INSTITUT DOCTEUR ANGÉLIQUE

Institut privé de philosophie et de théologie catholique

" Science et foi doivent marcher ensemble comme deux affectionnées "
(St François de Sales)
Chaine Catholique Arnaud Dumouch
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Liste des publications :

Premiers Pas / L'évangile expliqué par les 240 fables de La Fontaine, Leçons de vie chrétienne
Date Publication Sous-theme Tome Titre Description Durée
03/03/2024 Livre 5 Livre 5 L’aigle et le hibou : On trouve toujours ses propres œuvres plus belles que tout L'Aigle et le Chat-huant leurs querelles cessèrent, Et firent tant qu'ils s'embrassèrent. L'un jura foi de Roi, l'autre foi de Hibou, Qu'ils ne se goberaient leurs petits peu ni prou. Connaissez-vous les miens ? dit l'Oiseau de Minerve. Non, dit l'Aigle. Tant pis, reprit le triste oiseau : Je crains en ce cas pour leur peau : C'est hasard si je les conserve. Comme vous êtes Roi, vous ne considérez Qui ni quoi : Rois et Dieux mettent, quoi qu'on leur die, Tout en même catégorie. Adieu mes Nourrissons, si vous les rencontrez. Peignez-les-moi, dit l'Aigle, ou bien me les montrez : Je n'y toucherai de ma vie. Le Hibou repartit : Mes Petits sont mignons, Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons : Vous les reconnaîtrez sans peine à cette marque. N'allez pas l'oublier ; retenez-la si bien Que chez moi la maudite Parque N'entre point par votre moyen. Il avint qu'au Hibou Dieu donna géniture. De façon qu'un beau soir qu'il était en pâture, Notre Aigle aperçut d'aventure, Dans les coins d'une roche dure, Ou dans les trous d'une masure (Je ne sais pas lequel des deux), De petits monstres fort hideux, Rechignés, un air triste, une voix de Mégère. Ces enfants ne sont pas, dit l'Aigle, à notre ami. Croquons-les. Le Galand n'en fit pas à demi : Ses repas ne sont point repas à la légère. Le Hibou, de retour, ne trouve que les pieds De ses chers Nourrissons, hélas ! pour toute chose. Il se plaint; et les dieux sont par lui suppliés De punir le brigand qui de son deuil est cause. Quelqu'un lui dit alors : N'en accuse que toi Ou plutôt la commune loi, Qui veut qu'on trouve son semblable Beau, bien fait, et sur tous aimable. Tu fis de tes enfants à l'Aigle ce portrait : En avaient-ils le moindre trait ? 02:28:00
10/03/2024 Livre 5 Livre 5 Le lion s'en allant en guerre : Le Christ roi et le principe de subsidiarité Le lion dans sa tête avait une entreprise. Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts, Fit avertir les animaux : Tous furent du dessein, chacun selon sa guise : L'Éléphant devait sur son dos Porter l'attirail nécessaire, Et combattre à son ordinaire ; L'ours s'apprêter pour les assauts ; Le renard ménager de secrètes pratiques ; Et le singe, amuser l'ennemi par ses tours. Renvoyez, dit quelqu'un, les ânes qui sont lourds, Et les lièvres sujets à des terreurs paniques. Point du tout, dit le roi ? Je les veux employer. Notre troupe sans eux ne serait pas complète. L'âne effraiera les gens, nous servant de trompette; Et le lièvre pourra nous servir de courrier. Le monarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage, Et connaît les divers talents. Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens. 02:29:00
17/03/2024 Livre 5 Livre 5 La peau de l’ours : Ne jamais se croire en état de grâce avant la Venue du Christ Deux Compagnons pressés d'argent À leur voisin fourreur vendirent La peau d'un Ours encor vivant ; Mais qu'ils tueraient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent. C'était le roi des ours, au conte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune : Elle garantirait des froids les plus cuisants ; On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut prisait moins ses Moutons qu'eux leur Ours : Leur, à leur compte, et non à celui de la Bête. S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête ; Trouvent l'ours qui s'avance, et vient vers eux au trot. Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre : D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faîte d'un arbre. L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent , Ayant quelque part ouï dire Que l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau. Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie, Et de peur de supercherie Le tourne, le retourne, approche son museau, Flaire aux passages de l'haleine. C'est, dit-il, un cadavre : ôtons-nous, car il sent. A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend ; Court à son compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. Et bien, ajouta-t-il, la peau de l'Animal ? Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ? Car il s'approchait de bien près, Te retournant avec sa serre. Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'Ours qu'on ne l'ait mis par terre. 03:21:00
24/03/2024 Livre 5 Livre 5 L’âne vêtu de la peau du lion: Celui qui brasse le vent des paroles et n’agit jamais De la peau du lion l’âne s’étant vêtu Etait craint partout à la ronde, Et bien qu’animal sans vertu, Il faisait trembler tout le monde. Un petit bout d’oreille échappé par malheur Découvrit la fourbe et l’erreur. Martin fit alors son office. Ceux qui ne savaient pas la ruse et la malice S’étonnaient de voir que Martin Chassât les lions au moulin. Force gens font du bruit en France Par qui cet apologue est rendu familier. Un équipage cavalier Fait les trois quarts de leur vaillance. 01:29:00
26/05/2024 Livre 6 Livre 6 Le mulet se vantant de sa généalogie : Se souvenir de la juste mesure de sa vie
Ne pas s’élever suite à sa brillante réussite
Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse,
Et ne parlait incessamment
Que de sa mère la jument,
Dont il contait mainte prouesse.
