dei docente; unde dicitur Matth. X, 20 : non enim vos
estis qui loquimini, et cetera. |
On objecte qu’en Saint Matthieu (XIX, 5), il est dit que cette parole fut proférée par Dieu lui-même. Je réponds qu’Adam a ainsi parlé comme inspiré par Dieu ; c'est donc Dieu lui-même, inspirant et instruisant Adam, [qui a dit cette parole]. Nous répétons nous-mêmes cette parole et beaucoup d’autres dites ainsi par le Seigneur, sous l’inspiration de l’Esprit qui nous enseigne ; (Matth., V, 20) : "Parce que ce n’est pas vous qui parlez, etc." |
Notandum hic est quod in praedicta auctoritate
triplex coniunctio viri ad mulierem designatur. Prima per affectum
dilectionis, quia est tantus affectus utriusque ut patres relinquant. II
Esdr. IV, 25 : diligit homo uxorem suam magis quam patrem, et multi
dementes facti sunt propter uxores suas, et cetera. Ibi multa. Hoc autem
naturale est, quia appetitus naturalis est concors debitae actioni. Constat
autem, quod omnibus agentibus superioribus inest appetitus ut propinent et
communicent inferioribus, et ideo amor naturalis inest eis versus inferiora.
Et quia homo respectu patris et matris est inferior, non superior, ideo ad
uxorem, cuius est superior, et ad filios naturaliter plus afficitur quam ad
parentes, et etiam quia uxor sibi coniungitur ad actum generationis. |
Remarquez que dans le passage cité, on indique une triple union entre le mari et la femme. I. La première vient d’un amour affectueux. Il est tel, en effet, des deux côtés qu'il détermine les époux à se séparer de leurs parents ; (III Esdras, IV, 25) : "L’homme aime sa femme plus que son propre père, et beaucoup, à cause de leurs femmes, ont, perdu le sens, etc. " Voyez, au même endroit, beaucoup de références semblables. Or, cette disposition est naturelle, parce que le désir de la nature est d’accord avec les actes permis. Il est, en effet, certain que dans tous les êtres supérieurs, il y a désir d’entrer en communion et en communication avec l’être inférieur, il y a donc dans les premiers une affection naturelle pour les seconds. L’homme, par rapport à son père et à sa mère, étant l’inférieur et non le supérieur, il s’ensuit qu’il se porte plus naturellement, vers sa femme et ses enfants, dont il est supérieur, que vers ses parents, d’autant plus encore que la femme lui est unie pour l’acte de la génération. |
Secunda coniunctio est per conversationem.
Unde dicit : et adhaerebit uxori suae, et cetera. Eccli. XXV, 1 : in
tribus beneplacitum est spiritui meo, et cetera. Tertia est per carnalem
coniunctionem, ibi : et erunt duo in carne una, id est in carnali
opere. In qualibet enim generatione est virtus activa et passiva; sed in
plantis utraque est in eodem, in perfectis autem animalibus distinguuntur. Et
ideo in actu generationis ita se habent masculus et foemina in animalibus
sicut in plantis solo eodem uno corpore fit. |
II. La seconde sorte d’union se fait par la
communauté de vie ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 31) : pour
s’attacher à sa femme, etc. ; (Ecclesiastique XXV, 1) : "Trois
choses plaisent à mon Esprit, etc. " III. La dernière enfin est l’union charnelle (verset 31) : De deux, ils deviendront une seule chair, à savoir dans l’acte charnel. C’est que dans toute génération il y a une vertu active et une vertu passive ; mais dans les plantes les deux vertus se trouvent dans le même sujet, tandis que dans les êtres plus parfaits, ces deux vertus sont distinctes. Dans l’acte de génération, le masculin et le féminin, chez les êtres animés, sont donc en même rapport que chez les plantes, en qui la génération s’accomplit dans un seul et même corps. |
Consequenter exponit eam mystice, et dicit sacramentum
hoc magnum est, idest sacrae rei signum, scilicet coniunctionis Christi
et Ecclesiae. Sap. VI, 24 : non abscondam a vobis sacramentum Dei.
Notandum est hic, quod quatuor sacramenta dicuntur magna, scilicet Baptismus
ratione effectus, quia delet culpam et aperit ianuam Paradisi; confirmatio
ratione ministri, quia solum a pontificibus et non ab aliis confertur;
Eucharistia ratione continentiae, quia totum Christum continet; item
matrimonium ratione significationis, quia significat coniunctionem Christi et
Ecclesiae. Et ideo si mystice exponatur, debet sic exponi littera praecedens
: propter hoc relinquet homo, scilicet Christus, patrem et matrem. Reliquit,
inquam, patrem, inquantum est missus in mundum et incarnatus. Io. XVI, v. 28 :
exivi a patre, et veni in mundum, et cetera. Et matrem, scilicet
synagogam. Ier. XII, 7 : reliqui domum meam, et dimisi haereditatem meam,
et cetera. Et adhaerebit uxori suae, Ecclesiae. Matth. ult. : ecce
vobiscum sum omnibus diebus, et cetera. |
II° L’Apôtre explique ensuite le sens mystique du passage, lorsqu’il dit (verset 32) : Ce sacrement est grand, c'est-à-dire il est le signe d’une chose sacrée, à savoir de l’union de Jésus-Christ et de son Eglise ; (Sagesse, VI, 24) : "Je ne vous cacherai pas les secrets de Dieu." Remarquez ici que quatre sacrements portent le nom de grands : d’abord le Baptême, à raison de ses effets, parce qu’il efface la faute, et ouvre la porte du Paradis ; la Confirmation, à raison du ministre, parce que les Pontifes seuls, et non pas d’autres, peuvent la conférer ; l’Eucharistie, à raison de ce qu’elle contient, car elle renferme Jésus-Christ tout entier ; le Mariage enfin, à raison de sa signification, puisqu’il est l’image de l’union de Jésus-Christ et de l’Eglise. Si donc on s’attache ici au sens mystique, il faut expliquer alors de cette manière le texte qui précède : C’est pourquoi l’homme, c'est-à-dire Jésus-Christ, abandonnera son père et sa mère. Il a abandonné son père, alors qu’il a été envoyé dans le monde et qu’il s’est fait chair ; (Jean, XVI, 28) : "Je suis parti de mon Père, et je suis venu dans le monde, etc." ; et sa mère, à savoir la synagogue ; (Jérémie, XII, 7) : "J’ai quitté ma propre maison, j’ai abandonné mon héritage, etc." ; - Et il s’attachera à sa femme, c'est-à-dire à l’Eglise ; (Matth., XXVIII, 20) : "Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles, etc." |
Consequenter argumentatur secundum sensum
litteralem exponendo praedictum exemplum. Quaedam enim sunt in sacra
Scriptura veteris testamenti, quae tantum dicuntur de Christo, sicut illud
Ps. XXI, 17 : foderunt manus meas, etc.; et illud Is. VII, 14 : ecce
virgo concipiet, et cetera. Quaedam vero de Christo et aliis exponi
possunt, sed de Christo principaliter, de aliis vero in figura Christi, sicut
praedictum exemplum. Et ideo primo exponendum est de Christo et postea de
aliis. Et ideo dicit verumtamen et vos singuli, unusquisque uxorem suam
diligat, quasi dicat : de Christo dicitur principaliter et si non
singulariter, quia exponendum et implendum est in aliis in figura Christi.
Dicit autem sicut semetipsum, quia sicut unusquisque se diligit in
ordine ad Deum, ita debet uxorem diligere, non inquantum trahit ad peccatum.
Lc. XIV, 26 : si quis venit ad me, et non odit patrem et matrem, et uxorem
suam, etc., sequitur : non potest meus esse discipulus. Sed quid
de uxore? Uxor autem virum suum timeat, scilicet timore reverentiae et
subiectionis, quia debet ei esse subiecta. |
III° Saint Paul argumente ensuite d’après le sens littéral, en proposant cet exemple. Il y a, en effet, dans les textes sacrés de l’Ancien Testament, certaines choses qui ne peuvent se dire que de Jésus-Christ, comme cette parole du Psaume XXI, 17) : "Ils ont percé mes mains, etc." et cette autre d’Isaïe (VII, 14) : "Une vierge concevra, etc." D’autres peuvent s’entendre de Jésus-Christ et d’autres personnes, mais principalement de Jésus-Christ, et des autres en tant que figures de Jésus-Christ, comme l’exemple cité. Il faut donc d’abord expliquer : de Jésus-Christ, et des autres ensuite. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 33) : Que chacun de vous aime aussi sa femme", en d’autres termes : ce passage s’applique principalement à Jésus-Christ, mais non exclusivement, parce qu’il revoit son application et son accomplissement dans les autres, comme figure de Jésus-Christ. L’Apôtre ajoute (verset 33) : comme lui-même, car de même que chacun s’aime par rapport à Dieu, ainsi le mari doit aimer sa femme, et non en tant qu’elle l’attirerait au péché ; (Luc, XIV, 26) : "Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme, etc.", et on lit à la suite : "il ne peut être mon disciple." Mais quel est le devoir de l’épouse ? (verset 35) : Que la femme craigne son mari, à savoir d’une crainte de respect et de soumission, parce qu’elle doit être à son égard dans la dépendance. |
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Caput 6 |
CHAPITRE 6 — LES RELATIONS HUMAINES |
Lectio 1 |
Leçon 1 — Ephésiens VI, 1 à 4 : parents et enfants |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre explique quelle doit être l’affection des enfants pour leurs parents, et celle des parents pour leurs enfants. |
[1] filii oboedite parentibus vestris
in Domino hoc enim est iustum [2] honora patrem tuum et matrem quod
est mandatum primum in promissione [3] ut bene sit tibi et sis longevus
super terram [4] et patres nolite ad iracundiam
provocare filios vestros sed educate illos in disciplina et correptione
Domini |
1. Vous, enfants, obéissez à vos
pères et à vos mères, en ce qui est selon le Seigneur, car cela est juste. 2. Honorez votre père et votre
mère ; c'est le premier des commandements auquel Dieu ait promis une
récompense ; 3. Afin que vous soyez heureux,
et que vous viviez longtemps sur la terre. 4. Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants ; mais ayez soin de les bien élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. |
[87826] Super Eph., cap. 6 l. 1 Supra monuit
virum et uxorem, quae est una connexio familiae, hic monet patrem et filios,
quae est secunda connexio domus. Et primo facit mentionem,
quomodo filii se debeant habere ad parentes; secundo quomodo, e converso,
patres ad filios, ibi nolite, et cetera. |
L’Apôtre a tracé les devoirs du mari et de la femme, qui forment le premier élément constitutif de la famille ; il instruit ici le père et les enfants qui en forment le second lien. Et d’abord il établit comment les enfants doivent se conduire à l’égard de leurs parents ; en second lieu, comment les parents doivent se conduire réciproquement à l’égard des enfants (verset 4) : Et vous, pères, n’irritez pas, etc. |
Prima in duas. Primo proponit monitionem;
secundo ostendit rationem, ibi hoc enim est iustum, et cetera. Dicit
ergo filii, obedite, et cetera. Notandum est hic quod patres debent
naturaliter instruere filios moribus, filii autem, instruentibus parentibus,
naturaliter debent eis obedire, sicut infirmi obediunt medicis. Unde proprium
filiorum est obedientia. Col. III, v. 20 : filii, obedite, scilicet
patribus, per omnia, hoc est enim beneplacitum domino, et cetera. Dicit
autem in domino, quia non est obediendum parentibus, nec alicui in his
quae sunt contra Deum. Act. V, 29 : obedire oportet Deo magis quam
hominibus. Et per hoc solvitur auctoritas modo allegata :
si quis venit ad me, et non odit patrem, etc.; quia hoc intelligitur
inquantum sunt contra Deum. |
I° La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre I. fait sa recommandation ; II. il en donne la raison (verset 1) : car cela est juste. I. Il dit donc d’abord (verset 1) : Vous, enfants, obéissez, etc. Il faut observer ici que les parents sont naturellement les instituteurs de leurs enfants sur le plan de la morale, et que ceux-ci sont naturellement tenus d’obéir à leurs parents qui les instruisent, comme le malade obéit au médecin. Le devoir propre des enfants est donc l'obéissance ; (Col III, 20) : "Enfants, obéissez," à savoir à vos parents, en tout, car cela est agréable au Seigneur, etc. " L’Apôtre dit : selon le Seigneur, car on n’est tenu d’obéir ni aux parents, ni à qui que se soit, en tout ce qui est contraire à la loi de Dieu ; (Actes V, 29) : "Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes." Cette explication donne la solution de la difficulté du passage cité plus haut (Luc XIV, 21) : "Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, etc.", car cela s’entend, en ce qui est contre Dieu. |
Rationem autem assignat ex duobus, scilicet ex
iustitia, et utilitate : quod autem sit iustum patet ac probatur, quia lex
divina nihil mandat nisi iustum. Ps. XVIII, 9 : iustitiae domini, et
cetera. Sed hoc mandat lex divina. Ex. XX, 12 et Deut. V, 16 : honora
patrem tuum et matrem tuam, et cetera. Eccli. III, 8 : qui timet Deum,
honorat patrem, et cetera. Honor autem importat exhibitionem reverentiae
his qui supra nos sunt; sed quia parentes habemus supra nos, utitur nomine
honoris. Dicit ergo hoc enim iustum est, honora patrem tuum et matrem,
et cetera. Eccli. III, 7 : qui honorat patrem suum vita vivet longiore, et
qui obedit patri refrigerabit matrem. Et hoc intelligitur tripliciter,
quod filii debent parentes honorare, quia debent eis reverentiam sicut
maioribus, obedientiam sicut instructoribus, sustentamenta sicut nutrientibus
cum fortes erunt. |
II. Saint Paul déduit la raison de qui précède de deux motifs, à savoir la justice et l’utilité. Que ce soit juste, la chose est de toute évidence, et la preuve en est que la loi de Dieu ne prescrit que ce qui est juste. (Psaumes XVIII, 9) : "Les préceptes de Dieu sont droits." Or la loi divine prescrit cette obéissance ; (Exode XX, 12) et (Deut., V, 16) : "Honorez votre père et votre mère, etc." ; et encore (Ecclesiastique III, 8) : "Celui qui craint le Seigneur honorera son père, etc." Or l’honneur suppose la démonstration du respect à l’égard de ceux qui sont au-dessus de nous ; nos parents étant donc au-dessus de nous, l’Apôtre s’est servi de ce terme : « honorez ». Il dit donc : Puisque cela est juste, honorez votre père et votre mère, etc. ; (Ecclesiastique III, 7) : "Celui qui honore son père jouira d’une longue vie, et celui qui lui obéit, consolera sa mère." Or les enfants sont tenus d’honorer leurs parents, de trois manières : ils leur doivent le respect comme à leurs supérieurs, l’obéissance comme à leurs précepteurs, et l’assistance lorsqu’ils sont dans leur force, comme à leurs nourriciers. |
Deinde assignat dignitatem huius praecepti,
dicens quod est mandatum primum. Contra : immo mandatum primum est,
quod est colendus unus Deus. Respondeo. Mandata continentur in duabus
tabulis. Prima continet ea quae ordinantur ad Deum; secunda ea quae ad
proximum : et in hac secunda primum mandatum est de honore parentum. Et hoc
duplici de causa. Primo, quia in illa secunda tabula nullum est praeceptum
affirmativum nisi istud, quia naturale est nobis ut parentibus serviamus, non
autem sic aliis proximis, ideo nullum est aliud affirmativum. Sed natura dictat, ut non inferat homo
proximis nocumentum, et ideo prohibetur. Quia ergo primum plus et prius habet
de debito, ideo primum. Secundo, quia Deus honorandus est sicut
principium nostri esse, et quia parentes sunt etiam principium nostri esse,
et quia, ut dicitur VI Ethic., tria habemus a parentibus, scilicet esse,
vivere, et disciplinam, ideo conveniens est, ut post mandata ordinata ad
Deum, primum esset ordinatum ad parentes. Vel,
primum quo ad promissionem, quia isti soli additur promissio. Et huius est duplex ratio. Una est,
quia homines in aliis quae agunt quaerunt utilitatem propriam, et quia a parentibus
iam senibus nullam expectant utilitatem, nisi a Deo provenientem. Secunda
ratio est, ne aliquis credat quod honoratio parentum non sit meritoria quia
naturalis est, ideo addit ut sit longaevus super terram. In veteri
autem testamento promittebantur promissiones temporales, quia populus ille
parvulus erat et ideo gratiose instruendus sub paedagogo, sicut parvulus.
Tamen in illis parvis munusculis populum illum parvum decentibus,
figurabantur magna bona, scilicet spiritualia. Et ideo potest hoc referri
secundum sensum litteralem ad bona temporalia. Et sic dicit in
promissione, ut bene sit tibi; id est ut bonis promissis abundes. Nam qui
gratus est in minoribus beneficiis, meretur maiora recipere; maxima autem
beneficia habemus a parentibus, scilicet esse, nutrimentum et disciplinam.
Quando ergo quis gratus est his, fit dignus ut maiora recipiat. Et
ideo dicit ut bene sit tibi; quia, ut dicitur I Tim. IV, 8 :
pietas ad omnia utilis est, promissionem habens vitae, quae nunc est, et
futurae. Et ideo addit et sis longaevus super terram, quasi super
gratiam et beneficium vitae, quam habes a parentibus. Prov. III, 16 : longitudo
dierum in dextera eius, et in sinistra illius divitiae et gloria. |
III. L’Apôtre montre ensuite l’excellence de ce
précepte, quand il dit (verset 2) : C’est le premier des commandements. On objecte qu'au contraire le premier commandement est d’honorer un seul Dieu. Il faut répondre que les préceptes sont renfermés dans deux tables. La première contient ceux qui ont rapport à Dieu ; la seconde, ceux qui concernent le prochain; or dans celle-ci, le premier précepte est d’honorer les parents. Il y à cela deux raisons : d’abord, parce que dans cette table il n’y a aucun autre précepte affirmatif sauf celui-ci, car c'est chose conforme à notre nature de rendre des devoirs à nos parents, tandis qu’il n’en est pas de même pour le prochain ; voilà pourquoi il n’y a pas d’autre précepte affirmatif [dans la seconde table]. Mais la nature nous dicte de ne pas faire de tort à notre prochain, c'est pourquoi Dieu le défend. Le premier commandement étant donc celui qui concerne le plus grand et le premier devoir, le précepte d’honorer les parents vient en tête de tous les autres. En suite, parce que Dieu doit être honoré comme le principe de notre être ; or, nos parents sont aussi le principe de notre être et, comme il est dit au VIème livre de l’Ethique : nous leur devons trois choses, à savoir l’être, la vie et l’éducation ; il est donc convenable qu’après les préceptes, qui comprennent nos obligations à l’égard de Dieu, le premier qui suit se rapporte à nos parents. On peut dire encore qu’il est le premier par rapport à la promesse, car il est le seul pour lequel elle ait été faite. Il y a encore à cela une double raison : la première que l’homme, dans tout le reste de ce qu’il fait, cherche son intérêt particulier. Mais de ses parents déjà vieux, il n’attend aucun intérêt, si ce n’est ce qui lui pourra venir de Dieu. La seconde est qu’on ne s’imagine pas que l’honneur rendu aux parents n’est pas méritoire, parce qu’il est conforme à la nature ; aussi saint Paul ajoute (verset 3) : afin que vous viviez longtemps sur la terre. C’est que dans l’ancien Testament les promesses ne portaient que sur les biens temporels, parce que le peuple Juif, encore enfant, avait besoin d’être instruit avec ménagement, et d’être conduit par un maître, comme on l’est dans le jeune âge. Et toutefois ces petites récompenses, proportionnées à ce peuple enfant, figuraient des biens plus grands, c'est-à-dire les biens spirituels. On peut donc entendre ce passage, au sens littéral, des bienfaits temporels. L’Apôtre dit en ce sens : quant à la promesse, afin que vous soyez heureux, c'est-à-dire que vous receviez avec abondance les biens promis. Celui-là en effet qui se montre reconnaissant dans les moindres bienfaits, mérite d’en recevoir de plus grands. Or nous recevons de nos parents de grands bienfaits, à savoir l’être, la nourriture, et l’éducation ; quand donc on s’en montre reconnaissant, on devient digne de bienfaits d’un ordre supérieur. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 3) : afin que vous soyez heureux, car ainsi qu’il est dit (I Timoth., IV, 8) : "La piété est utile à tout, et c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis." Aussi l’Apôtre ajoute (verset 3) : et que vous viviez longtemps sur la terre, c'est-à-dire au-delà du don et du bienfait de la vie que vous avez reçu de vos parents ; (Proverbes III, 16) : "La sagesse a, dans sa droite, la longueur des jours ; et dans sa gauche les richesses et la gloire." |
Sed contra. Multi devoti parentibus cito
moriuntur. Et ideo sciendum quod haec temporalia non sunt bona absolute, nisi
inquantum ordinata ad spiritualia, et ideo intantum homini bona, inquantum
per ea iuvatur ad spiritualia. Unde fortuna non est dicenda bona, si est
impediens a virtute. Et ideo longitudo vitae intantum est bona, inquantum ad
servitia Dei est ordinata. Et ideo quandoque subtrahitur ne impediat. Sap.