Elle avait fait ceci, puis avait été là.
Son Fils prétendait pour cela
Qu'on le dût mettre dans l'Histoire.
Il eût cru s'abaisser servant un médecin.
Étant devenu vieux on le mit au moulin.
Son père l'âne alors lui revint en mémoire.

Quand le malheur ne serait bon
Qu'à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu'on le dit bon à quelque chose.
00:01:28
16/06/2024 Livre 6 Livre 6 Le cerf se voyant dans l'eau : Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile Ne pas préférer le charisme à la charité
Dans le cristal d'une fontaine
Un cerf se mirant autrefois
Louait la beauté de son bois,
Et ne pouvait qu'avec peine
Souffrir ses jambes de fuseaux,
Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux.
Quelle proportion de mes pieds à ma tête !
Disait-il en voyant leur ombre avec douleur :
Des taillis les plus hauts mon front atteint le faîte ;
Mes pieds ne me font point d'honneur.
Tout en parlant de la sorte,
Un limier le fait partir ;
Il tâche à se garantir ;
Dans les forêts il s'emporte.
Son bois, dommageable ornement,
L'arrêtant à chaque moment,
Nuit à l'office que lui rendent
Ses pieds, de qui ses jours dépendent.
Il se dédit alors, et maudit les présents
Que le Ciel lui fait tous les ans.
Nous faisons cas du Beau, nous méprisons l'utile ;
Et le Beau souvent nous détruit.
Ce Cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit.
00:02:07
23/06/2024 Livre 6 Livre 6 Le lièvre et la tortue : Rien ne sert de courir ; il faut partir à point Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Si tôt que moi ce but. Si tôt ? Êtes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma Commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire ;
Ni de quel juge l'on convint.
Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la tortue
Aller son train de sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire ;
Tient la gageure à peu de gloire ;
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. À la fin, quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
00:02:44
14/04/2024 Livre 6 Livre 6 Le lion et le chasseur : ne pas se frotter à un adversaire qui nous dépasse Un fanfaron amateur de la chasse, Venant de perdre un Chien de bonne race, Qu'il soupçonnait dans le corps d'un lion, Vit un berger. Enseigne-moi, de grâce, De mon voleur, lui dit-il, la maison ; Que de ce pas je me fasse raison. Le berger dit : C'est vers cette montagne. En lui payant de tribut un mouton Par chaque mois, j'erre dans la campagne Comme il me plaît, et je suis en repos. Dans le moment qu'ils tenaient ces propos, Le lion sort, et vient d'un pas agile. Le fanfaron aussitôt d'esquiver ; Ô Jupiter, montre-moi quelque asile, S'écria-t-il, qui me puisse sauver. La vraie épreuve de courage N'est que dans le danger que l'on touche du doigt, Tel le cherchait, dit-il, qui changeant de langage, S'enfuit aussitôt qu'il le voit. 00:01:51
07/07/2024 Livre 6 Livre 6 Le soleil et les grenouilles : Ne pas se réjouir aux noces d’un tyran Aux noces d'un tyran tout le peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots. br>Esope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d'allégresse.
Le soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l'hyménée.