IV, 11 : raptus est, ne malitia mutaret intellectum eius. Vel
potest referri ad sensum spiritualem, ut sis longaevus in terra
viventium. Ps. CXLII, v. 10 s. : spiritus tuus bonus
deducet me in terram rectam; propter nomen tuum, domine, vivificabis me. |
Objection : on voit que beaucoup d’enfants, dévoués à leurs parents, meurent prématurément. Il faut donc savoir que ces biens temporels, ne sont pas des biens dans le sens absolu, si ce n’est en tant qu’ils se rapportent aux biens spirituels ; et par conséquent ils ne sont des biens pour l’homme, qu’autant qu’ils lui viennent en aide pour atteindre les biens spirituels. C’est ainsi que la fortune ne peut être appelée un bien, dès qu’elle devient un empêchement à la vertu. La longueur de la vie n’est donc elle-même un bien qu’autant qu’elle est dirigée pour le service de Dieu. Aussi est-elle quelquefois enlevée, afin qu’elle n’y soit un obstacle ; (Sagesse, IV, 11) : "Il a été enlevé de peur que son esprit ne fùt corrompu par la malice." On peut encore entendre dans un sens spirituel « afin que vous viviez longtemps » dans la terre des vivants ; (Psaume CXLII, 10) : "Votre Esprit qui est bon, me conduira dans une terre droite ; vous me ferez vivre, Seigneur, pour votre nom." |
Consequenter instructis filiis, instruuntur
parentes. Circa quod duo facit : primo ponit unum prohibitivum;
secundo aliud inductivum, ibi sed educate eos, et cetera. Dicit ergo : et vos, patres, nolite
provocare filios vestros ad iracundiam, non quod in omnibus assentiatis
voluntati eorum. Ubi notandum est quod alius est principatus patris ad filium,
et domini ad servum, quia dominus utitur servo suo ad utilitatem propriam,
sed pater utitur filio ad utilitatem filii. Et ideo
est necesse quod patres instruant filios propter utilitatem suam, non tamen
minis arcendo aut subiiciendo. Et ideo dicitur Col. III, 21 : patres,
nolite ad indignationem provocare filios vestros, ut scilicet non pusillo
animo fiant, quia talis provocatio non animat ad bonum. |
II° Après avoir instruit les enfants, l’Apôtre instruit les parents. I. Il fait une défense ; II. il fait une recommandation (verset 4) : mais ayez soin de les bien élever, etc. I. Il dit donc (verset 4) : Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, non pas pourtant que vous donniez en toutes choses votre assentiment à leur volonté. Remarquez ici qu’autre est la puissance d’un père sur son fils, autre celle d’un maître sur son serviteur ; car un maître se sert de son serviteur pour son avantage particulier, tandis qu’un père se sert de son fils dans l’intérêt de ce fils. Il est donc nécessaire que les pères éduquent les enfants, dans le but de leur propre intérêt, non pas cependant en les harcelant et en les soumettant avec excès. Voilà pourquoi il est dit (Col III, 21) : "Pères, n’irritez pas vos enfants", comprenez : de manière à ce qu’ils n’aient pas de sentiments bas, car cette sorte de provocation ne porte pas au bien. |
Quomodo ergo? Subdit sed educate illos in
disciplina, scilicet verberum, et correctione, scilicet verborum,
id est corripite eos et educate, ut serviant domino. Vel : in disciplina,
eos ad bonum inducendo, et correctione a malis retrahendo. |
II. Que faut-il donc faire ? L’Apôtre le dit
(verset 4) : Mais ayez soin de les bien élever, en les redressant,
c'est-à-dire en usant de châtiments, et en les reprenant, c'est-à-dire
en employant la réprimande ; en d’autres termes, corrigez-les et
instruisez-les, pour qu’ils servent le Seigneur. Ou par la discipline,
en les portant au bien, et par la correction, en les retirant du mal. |
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Lectio 2 |
Leçon 2 — Ephésiens VI, 5 à 9 : Maîtres et serviteurs |
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SOMMAIRE : L’Apôtre exhorte les serviteurs et les maîtres à se porter une affection réciproque. |
[5] servi oboedite dominis carnalibus
cum timore et tremore in simplicitate cordis vestri sicut Christo [6] non ad oculum servientes quasi
hominibus placentes sed ut servi Christi facientes voluntatem Dei ex animo [7] cum bona voluntate servientes
sicut Domino et non hominibus [8] scientes quoniam unusquisque
quodcumque fecerit bonum hoc percipiet a Domino sive servus sive liber [9] et domini eadem facite illis remittentes
minas scientes quia et illorum et vester Dominus est in caelis et personarum
acceptio non est apud eum. |
5. Vous, serviteurs, obéissez à
ceux qui sont vos maîtres selon la chair, avec crainte et avec respect, dans
la simplicité de votre coeur, comme au Christ même. 6. Ne les servez pas seulement
lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux
hommes ; mais comme des serviteurs du Christ, faites de bon coeur la volonté
de Dieu. 7. Servez-les avec affection,
regardant en eux le Seigneur et non les hommes ; 8. Sachant que chacun recevra du
Seigneur la récompense du bien qu’il aura fait, qu’il soit esclave ou qu’il
soit libre. 9. Et vous, maîtres, témoignez de même de l’affection à vos serviteurs, ne les traitant pas avec rudesse et avec menaces, sachant que vous avez les uns et les autres un maître commun dans le ciel, qui n’aura pas d’égard à la condition des personnes. |
[87827] Super Eph., cap. 6 l. 2 Instructis
duabus connexionibus, scilicet viri et mulieris, patris et filii, hic
instruit connexionem servi ad dominum. Et circa hoc facit duo. Primo instruit
servum; secundo dominum, ibi et vos, domini, et cetera. Iterum prima
in tres. Primo enim ponit monitionem; secundo exponit, ibi non ad oculum
servientes, etc.; tertio ostendit retributionem, ibi scientes quoniam
unusquisque, et cetera. |
Après
avoir établi ce qui a rapport aux deux premiers liens de la société,
c'est-à-dire au mari et à la femme, aux pères et aux enfants, l’Apôtre touche
ici les rapports du serviteur au maître, en deux points : il instruit en
premier lieu le serviteur ; en second lieu le maître (verset 9) : Et vous,
maîtres, etc. I° La première partie se subdivise en trois. L’Apôtre I. fait une recommandation ; II. il l’explique (verset 6) : Ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, etc.; III. il fait connaître quelle sera la récompense (verset 8) : Sachant que chacun, etc. |
Iterum prima in tres. Quia primo monet ad
obedientiam; secundo ad reverentiam; tertio ad cordis simplicitatem. Secunda,
ibi cum omni timore, et cetera. Tertia, ibi in simplicitate, et
cetera. Monet enim eos ad obedientiam ex imperio
domini. Unde dicit servi, obedite dominis carnalibus.
Monet eos ad reverentiam, dicens cum
timore, interius. Mal. I, 6 : si ego dominus, ubi est timor
meus? Et tremore, exterius. Ps. II, 11 : servite domino in timore,
et cetera. |
I. La première subdivision se partage encore en
trois recommandations. L’Apôtre demande en premier lieu l’obéissance ; en
second lieu, le respect ; enfin la simplicité de coeur. Le respect (verset 5)
: avec crainte, etc. ; la simplicité (verset 5) : dans
la simplicité de votre coeur, etc. 1° Saint Paul recommande aux serviteurs
l’obéissance aux ordres de leur maître. C’est ce qui lui fait dire (verset 5)
: Vous, serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair. 2° Il recommande le respect (verset 5) : avec crainte ; c'est la disposition intérieure ; (Malachie, I, 6) : "Si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez ?" - et avec respect, c'est la disposition extérieure ; (Psaume II, 11) : "Servez le Seigneur dans la crainte, etc." |
Et in simplicitate cordis. Sap. I, 1 : in
simplicitate cordis quaerite illum. Lc. XII, v. 42 : fidelis servus,
et cetera. Iob I, 8 : numquid considerasti servum meum Iob, etc., et,
paulo post : vir simplex, et cetera. Sic enim serviendum est Christo.
Unde dicit sicut Christo. Sap. I, 1 : in simplicitate cordis
quaerite illum. I Par. XXIX, 17 : domine Deus, in simplicitate cordis
mei laetus obtuli universa. Dicit etiam sicut Christo, quia a
domino Christo est quod dominus aliquid possit. Rm XIII, 2 : qui potestati
resistit, Dei ordinationi resistit. Et ideo serviendum est eis sicut
Christo, in his quae non sunt contra fidem, nec contra ipsum. |
3° (verset 5) : et dans la simplicité de votre cœur ; (Sagesse, I, 1) : "Cherchez-le avec un coeur simple" ; (Luc XII, 42) : "Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle ?, etc." ; (Job, 1, 5) : "N’as-tu pas remarqué mon serviteur Job, etc." et à la suite : "c'est un homme simple, etc." Car c'est ainsi qu’on doit servir Jésus-Christ ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 5) : comme à Jésus-Christ même ; (Sagesse, I, 1) : "Cherchez-le dans la simplicité de votre coeur, etc." ; (Chroniques, XXIX, 17) : "Mon Dieu, je vous ai offert toutes ces choses dans la simplicité de mon cœur et avec joie." L’Apôtre dit encore : comme à Jésus-Christ même, parce que si le maître a quelque pouvoir, c'est de notre Seigneur Jésus-Christ qu’il le tient ; (Rm XIII, 2) : "Celui qui résiste aux puissances résiste à l’ordre de Dieu." On doit donc servir les maîtres, comme on servirait Jésus-Christ dans tout ce qui n’est ni contre la foi, ni contre Jésus-Christ lui-même. |
Exponit autem in
simplicitate, et primo removet quod simplicitati contrariatur; secundo
docet modum convenientem, ibi facientes voluntatem Dei, et cetera. Contrarium autem simplicitatis est, quod
servus habeat respectum ad oculum et non ad complacentiam domini. Talis enim
servus non habet simplicitatem et rectam intentionem. Et ideo hoc prohibet,
dicens non ad oculum servientes, scilicet domino propter lucrum
temporale tantum, quasi hominibus placentes, id est complacere
volentes. Gal. I, 10 : si adhuc hominibus placerem, Christi servus non
essem. Sed ut servi Christi. Col. III, 24 : domino Christo servite.
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II. Saint Paul explique ensuite ces mots : dans la simplicité de votre cœur ; 1° Il repousse tout ce qui est opposé à la simplicité ; 2° il enseigne comme il faut la pratiquer ; (verset 6) : faisant de bon coeur la volonté de Dieu, etc. 1° Or, ce qui est opposé à la simplicité, c'est que le serviteur ne fasse attention qu’à l’oeil du maître, et non pas à lui plaire. Un tel serviteur n’a ni la simplicité, ni la droiture d’intention. L’Apôtre condamne donc cette attitude quand il dit (verset 6) : Ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, c'est-à-dire seulement pour le bénéfice temporel que vous en recevez, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, c'est-à-dire comme si vous ne vouliez que plaire ; (Galates I, 10) : "Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ" ; (verset 6) : mais comme des serviteurs de Jésus-Christ ; (Col III, 24) : "Servez le Seigneur Jésus-Christ." |
Et quomodo? Facientes voluntatem Dei,
scilicet implendo mandata eius opere. Ps. CII, 20 : facientes verbum
illius, sicut Christus Io. VI, 38, descendi de caelo, non ut facerem
voluntatem meam, sed voluntatem eius, qui misit me. Haec est enim voluntas
eius qui misit me, scilicet ut obediam hominibus propter Deum. Et ideo
dicit sicut servi Christi, et sicut servientes domino, non hominibus,
scilicet non propter se, sed propter dominum. Quomodo? Ex animo. Col.
III, v. 23 : quodcumque facitis, ex animo operamini, sicut domino, et non
hominibus. Item, idem subiungit hic dicens sicut domino et non
hominibus. Cum bona voluntate, id est recta intentione. Col. IV, 12 : stetis
perfecti et pleni in omni voluntate Dei. |
2° Et comment ? (verset 6) : en faisant de bon coeur la volonté de Dieu, c'est-à-dire en accomplissant ses préceptes par vos actes ; (Psaume CII, 20) : "faisant ce qu’il vous dit," comme Jésus-Christ l’a fait ; (Jean VI, 38) : "Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de celui qui m’a envoyé", que j’obéisse aux hommes à cause de Dieu. C’est ce qui fait dire à saint Paul : comme des serviteurs de Jésus-Christ, en servant le Seigneur et non pas les hommes, c'est-à-dire non pour eux-mêmes, mais pour le Seigneur. Et comment ? de bon cœur ; (Col III, 23) : "Faites de bon coeur tout ce que vous faites, comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes." Il répète la même recommandation, en ajoutant (verset 7) : regardant en eux le Seigneur et non les hommes, servez-le avec affection, c'est-à-dire avec une intention droite ; (Col IV, 12) : "afin que vous demeuriez fermes et parfaits, et que vous accomplissiez pleinement tout ce que Dieu demande de vous." |
Deinde subiungit remunerationem, dicens scientes.
I Io. V, 13 : scripsi vobis ut sciatis, et cetera. Quoniam
unusquisque, (...) sive servus sive liber. Sine personarum acceptione.
Non enim est personarum acceptio apud Deum. Gal. III, 28 : non est servus
neque liber, non est masculus neque foemina, omnes enim vos unum estis in Christo
Iesu. Act. X, v. 34 s. : in veritate comperi quoniam non est
personarum acceptor Deus, sed in omni gente, qui timet Deum et operatur
iustitiam, et cetera. Eccle. IX, 10 : quodcumque potest facere manus
tua, instanter operare, et cetera. Recipiet a
domino pro remuneratione. Col. III, 24 : scientes
quod a domino accipient retributionem haereditatis. |
III. L’Apôtre rappelle quelle sera la récompense, lorsqu’il dit (verset 8) : sachant ; (I Jean, V, 13) : "Je vous écris ces choses, afin que vous sachiez, etc." - Sachant donc que chacun de vous qu’il soit esclave, ou qu’il soit libre, sans acception de personne, car Dieu ne fait pas acception de personne ; (Galates III, 28) : "il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme ; mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ" ; (Actes X, 34) : "En vérité, je vois bien que Dieu ne fait pas acception des personnes ; mais qu’en toute nation celui qui le craint et dont les oeuvres sont justes, etc. " ; (verset 8) : recevra du Seigneur la récompense de ce qu’il aura fait de bien ; (Ecclesiastique IX, 10) : "Faites promptement tout ce que votre main pourra faire" ; (Colos. III, 24) : "Sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage [céleste] pour récompense." |
Deinde cum dicit et vos, domini, etc.,
instruit dominos, et facit duo. Primo ponit monitionem; secundo subdit
rationem, ibi scientes quia et illorum, et cetera. |
II° Quand saint Paul ajoute (verset 9) : Et vous, maîtres, etc., il instruit les maîtres, en deux points. Et d’abord il fait une recommandation ; en second lieu il en donne la raison (verset 9) : sachant que avez, les uns et les autres, etc. |
Dicit ergo et vos, domini, eadem faciatis,
eadem scilicet identitate proportionis, ut sicut illi ex animo et bona
voluntate, ita et vos faciatis. Eccli. XXXIII, 31 : si est tibi aliquis
servus fidelis, sit tibi sicut anima tua. Remittentes minas, non solum
verba, vel flagella. Et quare? |
I. Il dit donc : Et vous, maîtres, agissez de même, c'est-à-dire soyez avec eux dans l’identité de rapport, en sorte que vous servant de bon coeur et avec affection, vous leur témoigniez les mêmes sentiments ; (Ecclesiastique XXXIII, 31) : "Si vous avez un serviteur qui vous soit fidèle, qu’il vous soit cher comme votre vie;" - (verset 9) : laissez là les menaces, et ne laissant pas seulement de côté les paroles et les coups. Pourquoi ? |
Rationem subdit, dicens scientes quia et
illorum et vester dominus est in caelis. Nam idem dominus omnium, Rm
X, v. 12. Quasi dicat : conservi estis, et ideo debetis vos bene habere ad
eos. Matth. XVIII, v. 33 : oportuit et te misereri conservi tui. Et
personarum acceptio non est apud Deum. Rm II,
11 idem dicitur; Lc. XX, 21 : non accipis personam hominum; Act. X, 34
idem. |
II. Saint Paul en donne la raison, quand il dit (verset 9) : sachant que vous avez les uns et les autres un maître commun dans le ciel ; (Rm X, 12) : "Car tous n’ont qu’un même Seigneur" ; en d’autres termes : vous êtes serviteurs comme eux, et par conséquent vous devez les traiter avec bonté ; (Matth., XVIII, 33) : "Ne fallait-il pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon de service ? " - (verset 9) : qui n’aura pas d’égard à la condition des personnes ; on retrouve cette même vérité en (Rm II, 11). (Luc XX, 21) : "Maître, vous n’avez pas d’égard aux personnes" et en Actes (X, 34). |
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Lectio 3 |
Leçon 3 — Ephésiens VI, 10 à 12 : se revêtir des armes de Dieu |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre apprend aux Ephésiens à se confier au secours de Dieu, afin de pouvoir accomplir les préceptes qu’il vient d’exposer. - Qu’ils doivent aussi se revêtir des armes de Dieu. |
[10] de cetero fratres confortamini in
Domino et in potentia virtutis eius [11] induite vos arma Dei ut possitis
stare adversus insidias diaboli [12] quia non est nobis conluctatio
adversus carnem et sanguinem sed adversus principes et potestates adversus
mundi rectores tenebrarum harum contra spiritalia nequitiae in caelestibus. |
10. Enfin, mes frères,
fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans sa vertu toute puissante. 11. Revêtez-vous de toutes les
armes de Dieu, pour pouvoir vous défendre des embûches du diable. 12. Car nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, c'est-à-dire de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l’air. |
[87828] Super Eph., cap. 6
l. 3 Supra posuit apostolus multa praecepta generalia,
et specialia ad destruendam vetustatem peccati, et inducendam novitatem
gratiae, hic ostendit qua virtute debent uti ad praecepta haec implenda, quia
fiducia auxilii divini. Circa quod duo facit. Primo, ponit monitionem;
secundo, in speciali explicat eam, ibi quoniam non est nobis colluctatio,
et cetera. Prima in duas, quia primo ostendit, de quo debemus confidere,
sicut de interiori; secundo ostendit de quo debemus confidere sicut de
exteriori, ibi induite vos, et cetera. Illud autem interius, de quo
debemus confidere, est auxilium divinum, et ideo dicit de caetero,
fratres, confortamini. Ier. XVII, 7 : benedictus vir, qui confidit in
domino, et erit dominus fiducia eius, et cetera. Duplici autem ratione
confidit quis de aliquo. Una est, quia ad eum pertinet sua defensio; alia
est, quia potens est, et paratus est eum defendere. Et haec duo sunt in Deo
respectu creaturae suae, quia cura est Deo de vobis, ut dicitur I Petr. ult.
: omnem sollicitudinem vestram proiicientes in eum, quoniam ipsi cura est
de vobis. Item, ipse potens est, et promptus auxiliari. Et ideo dicit de
caetero, fratres, etc., quasi dicat : postquam vos instruxi supra de
praeceptis implendis, iam confortamini, non in vobis, sed in domino,
qui curam habet de vobis. Ps. LXXII, 28 : mihi autem adhaerere Deo bonum
est, et cetera. Is. XXXV, 4 : dicite pusillanimis : confortamini,
et cetera. Ier. XX, 11 : dominus mecum est tamquam bellator fortis,
idcirco qui me persequuntur, cadent, et cetera. Et in potentia, et
cetera. Lc. I, 49 : qui potens est. Et licet in Deo virtus et potentia sint idem,
tamen, quia virtus est ultimum de potentia, et, quasi perfectio potentiae,
ideo dicit in potentia virtutis eius, id est, in potentia virtuosa.
Phil. IV, 13 : omnia possum in eo, qui me confortat. Iob XVII, 3 : pone
me iuxta te, et cuiusvis manus pugnet contra me. |
Saint
Paul, dans ce qui précède, a donné plusieurs préceptes soit généraux, soit
spéciaux pour détruire la vieille corruption du péché et produire le
renouvellement de la grâce. Il indique ici la force dont ils ont besoin pour
s’acquitter de ces préceptes : c'est la confiance dans le secours divin. Il
fait donc deux choses : I° Il fait une recommandation. II°
il l’explique d’une manière particulière (verset 12) : Car nous avons à
combattre, non, etc. I° La première partie se subdivise. L’Apôtre montre d’abord en qui
nous devons mettre notre confiance, quant à l’intérieur; ensuite, quant à
l’extérieur (verset 11) : Revêtez-vous, etc. I. Nous devons mettre notre confiance, quant à l’intérieur, dans le secours de Dieu ; c'est pourquoi l’Apôtre dit (verset 10) : Enfin, mes frères, fortifiez-vous. (Jérémie, XVII, 7) : "Heureux l’homme qui met sa confiance au Seigneur, et dont le Seigneur est l’espérance, etc." Or on met sa confiance en quelqu’un pour deux motifs. Le premier, parce qu’il lui appartient de nous défendre ; le second, parce qu’il a le pouvoir et la volonté de le faire ; mais ce deux motifs se trouvent en Dieu, par rapport à la créature. D’abord il prend soin de nous, ainsi qu’il est dit (I Pierre, V, 7) : "Jetant dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu’il a soin de vous." Ensuite il est puissant et disposé à nous porter secours. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 10) : "Enfin, mes frères, etc. ; en d’autres termes : après que je vous ai instruits, comme je viens de le faire, des préceptes que vous avez à accomplir, il ne vous reste qu’à vous fortifier, non pas en vous-mêmes, mais dans le Seigneur qui prend soin de vous ; (Psaume LXII, 28) : "Pour moi, c'est mon avantage de demeurer attaché à Dieu, etc." ; (Isaïe XXXV, 4) : "Dites à ceux qui ont le coeur abattu : prenez courage, etc." ; (Jérémie, XX, 11) : "Le Seigneur est avec moi, comme un guerrier invincible ; c'est pourquoi ceux qui me persécutent tomberont, etc. " - et dans sa vertu toute puissante ; (Luc, I, 49) : "Celui qui est le tout-puissant." Bien qu’en Dieu la vertu et la puissance soient une seule et même chose, comme la vertu est le signe supérieur de la puissance, et en quelque sorte sa perfection, l’Apôtre dit (verset 10) : dans sa vertu toute-puissante, c'est-à-dire dans sa puissance pleine de vertu ; (Philipp., IV, 13) : "Je puis tout en celui qui me fortifie" ; (Job XVII, 3) : "Mettez-moi auprès de vous, et après cela que la main de qui que ce soit s’arme contre moi." |
Sed posset dici : si Deus potest et vult,
debemus esse securi. Ideo respondens, dicit quod non, imo debet quilibet
facere quod in se est, quia si inermis iret ad bellum, quantumcumque rex
protegeret eum, esset in periculo. Et ideo dicit induite vos armaturam Dei,
id est dona et virtutes. Rm c. XIII, 12 : abiiciamus ergo opera
tenebrarum, et induamur arma lucis, et cetera. Col. III, v. 12 : induite
vos ergo sicut electi Dei sancti et dilecti viscera misericordiae,
benignitatem, humilitatem, modestiam, et cetera. Quia per virtutes homo
protegitur contra vitia. |
II. Toutefois comme l’on pourrait dire : « si Dieu a le pouvoir et la volonté [de nous secourir] nous sommes en sécurité », l’Apôtre répond et dit, qu’il n’en est pas ainsi, mais que chacun doit, de plus, faire tout ce qui dépend de lui, car si l’on allait au combat sans armes, quelque protection que lui assure le prince, on serait en danger. Saint Paul ajoute donc (verset 11) : Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, c'est-à-dire de ses dons et des vertus ; (Rm XIII, 12) : "Quittons donc les oeuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière, etc. " ; (Col III, 12) : "Revêtez-vous donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, de tendresse et d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de modestie, etc. " ; car c'est par les vertus que nous sommes protégés contre les vices. |
Sed contra : dominus est rex ita potens, quod
nullus potest eum impugnare. Respondeo. Verum est per violentiam, sed per
insidias et fallaciam impugnat eum Diabolus in membris suis, non in se, quia,
ut dicitur Eccli. XI, 31 : multae sunt insidiae dolosi, et cetera. Et
ideo subdit ut possitis stare contra insidias Diaboli. I Petr. V, 8 : sobrii
estote, et vigilate, et cetera. Ps. IX, 30 : insidiatur in abscondito,
quasi leo, et cetera. |
Mais on dit : « Le Seigneur est un roi tellement puissant, que nul ne peut l’attaquer ». Il faut répondre qu’il est vrai qu’on ne peut l’attaquer par la force ouverte, mais le démon l’attaque par ses ruses et les tromperies, non pas en sa personne, mais dans ses membres ; car, ainsi qu’il est dit (Ecclesiastique XI, 31) : "Le trompeur a beaucoup de pièges, etc. " Aussi saint Paul ajoute (verset 11) : afin de pouvoir vous défendre contre les embûches du Diable" ; (I Pierre, V, 8) : "Soyez sobres, et veillez, etc." ; (Psaume X, 8) : "Il dresse des embûches dans le secret, ainsi qu’un lion, etc. " |
Consequenter cum dicit quia non est nobis
colluctatio, etc., explicat in speciali monitionem. Et
primo de insidiis inimicorum; secundo de armatura sumenda, ibi propterea
accipite, etc.; tertio de fiducia Christi habenda ibi per omnium
orationem, et cetera. Describit autem insidias, quia quando aliquis
hostis imminet, si sit debilis, stultus et huiusmodi, non est multum cavendum
nec timendum de eo; sed quando est potens, nequam et callidus, tunc est
timendus. Haec tria sunt in Diabolo. |
II° Quand saint Paul dit (verset 12) : car nous avons à combattre non pas, etc., il applique spécialement sa recommandation ; et d’abord à ce qui a rapport aux embûches de l’ennemi ; en second lieu, aux armes dont il faut se revêtir (verset 15) : C’est pourquoi prenez, etc. ; enfin à la confiance qu’il faut mettre en Jésus-Christ (verset 18) : par toutes sortes de supplications, etc. L’Apôtre décrit donc les embûches dressées contre nous, parce que quand un ennemi menace, s’il est dépourvu de force, d’intelligence ou d’autres ressources de ce genre, il est peu à craindre, et peu redoutable en soi. Mais s’il est puissant, méchant et rusé, il faut s’en garder. Or le démon possède ces trois avantages. |
Primo quia non est debilis. Et propter hoc
dicit, quod non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem, et
cetera. Per carnem et sanguinem intelliguntur vitia carnis, I Cor. c. XV, 50
: caro et sanguis regnum Dei non possidebunt, et homines carnales.
Gal. I, 16 : continuo non acquievi carni et sanguini, id est,
hominibus carnalibus. Dicit ergo non est nobis colluctatio, et cetera.