Aussitôt on ouït d'une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les citoyennes des étangs.
Que ferons-nous, s'il lui vient des enfants ?
Dirent-elles au Sort, un seul soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
A l'eau du Styx. Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.
00:01:41
14/07/2024 Livre 6 Livre 6 Le villageois et le serpent : L’attitude juste face à un ingrat Esope conte qu'un manant,
Charitable autant que peu sage,
Un jour d'hiver se promenant
A l'entour de son héritage,
Aperçut un serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile rendu,
N'ayant pas à vivre un quart d'heure.
Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure;
Et, sans considérer quel sera le loyer
D'une action de ce mérite,
Il l'étend le long du foyer,
Le réchauffe, le ressuscite.
L'animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l'âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête et puis siffle aussitôt,
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut
Contre son bienfaiteur, son sauveur, et son père.
Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire ?
Tu mourras. A ces mots, plein d'un juste courroux,
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête ;
Il fait trois serpents de deux coups,
Un tronçon, la queue et la tête.
L'insecte sautillant, cherche à se réunir,
Mais il ne put y parvenir.
Il est bon d'être charitable,
Mais envers qui ? c'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.
00:01:59
08/04/2024 Livre 6 Livre 6 Le pâtre et le lion : Faut-il demander à Dieu une requête qui nous dépasse ? Fable 6, 1 ̶ Le pâtre et le lion : Faut-il demander à Dieu une requête qui nous dépasse ? (3 mn) Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être : Le plus simple animal nous y tient lieu de maître. Une morale nue apporte de l'ennui : Le conte fait passer le précepte avec lui. En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire, Et conter pour conter me semble peu d'affaire. C'est par cette raison qu'égayant leur esprit, Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Tous ont fui l'ornement et le trop d'étendue. On ne voit point chez eux de parole perdue. Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé ; Ésope en moins de mots s'est encore exprimé. Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique D'une élégance laconique. Il renferme toujours son conte en quatre vers : Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts. Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable. L'un amène un chasseur, l'autre un pâtre, en sa fable. J'ai suivi leur projet quant à l'événement, Y cousant en chemin quelque trait seulement. Voici comme à peu près Ésope le raconte. Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte, Voulut à toute force attraper le larron. Il s'en va près d'un antre, et tend à l'environ Des lacs à prendre loups, soupçonnant cette engeance. Avant que partir de ces lieux, Si tu fais, disait-il, Ô Monarque des Dieux, Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence, Et que je goûte ce plaisir, Parmi vingt veaux je veux choisir Le plus gras, et t'en faire offrande. " À ces mots, sort de l'antre un lion grand et fort. Le pâtre se tapit, et dit à demi-mort : Que l'homme ne sait guère, hélas, ce qu'il demande ! Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau, Et le voir en ces lacs pris avant que je parte, Ô monarque des Dieux, je t'ai promis un veau : Je te promets un bœuf si tu fais qu'il s'écarte. C'est ainsi que l'a dit le principal auteur ; Passons à son imitateur. 00:02:23
22/04/2024 Livre 6 Livre 6 Le soleil et le vent : Comment le Ciel nous débarrasse de nos attaches terrestres Force ou douceur ? Borée et le Soleil virent un voyageur Qui s'était muni par bonheur Contre le mauvais temps (on entrait dans l'automne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne : Il pleut ; le soleil luit ; et l'écharpe d'Iris Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire. Les latins les nommaient douteux pour cette affaire.) Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas prévu Que je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne ; il faudra, si je veux, Que le manteau s'en aille au Diable. L'ébattement pourrait nous en être agréable : Vous plaît-il de l'avoir ? Eh bien, gageons-nous deux, (Dit Phébus), sans tant de paroles, A qui plus tôt aura dégarni les épaules Du Cavalier que nous voyons. Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. Il n'en fallut pas plus. Notre Souffleur à gage Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon ; Fait un vacarme de démon, Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau : Le tout au sujet du manteau. Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage Ne se pût engouffrer dedans ; Cela le préserva : le Vent perdit son temps : Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme ; Il eut beau faire agir le collet et les plis. Sitôt qu'il fut au bout du terme Qu'à la gageure on avait mis, Le Soleil dissipe la nue, Recrée, et puis pénètre enfin le cavalier, Sous son balandras fait qu'il sue, Le contraint de s'en dépouiller. Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance. Plus fait douceur que violence. 00:03:25