Quod videtur esse falsum qualitercumque accipiatur; quia, ut dicitur Gal. V,
17 : caro concupiscit adversus spiritum, et cetera. Ps. CXVIII, v. 157
: multi qui persequuntur me. Respondeo dupliciter. Primo ut dicamus non
est nobis colluctatio adversus, etc., supple tantum, quin etiam adversus
Diabolum. Vel aliter, quia actio quae instrumento attribuitur, est
principaliter agentis, sicut accipitur illud Rm IX, 16 : non est volentis,
neque currentis, sed miserentis Dei, quasi dicat : quod vultis aliquid,
vel facitis, a vobis non est, sed aliunde, scilicet a Deo; sic hic non est
nobis colluctatio, etc., exponatur, id est quod nos impugnent, scilicet
caro et sanguis, hoc non est eorum principaliter, sed a superiore movente,
scilicet a Diabolo. |
I. Il n’est pas faible ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 12) : car nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, etc. Par ces termes on entend les vices de la chair ; (1 Co XV, 50) : "La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu" ; et les hommes charnels ; (Galates I, 16) : "Aussitôt, sans prendre conseil de la chair et du sang," c'est-à-dire des hommes charnels. Saint Paul dit donc (verset 12) : Nous n’avons pas à combattre, etc. Cependant cette manière de parler peut paraître dénuée de vérité, de quelque manière qu’on l’entende, puisqu’il est dit (Galates V, 17) : "La chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, etc." et (Psaume CXVIII, 157) : "Il y en a beaucoup qui me persécutent." On peut répondre de deux manières. D’abord en disant : Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, etc. suppléez seulement, mais encore contre le démon. Ou encore, en attribuant à l’agent principal l’action de l’instrument ; c'est dans ce sens que l’on explique ce passage (Rm IX, 16) : "Ainsi cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde", comme si l’Apôtre voulait dire : Lorsque vous voulez, ou lorsque vous agissez, cela ne vient pas de vous, mais d’un autre, c'est-à-dire de Dieu. Ainsi l’on peut dire : Nous n’avons pas à combattre, etc., c'est-à-dire que la tentation ne vient pas principalement de la chair et du sang, mais d’un agent supérieur qui les meut, à savoir du Démon. |
Consequenter describitur a potentia, quia adversus
principes et potestates tenebrarum harum. Io. XIV, 30 : venit enim
princeps huius mundi, et cetera. Dicitur autem princeps mundi, non
creatione sed imitatione mundanorum. Io. I, 10 : et mundus eum non
cognovit, id est principes mundani. Vel dicitur princeps, quasi primatum
capiens. Unde principes quasi primi duces ad aliquid. Ps. LXVII, 26 : principes
coniuncti psallentibus. Gen. XXIII, 6 : princeps Dei es apud nos.
Ad potestatem autem pertinet iustitiam exercere. Inquantum ergo aliqui
Daemones inducunt aliquos ad rebellandum Deo, dicuntur principes, inquantum
vero habent potestatem puniendi illos, qui eis subiiciuntur, dicuntur
potestates. Lc. XXII, 53 : haec est hora vestra, et potestas tenebrarum,
et cetera. |
II. Saint Paul fait ensuite connaître l’ennemi par sa puissance car si nous avons à combattre, (verset 12) : c'est, contre les princes et les puissances des ténèbres, (Jean. XIV, 30) : "Car voilà le prince de ce monde qui vient, etc." On appelle le démon prince de ce monde, non pas qu’il l’ait créé, mais parce que les mondains l’imitent ; (Jean, I, 10) : "Et le monde ne l’a pas connu", c'est-à-dire les princes de ce monde. Ou bien encore il est appelé prince du monde, comme pour dire qu’il en prend la primauté. Les princes sont en effet ceux qui sont comme les premiers pour conduire une entreprise ; (Psaume LXVII, 26) : "Les princes s’unissant à ceux qui chantent des cantiques, etc." ; (Gene., XXIII, 6) : "Vous êtes parmi nous comme un grand prince". Or, c'est l’attribut de la puissance d'exercer la justice ; les démons donc, en tant qu’ils portent les hommes à se révolter contre Dieu, reçoivent le nom de princes ; en tant qu’ils ont pouvoir de punir ceux qui leur sont soumis, ils s’appellent puissances ; (Luc, XXII, 53) : "C’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres, etc." |
Sed cum ex ordinibus omnibus ceciderint
aliqui, quare mentionem facit apostolus de illis duobus ordinibus, denominans
Daemones? Respondeo. In nominibus ordinum sunt tria
in quibusdam enim importatur ordo ad Deum, in quibusdam vero potestas, in
quibusdam vero Dei ministerium. In nominibus enim Cherubim et Seraphim et
thronorum, importatur conversio ad Deum. Daemones autem adversi sunt Deo, et
ideo eis non competunt haec nomina. Item quaedam nomina important ordinem ad
ministerium Dei, sicut Angeli et Archangeli : et ista etiam nomina non
competunt Daemonibus, nisi cum adiuncto scilicet Satanae. Tertio etiam, quia
virtutes et dominationes important ordinem ad servitium Dei : ideo eis non
conveniunt haec nomina, sed tantum ista duo, quae communia sunt bonis et
malis, scilicet principatus et potestates. Sunt
ergo et potentes et magni, ideo habent magnum exercitum, contra quem habemus
pugnare adversus mundi rectores tenebrarum harum, scilicet peccatorum.
Supra V, v. 8 : eratis enim aliquando tenebrae, et cetera. Quia
quidquid est tenebrosum, totum est de ordine istorum, et subiectum eis.
Glossa : mali homines sunt equi, Diaboli equites, ergo occidamus equites,
et equos possideamus. Io. I, 5 : et tenebrae eum non comprehenderunt.
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Cependant comme il y eut des chutes dans tous les ordres célestes, pourquoi saint Paul, en désignant les démons, ne fait mention que de deux de ces ordres ? On répond que dans la dénomination des ordres, il y a trois rapports à observer. Dans les uns, leur rapport avec Dieu ; dans les autres, la puissance ; dans d’autres enfin, le ministère que Dieu leur confère. Les noms de Chérubins, de Séraphins et de Trônes supposent un rapport particulier avec Dieu ; or les démons sont opposés à Dieu : aucun de ces noms ne saurait donc leur convenir. D’autres noms supposent un rapport avec le ministère de Dieu, par exemple les noms d’Anges et d’Archanges ; ces noms donc ne peuvent non plus convenir aux démons, à moins qu’on y joigne le déterminatif de Satan. Enfin les noms de Vertus et de Dominations, impliquent le rapport au service de Dieu ; ils ne peuvent donc s’appliquer aux démons. Les démons ne peuvent donc recevoir que deux de ces noms, qui sont communs aux bons et aux mauvais, à savoir Principautés et Puissances. Concluons : les démons sont puissants et pleins de force. Ils forment une innombrable armée ; nous avons à combattre contre elle, contre ces princes du monde et de ce siècle de ténèbres, c'est-à-dire du péché ; (ci-dessus, V, 8) : Car vous étiez autrefois ténèbres, etc. Car tout ce qui est ténèbres, est tout entier de leur ordre, il leur est soumis. Les méchants, dit la Glose, sont les chevaux, les démons sont les cavaliers : frappons les cavaliers, les chevaux sont à nous ; (Jean I, 5) : "Les ténèbres ne l’ont pas compris." |
Sunt etiam astuti, quia contra spiritualia
nequitiae, id est contra spirituales nequitias, emphatice loquendo, per
quod intelligitur plenitudo nequitiae. Dicit autem spiritualia nequitiae,
quia quanto est altior secundum naturam, tanto, quando convertitur ad malum,
est peior et nequior. Unde philosophus dicit, quod homo malus est pessimus
omnium animalium. Et ideo dicit spiritualia nequitiae, quia
spirituales et nequissimi sunt. Et dicit in caelestibus, duplici de
causa. Vel ut ostendat virtutem et avantagium, ad superandum nos : quia nos
in terra, ipsi autem in alto, scilicet in aere caliginoso, et ideo habent
partem meliorem. Lc. VIII, 5 : volucres caeli comederunt
illud. Vel dicit in caelestibus, quia pro caelestibus est ista
pugna : et hoc debet animare nos ad pugnam. |
III. Les démons sont aussi pleins de ruses, car dit saint Paul (verset 12) : Nous avons à combattre contre les esprits de malice, c'est-à-dire les malices spirituelles, sorte de locution emphatique qui donne à entendre la plénitude de la malice. L’Apôtre dit : les esprits de malice, parce que, plus un esprit est élevé par sa nature, plus il est méchant et plein de malignité, quand il se tourne au mal. C’est ce qui a fait dire au Philosophe que l’homme méchant est le pire des animaux. Voilà pourquoi saint Paul dit : les esprits de malice, parce qu’ils sont des esprits, et des esprits très méchants. Il ajoute (verset 12) : répandus dans l’air, pour deux raisons : soit pour exprimer la force et l’avantage qu’ils ont pour nous vaincre, puisque nous sommes sur la terre, et eux en haut, dans l’air ténébreux, ce qui les met dans des conditions plus favorables ; (Luc, VIII, 5) : "Les oiseaux du ciel ont mangé cette semence" ; ou bien encore il dit : répandus dans l’air, parce que le combat se livre pour les choses du ciel, ce qui doit enflammer notre courage. |
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Lectio 4 |
Leçon 4 — Ephésiens VI, 13 à 17 : Les armes de Dieu |
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SOMMAIRE : L’Apôtre montre la nécessité de se revêtir des armes de Dieu, soit pour se défendre, soit pour attaquer. Il indique la diversité de ces armes. |
[13] propterea accipite armaturam Dei
ut possitis resistere in die malo et omnibus perfectis stare [14] state ergo succincti lumbos
vestros in veritate et induti loricam iustitiae [15] et calciati pedes in
praeparatione evangelii pacis [16] in omnibus sumentes scutum fidei
in quo possitis omnia tela nequissimi ignea extinguere [17] et galeam salutis adsumite et
gladium Spiritus quod est verbum Dei. |
13. C’est pourquoi prenez toutes
les armes de Dieu, afin qu’étant munis de tout, vous puissiez au jour mauvais
résister et demeurer fermes. 14. Soyez donc fermes : que la
vérité soit la ceinture de vos reins et que la justice soit votre cuirasse ; 15. Que vos pieds aient une
chaussure qui vous dispose à suivre l’Evangile de paix. 16. Serrez-vous surtout du
bouclier de la foi, afin de pouvoir à tous les traits enflammés du malin. 17. Prenez encore le casque du salut, et l’épée spirituelle qui est la parole de Dieu. |
[87829] Super Eph., cap. 6 l. 4 Supra exposuit
apostolus, quod dictum est de insidiis Diaboli, hic monet nos de armatura
sumenda. Et circa hoc facit duo. Primo concludit ex praemissis armaturae
necessitatem; secundo, armorum diversitatem describit, ibi state ergo,
et cetera. Dicit ergo : habetis hostes malos, nequissimos et potentes, et pro
re ardua pugnantes, quia pro caelestibus, propterea accipite armaturam Dei,
id est armamini spiritualibus armis. II Cor. X, 4 : arma militiae nostrae
non sunt carnalia, sed potentia Deo ad destructionem munitionum, et
cetera. Et hoc ut possitis resistere. I Petr. V, 9 : cui resistite
fortes in fide, et cetera. Iac. IV, 7 : resistite Diabolo, et fugiet a
vobis. Quanto magis enim ei ceditur, tanto plus insequitur. In die
malo, et hoc propter mala, quae in die fiunt. Supra V, 16 : redimentes
tempus, quoniam dies mali sunt. Eccle. VII, 15 : diem malam praecave,
et cetera. Item accipite non solum ad resistendum, sed etiam ad proficiendum,
et in omnibus perfecti state, id est in adversis et prosperis
immobiliter state. Iac. I, 4 : sitis perfecti, in nullo
deficientes. De hoc I Petr. I, 13 : perfecti, sperate in eam, quae
offertur vobis, gratiam, et cetera. |
Après avoir expliqué ce qu’il avait dit des embûches du démon, Saint Paul nous recommande ici de se revêtir d’une armure. Il dit deux choses : d’abord il déduit de ce qui précède la nécessité de cette armure ; en second lieu, il décrit la diversité des armes (verset 14) : Soyez donc fermes etc. I° Il dit donc : vous avez des ennemis méchants, très méchants et redoutables ; de plus vous combattez pour de grands intérêts puisqu’il s’agit des choses du ciel, (verset 15) : prenez donc toutes les armes de Dieu, c'est-à-dire revêtez-vous d’armes spirituelles ; (2 Co X, 4) : "Les armes de notre milice ne sont pas charnelles, mais elles sont puissantes en Dieu pour renverser les remparts, etc." Armez-vous donc ainsi (verset 15), afin que vous puissiez résister ; (I Pierre, V, 9) : "Résistez donc au démon, en demeurant fermes dans la foi." ; (Jacques IV, 7) : "Résistez au démon, et il fuira loin de vous." Car plus on lui cède, plus il nous presse. (verset 15) : Au jour mauvais, que l’Apôtre qualifie ainsi à cause des choses mauvaises qui se commettent pendant le jour (ci-dessus, V, 16) : rachetant le temps parce que les jours sont mauvais" ; (Ecclé., VII., 15) : "Tenez-vous prêts pour le jour mauvais, etc." Prenez donc cette armure, non seulement pour résister, mais aussi pour attaquer (verset 15) : et demeurez fermes, c'est-à-dire ne vous laissez ébranler, ni dans la prospérité, ni dans l’adversité ; (Jacques I, 4) : "Soyez parfaits et accomplis en toute manière." C’est de cette disposition qu’il est dit (I Pierre, I, 13) : "Attendez avec une espérance parfaite, la grâce qui vous sera donnée, etc." |
Sed numquid omnes debent perfecti esse? Respondeo.
Triplex est perfectio. Una sufficientiae, quam habet homo, secundum quod
habet quod sibi est necessarium ad salutem, sicut illud : diliges dominum
Deum tuum ex toto corde tuo; quasi dicat : ut nihil sit in corde tuo,
quod sit contra Deum. Et hoc est de necessitate salutis. Iac. I, 4 :
ut sitis perfecti et integri in nullo deficientes, et cetera. Alia est
perfectio totalis abundantiae, quae est perfectio patriae, quae est
consummata gloria, in hoc quod perfectus totaliter inhaereat Deo. Matth.
XXII, 30 : in resurrectione neque nubent, neque nubentur, sed sunt sicut
Angeli Dei in caelo. Et de hac loquebatur apostolus Phil. III, 12 :
non quod iam acceperim, aut quod iam perfectus sim. Et paulo post : fratres,
ego non arbitror me comprehendisse. Alia est media, scilicet consilii,
qua homo nititur se abstrahere ab his, et ire ad illas. |
Tous doivent-ils d'être parfaits ? On répond qu’il y a trois sortes de perfection. Une première, suffisante, que l’on possède quand on réunit ce qui est nécessaire au salut, suivant cette parole : "Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur," en d’autres termes, de telle sorte qu’il n’y ait rien dans votre coeur qui soit opposé à Dieu. Cette disposition est de nécessité de salut ; (Jacques 1, 4) : "Soyez parfaits et accomplis, en sorte qu’il ne vous manquera rien, etc." Une seconde, complètement surabondante, c'est la perfection de la patrie [céleste] et la consommation de la gloire ; elle consiste en ce que l’homme parfait adhère à Dieu de toutes sa puissance ; (Matth. XXII, 30) : "Après la résurrection, les hommes n’auront pas de femmes, ni les femmes de maris, mais tous seront comme les anges de Dieu dans le ciel." C’est de cette perfection dont parle l’Apôtre aux Philippiens (III, 12) : "Ce n’est pas que j’ai reçu encore cette justice, ou que je sois déjà parfait" et un peu après : "Mes frères, je ne pense pas avoir encore atteint où je tends." Une troisième perfection enfin qui est intermédiaire, à savoir la perfection de conseil, par laquelle on s'efforce de s’abstenir de telle ou telle chose, et de parvenir à telle ou telle autre. |
Deinde cum dicit state ergo, etc.,
describit diversitatem armorum. Est autem triplex genus spiritualium armorum,
ad similitudinem corporalium : quorum quaedam sunt similia indumento ad
tegendum, quaedam vero ad protegendum, et quaedam ad impugnandum. |
II° Quand l’Apôtre dit (verset 4) : Soyez donc fermes, etc., il décrit la diversité des armes [spirituelles]. Or ces armes sont de trois sortes, à la similitude des armes corporelles, dont les unes servent comme de vêtement pour se couvrir, d’autres pour se protéger, d’autres enfin pour attaquer. |
Indumento autem tria sunt necessaria. Primo
quod cingatur; et quantum ad hoc dicit state ergo succincti lumbos vestros,
et cetera. Sed prius induit se homo quam se cingat. Apostolus autem accipit
haec secundum ordinem armaturae spiritualis. In bello autem spirituali prius
est necesse concupiscentias carnis restringere, sicut vicinus hostis est
prius vincendus : hoc autem fit per restrictionem lumborum, in quibus viget
luxuria, quod fit per temperantiam, quae gulae et luxuriae contrariatur. Lc.
XII, 35 : sint lumbi vestri praecincti, et cetera. Iob XXXVIII, 3 : accinge
sicut vir lumbos, et cetera. Sed in veritate, id est in
rectitudine intentionis, et non simulate. Alia littera habet : in
charitate. I Cor. ult. : omnia vestra in charitate fiant. |
I. Trois choses sont nécessaires pour le vêtement : 1° qu’il soit soutenu par une ceinture ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 14) : Tenez-vous fermes, et prenez pour ceinture de vos reins, etc. Toutefois on se couvre du vêtement avant de se ceindre ; mais l’Apôtre suit ici l’ordre des armes spirituelles. Car dans le combat spirituel, il est nécessaire d’abord de comprimer les convoitises de la chair, de même qu’[à la guerre] il faut vaincre d’abord l’ennemi le plus voisin. Or, on y arrive en ceignant ses reins, dans lesquels la luxure a toute sa force, et on en triomphe par la tempérance, opposée à la gourmandise et à la luxure ; (Luc, XI, 35) : "Que vos reins soient ceints, etc." ; (Job, XXXVIII, 3) : "Ceignez vos reins, comme un homme, etc." Mais que cette ceinture soit (verset 14) : la vérité, c'est-à-dire que l’intention soit droite, qu’il n’y ait aucune dissimulation. Une autre version porte : la charité ; (1 Co XVI, 44) : "Faites avec amour tout ce que vous faites." |
Secundo monet vincere cupiditates rerum. Duplex
autem invenitur armatura contra eas, scilicet iustitia, et abrenuntiatio
rerum temporalium. Et ideo primo praecipit ut eas non iniuste usurpemus, quod
facit iustitia. Et ideo dicit induti loricam iustitiae, scilicet
propter quam homo abstinet a rebus alienis. Dicitur autem iustitia lorica,
quia sicut lorica tegit membra, ita iustitia virtutes omnes. Sap.
V, 19 : induet pro thorace iustitiam, et accipiet pro galea iudicium
certum. |
2° En second lieu, l’Apôtre recommande de vaincre la cupidité des biens terrestres. Or il y a contre elle une double armure, d’abord la justice, et ensuite le renoncement à ces biens temporels. - A) L’Apôtre prescrit d’abord de ne pas nous emparer injustement des biens de ce monde : c'est la justice. Voilà pourquoi il dit (verset 11) : Que la justice soit votre cuirasse, c'est-à-dire que pour elle l’homme s’abstienne de ce qui est à autrui. La justice s’appelle cuirasse, parce que, de même que la cuirasse couvre les membres du corps, la justice protége toutes les vertus ; (Sagesse, V, 19) : "Il prendra la justice pour cuirasse, et pour casque l’intégrité de son jugement." |
Secundo praecipit ut rerum temporalium
curam superfluam deponamus, quia dum his nimis intendimus, non habemus pedes
paratos ad divina negotia et mysteria annuntianda. Et
propter hoc dicit et calceati pedes, id est affectus dispositi sint
supple, in praeparatione Evangelii pacis. In signum huius misit
apostolos dominus, Mc. VI, 9, calceatos sandaliis, quae habent subtus soleas,
per quod significatur elevatio mentis a terrenis : et aperta sunt superius,
per quod significatur promptitudo ad divinam sapientiam. Dicit
autem pacis, quia per Evangelium pax nobis annuntiatur. Matth. X, 12 :
in quamcumque domum intraveritis, dicite : pax huic domui. |
- B) Il ordonne ensuite de déposer le soin superflu des affaires temporelles, parce que lorsque nous nous en occupons avec excès, nos pieds ne sont pas préparés pour vaquer aux choses de Dieu et annoncer ses mystères. C’est ce qui lui fait dire (verset 15) : Que vos pieds aient une chaussure, c'est-à-dire que vos affections soient disposées ; ajoutez pour la préparation de l’Evangile de paix. C’est pour marquer cette disposition que le Sauveur envoya ses Apôtres (Marc, VI, 9) chaussés de sandales qui, ayant à leur partie inférieure des semelles, marquent l’élévation de l’âme au-dessus des choses de la terre, et à leur partie supérieure restant ouvertes, indiquent l’empressement pour la divine sagesse. L’Apôtre dit : [l’Evangile] de paix, parce que c'est par l’Evangile que la paix nous est annoncée ; (Matth., X, 12) : "En quelque maison que vous entriez, dites : que la paix soit dans cette maison." |
Item secundo, sunt arma ad protegendum. Duo
autem in nobis sunt protegenda, quae sunt principia vitae, scilicet pectus in
quo est cor et caput in quo est cerebrum. Pro pectore autem est scutum. Et
ideo dicit in omnibus sumentes scutum fidei, quia sicut scutum
supponitur omnibus armis, ita fides omnibus aliis virtutibus. Alia sunt enim
arma virtutum moralium, scilicet temperantiae, id est succinctio lumborum, et
iustitiae, id est induitio loricae : et hoc genus armorum, scilicet scutum,
est virtutis theologicae, scilicet fidei : quia sicut per scutum repelluntur
tela, ita per fidem omnia contraria et habetur victoria. Hebr.
XI, v. 33 : sancti per fidem vicerunt regna, sicut per virtutes
morales vincimus potestates terrenas. Et ideo ait in quo possitis omnia
tela ignea nequissimi extinguere, scilicet Diaboli, cuius tela sunt
quaedam immissiones per Angelos malos. Ignea sunt, quia adurentia pravis
concupiscentiis. Ps. LVII, 9 : supercecidit ignis, et cetera. Haec
autem per fidem extinguuntur : quae tentationes praesentes et transitorias extinguit
per bona spiritualia et aeterna, quae promittit sacra Scriptura. Unde dominus Diabolo tentanti producebat et
opponebat auctoritates sacrae Scripturae. Et sic debemus facere, si tentat de
gula, secundum illud Deut. VIII, 3 : non in solo pane vivit homo, vel
illud : non est regnum Dei, esca et potus. Si de luxuria : non
moechaberis. Si de furto : non furtum facies; et sic de aliis.