28/04/2024 Livre 6 Livre 6 Dieu et le métayer: La providence sait ce qu’il nous faut mieux que nous Jupiter eut jadis une ferme à donner. Mercure en fit l'annonce ; et gens se présentèrent, Firent des offres, écoutèrent : Ce ne fut pas sans bien tourner. L'un alléguait que l'héritage Etait frayant et rude, et l'autre un autre si. Pendant qu'ils marchandaient ainsi, Un d'eux le plus hardi, mais non pas le plus sage, Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter Le laissât disposer de l'air, Lui donnât saison à sa guise, Qu'il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise, Enfin du sec et du mouillé, Aussitôt qu'il aurait bâillé. Jupiter y consent. Contrat passé ; notre homme Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins Ne s'en sentaient non plus que les Américains. Ce fut leur avantage ; ils eurent bonne année, Pleine moisson, pleine vinée. Monsieur le Receveur fut très mal partagé. L'an suivant, voilà tout changé, Il ajuste d'une autre sorte La température des cieux. Son champ ne s'en trouve pas mieux. Celui de ses voisins fructifie et rapporte. Que fait-il ? Il recourt au monarque des dieux : Il confesse son imprudence. Jupiter en usa comme un maître fort doux. Concluons que la Providence Sait ce qu'il nous faut mieux que nous. 00:02:42
05/05/2024 Livre 6 Livre 6 Le coq, le chat, et le souriceau : Ne pas se fier à la bonne mine des gens L’ange des ténèbres se déguise en ange de lumière. Un souriceau tout jeune, et qui n'avait rien vu, Fut presque pris au dépourvu. Voici comme il conta l'aventure à sa mère. J'avais franchi les monts qui bornent cet État Et trottais comme un jeune Rat Qui cherche à se donner carrière, Lorsque deux animaux m'ont arrêté les yeux ; L'un doux, bénin et gracieux, Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude. Il a la voix perçante et rude ; Sur la tête un morceau de chair, Une sorte de bras dont il s'élève en l'air, Comme pour prendre sa volée ; La queue en panache étalée. Or c'était un cochet dont notre Souriceau Fit à sa Mère le tableau, Comme d'un animal venu de l'Amérique. Il se battait, dit-il, les flancs avec ses bras, Faisant tel bruit et tel fracas, Que moi, qui grâce aux Dieux de courage me pique, En ai pris la fuite de peur, Le maudissant de très bon coeur. Sans lui j'aurais fait connaissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux. Il est velouté comme nous, Marqueté, longue queue, une humble contenance, Un modeste regard, et pourtant l'oeil luisant : Je le crois fort sympathisant Avec Messieurs les rats ; car il a des oreilles En figure aux nôtres pareilles. Je l'allais aborder, quand d'un son plein d'éclat L'autre m'a fait prendre la fuite. Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat, Qui sous son minois hypocrite, Contre toute ta parenté D'un malin vouloir est porté. L'autre animal tout au contraire, Bien éloigné de nous malfaire, Servira quelque jour peut-être à nos repas. Quant au chat, c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine. Garde-toi, tant que tu vivras, De juger des gens sur la mine. 00:02:56
12/05/2024 Livre 6 Livre 6 Le renard le singe et les animaux: Le choix du roi porte sur un homme doté de prudence Les animaux, au décès d'un Lion, En son vivant prince de la contrée, Pour faire un roi s'assemblèrent, dit-on. De son étui la couronne est tirée : Dans une chartre un dragon la gardait. Il se trouva que sur tous essayée, A pas un d'eux elle ne convenait. Plusieurs avaient la tête trop menue, Aucun trop grosse, aucuns même cornue. Le Singe aussi fit l'épreuve en riant ; Et par plaisir la tiare essayant, Il fit autour force grimaceries, Tours de souplesse, et mille singeries, Passa dedans ainsi qu'en un cerceau. Aux Animaux cela sembla si beau, Qu'il fut élu : chacun lui fit hommage. Le Renard seul regretta son suffrage, Sans toutefois montrer son sentiment. Quand il eut fait son petit compliment, Il dit au Roi : Je sais, Sire, une cache, Et ne crois pas qu'autre que moi la sache. Or tout trésor, par droit de royauté, Appartient, Sire, à Votre Majesté. Le nouveau roi bâille après la finance ; Lui-même y court pour n'être pas trompé. C'était un piège : il y fut attrapé. Le Renard dit, au nom de l'assistance : Prétendrais-tu nous gouverner encor, Ne sachant pas te conduire toi-même ? Il fut démis ; et l'on tomba d'accord Qu'à peu de gens convient le diadème. 00:02:38
02/06/2024 Livre 6 Livre 6 Le vieillard et l'âne : Ne pas se relâcher face à un ennemi, toujours veiller Un vieillard sur son âne aperçut en passant Un pré plein d'herbe et fleurissant : Il y lâche sa bête, et le grison se rue Au travers de l'herbe menue, Se vautrant, grattant, et frottant, Gambadant, chantant et broutant, Et faisant mainte place nette. L'ennemi vient sur l'entrefaite. Fuyons, dit alors le vieillard. Pourquoi ? répondit le paillard. Me fera-t-on porter double bât, double charge ? Non pas, dit le vieillard, qui prit d'abord le large. Et que m'importe donc, dit l'âne, à qui je sois ? Sauvez-vous, et me laissez paître : Notre ennemi, c'est notre maître : Je vous le dis en bon françois. 00:01:00
30/06/2024 Livre 6 Livre 6 L’âne et ses maîtres : Comment être heureux là où on est, L'âne d'un jardinier se plaignait au destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore.
Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin ;
Je suis plus matineux encor. br>Et pourquoi ? Pour porter des herbes au marché.
Belle nécessité d'interrompre mon somme !
Le sort de sa plainte touché
Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme
Passe du Jardinier aux mains d'un corroyeur.
La pesanteur des peaux, et leur mauvaise odeur
Eurent bientôt choqué l'impertinente bête.
J'ai regret, disait-il, à mon premier Seigneur.
Encor quand il tournait la tête,
J'attrapais, s'il m'en souvient bien,
Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien.
Mais ici point d'aubaine ; ou si j'en ai quelqu'une
C'est de coups. Il obtint changement de fortune,
Et sur l'état d'un charbonnier
Il fut couché tout le dernier.
Autre plainte. Quoi donc, dit le sort en colère,
Ce baudet-ci m'occupe autant
Que cent monarques pourraient faire.
Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?
N'ai-je en l'esprit que son affaire ?

Le sort avait raison ; tous gens sont ainsi faits :
Notre condition jamais ne nous contente :
La pire est toujours la présente.
Nous fatiguons le Ciel à force de placets.
Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,
Nous lui romprons encor la tête.
00:02:46
09/06/2024 Livre 7 Livre 7 Les animaux malades de la peste : Le péché des puissants est toujours peu regardé Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les tourterelles se fuyaient ;
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons ;
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.
Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant beaucoup d'honneur;
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances.
00:04:49
22/03/2022 Livre 8 Livre 8 La mort et le mourant : jamais les habitants de ce monde ne seront prêts au Passage La mort ne surprend point le sage ; Il est toujours prêt à partir, S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage. Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps : Qu'on le partage en jours, en heures, en moments, Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ; Et le premier instant où les enfants des rois Ouvrent les yeux à la lumière, Est celui qui vient quelquefois Fermer pour toujours leur paupière. Défendez-vous par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse, La mort ravit tout sans pudeur Un jour le monde entier accroîtra sa richesse. Il n'est rien de moins ignoré, Et puisqu'il faut que je le die, Rien où l'on soit moins préparé. Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie, Se plaignait à la mort que précipitamment Elle le contraignait de partir tout à l'heure, Sans qu'il eût fait son testament, Sans l'avertir au moins. Est-il juste qu'on meure Au pied levé ? dit-il : attendez quelque peu. Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ; Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ; Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile. Que vous êtes pressante, ô Déesse cruelle ! Vieillard, lui dit la mort, je ne t'ai point surpris ; Tu te plains sans raison de mon impatience. Eh n'as-tu pas cent ans ? trouve-moi dans Paris Deux mortels aussi vieux, trouve-m'en dix en France. Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis Qui te disposât à la chose : J'aurais trouvé ton testament tout fait, Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait ; Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause Du marcher et du mouvement, Quand les esprits, le sentiment, Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d'ouïe : Toute chose pour toi semble être évanouie : Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus : Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus Je t'ai fait voir tes camarades, Ou morts, ou mourants, ou malades. Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement ? Allons, vieillard, et sans réplique. Il n'importe à la république Que tu fasses ton testament. 00:02:56