Dicitur autem scutum fidei, quia sicut scutum protegit totum pectus,
ita fides debet esse in pectore. |
II. Il y a en second lieu, des armes qui protègent. Or, il y a en nous deux choses à protéger qui sont les principes de la vie, la poitrine ou est le coeur, et la tête où est le cerveau. 1° On couvre la poitrine d’un bouclier ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 16) : Servez-vous sur tout du bouclier de la foi, parce que, de même que le bouclier est mis en avant de toute l’armure, ainsi la foi précède toutes les autres vertus. Autres sont, en effet, les armes des vertus morales, à savoir de la tempérance, dont l’arme est la ceinture des reins, et de la justice, dont l’arme est la cuirasse ; et cette armure qu’on appelle le bouclier, lequel figure une vertu théologique, c'est-à-dire la foi. Car de même qu’au moyen du bouclier on repousse les traits, ainsi par la foi peut-on faire face à toutes les attaques, et remporter la victoire ; (Hébr., XI, 33) : "Les saints, par la foi, ont conquis les royaumes", comme par les vertus morales nous triomphons des puissances de la terre. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 16) : afin de pouvoir éteindre tous les traits enflammés du malin, c'est-à-dire du démon, dont les traits sont certaines les tentations des mauvais anges. Ces traits sont de feu, parce qu’ils enflamment les mauvaises convoitises ; (Psaume LVII, 9) : "Un feu est tombé sur eux, etc." Or tous ces traits sont émoussés par la foi, qui éteint les tentations présentes et passagères, par les biens spirituels et éternels que promet la sainte Ecriture. Aussi le Sauveur [(Matth., IV, 4)] répondait-il au démon qui le tentait, en lui opposant des passages de la sainte Ecriture. Ainsi devons-nous faire ; s’il nous tente de gourmandise, nous avons cette parole du Deutéronome (VIII, 3) : "L’homme ne vit pas seulement de pain" ; ou cet autre [(Hebr., XIV, 17)] : "Le royauté de Dieu ne consiste pas dans le boire et le manger." Nous tente-t-il de luxure ? "Vous ne commettrez pas de fornication" ; ou de vol ? "Vous ne déroberez pas" et ainsi des autres tentations. L’Apôtre dit : le bouclier de la foi, parce que de même que le bouclier couvre toute la poitrine, la foi doit rester dans notre coeur. |
Spes autem dicitur galea, quia sicut galea est
in capite, ita caput virtutum moralium est finis; et de hoc est spes,
scilicet de fine. Et ideo dicitur et galeam salutis assumite. |
2° L’espérance est appelée casque, parce que comme le casque protège la tête, ainsi la tête des vertus morales est notre fin ; or l’objet de l’espérance est notre fin dernière. C’est pourquoi il est dit (verset 17) : Prenez encore le casque du salut. |
Item tertio, sunt arma ad impugnandum, quia
non solum sufficit se defendere, sed etiam oportet adversarium impugnare. Hoc
autem sicut fit per gladium materialem corporaliter, ita per verbum Dei, quod
est spiritus sancti gladius, spiritualiter. Et propter hoc dicit et gladium
spiritus, quod est verbum Dei, scilicet assumite. Hebr.
c. IV, 12 : vivus est sermo Dei et efficax, et penetrabilior omni gladio
ancipiti, pertingens usque ad divisionem animae et spiritus. Et
praedicatio dicitur gladius spiritus, quia non penetrat usque ad spiritum,
nisi ducatur a spiritu sancto. Matth. X, 20 : non enim vos estis, qui
loquimini, sed spiritus patris vestri, qui loquitur in vobis. |
III. Troisièmement, certaines armes servent à attaquer, car il ne suffit pas de se défendre, il faut aussi attaquer l’ennemi ; or comme on le fait quant au corps par le glaive matériel, ainsi le fait-on spirituellement par la parole de Dieu, qui est le glaive de l’Esprit Saint. C’est aussi ce qui fait dire à saint Paul (verset 17) : Prenez l’épée spirituelle qui est la parole de Dieu ; (Hébr., IV, 12) : "Car la parole de Dieu est vivante et efficace, et elle perce plus qu’une épée à deux tranchants ; elle pénètre jusque dans les replis de l’âme et de l’esprit." La prédication est appelée le glaive de l’esprit, parce qu’elle ne saurait pénétrer jusqu’à l’esprit sans être conduite par l’Esprit Saint ; (Matth., X, 20) : "Ce n’est pas vous qui parlez, niais c'est l’Esprit de votre Père qui parle en vous." |
Sic ergo habemus arma quibus defendamur a
carnalibus hostibus, scilicet a gula et luxuria, quod fit per temperantiam,
ibi state ergo succincti lumbos vestros, et cetera. Item, quibus
vincamus cupiditates terrenas, scilicet arma iustitiae, quae abstinere nos
faciunt ab illicitis, ibi induti loricam iustitiae. Et puritatem
affectus seu paupertatem, quae nos retrahit etiam a licitis, ibi calceati
pedes, et cetera. Item, habemus arma quibus protegamur ab erroribus,
scilicet arma fidei, ibi in omnibus sumentes scutum fidei, et etiam ab
hostibus generis humani, ibi quo, scilicet scuto fidei, possitis
omnia tela nequissimi ignea extinguere. Item, habemus arma quibus in
bonis spiritualibus confirmamur, scilicet arma spei, ibi et galeam salutis
assumite. Galea ponitur in capite, sic spes in fine. Nunc autem caput
virtutum moralium est ipse finis, de quo est spes. Unde nihil est aliud
galeam salutis assumere, quam spem de ultimo fine habere. Item, habemus arma
ad impugnandum ipsos Daemones, scilicet gladium spiritus, quod est verbum
Dei : quod fit frequenter in sermonibus, in quibus verbum Dei penetrans
corda peccatorum expellit congeriem peccatorum et Daemonum. |
Ainsi donc nous avons des armes pour nous défendre contre nos ennemis charnels, c'est-à-dire la gourmandise et la luxure, à savoir la tempérance (verset 14) : Soyez donc fermes, et ceignez-vous les reins, etc.; pour vaincre les cupidités terrestres, à savoir les armes de justice, qui nous font nous abstenir de tout ce qui est illicite (verset 14) : Que la justice soit votre cuirasse et avec elle la pureté de sentiment ou le détachement qui nous porte à nous priver même de ce qui est licite (verset 15) : Que vos pieds aient une chaussure, etc. ; des armes pour nous protéger contre l’erreur, à savoir les armes de la foi (verset 16) : Servez-vous sur tout du bouclier de la foi, et même contre l’ennemi du genre humain (verset 16) : afin de pouvoir par lui, c'est-à-dire par ce bouclier, éteindre tous les traits enflammés de l’esprit mauvais. Nous avons de plus des armes pour nous affermir dans les biens spirituels, à savoir les armes de l’espérance (verset 17) : Prenez encore le casque du salut. Le casque se pose sur la tète, comme l’espérance dans notre fin dernière. Or le point capital des vertus morales, c'est la fin elle-même qui est l’objet de l’espérance. Prendre le casque du salut, ce n’est donc rien autre chose que conserver l’espérance de sa fin dernière. Enfin nous avons des armes pour combattre les démons eux-mêmes, à savoir (verset 17) le glaive de l’Esprit qui est la parole de Dieu, ce qui a lieu fréquemment dans l’enseignement de la doctrine, par laquelle la parole de Dieu pénétrant le coeur des pécheurs leur fait fuir la masse des péchés, quel qu’ils soient, et le démon. |
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Lectio 5 |
Leçon 5 — Ephésiens VI, 18 à 24 : Confiance en Dieu |
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SOMMAIRE. - L’Apôtre affermit les Ephésiens dans la confiance en Dieu ; il leur apprend à s’y fortifier et à se reposer, par la prière, dans sa force toute-puissante. Il termine son épitre par ses souhaits accoutumés. |
[18] per omnem orationem et
obsecrationem orantes omni tempore in Spiritu et in ipso vigilantes in omni
instantia et obsecratione pro omnibus sanctis [19]
et pro me ut detur mihi sermo in apertione oris mei cum fiducia notum facere
mysterium evangelii [20]
pro quo legatione fungor in catena ita ut in ipso audeam prout oportet me
loqui [21] ut autem et vos sciatis quae
circa me sunt quid agam omnia nota vobis faciet Tychicus carissimus frater et
fidelis minister in Domino [22] quem misi ad vos in hoc ipsum ut
cognoscatis quae circa nos sunt et consoletur corda vestra [23] pax fratribus et caritas cum fide
a Deo Patre et Domino Iesu Christo [24] gratia cum omnibus qui diligunt
Dominum nostrum Iesum Christum in incorruptione. |
18. Invoquant Dieu en esprit et
en tout temps, par toute sorte de supplications et de prières, et vous
employant avec une vigilance et une persévérance continuelle à prier pour
tous les saints, 19. Et pour moi aussi, afin que
Dieu m’ouvrant la bouche, me donne des paroles pour annoncer librement le
mystère de l’Evangile, 20. Dont j’exerce la légation,
même dans les chaînes ; et que j’en parle avec la liberté et la hardiesse que
je dois. 21. Quant à ce qui regarde
l’état où je suis, et ce que je fais, Tychique notre cher frère, qui est un
fidèle ministre du Seigneur, vous apprendra toutes choses, 22. Et c'est pour cela même que
je l’ai envoyé vers vous, afin que vous sachiez ce qui se passe à notre
égard, et qu’il console vos coeurs. 23. Que Dieu le Père et le
Seigneur Jésus-Christ donne à nos frères la paix et la charité avec la foi. 24. Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d’un amour pur et sans tache. Amen. |
[87830] Super Eph., cap. 6 l. 5 Supra posuit
apostolus quae dixerat de insidiis et armaturis, hic exponit illud quod etiam
dixerat de confirmatione et confortatione in potentia Dei : et hoc fit per
orationem ad Deum super auxilio divino. Facit autem tria. Primo
monet eos ad orandum pro seipsis, secundo pro aliis, tertio pro ipsomet
apostolo. Circa primum ponit septem conditiones
orationis. Primo quod debet esse perfecta. Unde dicit omnem
orationem, quod fit cum in omnibus recurrit quis ad orationem, vel orat
pro omni bono. |
I° Saint Paul après avoir expliqué plus haut ce qu’il avait dit des embûches de l’ennemi et des armes spirituelles, développe ce qu’il avait dit aussi de la confiance et de l’assurance dans la puissance de Dieu ; cela se pratique par la prière que l’on adresse à Dieu pour obtenir son secours. L’Apôtre fait donc trois choses : il recommande donc aux Ephésiens de prier I. pour eux-mêmes ; II. pour les autres ; III. pour lui- même. I. A l’égard du premier de ces points, il énumère sept conditions de la prière. 1° Elle doit être parfaite ; ce qui lui fait dire (verset 18) : employant toutes sortes de prières. Ce qui a lieu quand on recourt à la prière en toute circonstance, ou lorsqu’on prie pour obtenir n’importe quel don spirituel. |
Secundo quod sit humilis, non praesumptuosa. Ps. ci,
18 : respexit in orationem humilium, et cetera. Quod fit quando homo
non putat se exaudiri propter merita sua, sed propter misericordiam divinam.
Et ideo dicit obsecrationem, id est per sacrae rei acceptionem. Phil.
IV, 6 : in omni oratione et obsecratione, cum gratiarum actione petitiones
vestrae innotescant apud Deum. |
2° Elle doit être humble, sans présomption ; (Psaume CI, 18) : "Il a regardé la prière de ceux qui étaient dans l’humiliation, etc." On est dans cette disposition quand on reconnaît que, si l’on est exaucé, ce n’est pas à cause de ses mérites, mais par l’effet de la miséricorde divine. L’Apôtre dit donc (verset 18) : des supplications, à savoir en recevant les choses sacrées ; (Philip., IV, 6) : "En quelque état que vous soyez, présentez à Dieu vos demandes par des supplications et des prières, accompagnées d’actions de grâce." |
Tertio quod sit continua, ibi omni tempore.
I Thess. V, 17 : sine intermissione orate, in
omnibus gratias agite. Ps. XXXIII, 2 : benedicam dominum in omni
tempore, scilicet statuto. Quarto quod sit devota, quia in spiritu.
I Cor. XIV, 15
: psallam spiritu, psallam et mente, id est, non ut vagus. Quinto quod sit vigilans, ibi vigilantes.
I Petr. IV, 7 : estote prudentes, et vigilate in orationibus. Sexto quod sit instans, ibi in omni
instantia. Rm XII, 12 : orationi instantes, et cetera. |
3° Continuelle (verset 18) : en tout temps ; (I Thessal., V, 17) : "Priez sans cesse. Rendez grâces à Dieu en toutes choses" ; (Psaume XXXIII, 2) : "Je bénirai le Seigneur en tout temps", c'est-à-dire dans le temps prescrit. 4° Animée par la dévotion, car (verset 18) elle doit être faite en esprit ; (1 Co XIV, 15) : "Je prierai de cœur ; je prierai aussi avec intelligence", c'est-à-dire sans laisser divaguer l’âme. 5° Vigilante (verset 18) : vous employant avec
vigilance ; (I Pierre, IV, 7) : "Conduisez-vous donc
avec sagesse, et soyez vigilants dans la prière." 6° Persévérante (verset 18) : et une persévérance continuelle ; (Rm XII, 12) : "Soyez persévérants dans la prière." |
Septimo charitativa, ut scilicet fiat pro
omnibus aliis sanctis, ibi et obsecratione pro omnibus sanctis. I Tim.
II, 1 : obsecro enim primum omnium fieri obsecrationes, orationes,
postulationes, gratiarum actiones pro omnibus hominibus, et cetera.
Deinde, ultimo, pro se petit orationes fieri, ibi et pro me. Ubi tria
petit pro se, quae cuilibet praedicatori sunt necessaria, scilicet quod os
aperiat, et ad praedicandum se praeparet quantum in se est, et detur sibi
gratia. Et ut haec tria sibi dentur, petit ut oretur pro se, dicens ut
detur mihi sermo in apertione oris mei. Non enim potero loqui, nisi quod
dederit mihi dominus, dicebat ille Balaam, Num. XXII, 18. Unde dominus,
Matth. c. X, 20 : non enim vos estis qui loquimini, sed spiritus, et
cetera. Unde dicitur ibidem 19 : dabitur enim vobis in illa hora quid
loquamini. Hoc autem dictum primo ponit apostolus. Ut
detur, inquit, mihi sermo in apertione oris mei. Col. ult. : orantes
simul et pro nobis, ut Deus aperiat nobis ostium sermonis. |
7° Enfin, animés par la charité, en sorte qu’elle
se fasse pour tous les autres saints (verset 18) : à prier pour tous les
saints ; (I Timoth., II, 1) : "Je vous conjure donc, avant
toutes choses, que l’on fasse des supplications, des prières, des demandes et
des actions de grâce pour tous les hommes, etc. " II. L’Apôtre recommande que l’on prie pour lui-même
(verset 19) : et pour moi-même. Il demande pour lui-même trois choses
nécessaires à tous ceux qui prêchent, à savoir que sa bouche s’ouvre, qu’il
se prépare à la prédication autant qu’il est en lui, et que la grâce lui en
soit donnée. Pour obtenir ces trois biens, il recommande que l’on prie pour
lui, en disant (verset 19) : afin que Dieu m’ouvrant, la bouche. - Car
je ne pourrai parler, si ce n’est autant que le Seigneur me l’aura donné,
disait ce Balaam, dont l’histoire est rapportée au livre des Nombres (XXII,
18). Le Seigneur dit lui-même (Matth., X, 20) : "Ce n’est pas vous
qui parlez, mais c'est l’Esprit, etc.", et on lit au même endroit
(verset 19) : "parce que ce que vous devez dire vous sera donné sur
l’heure." 1° "C’est aussi ce que l’Apôtre demande tout d’abord : afin, dit-il, que Dieu me donne les paroles qui sortiront de ma bouche ; (Col IV, V : 5) : "Priez aussi pour nous, afin que Dieu nous ouvre une entrée favorable pour sa parole". |
Et ad quid, Paule? Respondet, ut scilicet
possim cum fiducia notum facere Evangelii mysterium, pro quo legatione
fungor in catena. Et hoc est secundum quod petit, quia non solum
est necessarium praedicatori ut detur ei sermo in apertione oris, seu
scientiae, sed ut sermonem sibi datum praedicet audacter et cum fiducia. Et
hoc est quod dicit cum fiducia, et cetera. Et sic praedicabant
apostoli, de quibus Act. IV, 31, quod loquebantur cum fiducia verbum Dei.
Commendat autem apostolus officium praedicationis ab excellentia et
altitudine. Unde dicit mysterium Evangelii. Secundo ostendit, quod pro ipso libenter
sustinuit tribulationem et ignominiam. Unde dicit pro quo legatione fungor
in catena. De his duobus simul Col. ult. : Deus aperiat nobis ostium
sermonis ad loquendum mysterium Christi, propter quod et vinctus sum. Et quia
dicitur Eccli. XX, 22 : ex ore fatui reprobatur parabola, non enim dicit
eam tempore suo, ideo apostolus non solum petit, quod detur sibi sermo,
seu praedicandi scientia, sed gratia loquendi cum fiducia, ut scilicet non
desisteret ab incepto pro catenis, quibus catenatus erat ab incepto et
commisso sibi officio fiducialiter et fideliter prosequendo. |
2° Et pourquoi cette demande, Paul ? Il répond : afin que je puisse annoncer librement ce mystère de l’Evangile et accomplir ce ministère pour lequel je suis dans les chaînes. C’est la seconde demande de l’Apôtre, car celui qui prêche a besoin non seulement de recevoir la doctrine que sa bouche doit proférer, c'est-à-dire la science, mais qu’il prêche hardiment et librement cette doctrine qu’il a reçue. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) : pour annoncer librement, etc. Ainsi prêchaient les Apôtres dont il est dit aux Actes (IV, 31) : "Ils annonçaient la parole de Dieu avec une entière liberté" ; saint Paul relève ici le ministère de la prédication à raison de son excellence et de sa sublimité. C’est ce qui lui fait dire (verset 19) : le mystère de l’Evangile. En second lieu, il déclare que pour ce ministère il a supporté sans hésitation et de bon coeur la tribulation et l’ignominie. C’est pourquoi il ajoute (verset 20) : dont j’exerce la légation, même dans les chaînes. De l’un et l’autre, il est dit (Colos IV, 5) : "Que Dieu nous ouvre une entrée pour sa parole, et pour annoncer le mystère du Christ pour lequel je suis dans les liens". Et parce qu’il est dit (Ecclesiastique XX, 22) : "Une parole sage sera mal reçue de la bouche de l’insensé, parce qu’il l’a dite à contre temps", l’Apôtre demande non seulement que la doctrine, ou la science de ce qu’il faut prêcher, lui soit donnée, mais la grâce de l’annoncer en toute liberté, en d’autres termes qu’il n’abandonne pas ce qu’il avait entrepris, à cause des chaînes dont il était chargé, mais qu’il puisse continuer avec confiance et fidélité le ministère qui lui a été confié. |
Tertio petit, ut detur sibi temporis seu modi
congruentia, quia tempus loquendi et tempus tacendi, ut dicitur Eccle.
III, 7. Et ideo dicit ut in ipso audeam, prout oportet me loqui. Et
certe in omnibus modus et qualitas facit gratum. Et hoc idem petebat
apostolus Col. ult. : ut manifestem illud, ita ut oportet me loqui :
quia, ut dicitur Prov. c. XV, 23 : sermo opportunus, optimus. |
3° Enfin l’Apôtre demande l’opportunité du temps et de la manière, parce qu’il est un temps de parler et un temps de se taire, ainsi qu’il est dit (Ecclesiastique III, 7). C’est ce qui lui fait dire (verset 20) : afin que j’en parle avec la liberté et la hardiesse que je dois. Il est, en effet, certain qu’en toutes choses la manière et la qua lité contribuent à rendre agréable. C’est ce que demandait aussi saint Paul (Col IV, 4) : "afin que je découvre aux hommes, en la manière que je dois le découvrir." Car, dit le livre des Proverbes, (XV, 23) : "La meilleure parole, c'est celle qui est dite à propos." |
In fine autem huius epistolae apostolus statum
suum Ephesiis manifestat, cum dicit ut autem et vos sciatis, et
cetera. Ubi primo facit quod dictum est; secundo eos more solito salutat, ibi
pax fratribus, et cetera. In prima parte tria facit. Primo ponitur
status sui manifestatio, ibi ut autem et vos sciatis, etc.; secundo
discipuli nuntiantis multiplex commendatio, ibi Tychicus frater meus
charissimus et fidelis, etc.; tertio ostendit finem, pro quo eis
manifestat statum suum, quia scilicet est ipsorum consolatio, ibi et
consolentur corda vestra. Dicit ergo : ut autem vos sciatis quae circa
me sunt, quid agam, omnia nota vobis faciet, et cetera. Quasi dicat
apostolus : pro mysterio Evangelii, pro quo catenatus sum, volo quod sciatis
quod catena et omnes tribulationes et omnia supplicia, quae in credito
officio inferuntur, non me angunt, nec cor mutant, nec pervertunt interius,
nec attingunt; sed certe sic angor de istis, quod omnia circa me sunt, non
intra. Et quia non possum ire ad annuntiandum vobis, utpote catenatus, omnia
nota faciet vobis Tychicus frater meus charissimus et fidelis minister in
domino. Et ideo secure credatis ei de omnibus. Lc.
XII, 42 : quis, putas, est fidelis servus et prudens, et cetera. Et
iste certe est talis, quem misi ad vos in hoc ipsum, ut cognoscatis quae
circa nos sunt. Et haec est discipuli commendatio. Et ad quid? Ut
consoletur corda vestra. |
II° En terminant cette épître, l’Apôtre rend compte aux Ephésiens, de l’état où il se trouve, quand il dit (verset 21) : Quant à ce qui regarde l’état où je suis, etc. I. Il fait ce que nous venons de dire ; II. il les salue à sa manière accoutumée (verset 23) : Que la paix, etc. I. Dans la première partie, trois points : il dépeint d’abord son état (verset 21) : Quant à savoir ce qui me concerne, etc. Il recommande ensuite à plusieurs reprises le disciple qui leur en rendra compte (verset 21) : Tychique, notre cher frère et fidèle, etc. Enfin il leur explique le motif pour lequel il les instruit de l’état, où il est : c'est pour leur propre consolation (verset 22) : afin que vos coeurs soient consolés. Il dit donc (verset 21) : afin donc que vous sachiez tout ce qui me concerne, et ce que je fais, [Tychique notre très cher frère, et ministre du Seigneur], vous apprendra toutes choses, etc.; comme s’il disait : quant au mystère de l’Evangile pour lequel je suis dans les chaînes, je veux que vous sachiez que les chaînes, et toutes les tribulations, et tous les supplices dont on m’accable à raison du ministère qui m’est confié, ne m’effrayent pas, ne changent pas mon coeur, ne m’ébranlent pas intérieurement, et ne m’atteignent pas. Oui, certainement, si j’éprouve quelque déchirement pour ce qui se passe autour de moi, le chagrin ne va pas jusqu’à l’intérieur. Et parce que je ne puis aller vous le dire moi-même, puisque je suis dans les chaînes, Tychique, notre cher frère et fidèle ministre du Seigneur, vous apprendra toutes choses. Donnez lui donc créance sur tous les points, en toute sécurité ; (Luc, XII, 42) : "Quel est, à votre avis, l’économe fidèle et prudent, etc.?" Assurément Tychique est tel, lui que nous vous avons député, à cette fin que vous connaissiez tout ce qui nous concerne. Telle est la recommandation de saint Paul en faveur de Tychique, et le motif, c'est de consoler vos coeurs. |
Deinde cum dicit pax fratribus, etc.,
ponit apostolus consuetam salutationem. Et advertendum est, quod licet gratia
praecedat pacem et charitatem mutuam hominum ad se invicem, et ad Deum quo ad
collationem (quia non est pax impiis, dicit dominus), tamen quo ad
executionem gratiae et veritatis et charitatis conservationem, pax praecedit suo
modo. Et ideo primo optat eis pacem ad se invicem et charitatem ad Deum,
dicens : pax fratribus, et charitas cum fide. Et quia licet pax et
charitas multum faciant ad gratiae conservationem, tamen quia semper
supponunt ipsam gratiam, sine qua haberi non possunt, ideo optat eis gratiam.
Unde dicit : gratia cum omnibus, qui diligunt dominum nostrum Iesum
Christum in incorruptione. Amen. |
II. Quand il ajoute (verset 23) : Que la paix, etc., l’Apôtre fait sa salutation ordinaire. Il faut ici remarquer que bien que la grâce précède la paix et la charité mutuelle que les hommes doivent avoir les uns pour les autres, et pour Dieu, quant au don, (car il n’y a pas de paix pour l’impie, dit le Seigneur), toutefois, quant à la correspondance à la grâce, et quant à la conservation de la vérité et de la charité, la paix précède à ce point de vue. Aussi saint Paul souhaite-t-il d’abord aux Ephésiens la paix entre eux, et la charité à l’égard de Dieu, en disant (verset 23) : Que la paix et la charité avec la foi soit donnée à mes frères. Et parce que la paix et la charité contribuent beaucoup à la conservation de la grâce, quoiqu’elles la supposent toujours, car sans elle elles ne peuvent elles-mêmes subsister, l'Apôtre leur souhaite cette grâce ; c'est ce qui lui fait dire (verset 24) : Et que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d’un amour pur et sans tache. Amen. |